Gatlia Christtana, II
Jacques Loubbes, dernier abbé régulier qui avait encore lâ« litres de ta maiBon, déclare, dajis l'hommage qu'il rendit au roi en 1537, a que l'abbaje de Saint-Savin ast da foadatioa rojalle, et qu'il la lient de la franche aumosne des roja da France, à la charge d'une tneese chaque jour de l'année, qui est la cOQTenluelle, da deux measea à chaque muauce de roj, elc. a Recueil de dom Ponteneau, t. XXV, p. 661.
98 ÉTUDES SUR LBS ABTS A,U MOYEN AGE.
BB asile. Moins confiais que Us étrangers dans la force de leurs murailles, les religieun de Saiat-Sa- Tin, sar le broit d'une imptioa de pirales, traosporlirent à Boui^^ la diâsse de leur patron et l'y laissërent trente années. Pourtant, an milieu de la dévastation générale, il ne paraît pas que l'abbaye ée Saint-Savin fut attaquée. Elle demeurait debout, (wesqoe seule, en 878, panai les ruines famantes que les barbares Tenaient de laisser partout ^ns l'Aquitaine.
En même temps, la réputation de sainteté de ses religieux s'étendait au loia. C'était aoi abbés de Saint Savin qu'on demandait des rérormateurs pour rétablir la discipline dans les monastères du midi de la France. Depuis le ix* jusqu'au xi* siècle, ils envoient de pieuses colonies dans le Poitou, t'At^nmois, le Limousin et jusque dans la haute Bourgogne *. S'il en faut croire les traditions locales du monastère, la fameuse abbaye de Clonj ferait nne fille de Saint-Savin.
Je ne puis m'^npécher de rapporter ici nne anecdote intéressante qui fait connaître quelle était la riguenr de la règle de saint BenoU et la ferveur de fes disciples. ■ Nous lisons dans un vieux mapo-
1. ARnffec.Sùat-Cjbardd'An^aléme, S«ÎBt-Martial deLimoges, la Baulme (probabiemeat Baulm«-Us-M«s*iaiirs duu le Jura)-
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L'ËfiLISZ DE SAINT-SAVIN. •»
scrit de Limoges, dit l'aoteur anonyme de l'histoire de saint Savia d'où nous tirons ces détails, et qui fait partie des manBaciits Ci dom Foateneau, qie, ces bsibaras (des pirates normande) ajaat rencsutrè un soir, près de Châtellerauit, un de nos religieai et l'ayant fait prisonoier, ils lai Grent en Tain prouver toos les toannents que leur malice put inventer, pensant l'obliger à parler, sans en ve- ■ir à boat; dont étant eEtrâmement surpris, ce laint persoana^ leiu- fit réponse, lorsque l'heure de primes du leiMlemvn J'ai passée, que, s'il ne leur avait pas parlé, ce n'était pour autre raison, sinoa ^■e sa règle ne lui permeirait pas de rompre le silence depuis compiles jusqu'au lendemain après primes. >
Peu après lesr translation de Bourges, les reliques de u.iiit Savin disparureal sans qu'mi pûl savoir où elles avaient été déposées. A l'^-pprocbed'une trwpe de pillards, les religieux avaient eatnrëUch&ssedanslenr église, qni, bieatôt aprèsi,. Tat saccagée et détruite. Pi-ohabJeaient les moines qaiaTueat pris part audép^itdes reliques périrent dans la catastrophe qui suivit, et avec eux s'éteigail le secret. La destraetioa du chftteau et d£ l'éigiise est niée par quelques-uns des historiens de l'abbaye .* il est impassible, néanmoins, d'expliquer autreneut U disparition des reliques de saint
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Savin dans une communauté si pieuse et si intéressée à leur conservation.
Lorsque la tranquillité fut un peu rétablie dans le Poitou, vers 888 ou 890, un prêtre nommé Bo- Dilu& (si je lis bien un nom sarchargé dans le maauscrit d'où je tire ces renseignements) répara le monastère et probablement aussi le château de Cerisier.
Au commencement du xi* siècle, Adelmondis ou Almodie, comtesse de Poitiers, première femme de Guillaume IV, surnommé Fier-à-bras, duc d'Aquitaine, laissa une somme d'argent très-considérable par lestamenl, à Odon II, abbé de Saint-SaTin, pour qu'il en fit l'usage qui lui semblerait le plus mile au salut de son ilme. Odon fît aussitôt reconstruire l'église de son monastère sur un plan plus vaste, et l'église actuelle de Saint-Savin passe pour être son ouvrage
Odon prit en 1023 la direction de l'abbaye de Saint-Savin, pendant l'absence de Gombauld, qui s'était rendu à Charroux pour v établir la réforme. On ignore la dale précise de la mort de la comtesse Adelmondis; mais son mari, qui lui survécut, mourut en 1030. En lOiO, Odon assistait à la consécration de l'abbaye de la Trinité, ù Vendôme. L'époque de sa mort est inconnue. Gervais, soi G'icQesECur, non pas imiuC'iiiii, était abbé de Saint
SaviQ ea 107&. Il réforma, dJt-on, U discipline, qui s'était relâchée sons l'abbé son prédëcessenr : or, ït est évident que le reproche ne peut s'adresser h Odon, qui avait tant fait pour le mo> naslëre. Il est donc probable que Odon mourut au plus tard vers 1050. Si, comme l'attestent les traditions de t'abbaye, l'église fut entièrement construite par lui, on ne peut douter qu'ellene fût terminée au milieu du xi* siècle. Commencés vraisemblablement vers 1023 , avec des ressources considérables, on ne peut guère supposer que les travaux aieot duré plus de vingtsept ans.
Ainsi que nous l'avons vu, les caractères architectoniques de l'église de Saint-Savin se rapportent parfaitement à cette date, et l'archéologie, par ses inductions, confirme le témoignage de l'histoire. 11 est vraisemblable que le plan d'Odon fut modifié, par l'existence de l'église du ix' siècle sur le même emplacement. D'un côté, le désir de conserver la crypte et certains autels a pu obliger Odon, soit h respecter la disposition primitive, soit à la reproduire dans l'édifice qu'il a fait élever; d'un autre côté, les anciennes fondations pouvaient être assez solides pour que les architectes en voulussent tirer parti. J'ai fait remarquer l'espèce de désaccord qui «iste entre la nef et le chœur de Saint-Savin. Ce
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lOS ÉTUDES StPB LES IBTS kV HOÏEN AGE.
dènccord tient peut-élre aux deas causes c[ue je Tiens d'indiquer'.
Admettons an moment, comme une pure supposition, qne l'église du ix* siècle ail: eu la forme d'nne croii latine, qu'eUe n'ait euqu'une seule oef, el que le cfaœur n'ait consisté, comme dans la plupart des édifices de ce temps, qu'en une grande abside, laquelle aurait occupé tout l'espace corn pris aujourd'hui par le stylobate semi-ciFCulaire. Supposons enctve que, par un motif de respect religieux, ou seulement pour la commodité et l'économie de la construction, on ait conservé dans le nouveau plan les murs anciens ou du moins leurs foodalions et leurs soubassement», qu'en serait-il résulté? Les mors de l'abside seraient devenus le eijrlobate du chœur; les murs des transepts auraient servi à soutenir la coupole et le clocher central ; les fondalions des murs latéraux de la nef ancienne auraient reçu tes colonnes de la nef moderne. Celle hypothèse, que je ne présente qu'avec ta plus grande réservé, pourrait expliquer, ce me
1. ■ Ce fut en jetant las fondâmeal* de Mite nontelle églUe telle que noue la vojon» aujourd'hui, qu'on retrouva te« corp» de saint Maiient ou Adjutor, de saiat Romard, de t^nt Ploreul, de«ainte PnidcDce, da laint Savio et de Mlnt Maria; ce qui causa une joie incrojable i tous cea bons rellgifui, ainsi qu'à tout le peuple des lieua circonïoisins, ■ PeeaeUde ion Fonteneau, t. LXXX.
L'EGLISE DE BAINT-SAVI!*. lO»
semble, le rétrécissement de l'église à t'intersectioa des transepts et la positioD des collatéraux du chœur snr on antre axe que celui de la nef. J'ajouterai que la toar occidentale oa platfll la base de cette tour, qui n'est pas liée à la nef, a probable* ment fait partie des fortifications dn ob&leau d& Cerisier, et qu'elle ne s'est rénuie i l'éKlise que par suite de l'agranâisEement de cette dernière sotis OdoD II. Le caractère tout militaire qu'on observe à la base de cette toor et l'absence de liaison avec les murs de la nef, me sembleol oae forte présomption en faveur de ma conjectare.
Je dois dire ici quelques mots d'une tradition du pays, à laquelle il ne faut pas attacher trop d'importance, mais que l'on ne dott pas négliger pourtant. Les habitants de Saint-Savin, probablement d'après les religieux de l'abbaye, tiennent pourconstanl que la tour occidentate aètéeoBStniite par Charlemagne, et en aliègoent une preuve sin* gulière. Sor an grand nombre de pierres de parement, OD observe des E gravée au ciseau, et Toiei, dit-on, le sens mystérieux de cette lettre. Gharlemagne aurait fait vœu de fonder autant de monastères qu'il y a de lettres dans l'alphabet. Chaque monastère anrait été pour ainsi dire numéroté soi* vant son ordre de fondation, et Saint Savin, comme le cinquième, anrait été désigné par an E. En
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efîet, un E ùgure dans les armes de l'abbaye.
Mon savant confrère M. Nalalis de Wailly a bien voulu me communiquer un document fort curieux relatif & ces fondations aUribuëes k Gharlemagne, que les BoUandistes supposent avoir été écrit peu après 1165. Ils n'en ont publié que le prologue et la table des chapitres. Les extraits du manuscrit concordent parfaitement avec ceux qu'ont donné les BoUandistes *, en sorle qu'on ne .peut douter qu'ils n'appartiennent au môme ouvrage *. Ce manuscrit, en confirmant le fait des vingttrois fondations carlovingiennes, contredirait la tradition relative à Saint-Savin, puisque, d'après lui, sa lettre serait l'I et non pas l'E. On ne peut, d'ailleurs, considérer ce manuscrit comme une aatorité irrécnsable. Il atteste seulement une tradition répandue au xii' siècle, qui, suivant toute apparence, était conservée avec des variantes dans les différents monastères dont elle intéressait l'histoire.
Je citerai, & cette occasion, un fait cnrïeuï que j'ai observé par moi-môme. Il existe dans l'église de Conques (Âveyron), parmi un assez grand nombre de reliquaires anciens, un objet de forme triangulaire, en bois recouvert de cuivre doré on peut-être de rermeîi, incrusté de pierres précieuses
1, Tome II de janvier 1845.