C. — TraneepUi
Les piliers placés au centre des transepts, et destinés à soutenir la coupole et le clocher, ayant une très-forte saillie sur l'alignement des colonnes de la nef, le chccur est masqué en grande partie au spectateur entrant dans l'église, qui, de loin, pourrait croire que, pour arriver au maître- au tel, il a une porte à franchir. Celte disposition nuit t l'effet pittoresque qu'on pourrait attendre de la grandeur réelle de l'édifice, et a, de plus, ce désavantage, qu'elle empêche de voir le chœur du point de vue où. le cbevet et les chapelles qui l'entourent paraîtraient de la manière la plus favorable. A Saint-Sernin de Toulouse, on observe une disposition semblable, mais elle n'appartient Das au plan primitif. L'érection tardive
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1i fiTUDBS SUR LES ARTS AU MOYEN AGE.
d'une très-hasle tour au-dessas de la. caapoie dos transepts a nécessité le renforcement des fntiers an centre de l'église. Ici, l'on serait tenté, aa premier abord, d'attribuer à ua motif analogne lasaiU lie eitraordinaire des piliers des transepts, ^n eiameu pluâ attentif ne permet point cependant d'admettre cette hypothèse. En effet, le clocher a des proportions médiocres, et rien dans ses détails ne semble appartenir à une époque postérieure k la construction générale. Le rétrécissement disgracieux de la nef et la saij lie de ces piliers pourraient s'expliquer simplement par la timidité ordinaire aux premiers architectes de l'époque romane. Bien différents de leurs successeurs, qui recherchaient tes construetioss difficiles et hardies, ils craignaient de donner à leurs voftles nae portée trop grande, el exagéraient la force des massifs destinés à les soutenir. Je reviendrai, aa reste, sur ce point, et je proposerai uneaulre explication, peulélre pins satisfaisante, qni me sera fournie par l'histoire du monastère.
Les croisillons des transepts sont fort conrts, et lears murailles absolument nues. Chacun a une petite chapelle semi-circulaire qui s'ouvreà l'ouest, et qui forme comme la base de la couronne d'apsides et d'autels qui entoure le chevet.
An xrii* siècle, on ayait fa t une sacristie dam
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L'SGLISE de 5AINT-3ATTN. 75
lê croisirioQ nord, au moyen d'nn utor qui l'isolail da reste de l'Oise. En démolissant ce raar, au commencement de la ppéscnle année(184S), on l'a tronré formé en partie de débris scniptés, apparte* nant, comme il semble, an xii* ou au xm" siècle. Le fragment te plus considérable et le plus curieux est une grandestatue d'ange, complÉtement peinte, mats malheureusement mutilée. Hle était encastrée dans le mur du transept, sous la retombée de ['■arc que forme l'ouverture de l'apside. Il est éïi- (lent qu'elle n'avait été mise là qn'& une époque assez récente, et pour faire office de moellons. On ignore oh elle a pu être placée dans l'origine.
Un peu plas loin, à l'angle reotraot du même croisillon , le long de la muraille orientale du transept, entre le mur nord et l'apside, on a trouvé en Î844 un tombeau de pierre déforme trapézoîde, composé de deux pièces : l'une en façon d'auge, avec une place creusée et arrondie pour la télé du cadavre ; l'autre servant de convercle, plate en dessous et présentant à l'eilérieur un angle trèsobtus. Sar le côté plat, à l'intérieur, on lit l'inscription suivante, tracée en creux :
HIC RCDVICZeTODO ABBAZ
Cie Rei^aiescit Odo Abbal
Les caractères sonl irès-frusles et de la forme la plus barbare. Il paraît que ce tombeau aurait élé déjà fouillé, car on n'y a trouvé ni ossements, ni aucun de ces objets que renferment d'ordinaire les sépultures du moyen ftge. La tête du mort, ou plutôt la partie du tombeau destinée à la recevoir, était tournée au nord.
On connaît deux Odon, abbés de Saint-Savin, — le sixième et le neuvième ; — l'un mort eu 942, l'autre vers le milieu du xi« siècle. Il est impossible de déterminer aujourd'hui auquel des deux appartient ce tombeau. D'ailleurs, il est si étrange de tracer une inscription à l'intérieur d'un sépulcre, qu'on se demande si le couvercle n'a point été retourné et taillé pour une nouvelle destination. On pourrait peut-être expliquer cette inscription cachée, par un motif d'humilité, qui aurait porté l'abbé Odon à vouloir dérober sa dépbuiile mortelle aux hommages de ses successeurs immédiats.
Dans l'apside de l'autre croisillon, el dans l'épaisseur du massif de maçonnerie qui supportait l'autel, on a découvert tout récemment un tombeau en pierre dont l'origine est inconnue. D'après sa forme, et surtout d'après l'ornementation des chapiteaux des colonneltes qui le soutiennent, on doit présumer qu'il remonte aux premières années
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du xiu^ siècle. Sa disposition m'a paru curieuse,'
Un peu plus loin, et dans le mur même, on a trouvé une fiole en verre blanc, de forme allongée, avec un goulot étroit, scellée à ses denu extrémités du sceau de t'abbaye, et renfermant une substance jaun&tre qaî s'est solidifiée aprèsavoir été liquide. Auprès de la fiole était un méreau de l'ordre de saint BenoU, portant les initiales ordinaires de ces sortes de jetons*. La forme de la fiole, celle du cachet, enfin ta présence du méreau ne permettent pas, de croire que ce singulier dépôt ait été fait & une époque fort ancienne. Très-probablement, il ne remonte pas au delà du xvii* siècle. Pourquoi ces objets ont-ils été cachés de la sorte dans l'intérieur d'un mur? C'est ce qu'il serait, je crois, difficile de deviner aujourd'hui.
Du croisillon sud, on passait autrefois dans le cloître et dans les bâtiments réguliers de l'abbaye.
1. An droit, le monogramme IHS ; une croix au-dcasut et trois clous au-dessous ; puis tes lettres suivantes disposées en cercle : fVRSNMSVtSMQLIVB, c'eal-à-Jire « Vade Relro Satanss; Nuaquam Miht Suade Vnna-, Sunt Mala Quee Libas; Ipse Venena Bibas.i Revers:uae croix ancrèe,avec lea iniiiates suivantes : sur k ligne horizonlale, NDSMD, a Non Draco Bit Mihi Dui; » sur la ligne verticale, CSSMtj, « Crux Sacra Sit Mibi Lux ; n enlla, dans les angles rentrauls de la croix ■ont dJspOBëes lei lettres suivante! : CSPB, « Crui Sancii Vitra BeneJicli. s (Voyez Dubv, Traité des motinaies det barons ttdttprUa». T. l,p. 74,]
78 ËTUDS6 SDB LIS ABIS AS MOYXN KGH.
Le cloître est abeoluioent détniit ; ce qni reste dw b&tîmeiits réguliers date da zm* on xtui' siëde, et sert mainteDaDtâe It^aiaeDt k tahrigadoile gendarmerie de Saint-Saria.
Le chœur est élevé de quelques jnarches, et Je» colonnes qui l'entourent reposent sur on sty\iib»ie «roé d'une arcature qui se répète dans les chapelles du cbevetel sur les murs latéraux; ce chœur eet fort court. Il n'a que onze arcades assez Étroiles disposées en demi-cercle, et surmontées aulreroie de petites fenêtres ou de niches ; au-d^sus est nne voûte de la même hauteur que celle de la nef at de même construction. Lescliapileaux du cfaotor., les plus riches qui se voient àuns l'église, sont â'ua travail assez médiocre, mais pourtaat recherché.; ils sont alternativement historiés et ornés de feuillages fantastiques. liCS arcades, revêtues d'un crépi de mortier, n'ont point d'archivoltes sculptées, et si, comme il est probable, le sculpteur de Sainte Savin a épuisé tout son talent sur les chapiteaux du chœur, il est facile de juger combien l'art était encore loin de l'éclat oii il parvint dès les premières années du xii^ siècle.
Les cinq chapelles semi-circulaires autour da
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chcBsr n'ofTreDt rien d« remarqaable. Toutes sdd« fort élroitee -el dincDoe est percée d'une fenêtre assez grande pour dosoer do jonr au chœar, qsi laos cela serait fort mal éclairé *.
Il faut remarquer que l'entrée du passage semicirculaire entre le dKsnret les chapelles nee'onrre point dans l'axe des collutèraax de ia ner,dispo&itioQ singaliëre et assurément peu gracieuse. Je me borne à présent & la signaler; j'essayerai d'en rochercherles motifs en étudiant l'histoire de l'abbaye.
On descend dane la crypte par un escaliBr.pratiqué dans l'axe du cli(Bi'.r, en face de ia chapelle n° 4 dite de SaiBl-Marin. L'entrée de cet escalier, recouTerte par une espèce de trappe, rétrécit ou platdt envahit le passage entre le chcenr et les chapelles, et il me paraît très-probable que l'architecte, pour adopter une disposition aussi 'peu commode, a dû obéir à des nécessités résultant do la
1. J!ai dJjA parlé d'an muiuacrit de dam EsliecDot, qui lût connaître les aoms iea dlBéreata autela et lei înicriptiDni Me-uieieaiws qne i'oa ; n b'wées. J'ai isaivi, daas l'iailiolûiB des aitl«li de l'égliie, l'ordre marqué daju ce nuuiuïcrit. U désigne par le n° 1 l'aulel placé dans le traaiept nord ; le ■°3 «t l'antel du -duEBr Ttnein du a' 1, et ainsi in «oite. Bn biuuit.le tour d> ehsir de gauche A droite, ou teÙMUra trauept, et l'aatal placé dans le croialUon sud porte le □« 7. ij aiBtteiien« deux autels aitnés entre ie narfcei et K'nef, •(idédiél r«làUarie,.ikuliie A-uiot.ioBeph; iaur csutrao* tion ne reiDODtaJt qu'à l'année 1661. Aujourd'hui, l'on n'en trou» plna la moindre trace.
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saioteté particulière de ce lieu. La crypte n'a d'autre ornementation que ses peintures. C'est une salle basse, voûtée en plein cintre, qui occupe à peu près tout i'espace entouré par les colonnes du chœur. Sous la chapelle de Saint-Marin, il existe uo petit caveau carré, communiquant avec une sorte de puits récemment découvert ; peut-être était-cs un trésor ou plutôt une cachette comme il en eiisteune dans la crypte de la cathédrale de Chartres.
B. — Remarques sur la constructioD de l'église.
Ane voir l'église qu'à l'extérieur, ses assises en moellons uniformes et régulièrement disposés, on ne devinerait pas la grossièreté singulière de l'sppa^ reil. Ces assisesde moellons ne sont qu'un parement derrière lequel on trouve un apus incertam composé de pierres de toute grandeur, de briques et de gravois noyés péle-méle dans le ciment, et revêtus d'un crépissage à l'intérieur de l'édifice. Les colonnes ne sont pas construites en meilleurs matériaux; leurs tambours sont de moellons assemblés sans beaucoup de soin, et séparés par des lits de mortier d'une épaisseur remarquable. Le tout est couvert, ainsi que les arcades, les voûtes et les parois, d'un enduit assez lin, évidemment destiné & recevoir des peintures.
L'âGLISE DE SAINT-SWIN. 81
Les voûtes sont fort épaisses, en moellons, et cintrées en berceau. Avant les dernières réparations, elles étaient dans l'état le plus alannant. La charpente est moderne, ou du moins irËs-postérieure au ivi* siècle. Le clocher, à l'intersection des transepts et de la nef, est octogone, percé de fenêtres en plein cintre, flanquées de colonnettes courtes et d'un travail grossier. L'une d'elles se dislingue par l'oraernentatioD k la fois curieuse et barbare de son fût : il est guilloché ou cannelé horizontalement.
Résumons en quelques mots les caractères de l'église de Saint-Savin :
Rudesse et timidité de la construction; mauvaise qualité des matériaux; emploi excessif du mortier;
Voûtes en berceau non contre-bontées par les voûtes des collatéraux ;
Rareté et grossièreté de l'ornementation sculptée;
Emploi exclusif de l'arc en plein cintre.
Toute personne familiarisée avec l'architecture du mojren &ge assignera sans hésiter à l'église de Saint-Savin une date fort reculée dans le xi' siècle, soit, pour plus de précision, de l'an 1000 à l'an lÛSO.
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béCSnOE SB SAINT B-ATm.
j'ai tiré le récit qu*on va lire, d'un manuscrit latin faisant partie du recueil de dom Funleneaiz, et copié sur le légendaire de saint Cyprien à Poitiers. Ce manuscrit est un petit îq-4° de vingt-huit pages, d'une écriture trËsfine qui me paraît appartenir m. commencement du xvu" siècle. On Lit à la fin du cahier cette note, écrite d'une autre main : > Nota que ledit extrait nous fut laissé par Wi. les anciens et ceux qui officiaient à Notre-Dame l'Ancienne, qui est une paroisse proche Saint-Pierre le Puellier. On ditqu'il y avait un autre légendaire, mais qu'on ne put trouver. ■ La vie des saints Savia et Cyprien, telle qu'elle est rapportée dans la fii~ bliothèque de Labbe, tome II, page 665, ne différa pas essentiellement du manuscrit dont je vais donner l'extrait; peut-être môme n'en est-elle qu'an
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l'letl«K DE SilHT-SATJI. «3
abrCgf. 3'âi^ffBsé que, pour l'explicaUsQ des peiotam qui «« rapporteat *& Ja ne de salut ScTiii, je devais danner la préUnsce *d l^adaira conservé dans [l'abbaye. QaaDt A l'aaUieDtieité de la légende mâme, je ne pnia qœ m'en rapporter aux propres paridtB de P. Labbe : ■ Hinc palet ab imperitis iemporum scriptoribus uàl conflcta, «ut sal* teoi Titiata, ia plemqae faisse martyram acta. >
Il m'a pare iDntile de traduire lluéralement le laUn détestable et le ityleaoapoulé de l'auteur de la légesde, qui «apraate l«s noms des compagnoot des ^oz martyrs, et de donner une idée de la manière da narrateur et de sa latinité.
Ea r«D 458 de t'incarnatioD de N.-S., Hazimus et Ladicius étant consuls à Amphipolis, ville d'Italie (/lie), on nedoublemeat de ferveur se manifesta par- ■ûles jieBtils, par desaacriflces continuels {iDionylias, kar principale Idole. Il y avait alors & Am- I^ipolU deux frères d'une naissanca illustre, Savin et Cyprieo, natifs de Brixia (Brescia), ville voisine, célèbresTunetrautre par leur sagesse et leurs vertus. Ils voyaient avec horreur les grossières superstitions des Ampliipolitains et les exhortaient à quitter leurs idoles de bois ou de métal, pour adarer le seul vrai Dieu.
Cinq mois après la fête de Dîonysins, que )«s gentHs araMniit eéèébrée j^ des danses Ai des or-
gies, Ladicius vint à Amphipolis, et tout te peuple, animé contreles chrétiens, cournt les dénoncer et demander leur mort au proconsul (sic). Celui-ci fit aussitôt comparaître les deux frères devant son tribunal, et les interrogea d'abord avec douceur. Savin, comme l'aîné, parla le premier, et, plein d'une noble audace, confessa qu'il étart chrétien. Il reprocha même à Ladicius son aveuglement. Le magistrat, espérant que la jeunesse de Gyprien serait plus facile à séduire, tacha d'obtenir de lui une rétractation. Prières, menaces furent inutiles ; tes tourments n'eurent pas plus d'effet. D'abord on les suspendit à un poteau, et on les déchira avec des ongles de fer ' . Les bourreaux se fatiguaient, lorsque Ladicius voulut tenter encore une fois de séduire les deux chrétiens et d'obtenir d'eux qu'ils sacrifiassent aux idoles. Il s'aperçut alors que leur constance n'était pas ébranlée. Savin, s'approchant de l'idole de Dionyslus, fit te signe de la crois, et aussitôt l'idole, tombant de son piédestal, se rompit en morceaux. Furieux à ce spectacle, Ladicius fit jeter les deux soldats du Christ dans une fournaise ardente ; mais le feu les respecta et n'endommagea pas même leurs vêtements. Sons cette voûte ar- (/.ente, ies deux jeunes martyrs louaient le Set-