PREFACE
célestes et les mouvements sublunaires dépendaient d'une même Mécanique.
Cette Mécanique, à la fois céleste et terrestre, à laquelle Newton devait donner la forme que nous admirons aujourd'hui, la voici, d'ailleurs, qui, dès le xrv e siècle, tente de se constituer. Durant tout ce siècle, les témoignages de François de Meyronnes et d'Albert de Saxe nous l'apprennent, il se trouva des physiciens pour soutenir qu'en supposant la terre mobile et le ciel des étoiles fixes immobile, on construisait un système astronomique plus satisfaisant que celui où la terre est privée de mouvement. De ces physiciens, Nicole Oresme développe les raisons avec une plénitude, une clarté, une précision que Copernic sera loin d'atteindre ; à la terre, il attribue un impetus naturel semblable à celui que Buridan attribue aux orbes célestes; pour rendre compte de la chute verticale des graves, il admet que l'on doit composer cet impetus par lequel le mobile tourne autour de la terre avec Yimpetus engendré par la pesanteur. Le principe qu'il formule nettement, Copernic se bornera à l'indiquer d'une manière obscure et Giordano Bruno à le répéter; Galilée usera de la Géométrie pour en tirer les conséquences, mais sans corriger la forme erronée de la loi d'inertie qui s'y trouve impliquée.
Pendant que l'on fonde la Dynamique, on découvre peu à peu les lois qui régissent la chute des poids.
En i368, Albert de Saxe propose ces deux hypothèses: La vitesse de la chute est proportionnelle au temps écoulé depuis le départ; — la vitesse de la chute est proportionnelle au chemin parcouru. Entre ces deux lois, il ne fait pas de choix. Le théologien Pierre ïataret, qui enseigne à Paris vers la fin du xv6 siècle, reproduit textuellement ce qu'avait dit Albert de Saxe. Grand lecteur d'Albert de Saxe, Léonard de Vinci, après avoir admis la seconde de ces deux hypothèses, se rallie à la première; mais il ne parvient pas à découvrir la loi des espaces parcourus par un grave qui tombe; d'un raisonnement que Baliani reprendra, il conclut que les espaces parcourus en des laps de temps égaux et successifs sont comme la série des nombres entiers,
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tandis qu'ils sont, on vérité, comme la série «les nombi
impairs.
On connaissait depuis Longtemps, cependant, la règle qni permet d'évaluer l'espace parcouru, en un certain temps, par
un mobile mu d'un mouvement uniformément varie; que cette règle ait été découverte à Paris, au temps de Jean Buridan, ou à Oxford, au temps de Swincshcad, elle se trouve clairement formulée dans l'ouvrage où Nicole Oresmc pose les principes essentiels de la Géométrie analytique; de plus, la démonstration qui sert à l'y justifier est identique à celle que donnera Galilée.
Du temps de Nicole Oresme à celui de Léonard de Vinci, cette règle ne fut nullement oubliée; formulée dans la plupart des traités produits par la Dialectique épineuse d'Oxford, elle se trouve discutée dans les nombreux commentaires dont ces traités ont été l'objet, au cours du xve siècle, en Italie, puis dans les divers ouvrages de Physique composés, au début du xvie siècle, par la Scolastique parisienne.
Aucun des traités dont nous venons déparier n'a, cependant, l'idée d'appliquer cette règle à la chute des corps. Cette idée, nous la rencontrons pour la première fois dans les Questions sur la Physique d'Aristote, publiées en i545 par Dominique Soto. Élève des Scolastiques parisiens, dont il a été l'hôte et dont il adopte la plupart des théories physiques, le dominicain espagnol Soto admet que la chute d'un grave est uniformément accélérée, que l'ascension verticale d'un projectile est uniformément retardée, et pour calculer le chemin parcouru en chacun de ces deux mouvements, il use correctement de la règle formulée par Oresme. C'est dire qu'il connaît les lois de la chute des corps dont on attribue la découverte à Galilée. Ces lois, d'ailleurs, il n'en revendique pas l'invention; bien plutôt, il semble les donner comme vérités communément reçues; sans doute, elles étaient couramment admises par les maîtres dont, à Paris, Soto a suivi les leçons. Ainsi, de Guillaume d'Ockam à Dominique Soto, voyons-nous les physiciens de l'École parisienne poser tous les fondements de la Mécanique que développeront Galilée, ses contemporains et ses disciples.