Soto, loc. cit.; éd. cit., t. II, fol. 100, col. d
« C'est pourquoi, écrit-il, Saint Thomas, lorsqu'il commente le même texte du second livre du De Cselo, attribue avec raison cette expérience à la quantité de l'air ébranlé1. Une partie de cet air en met une autre en mouvement, celle-ci en ébranle une troisième, et la cause du mouvement s'en trouve accrue. La pensée d'Albert le Grand tend au même objet lorsqu'il dit au même endroit : L'impétuosité de l'air meut d'autant plus fortement qu'elle est répandue en une plus grande masse. »
En ce point, Soto s'est montré malencontreusement infidèle à l'enseignement de Louis Coronel et de ses maîtres de Paris ; mais peut-on lui en faire un sévère reproche? Léonard de Vinci, lui aussi, s'était, en la même question, nettement séparé de la doctrine nominaliste ; et plusieurs années après que le professeur de Salamanque eut publié ses Questions sur la Physique d'Aristote, Tartaglia et Cardan ne pensaient pas autrement que lui touchant le mouvement des projectiles.
Encore Soto n'accepte-t-il pas avec une pleine adhésion l'opinion que Léonard, Tartaglia et Cardan ont si fortement embrassée; il se demande si l'on ne pourrait pas expliquer l'accélération du projectile, accélération qu'il ne songe nullement à révoquer en doute, en alléguant un principe posé par Saint Thomas2 pour un tout autre objet : « Saint Thomas fait un heureux appel à une autre cause : Comme toute chose désire sa propre conservation, il arrive que sa vertu devient d'autant plus intense que cette chose se heurte à une plus grande résistance, pourvu, toutefois, qu'elle puisse vaincre cette résistance; il peut donc se faire que Yimpetus de la flèche elle même croisse en intensité grâce à la résistance qui lui est opposée; mais comme il est, en la flèche, étranger et venu de l'extérieur, il commence bientôt à s'affaiblir. »
Touchant la nature de Yimpetus, Soto formule cette conclusion3 : « Vimpetus est, comme la gravité et la légèreté, une qualité distincte du sujet où elle se rencontre. »
i. Études sur Léonard de Vinci, première série, p. 129.
2. Sancti Thomae Aquinatis Summa theologica, pars I, quœst. LXXV, art. G : Utrum anima humana sit corruptibilis. Saint Thomas se borne à poser ce principe : Unumquodque naturaliter suo modo esse desiderat, sans en faire aucune application au mouvement des projectiles.