‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 85 sur 127 · Pierre Mandonnet O. P., Op. laud., II* partie, p · texte numérisé non relu

Pierre Mandonnet O. P., Op. laud., II* partie, p

4. H. Deniile et E. Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, t. I, p. 228.

5. Bibl. Nat., fonds latin, ms. 16621; fol. 243, r* : Circa insolubilia queritur primo circa insolubile... fol. 247, v° : Explici t (sic) sophismata insolubilia magistri Gualterii de burlay anglici magistri théologie. Prantl (Geschichte der Logik in Abendlande, ITl**r Band, pp. 297 seqq.) ne connaît pas cet écrit de Burley.

6. Bibl. Nat., fonds latin, ms. n* i6i34 (olim fonds Sorbonne, n* 848); fol. 56, col. b.

Obligationes contenus en la Logique d'Albertutius, car celui-ci poursuit en ces termes :

« Si aillent aliquis voluerit videre sophismata alterius materie, perlegat tractatus de insolubilibas et de obligationibus quos alias scripsi, et in eis inveniet sophismata difficiliora et subtiliora sophismatibus predictis . Et hic finis. Deo gratias. »

Les traités d'Albert de Saxe marquent en quel honneur les exercices de Logique étaient tenus à l'Université de Paris vers le milieu du xive siècle; il ne semble pas, cependant, que ces exercices y eussent pris le pas sur toutes les autres études. Un logicien tel qu'Albertutius ne se consacre pas exclusivement aux habiletés de la Dialectique; ses Questions sur la Physique, sur le De Cœlo, sur le De generatione et corruptione nous montrent en lui un homme grandement soucieux des problèmes de la Physique; il n'apporte aucunement, en l'examen de ces problèmes, l'esprit de subtile chicane que développe aisément la continuelle analyse des sophismes. A côté de lui, un Nicole Oresme consacre la puissance de son génie à la Théologie, à la Morale, à la Science économique, à la Physique, aux Mathématiques; il ne paraît pas qu'il ait composé aucun traité de pure Logique.

A Oxford, au contraire, on croirait volontiers qu'aucun maître de quelque renom n'a omis d'écrire sur les Sophismata, sur les Insolubilia, sur les Consequentiae, sur les Obligationes. Avant Guillaume Heytesbury, nous avons rencontré Swineshead, Dumbleton, Glymeton Langley ; presque aussitôt après Heytesbury, nous trouverions Radulph Strodus et Richard Ferabrich. Non seulement tous ceux qui étudient consacrent une bonne part de leur activité aux exercices les plus subtils de la Logique, mais le personnage le plus en vue de l'Université, celui qu'elle choisit pour chancelier, celui que l'on nomme : « Solemnis Magister, potissimus et famosissimus flethysbery », n'a rien écrit qui ne soit consacré à la solution de sophismes; ses Régulée même, en effet, sous des titres qui semblent de Physique, ne sont que des règles propres à délier les sophismes que l'on peut tresser à propos de certaines questions de Physique.

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Et, en effet, le désir de découvrir partout dei occasions de se montrer habile dialecticien en dénouant des sophisme» compliqués ne tarde pas à envahir toutes Les études. I>a méthode Bcolastique n'était que trop Favorable à cette dispo sition d'esprit. Née «lit Sic et non d'Abélard, elle n'aborde jamais la démonstration d'une proposition qu'elle n'ait soigneusement exposé toutes les opinions qui vont à l'en contre de cette proposition aussi bien que toutes les opinions qui penchent vers elle; il lui faut alors réfuter une à une toutes les objections des adversaires, et dresser à son tour des objections contre chacune dès opinions qui devront être rejetées; la démonstration directe d'une vérité se trouve ainsi comme encadrée d'une foule de petites querelles accessoires. Assurément, une telle méthode, lorsqu'elle est convenablement pratiquée, se montre frappée au coin d'une très nette loyauté; elle ne laisse rien ignorer de ce qui peut être opposé au parti que l'on tient; elle ne permet pas de l'embrasser avant qu'on ne l'ait lavé de toute accusation. Mais cette méthode présente des dangers ; en cette multitude de combats singuliers que comporte toute démonstration, le champion de la vérité est grandement tenté de prouver qu'il est bretteur habile ; lorsque les adversaires viennent à lui manquer, il lui arrivera d'en susciter pour le plaisir de les battre ; contre l'opinion dont il est le tenant, il inventera de toutes pièces des objections sophistiques pour montrer qu'il sait les résoudre.

A ce travers, les plus grands des scolastiques n'ont pas échappé. On devine sans peine à quels excès ce vice intellectuel a dû se porter en une École dont la dextérité dialectique semble avoir été tout le souci. Tout problème de Théologie, de Morale, de Physique est devenu un prétexte à imaginer des difficultés captieuses et à en triompher par de subtiles roueries. Bientôt, la démonstration directe, destinée à donner de la vérité une aperception immédiate et face à face, a complètement disparu; on s'est imaginé que l'on avait établi une opinion lorsqu'on avait réfuté, en les acculant à quelques inconve/iientia, les opinions, réelles ou fictives, que Ton avait énumérées à rencontre de celle-là; on n'a plus employé que cette sorte de

démonstration par l'absurde, nullement convaincante d'ailleurs, car, bien entendu, rénumération des opinions possibles n'y était jamais complète ; tout raisonnement n'a plus été que chicane. L'idée, si féconde, que les intensités des diverses formes et qualités se peuvent mesurer ou, tout au moins, représenter par des nombres, est venue accroître encore l'épineuse subtilité de la Dialectique scolastique; en y introduisant les gradus, les formx uniformes, lesformœ uniformiter difformes, elle a donné à cette Dialectique une sorte d'accoutrement mathématique, et lui a fourni de nouveaux procédés pour forger des sophismes aussi bien que pour les briser; à ces arguties revêtues d'une parure arithmétique, on a donné le nom de calculationes. Les calculationes sont déjà nombreuses dans les Questions de Guillaume de Colligham, au De primo molore de Swineshead,en la Summa de Dumbleton ; elles envahissent tout, elles portent partout leur fausse précision et leur apparente rigueur, au Liber sex inconvenienlium et au traité de Riccardus de Ghlymi Eshedi, le Calculateur par excellence.

Les calculationes pénètrent alors partout, disons-nous ; elles pénètrent même et surtout en des domaines qui semblent, par nature, échapper aux prises du calcul; telle la Théologie. D'ailleurs, n'est-ce pas en discutant sur l'accroissement de la grâce en l'âme du chrétien que les' commentateurs de Pierre Lombard ont conçu la pensée de représenter par des nombres les divers degrés d'intensité d'une forme ou d'une qualité? Tout naturellement, donc, les maîtres d'Oxford, fidèles à la tradition de Richard de Middleton, ont été conduits à construire une Morale et une Théologie mathématiques où la ferveur de la grâce, où la gravité du péché s'évaluent en nombres comme nous évaluons le degré de la température ou le poids d'un corps.

Prenons, par exemple, certaines questions sur les Livres des Sentences ' que termine la formule suivante :

Expliciunt questiones magislri Richardi Kyluxuton super librum sente ntiarum.

i. Bibliothèque nationale, fonds latin, ms. n° 14576, fol. 117, col. a, à fol. 19g, col. d.

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Vinum scriptori debetur <le meliori,

L'auteur, que le copiste appelle Richardua Kyluxuton, est appelé Rioardus Gliqueton par un autre scribe < | « j i ;i dressé une table des matières1 du recueil manuscrit; peut être u'est-il autre que ce Richard Glienton ou Clymdon Langley que nous avons rencontré parmi les Logiciens.

Ouvrons cet ouvrage au hasard. Nous y trouvons que « le mérite s'évalue par la latitude que la grâce a acquise, et non pas seulement par le degré plus ou moins grand de la grâce ». Nous y voyons3 un amour de Dieu et un amour du prochain qui, tous deux, décroissent en progression géométrique de raison 1/2.

S'agit-il de prouver qu'en un certain cas, Platon ne pèche pas plus gravement que Sortes? Voici comment débute L l'argumentation : « Supposons que Platon, dans le cas donné, pèche plus gravement que Sortes; supposons que Sortes pèche au degré À et Platon au degré B, plus grave que le degré A.. L'excès de B sur A est divisible ou indivisible. Mais il n'est pas indivisible, car un certain excès, en matière de péché mortel, serait alors indivisible, et l'on prouvera plus loin que cela ne peut être. L'excès de B sur A est donc divisible. Je prends alors un degré de péché qui soit le degré moyen entre A et B ; soit G ce degré moyen. Quelqu'un pourrait, dès lors, pécher précisément au degré C... »

Entre le degré de mérite ou de démérite d'un acte et la vitesse d'un mouvement local, les comparaisons sont continuelles5; aussi rencontre-t-on fréquemment des phrases telles que celles ci6 : « Si deux actes vicieux sont continués uniformément pendant la durée d'un jour naturel, ils croîtront également pendant ce jour... »

Ne croyons pas que Maître Kyluxuton fût, à Oxford, le seul

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