Hentisberi Op. laud., éd. cit., fol. ko, col a et col. d
3. Gulielmi Hentisberi Probationes conclusionum in regulis positarum. Conclusiones déclarative de motu locali. cap. i, art. 9 (Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso... Venetiis, i4q4; fol. 198, col. d, et fol. 199, col. a),
Les écrits de William Heytesbury sont bien dignes de remarque en ce qu'à côté de la notion de vitesse d'un mouvement varié, nous y voyons apparaître, bien qu'encore confuse, la notion d'accélération d'un tel mouvement.
En son traité De tribus prsedicamentis, Guillaume construit divers sophismes touchant l'accélération (intensio) du mouvement; pour les résoudre, il distingue1 entre la latitudo motus, qui est la vitesse, et la velocitas intensionis vel remissionis motus; celle-ci s'évalue par l'acquisition ou la déperdition de celle-là; cette velocitas intensionis vel remissionis motus n'est autre que l'accélération positive ou négative.
A ce sujet, il écrit le remarquable passage que voici2:
« Un corps peut se mouvoir plus rapidement et un autre plus lentement; un corps peut accélérer (intendere) son mouvement et un autre le ralentir; ainsi arrive-t-il qu'un mobile accélère plus vite (intendit velocius) son mouvement et un autre plus lentement; la même chose peut arriver pour des corps qui ralentissent leur mouvement. De même, donc, qu'en un mobile qui part du repos, on peut imaginer une latitude de vitesse (latitudo velocilatis) qui monte indéfiniment, de même y peut-on imaginer une latitude d'accélération ou de ralentissement (latitudo intensionis et remissionis) selon~ laquelle un moteur peut accélérer ou ralentir son mouvement avec une vitesse ou une lenteur variable à l'infini. Cette latitude-là se comporte à l'égard de la latitude du mouvement comme le mouvement se comporte à l'égard de la grandeur ou quantité qui est susceptible d'être parcourue successivement d'une manière vraiment continue (Et illa latitudo consimiliter se habet respectu latiludinis motus sicut se liabet motus respectu magnitudinis et quantitatis continuai vere pertransibilis successive). »
On définit souvent l'accélération comme la vitesse de la vitesse; par là, on ne fait que reprendre l'idée que nous venons d'entendre exprimer par Guillaume Heytesbury.
1. Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso Venetiis, 1/194;
fol. 4^» col. d.
3. William Heytesbury, loc. cit., éd. cit., fol, 4/4, col. b.
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D'ailleurs, en ses Probationes conclusionum, celui <-i ne parle jamais d'un mouvement uniformément difforme, m;ii-> d'un mouvemenl dont L'intensité croît uniformément (uniformiter intenditur) , ni d'une latitude uniformément difforme, mais d'une la titudo uniformiter acquisita vel deperdita; L'idée d'aci lération uniforme semble précéder en sou esprit celle de mouvement uniformément varié.
Mais cette différence de langage que l'on peut noter ici entre les Regulae solvendi sophismala et les Probationes conclusionum nous peut suggérer un doute : Ces écrits sont-ils bien, tous deux, de William Heytesbury?
Les Probationes constituent un commentaire suivi des Regulœ. Que le Chancelier d'Oxford se soit ainsi commenté lui-même, c'est déjà un juste sujet d'étonnement. C'en est un autre, et bien plus puissant, de constater une extrême différence entre les manières de raisonner et d'écrire dont aurait usé le même auteur selon qu'il composait les Regulae ou les Probationes. Les Regulx sont un type de cette argumentation désordonnée, enchevêtrée, sophistique, qui était de mode à Oxford et dont Heytesbury ne s'est point départi en ses autres écrits; par l'ordre, par la clarté, par la sobriété, par la rigueur, les Probationes rappellent les écrits de Buridan et d'Albert de Saxe; à ces maîtres, elles empruntent, la plupart du temps, et leurs raisonnements et leur style. Il nous paraît fort malaisé de ne pas regarder les Probationes conclusionum comme un commentaire composé par quelque maître parisien, par quelque disciple d'Albert de Saxe, sur les Regulœ solvendi sophismata dues à William Heytesbury.
Quoi qu'il en soit de la supposition que nous venons d'émettre, les commentateurs italiens se chargeront de préciser les indications, relatives à l'idée d'accélération, que le Chancelier d'Oxford a données.
D. Le Tractatus de sex inconvenientibus.
Jamais, à l'Université d'Oxford, l'évaluation du chemin parcouru dans un mouvement uniformément varié n'a revêtu
la forme si claire et si précise que Nicole Oresme lui avait donnée par l'emploi des coordonnées.
Prenons, par exemple, ce Tractatus de sex inconvenientibus dont l'auteur écrit après Heytesbury et, partant, très certainement après Oresme.
Ce traité appartient à la même famille que le De primo motore de Swineshead et que la Summa de Dumbleton ; pour nous en convaincre, il nous suffira de parcourir la table des matières de l'ouvrage complet, table que conserve un des textes manuscrits de la Bibliothèque Nationale1.
Voici cette table où plusieurs questions principales sont accompagnées d'articles, consacrés à des sujets connexes, qui y sont intercalés:
Prima quœstio: Utrum in generatione formx sit certa ponenda velocitas.
Articulus I : Utrum generans tantum loci contribuât quantum forma?.
Art. II : Utrum ex coloribus extremis intermedii generentur colores.
Art. III: Utrum cœlestia corpora génèrent qualitates primarias, lumine mediante.
Secanda quœstio: Utrum in motu alterationis velocitas sit
signanda vel larditas.
Art. I: Utrum magnes suppositum sibi ferum sufficiat attrabere. Art. II : Utrum altéra tio medii luminosi sit subita in distanti. Art. III: Utrum quodlibet alterans in agendo repatiatur.
Tertia quxstio : Utrum augmentalum continuum in augendo
velocitet motum suum.
Art. I : Utrum rarefactio sit possibilis.
Art. II: Utrum rarefactio sit motus ad aliquam quantitatem.
Art. III: Utrum rarefactio sit per rarum et densum.
Quarta quœstio : Utrum in motu locali sit certa servanda velocitas.
Art. I. : Utrum velocitatio motus gravis sit ab aliqua causa certa.
Art. II: Utrum velocitas motus sphaerae cujuslibet pênes punctum vel spatium aliquod attendatur.
Art. III : Utrum velocitas omnis motus uniformiter difformis incipiens a non gradu sit aequalis suo medio gradui.