‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 46 sur 127 · DOMINIQUE BOTO ET LA BGOLA8TIQUE PARISIEN · texte numérisé non relu

DOMINIQUE BOTO ET LA BGOLA8TIQUE PARISIEN

la Physique, l'ordre et La méthode qu'avaient adoptés les Nominalistes de Paris. Cet ouvrage offre une analogie m* aisément reconnaissable avec tes Physicse perscrutaliones que Luis Goronel avait publiées en i5n; les questions traitées et les arguments vises en ees deux écrits sont bien souvent les mêmes, encore que les solutions adoptées soient, en nombre de cas, différentes.

Il arrive même que, pour rendre plus serrée son escrime contre les Nominalistes, Soto en vienne à emprunter leur jeu. Désireux de disserter d'une manière convaincante contre des adversaires très subtils, il est souvent réduit à rivaliser de subtilité avec eux. Par là, sa dialectique antinominaliste devient quelquefois aussi entortillée, aussi chicanière que celle des Nominalistes; en lisant ses Questions, Louis Vives eût sans doute retrouvé les souvenirs exécrés de l'enseignement qu'il avait reçu à Montaigu. Ce n'est pas seulement par la modération d'un Thomisme accueillant aux solutions plus modernes que Soto montre les liens qui l'attachent à l'école de Joannes Majoris; c'est encore par la forme de son argumentation, bien voisine de celle qui avait cours aux disputes de la Sorbonne.

A quel point le Thomisme de Soto se teintait de Nominalisme parisien, et cela dans les thèses même les plus essentielles, nous Talions voir en passant en revue quelques-unes de ses opinions et, tout d'abord, en rapportant ce qu'il enseignait au sujet de l'infini.

L'Infini potetstiel et l'Infini actuel.

Au sujet de l'infini, les docteurs de la Scolastique se divisent en trois partis principaux1.

Le premier parti tient pour la thèse d'Aristote et de son commentateur Averroès : La grandeur infinie est irréalisable

i. Léonard de Vinci et les deux infinis (Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu, seconde série, pp. 3-53). — Sur les deux infinis (lbid., pp. 368-407).

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parce que contradictoire; non seulement aucune grandeur infinie n'existe d'une manière actuelle, mais encore à la grandeur infinie, on ne peut attribuer l'être en puissance; aucune grandeur ne saurait être accrue de manière à surpasser toute limite.

Saint Thomas d'Aquin avait admis cette doctrine péripatéticienne; même à la toute -puissance de Dieu, il déniait le pouvoir de réaliser ni une grandeur infinie actuelle, ni une grandeur infinie potentielle, car si Dieu peut tout ce qui n'implique aucune contradiction, il ne peut réaliser l'absurde.

La logique raffinée introduite en l'École de Paris par les Summulae de Petrus Hispanus ne se contenta pas de substituer aux notions d'infini actuel et d'infini potentiel les notions quelque peu différentes d'infini catégorique et d'infini syncatégorique; elle donna en outre naissance, au sujet de l'infini, à deux théories bien différentes de la théorie péripatéticienne.

De ces deux théories, il en est une qui s'oppose, de la manière la plus absolue, à la doctrine d'Aristote, d'Averroès et de Saint Thomas d'Aquin; elle tient pour exempte de toute contradiction l'existence de la grandeur infinie et de la multitude infinie soit syncatégoriques, soit même catégoriques; Dieu peut donc créer un volume catégoriquement infini, une multitude catégoriquement infinie; il peut diviser d'une manière actuelle un continu en une infinité de parties infiniment petites. Proposée tout d'abord, semble-t-il, par Jean de Bassols, disciple immédiat de Duns Scot, cette opinion fut soutenue, avec une prodigieuse vigueur logique, par Grégoire de Rimini.

Entre la doctrine péripatéticienne et la doctrine de Grégoire de Rimini, il est possible de tenir un parti intermédiaire; on peut prétendre que l'infini catégorique ne saurait être réalisé sans contradiction, mais que la réalisation de l'infini syncatégorique est exempte d'absurdité. Selon cette manière de voir, Dieu ne saurait produire ni une multitude ni une grandeur qui fût catégoriquement infinie; mais la production d'une multitude ou d'une grandeur qui croisse au delà de toute limite, la division indéfinie d'un continu en parties dont

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