‹ Études sur les arts au moyen âgeChapitre 12 sur 61 · Dana le déparlement de la Vienne · texte numérisé non relu

Dana le déparlement de la Vienne

2, Rapport au miutBlro de l'iiitérieur, 1S31, pa^ 35.

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mesquioe et ta plus fausse de ces grandes créalîons d'architeclure et de sculplnre, si, dans sa pensée, on ne les rfive pas couvertes du liaut en bas de couleurs et de dorures, i

Pour expliquer comment le goût de ladÈcoratiun polychrome s'est perdu parmi nous, il faut se reporter au temps où l'art, transformé sous une influence étrangère, subit en France une transformation complète. Le xti* siècle, si glorieux pour rita1ie,estmarqnË dans l'histoire de notre architec- Inreparl'abandon de ce stylesque nous pouvons appeler national, et auquel nous devons tant de monuments originaux. D'Inventeurs qu'ils étaient, nos artistes devinrent d'ingénieux copistes, qui mirent leur gloire à reproduire et à naturaliser, pour ainsi dire, en France les chefs-d'œuvre admirés dans d'autres pays. Dès ce moment, tes arts du dessin , qui jusqu'alors avaient été cultivés à ta fois par les mêmes hommes, ou, du moins, soumis ù une direction unique, se divisèrent et de> vinrent comme indépendants les uns des autres. Au moyen âge, le génie, aveugle peut-être en son ambition, aspirait ù l'universalité. La renaissance, plus froidement pratique, ouvrait aa (aient ane multitude de routes distinctes : il devint plus facile d'atteindre le but; )a raison l'avait abaissé, ou plulât chaque artiste s'en était fait un & sa portée

et pour lui seul. Le sculpteur s'éloigna do l'arclii- (ecte, le peintre da sculpteur, et, si quelquefois ils se rènnircnt encore, ce fut dans une espace de lutte, où chacun s'cHorça de prouver la supërioritâ de son art et d'enlever h son ômule les suffrages du public. La peinture murale, ftorissante au del&des monts, se perdit en France, soit parce qae nos peintres furent assez modestes pour reconnaître leur infËrioril6 vis-ù-vis des maîtres italiens, soit parce qu'ils farent assez orgueilleux pour rougir da litre de décorateur. Le perrcctionncroent des procËdcs matériels leur permit de faire de leurs tableaux des meubles, en quelque sorte, dont le Uni et la délicatesse devinrent le mârite principal, et qu'on pouvait vendre ou échanger, comme un canàËlabre ou bien un vase ciselé, à chaque variation de la mode. Réduites à de fuiblcs proportions, les compositions peintes œsstircnt de se produire dans nos églises, ou ne s'y montrèrent que par hasard, n'étant déjà plus considérées comme nécessaires à la décoralton. Au lieu de se concerter avec l'architecte pour embellir la maison de Dieu, le peintre suspendit ses tableaux au jour le plus favor.tblc, heureux s'il pouvait attirer sur son œuvre une attention exclusive. En même temps, l'cffaiblisscmcnt des croyances religieuses, les railleries da scepticisme, l'oubli des traditions, et, il

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fout l'avouer aussi, le rafûnemEnt du goût, ameo^ rent rinâitTéreace et bJeaUt le mépris pour les anciennes peintures, productions d'une époque que déjà l'on tanait de barbarie. L'action seule du temps snrGsait pour altérer oa détruire, dans la plupart de nos grands édifices, une décoration Daturellement peu durable ; les ravages de la guerre, l'ignorance, et surtout les caprices de la mode, se réunirent pour la faire disparaître plus rapidement. Mais, je n'hésite point à le dire, oi les fureurs iconoclastes du protestantisme, ni le vandalisme Btupide de la Révolution, n'ont imprimé sur nos monuments des traces aussi déplorables que le mauvais goût du xviii» et du xii° siècle. Les barbares laissaient au moins des ruines : les prétecâus réparateurs ne nous ont laissé que leurs tristes oavrages.

L'existence d'une vaste église conservant encore on ensemble immense de peintures muraies, qui remontent à une époque fort reculée du moyen fige, est une espèce de prodige aujourd'hui : aussi l'on n'eu cite plus qu'une seule en France, c'est Saint-Savin. Après huiC siècles, ses fresques subsistent, et, bien que dégradées, elles offrent toujours an Taste sujet d'études i l'artiste et à l'anliquaire. Depuis peu d'années seulemont, elles sont I objet de la sollicitude d'une admiaistratioD

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L'ËGLISB DE SA.INT-3AVIN. B»

èclairée,etrauleur de ce travail s'applaudit d'avoir, an des premiers, signalé son imporlance. Des sommes considérables accordées par U. le miaistre de l'intérieur pour les réparations de l'égliae. les soins minutieux et intelligenls qni dorénavant oe leor mani]aeront plus, permettent d'espérer que ces grandes compositions auront encore une longue durée. Malheureusement, les secours ont été tardifs, et ne pouvaient d'ailleurs avoir d'autreelTet que de recalerl'époqued'uDe destruction complète. Chaque jour, cependant, doit effacer quelques traits, alTaililir quelque couleur. Le seul moyen de conserver efficacement ces peintures, ou plutôt d'en perpétuer le souvenir, c'était de les reproduire par le dessin et la gravure. Tel «st le but d'une publia cation qae M. Villemain, ministre de l'instruction publique, abien voulu autoriser avec sa libéralilë ordinaire'. Le talent du dessinateur, M. Gérard Seguin, les ressources fécondes de l'industrie moderne, garantissent la fidélité de la copie, et, s'il est impossible de reproduire ces peintures telles qu'elles furent autrefois, on a pu du moins donner "idée la plus esacte de ce qu'elfes sont aujourd'hui. Chaîné * de rédiger ce travail sur les fresques

l.PeM»rtt de l'églit» d» SaiKt-SaH», imprinuri* rofale; i. Pu le«omit« daB arta et moaiUUtQts.

dcSainl-Savin,j'aipeiiséqucmat&cheneseborQail pas b. rÎDterprëlalion des sajels peints sur lesmun de l'église; il m'a semblé que je devais encore rechercher l'origine, la date, les procédés matériels de ces peintures. Dès lors, une étade complète de l'église qui les renferme m'a paru nécessaire. En clîet, dans l'absence ou l'insuffisance des renseignements historiques, les caractères particuliers ï l'architecture du monument peuvent nous fournir des tëmoignoges de la plus haute importance. Il était difdcile d'ailleurs de séparer la peinture de l'architecture dans l'œuvre d'une époque où elles étaient si étroitement onies; cnlin, l'abbaye de Saint-Savin offrant dans ses fresques un système de décoration complet et original, c'eût été ea méconnaître l'harmonie que de ne pas le considérer dans ses rapports avec la dispositioD architeclooique de l'èdilice.

Je décrirai donc d'abord l'église telle qu'elle existe actuellement, et je m'occuperai ensuite de rassembler tous les documents historiques que j'ai pu recueillir sur l'abbaje de Saint-Savin '. Je

1. M. la maire de PoilJers a bien tduIu m'eoiojet eo comtnunicalion tes deux volumes du recueil da dom Fouteueau, qui coDtieDMDt un crrtaÎD nombra de pièces relaliTet k l'abbaj* de Saint-Savin ; cea renseignements m'ont été de la plus grande utilité pour mon travail. Je dois encore des remercimenti au Mvaat M. Eedel, Krchiviste da la préCeetura da la Vi«iuie,

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coœmeDcerai par un abrégé de la légende du saint dont elle porte le nom. Dien que absolument dépourvue de toute critique historique, cette légende conserve le souvenir d'une tradition évidemment fort ancienne, et dont il était impossible de ne pas tenir compte. Elle est, en outre, nécessaire à l'intfilligence d'une partie des peintures qui retracent la vie de saint Savin.

J'écris l'histoire d'un monument, et non celle d'une communauté religieuse : anssi je m'attache-

qui m'a indiqué avec b«ftacoap de complaisance quelque» documenls curieux conservés dans le dépût important conHé i

■ Dom Léonard Fonteneau, né & Jully, diocèse de Bourges, a Tait proressioa, à l'&ge de vingt et an ans, dans l'abbaje de Saint-Alljre, à Clermont, le 7 septembre 1726. Il entreprit en 1741, conjointement avec dom UarJe-Joseph Boudel, nonseulement de IrsTsiller à l'histoire du Poitou, mais encore à celle lie toute l'Aquitaine. La mort ajaot enlevé son compagnon d'études en 1743, il ne perdit pas courage. Il s'appliqua sens ret&che à la recherche des diplômes, chartes et autres monuments relatifs à l'histoire des provinces de Poitou, d'Aunis et de Saiiitonge. 11 a collationné ses copies sur les originaux avec beaucoup de soin et d'eiactîtude. Ces matériaux, ramassés pendant vingt'Sept ans et mis en ordre, Torment une collection trË a -nombreuse, o (Notice de dom Taasin, Hiitoire litl. de la coagrëgation de Saint-Maur.) Les manuscrits de dom Fontenenu, conservés à la bibliothèque de Poitiers, composent qaatre-vingtsept volumes in-rolio. Voir l'intéreaeante notice publiée sur les travaux da ce laiiorieux bénédictin par H. Foucart, dans la tome II des néiaoiiet dt la société des Antiquaim de l'Ouesî.

Le recueil de dom Ponteneau contient, outre un aseei grand nombre de chartes, diplômes, actes judiciaires, etc. : quel

rai principalement aux faits qui ont quetqae rapport à la foodalion, à l'agrandissem^t, à la dégradation de l'église. Toutefois, je aoterai avec soin les périodes de prospérité de l'abbaye et celles de décadence ; car, de même que les richesses de aes religieux ont eu la plus grande inflaeDce sur sa décoration moBumentale, de même sa pauvreté l'a préservée des altérations que tant d'autres églises ont subies aux époques de révolutions dans les arts. ,

qoes mémoires maDascrits lur l'abbij* da Saint-SaTiQ. Plusieurs de ces mémoires me sembleai des copies oa des abrégea du même ouvrag'e, que. d'après une note inscrite sur l'un des maouscriis, je crois devoir attribuer i. dom Noieraau, de la congrégation de Saint-Maar. Je n'ai pu, d'ailleurs, me procurer aucun renseignement sur ce religieux ou sur ses ouvrages. Pour la rédaclioQ de cette notjce, je me suis serri priucipalemeDt d'un manusorit de la mâme collection, écrit eu latin par dom EaUannot,- qui paraît avoir visité l'abbaye de Saiol-Sayin et eiploré ses archives avec un soin particulier. Dom Claude Estieanot de la Serre , né à Varennes, diocËse d'Autun, en 16J9, prit les ordres dans l'abbaje de Vendùme en IfôS. 11 fut iuUmeiuent lié avec Mabillon, et flt avec lui, à pied, le Tojage de Flaadre. Il loourut en 1699, daiis les bras de B. de MoniCaucon. Sesmanuscritafon>aîeDt quarante-cinq lolumea in-folio, presque toiia écrits de sa mam. « Ce ne sont pas seulement des copies, dit dom Tassin ; on y rencontre souvent des notes trèa-judicieuses qui supposent un goût eiquis, une grande juslesse d'esprit et une profonde érudition. • Las manuscrite de dom lËstiennat Ont été mis en œuvre par Mabillon, les auteurs du GalliaCliniliana, dom VaJssetle, dom Bouquet, etc. : Mabillon le cite souvent soua le nom de Slephanotius. (Voir dom Tassin, Hislotre liOéraiTedt la congrégaliott de Sainl-Maur,. fs^a 177 et suivanl^a.)

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L'ËGLtSE DE SAINT'EAVIN. 03

Après avoir comparé enire eux les renseigaemeiits que dous aaront fournis l'histoire et i'ètiid« dn mcmoment, j'exasainerai les procédés d'eKécution et les caractères généraux des peintures; j'essayerai d'en indiquer l'âge, et mCme de présenter l'hypothèse la plus probable, à mon avis, sur leur origioe. La dernière partie de ce travail sera consacrée à l'explication des peintures.

Quatre visites à l'abbaye de Saint-Savin m'ont permis d'étudier son architecture avec tout le soin qu'elle mérite, et [e concours le plus généreuïde la part d'artistes et d'antiquaires instruits ne m'a pas manqué pour l'accomplissement de ta tâche que j'avais entreprise. M. Denuelle, qui a séjourné assez longtemps à Saint-Savin depuis que les travaux de restauration ont fait découvrir des fresques inconnues il y a peu d'années, a bien voulu mettre 6 ma disposition plusieurs beau:! dessins inédits. M. Joly Leterme, architecte de l'église, m'a communiqué ses plans et une foule d'observations importantes. M. Viollot- Ledue, qui m'avait accompagnii dans mon dernier voyage, m'a ouvert son précieux portefeuille. Je dois enfin à M. de Chergé, correspondant du minislère de l'intérieur, et l'un des antiquaires les plus savants et les plus zélés du Poitou, beau-

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coup de renseignements utiles sur un monument qu'il connaît depuis son enfance. Je suis heureux d'olTrir ici à ces messieurs l'exprcssioa de ma recoDuaissanco.

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DB8CRIPTI0K DB l'ÉGI.ISB

L'Ogliscda Sdiiit-Savin est située dans une vallée étroite, ou, pour mieux dire, dans un de ces longs l'iivius qui silluniicut et séparent les grands plateaux du Poitou. DaDS le thalweg du ravin '^oale, du sud vers ie nord, la Gartempe, petite rivière qui va se jeter quelijucs lieues plus loin dans la Creuse; l'apside de l'église n'est séparée de la rivière que [lar un clicmin large de quelques métrés. Malgré sa flèche fort élevée, on n'apergoil l'abbaye que lorsqu'on en est assez prés, et, pour juger de lagran deur de l'église, il faut la regarder du haut des plateaux qui la dominent. On sait que la plupart des monastères de l'ordre de Saint-Benoît sont situés, comme Saint-Savin , dans des vallées profondes.

Sauf la fléclic dont je viens de parler, et qui es'

00 btudes sud les arts au moyen agk.

une addition évidente du xv" siècle, tout l'édifice présente, au premier coup d'œit, l'apparence d'une construclton homogène etd'un même jet, si l'on peut s'exprimer ainsi. Dans son ensemble, de même que dans ses détails, il offre ud type très-complet de l'architecture romane, telle qu'elle se montre dans le Poitou, pendant la première moitié du xi* siècle. Plus lé;h'ères et plus élancées que dans le nord de ta France, les églises poitevines se distinguent par l'absence de irîforium et de fenêtres dans la nef centrale. Celle-ci n'est éclairée que parles fenêtres des collatéraux, qui, par une conséquence nécessaire, ont lears voûtes presque aussi hautes que celles de la Def centrale. Cette disposition caractéristique, et presque constante dans le Poiloa et la Saintonge, se retrouïe à Saint-Savin trèsdistinctement exprimée.

L'église, régul ièrement orientée, a la forme d'une croix latine. Ses transepts sont fort courts. A rentrée de la nef s'èlère une tour carrée, surmontée de la haute ilèchc dont j'ai déjà parlé. Le chœur est entouré decinqchapelles;de&x autres s'ouvrent dans les transepts. Les murs sont élevés, d'appareil régulier à l'extérieur, flanqués as nord de contre-forts puissants, mais qui, je le crois, sont des additions au plan primitif. Au sud, les cloîtres et les b&timents réguliers de l'abbaye, contre-bou-

tant les murs latéraux, ont suppléé au peu de sai^ lie des contre-forts, très-faibles de ce cdlé. A Saint- Savin, ce qui frappe surtout le roysgeur habitué à la richesse des églises poitevines, c'est la nudité des manilles, l'absence piesqao complète de tonte sculpture, enfin une apparence austère, qui suffirait à faire assigner une date très-ancienne à l'église, snrtont si on ta compare aux églises voisines, dont les plus pauvres étalent souvent un luxe d'ornementation remarqnable.

On peut diviser l'église de Saint-Savin en quatre parties distinctes, sur lesquelles, pour plus de clarté, j'appellerai successivement l'attention du lecteur : ce sont le porche et la tour qui le surmonte, la nef, les transepts, le chœur. Je terminerai cette description en ajontant quelques observations générales sur la construction de l'église.

A. — Vestibule.

De la place du bourg, on descend par quelques marches dans le vestibule placé sous la tour. La porte d'entrée est moderne ; mais il est facile de voir que ta porte qu'elle a remplacée devait être encoie plus étroite et tout aussi dépourvue d'ornemen* tation; elle annonçait plutût l'entrée d'une forteresse que celle d'une édifice religieux. Cette appa-

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rence militaire est aussi celle de la partie inférieure de la tour, carrée, Irès-solidement bitie, flanquée de contre-forts épais, avec deux fausses arcades sur cliacuoe de ses faces. Dans la maçonnerie qui remplit les arcades du cûté de l'orient, on aperçoit de longues ouvertures destinëcs & la manœuvre d'un pont-Icvis. On doit noter que ta maçonnerie de la lonr ne se lie pas à celle de la nef. Plus tard, j'aurai occasion d'exposer mes conjeutures & ce sujet, en m'occupant de l'histoire da monastère. Le vestibule est une salle carrée, basse, recouverte par une voûte cintrée en berceau, renforcée dans son milieu pas un arc doubleau trts-^pais. Pas une colonne engagée auprès de la porte qui donne dans la nef, pas une moulure, pas ta plus lépêrc trace d'ornementation sculptée. La décoration ne consiste qu'en peintures, dont j'aurai tout & l'heure à rendre compte. A gauche, au fond du vestibule, s'ouvre une porte, donnant sur un Cï^calicr en vis, pratiqué dans une tourelle accolée & la tour carrée, qui conduit aux combles de l'église et à une tribune élevée au-dessus du vestibule, laquelle communiquait autrefois avec la nef par une large arcade' ; cette pièce, que j'appelle tribune, se retrouve dans beaucoup d'églises ro-

1 . Celte arcade «si bouchée ; aujourd'hui, ua kutel, éTÏder.w mcDt moilBrue, est placé Mt-devaDt

mancs et même gothiques: il est malaisé d'en déterminer l'usage. Souvent on y trouve un autel, quelqueloia une cheminée, en sorte que deux destinations fort différentes semblent avoir été données i la tribune: l'une en ferait une chapelle, l'autre an lieu privilégié pour assister aux oOices sans se mêlera la foule. Aujourd'hui, la tribune de Saint- Savin ne reçoit Ki lumière que par les ouvertures destinées à la manœuvre du pont-levis. Autrefois, elle tirait du jour de la nef; peut-être y avait-il originairement des fenêtres à l'orient, que l'on aurait bouchées pour les remplacer par les longues baies du pont-levis. Cependant, je ne vois aucune trace de cette disposition dans l'appareil, cl je serais plutftt porté à croire que le pont-levis appartenait à l'époque de ta construction primitive '.

De même que le vestibule inférieur, la tribune est couverte par une voûte cintrée, renforcée par un arc doubleau qui la divise en deux parties égales; elle est, comme le vestibule, dL^pourvue de -toute ornementation sculptée. Je reviendrai sur sa décoration peinte, retrouvée depuis peu de temps , mais malheureusement trop dégradée pour qu'il fût possible de la reproduire aujourd'hui.

I. On du moins i l'époque de In construclioa de l'église. Ja «reli la ba«e de k lour plus

La grande nef de l'église est vaste, et tri^s-haate si on la compare anx constractions romanes du nerd de la France; elle eat également remarquable parla légèreté des piliers ou plutôt des colonnes qui soutiennent les roules, et rappelle par son apparence les basiliques romaines. Les collatéraux, d'une hauteur presque ^gale à celle de la nef centrale, ont de grandes fenêtres en plein cintre, percées à peu pi i^s à la hauteur des arcades de la nef. Destinées à donner du jour à toute l'église, on conçoit pourquoi, dans leur disposition et leurs proportions, elles n'ont rien de commun arec les fenêtres romanes du nord de la France *. J'ai déjà dit que la plupart des églises du Poitou étaient construites dans le même système: Saint-Savin' en offre un des exemples les plus anciens, et la cathédrale de Poitiers un des plus modernes.

Les voûtes de la nef et celles des collatéraux sont épaisses, en plein cintre et en berceau, les unes et les autres sans arc doubleau, si ce n'est aux trois premières travées, à partir de la porte

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" L'EGLISI! DE SAtNT-SAVlN. Il

occidentale. Dans cette partie de l'église, l'arc doubteau n'a point pour but d'ajouter à la solidité de la voàte; il est destiné plutôt, ce me semble, à marquer une division dans la nef. Cette division est encore mieux indiquée par la fonue des piliers. Les denx premières travées s'appuient sur des piliers formés par un faisceau de quatre colonnes engagées ; vient ensuite ua autre pilier carré avec une colonne engagée sur ses quatre faces. Dans ia nef, au Heu de piliers, on ne trouve plus que de longues colonnes cylindriques. Ne pouvant attribuer luie différence si marquée dans la forme des piliers à un changemeot dans ies plans de l'architecte, encore moins à des époqnes de construction distinctes, je pense qu'il faut y voir l'intention de GQQseFver un souvenir de la disposition particulière aux premières basiliques chrétiennes. ■On sait que, pendant longtemps, une place fut réservée vers l'entrée de la nef, aux catéchumènes et aux excommuniés. Cette place, marquée par une barrière plus ou moins fortement accusée, s'appelait le rarthex intérieur. A Vezelay, à Tournus, des portes séparent le narthex intérieur de la nef. A Saiot-Savin, toute barrière a disparu; il ne reste plus qu'une indication de séparation, souvenir traditionnel d'unedisposition qui peut-être n'avait plus d'objet à l'époque où on l'exprimait de la sorte.

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L'omemenlalion de celte partie de l'église se distingue encore de celle de la nef à proprement parler: dans les truv6es du narthex, les chapiteaux, presque nus, De préseateut q.u'une corbeille lisse, avec des saillies au sommet qu'on peut considérer comme des rudiments de volutes ; Ifs chapiteaux de la nef ont une forme toute diUérente : leur corbeille, fort évasée, est entourée de rinceaux et d'entrelacs, d'un travail grossier sans doute, mais qui dénote pourtant quelque recherche. On verra tout à l'heure que l'on s'est efforcé de donner encore plus de richesse aux chapiteaux des colonnes qui entourent le chœur. Au reste, on se ferait l'idée la plus inexacte de la sculpture poitevine, si l'on en jugeait par les chapiteaux de Saint-Savin. Ces derniers se font remarquer par leur rudesse, dans une province où la sculpture d'ornementation est parvenue de bonne heure à l'élégance la plus raffinée.

Les colonnes do la nef n'ont point de base, à moins qu'on ne veuille donner ce nom h une faible saillie, sans la moindre moulure, ménagée au bas du fût, à quelques centimètres au-dessus du pavement.

L'axe de la nef ne correspond point exactement à celui du chœur, et les piliers de la nef sont fort mal alignés. Ces irrégularités tiennent, soit U une

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oégligeDCe Irès-commuoe à l'époque romane, doit à one cause particulière que j'aurai plus tard h rerfiercher.

J'ai encore à répéter ici ce que je disais tout à l'heure de l'absence de décoration sculptée dans le vestibule. Je citerai comme un fait caractéristique la nudité des fenêtres, sans archivoltes ornées, sans colonnes engagées. Sauf les chapiteaux, on ne voit pas trace de sculpture dans toute la nef.

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