‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 51 sur 127 · Ms. cit., fol. 54, col. c · texte numérisé non relu

Ms. cit., fol. 54, col. c

Cette loi, Bradwardine la confirme, entre autres raisons, par l'autorité de divers passages d'Aristote et d'Averroès ; et, en effet, il n'est pas niable qu'elle représente le principe le plus communément admis et le plus clairement formulé par la Dynamique péripatéticienne; le Mathématicien anglais n'avait donc nullement reconnu à quel point cette Dynamique est peu conciliable avec les vérités que l'observation nous révèle.

Il n'a même pas reconnu à quel point elle est incompatible avec certaines autres affirmations de la Dynamique d'Aristote ; le Stagirite admet, en effet, et BradAvardine avec lui, qu'il n'y a aucun mouvement lorsque la puissance est égale à la résistance; la vitesse est alors nulle.

Le Mathématicien d'Oxford ne remarque pas davantage que certaines lois particulières qu'il a critiquées et rejetées sont de simples corollaires de la loi générale qu'il regarde comme exacte. En cette discussion de Dynamique, son sens logique s'est laissé singulièrement prendre en défaut; mais les inconséquences de Bradwardine, en ce difficile sujet, se retrouvent trop souvent, à peine atténuées, chez ses successeurs.

Bradwardine commence en ces termes1 le quatrième chapitre de son Traité des proportions : a Après avoir déterminé d'une manière générale quel rapport ont entre elles les vitesses de divers mouvements lorsqu'on y compare les puissances motrices et les résistances, nous allons, en ce qui suit, démontrer quelques propositions spéciales touchant les rapports qu'ont entre elles les vitesses des mouvements circulaires lorsqu'on tient compte de la grandeur du corps mû et de la grandeur de l'espace parcouru. » C'est de la Cinématique du mouvement de rotation uniforme qu'il va être question en ce chapitre.

L'auteur commence par passer en revue et par réfuter les opinions qui lui semblent inadmissibles. C'est parmi celles-là qu'il range, non sans quelque hésitation, l'opinion soutenue au traité De proportionalitate ; selon cette opinion, remarque Bradwardine2, « toute portion de rayon non terminée au centre,

i. Ms. cit., fol. 5G, col. b. — Ce chapitre manque en l'édition, imprimée à Vienne en i5i5, dont nous avons précédemment donné le titre. 2. Ms. cit., fol. 56, col. d.

DOMINIQI i BOTO BT LA SC0LA8TIQU1 PARISIEN!!] 199

et même le rayon tout entier, se meuvent également v i ttr avec leur point milieu. »

A cette doctrine, le Mathématicien d'Oxford en substitue une autre qu'il formule en ces termes : « La vitesse du mouvement local [en un corps qu'anime un mouvement <le rotation uniforme] est mesurée par la vitesse du point qui, en < -e corps mù de mouvement local, se meut le plus rapidement. — ldeo videtur rationaliter magis dici quod velocitas motus localis attenditur pênes velociiatem puncti velocissime moti in corpore moto localiter. »

Cette manière de définir la vitesse en un mouvement de rotation paraît bien singulière, et moins satisfaisante, assurément, que celle même dont le De proporlionalitate motuum et magnitudinum tentait la justification. Elle n'en eut pas moins la vogue la plus grande, et la Scolastique ne se lassa pas, durant deux siècles, de la proposer en son enseignement. Elle y demeura comme un témoin de la profonde influence exercée par le traité que Bradwardine concluait en cette ingénieuse invocation1 :

« Perfectum est igitur opus de proportione velocitatum in motibus, cum illius Motoris auxilio a quo motus cuncti procedunt; cujus ad summum mobile proportio nulla reperitur ; cui sit honor et gloria quamdiu fuerit ullus motus. Amen. »

D'ailleurs, nous connaissons la date de ce Traité des proportions; il fut composé en i328, comme nous l'apprend la mention par laquelle il se termine en deux des manuscrits conservés à la Bibliothèque Nationale y, et qui est la suivante : « Explicit tractatus de proportionibus editus a Magistro Thoma de Breduardin anno domini M° CGC0 28°. »

L'influence de l'écrit de Bradwardine ne demeura pas confinée à Oxford; très vite, elle se fit sentir à Paris; mais les deux chapitres consacrés à la Dynamique semblent avoir, tout d'abord, attiré l'attention; c'est à eux vraisemblablement qu'il convient d'attribuer la composition de divers écrits destinés à

Page 1