‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 60 sur 127 · C'est-à-dire l'accélération · texte numérisé non relu

C'est-à-dire l'accélération

3. Traduite en langage moderne, cette phrase devient : c la vitesse et Vimpetus atteignent, chacun, leur valeur maximum lorsque l'accélération s'annule. »

peut rendre cause de toutez les apparences et de toutez les expériences que l'an voit en mouvemens viollens, soit droit en haut ou droit en bas ou en travers ou circulaires, quant à leur isnelleté ou tardifveté, et réflexion et retour, et quant à telles toutez chouses desquelles l'en ne peut assigner autre cause suffisante, si comme J'ay autrefoiz déclairé plus à plain.

» Item, par ce appert que le coup d'une chouse gettée ou traicte est plus grant non pas ou commencement du mouvement ne en la fin, et pourquoy aucunes foiz près du commencement, si comme de ce qui est traict droit en haut, et aucunez foiz plus loing du commencement et plus vers le milieu, si comme de ce qui est traict en travers; car le coup est plus fort là où l'isnelleté est plus grande.

» Item, et pourquoy une chouse qui est compacte et plus pesante, si comme pierre ou fer ou plum, donne plus fort coup et plus fort ject que une moins compacte, si comme seroit drap ou laine, car la cause est pour ce que telle chouse compacte reçoit plus l'impression de ceste qualité nouvelle qui fait la cressence de l'isnelleté, comme dit, que ne fait autre chose.

» Item, et pourquoy la chouse qui peut estre jectée par une vertu mieux que quelconque autre chouse est de certain pois, tellement que la vertu ne porroit si bien gecter plus pesante ne moins pesante; et auxi pourquoy plus grande vertu requiert chouse plus pesante quant au mieulx getter, et mendre vertu, moins pesante.

» Et la cause est : car si la chose est trop petite ou trop légière, elle ne peut tant recevoir de celle impression ou qualité nouvelle que j'ay devant nommée rèdeur.

» Et si la chouse gettée est trop pesante, la vertu ne peut faire grant violence a si grant pesanteur, et pour ce, qui veult très bien gecter une chouse, il convient que la vertu qui giecte et la chouse soient deuement proporcionnées une avec l'autre.

» Item, en mouvement naturel, si comme quant une pierre descent, ceste qualité est toziours conioincte ouvecques la pesanteur naturelle, et c'est la cause pourquoy la généracion de l'isnelté et de ceste qualité viennent toziours en cressant, car la pesanteur et la nouelle qualité tendent à un terme.

DOMINIQUE son» 11 i\ SC0LA8T1QU1 PARISIENNE

» Ifrm, et pour ce dit Aiisioie, ou xmu' chapitre, que si une chouse pesante descendoit toziours sans lin, L'isnelleté d'elle croistroit toziours sans fin, et auxi La pesanteur d<: elle. Et par cestc pesanteur doit estre entendue ceste qualité nouelle, car elle est connue pesanteur accidentelle, pource que, en ce cas, elle encline à descendre, combien que, en autre cas, elle enelinast en haut ou en travers ou autrement.

o Or avons doneques que nul mouvement de chouse pesante ou légière ne peut estre régullicr du tout, car il est moins isnel au commencement que après; combien que il soit possible, au moins selon ymagination, que la vertu mottive et la résistance soient tellement propoi données et modérées que aucune partie de tel mouvement seroit régulière, non obstant celle qualité dessus dicte. »

Comparée à la doctrine de Buridan, la doctrine d'Oresme, telle que ce texte la présente, offre avec celle-là de nombreuses analogies; mais elle offre aussi une différence qui met au compte d'Oresme la reprise d'une grave erreur abandonnée par ses prédécesseurs.

Aristote croyait que la vitesse d'un projectile continue de croître pendant un certain temps après que ce corps a quitté la main ou l'instrument qui l'a lancé. Albert le Grand et Saint Thomas d'Aquin n'avaient pas hésité à recevoir cette opinion erronée du Stagirite1.

Buridan et Albert de Saxe avaient eu la prudence de passer sous silence cette prétendue accélération initiale du mouvement des projectiles; on peut penser qu'ils n'y croyaient pas.

Oresme y croyait si bien qu'il ne s'est pas contenté d'en affirmer la réalité dans le passage que nous venons de rapporter; ailleurs, après avoir cité ce texte d' Aristote2 : «Une chose pesante ne seroit pas meue plus isnelment en la fin du mouvement que au commencement se elle estoit meue par violence et par trusion, car toutes choses meues par violence

i . Bernardino Baldi, Boberval et Descartes, I : Une opinion de Bernardino Baldi touchant les mouvements accélérés (Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui Vont lu, IV; première série, pp. 137-139).

1. Nicole Oresme, Traité du Ciel et du Monde, livre I, chapitre xviii; ms. cit., fol. 19, coll. b et c.

sont meues plus tardivement quand elles sont plus loing, » il ajoute ceci : « C'est assavoir vers la fin du mouvement; car vers le commencement, leur isnelté va en croissant, si comme d'un dart ou d'un vireton, comme il est meu par violence, et est une distance certaine où l'isnelté est la plus grande, et illuec seroit le plus grant coup; et après, l'isnelté va en appétissant. »

En accordant à ce phénomène imaginaire sa confiance très autorisée, Oresme l'a, semble-t-il, accrédité en l'enseignement parisien; aussitôt après lui, nous voyons1 Marsile d'Inghen s'efforcer d'expliquer comment Yimpetus, en se distribuant de meilleure manière au sein du mobile, commence par accélérer la marche de ce corps.

Ce fut, il faut bien le reconnaître, un fâcheux service qu'Oresme rendit par là au progrès de la Dynamique. Convaincus que la vitesse d'un mobile continuait à croître après l'instant de la projection et, d'autre part, mécontents de la théorie visiblement insuffisante de Marsile d'Inghen, les mécaniciens cherchèrent quelque autre explication de ce phénomène, dont la réalité leur semblait hors de doute; ils furent ainsi conduits à mettre sur le compte de l'ébranlement de l'air cette prétendue accélération initiale du projectile ; puis, tout naturellement, ils furent tentés d'attribuer à la même cause l'accélération qui se produit très réellement en la chute d'un corps grave ; ils en vinrent de la sorte à méconnaître l'heureuse et féconde explication de cette accélération que l'on pouvait la lire dans les écrits de Jean Buridan, d'Albert de Saxe et de Nicole Oresme lui-même. Nous avons vu comment cette tendance malheureuse, à laquelle le Doyen de Rouen avait communiqué un regain de puissance, a pu entraîner d'abord Léonard de Vinci2, puis Tartaglia, Cardan3 etDominique Soto4.

i. Jean I Buridan (de Béthuae) et Léonard de Vinci, V : Que la Dynamique de Léonard de Vinci procède, par l'intermédiaire d'Albert de Saxe, de celle de Jean Buridan. — En quel point elle s'en écarte et pourquoi. — Les diverses explications de la chute accélérée des graves qui ont été proposées avant Léonard.

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