‹ Études sur les arts au moyen âgeChapitre 18 sur 61 · BkUiafhfeqaerojalc, manuscrils Bouhîer, u*S9, pagel · texte numérisé non relu

BkUiafhfeqaerojalc, manuscrils Bouhîer, u*S9, pagel

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et de qnelques intailies antiques, parmi lesquelles on remarqco une Victoire écrirant sur un bouclier, d'un très-beau style. La base du triangle a été éTidemment raccommodée, et très-maladroitement à une époque fort ancienne ; mais les parties qu'on peut regarder comme intactes sont d'un travail qui conviendrait au viii* siècle ou au u* siècle. On appelle ce reliquaire l'A de Charlemagne ' et il passe pour èlre un présent de ce prince. Il parait qu'au xvii' siècle plusieurs monastères conservaient d'autres reliquaires en forme de lettres auxquels on attribuait la même origine.

Pour revenir à Saint-Savin, alors même que, admellaot l'authenticité de la tradition locale, ou supposerait que les pierres de la tour portent, en efTet, le chiffre particulier à ce monastère, il ne s'ensuivrait pas, comme une conséquence nécessaire, que ces lettres ont été gravées au temps de Charlemagne. Il est impossible, en effet, de préteadre apprécier la date de ces E par la comparaison de leur forme avec celle de quelques E empruntés à des inscriptions ou des manuscrits carlovingiens. On conçoit qu'il n'y a nulle conclusion à tirer de la forme de lettres grossièrement tracées h la pointe 'u ciseau par des ouvriers inespérimentès.

1. D'apri) le naantcrll doDt j'ai parte, Conques deyrait avoi ■

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Mft ETUDES SUR iES ARTS 10 lOTGH AflS.

J'avais toujours regardé tes Ë de ta tour de Saint-SaviQ comme des marques d'appareilleurs ; la présence d'an Ë dans le blason de l'abbaye a quelque peu ébranlé ma coDriction, et m'a engagé i réunir ici le petit nooalwe de renseign^nents que j'ai pu recueillir. Poor «voir ooe opinion arrêtée sur ce sujet, attendons que d'autres faits du même genre viennent jeter an jour nouveau sur la question.

Vers le milieti du xni* siècle, le monastère de Saint-Savin reçut des donatioBS considérables, i En 1250, le comte Ildefonsc, ou Alphoose, quatrième iils de Louis VIQ et fr^ de saint Louis, donna à l'abbaje de Saint-Savia sa belle, n<^le et seigneuriale inre du Rillet, avec toutes teo dépendances s'étendant dans neof paroisses circonvoisines. . . > Dans le même temps, les domaines de la communauté s'agrandissaient par suite d'an legs aussi important. Une mère désolée, dont le» deux fils étaieot morts jl la chasse, la dame de Toiray, laissait tous ses biens aumonastère deSainl'Savîn. < La tore seigneurie de Toiray, dit le moine dont je trans(a-is la relation, est un BKmbre très-considérable de l'abbaje. > Par un sentiment d'hnmililé fréquent à cette époque, ta noble légataire voulnt être enterrée soos le clocher de l'église, devant la porte, i afin d'être foulée

L'tei.rSB BE SAJKT-8AVIN. W

aox pied» de ceax qui esii^ieM et sortaient de la nef. > — f 11 faut convenir, ajoute mon auteDr, qu'on n'enterrait persouie dans l'église dans ces temps, parce qu'on la regardait cenitte remplie de eorpssaints. On eatemtillesabbésâaBs le cloître. > Les religieax de Saiat-SaiiB étaient tenus de célébrer quatre services chaque earéme pour leurs biefifaiteurs ; le premier, pour les rois fondateurs; le second, pour la comtesse de Poilou , Aâelmondis ; le troisième , peur le comte UdefoBse ; le dernier, enfin, pour la dame de Toira;. Je rapporte ces douations parce qu'elles peuvent donner une idéfi des richesses de l'abbaye, 3t que, dans le moyen &ge, les grandes constructions avaient presque toujours Heu à la suite de legs eu de présents faiLs & des communautés monastiques. L'église de Saint-Savin, cependant, n'a poii^ conservé les traces de travaux considérables e\èct tés duis le courant du \\u* siècle. Peut-être fautil attribuer à celte époque l'érection d'un jubé dont j'igBore remplacement, et dont je n'ai connu l'existeneeque par une pièce manuscrite qui ennientionne la destruction. 11 est probable, en outre, que les b&limenls convenlue's s'agrandirent ou'méme se renouvelèrent an moyen d'autres libéralités dont le monastère fut alors l'objet. Enfin, on pourrait encore rapporter au même temps la coo»

lOS ËTUD^S SUR LES ARTS AU MOYEN AGE.

slruction des clollres détruits ver» la fin du xvi* siècle.

Du xiii* au xiV siècle, l'histoire de l'abbaye de Sainl-Savia n'offre aucun fait qui mérite d'être reiatè. Déjà la prospérité du monastère touchait à sa fin, et une série de catastrophes allait fondre sur son église.

Les guerres acharnées du xiv* siècle entre ta France et l'Angleterre lui portèrent le premier coup. En 1368, une troupe d'Anglais s'était retranchée à Saint-Savin, de l'aveu de l'abbé, nommé Jocelin, Anglais lui-même, ou du moins dévoué aux intérêts de la Grande-Bretagne. Un religîeus, en 1370, pour se venger de lui, livra l'abbaye aux Français, qui en massacrèrent la garnison. L'année suivante, le prince Noir reprit le monastère et y mit tout à feu et à sang.

Nous touchons à l'époque des guerres de religion, si fatales à nos monuments. Je laisse parler an des historiens de l'abbaye :

t 11 n'y a rien de remarquable de cette maison, depuis l'an 1400 jusqu'en l'an 1500, que des aliénations, des usurpations et des démembremenls, dont on trouve encore des mémoires, quoique fort imparfaits, de sorte que, pendant ce siècle, par la négligence des abbés et des religieux particuliers, qui, bien loin de s'opposer à ces aliénations, y prô-

L'ÉGLISE DE SAINT-SAVIN. iOO

laient b main autunt qu'il dépendait d'cnx, toates les maisons, particulièrcmcnl de nobics^^c, des environs de Saiol-Savin se sont enriciiics des dépouilles de celte pauvre abbaye...

* Les édils du roi Charles IX, de 1503, qui ordonnaicnl de grosses impositions sur les ecclésiastiques, et qui permettaient, pour le payement â'iccllcs, d'aliéner le bien d'iîl^lisc, donnèrent lieu à bien des usurpations, et il n'y eut point d'oHicier ni de bénôlicierqui n'imilfit son abbé en déchirant les entrailles de sa mère, c'est-à-dire en aliénant le plus beau et le meilleur de l'abbaye et du couvent...

B II n'est pas possible de marquer en détail toutes les plllcries non plus que toutes les prises et reprises qui ont été fuîtes de ladite abbaye, tant par les huguenots que par les catholiques, depuis l'annéolSoOou environ que commencé refit les troubles; mais il sera parlé des principales,

• En 15C2, te sieur de Bourdcille fut envoyé avec cinq cents chcvau-légers û Saint-Savin, qu'il prit et pilla avec un grand carnage.

» En 15C8, le iO novembre, le comte de Choisj et Iteauvoisin et autres capitaines, s'étnnt saisis do l'abbayb sans beaucoup de résistance, firent de ce sanctuaire un lien do désolation. Nous ne lisons pas qu'ils tuèrent les moines, comme ils firent ii

Saint-Michel en Enn ta même année , car ils s'étaient retirés de là, ne pensant qu'à sauver leur vie, sans pourvoir aux choses sacrées. Les huguenots pillèrent tout ce qu'ils purent et ce qui était resté du pillage de ISOâ; ils mirent le feu à l'église, à la charpente du clocher, qui allait jusqu'au sommet de la flèche, et aux chaises du ■chœur, qui étaient m^nifiques; les grandes ei les petites orgues et les images eurent le même sort.

» L'image de Noire-Dame, qni, avec le chef de saint Savin, était en grande vénération parmi le peuple (on appelait cette Notre-Dame Notre-Dame des Enfants), fut jetée dans la rivière, dans un grand trou qui est sous la chute de l'eau du moulin. Un habitant de Saint-Savin, ùgé de qnatre-viiigts ans, a raconté que, les troubles étant passés, le peuple, s'étant assemblé, avait fait plonger un homme dans l'eau pour attacher ladite image avec des cordes, qui, avec des chevaux et des bœufs, n'avait pas eu l'industrie de la retirer. Outre cela, dans le même pillage, le comte de Choisy détruisit le monastère et se saisit des papiers et litres de l'abbave ; il en fit brûler beaucoup et emporta Is resteàNaiilé.

> Il y a aussi apparence que ces brigands firent briller les reliques qu'ils purent découvrir et qui étaient en grand nombre dans ce monastère, ou

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L'EGLISE DE SAINT-SAVIN. Hl

qu'ils les jelèrenl duns la rivière, quoique quelques-uns assurent qu'elles sont cachées dans quelque lieu secret... •

L'ulibaye n'eut pas moins à souffrir de l'indiscipline des troupes callioliques. En 1S74, elle fut saccagée par l'année royale, qui y tint garnison jusqu'à la paix de 1576.

Les fortifications de Saint-Savin, impuissantes pour défendre l'abbaye contre un siège régulier, suffisantes cependant pour protéger les bandes de pillards qui rançonnaient la province, attirèrent de nouveaux malheurs sur l'église pendant les guerres de la Ligue. Le monastère fut pris et repris plusieurs fois, et toujours de plus en plus maltraité. En 1585, le» ligueurs y assiégèrent le capitaine Taillefer, qui s'était retranché dans l'église.

ï Ils appliquèrent !e pétard du côlé de l'église qui regarde le jardin de Saint-Marin % dans le coin qui joint fa chapelle de ta croisée ; et, ayant fait une large ouverture, qui n'a été bouchée qu'avec de fa terre, s'en rendirent par force les maîtres et y firent un grand butin, en ce que ledit capitaine Taillefer y avait amassé beaucoup de richesses.

t Après la mort d'Aymeric de Rochechouart,

1. Chapelle n" 7, d'après le manuBcrit de dom Estiennot. U. Jo!? a relFouTë des traces éTidentes de l'eiplonion.

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abl)6de Saint-Saviii,(iui arriva en 13S0, M.Claude dcVillciiuicr, père du vîcomlcdcla GiiC!iclio,trouva moyen d'obtenir l'abbnyc de Saint Suvin, vacanLc, pour un Hers conlidencier nomme Malhurin Vincent, sous le nom duquel il en jouil douze ans ou environ, car Vincenl n'âlait abbè que de nom. . . Son fils, le vicomte de la Guercbc, voyant que la garnison qu'il y fallait entretenir pour défendre la place, consommait la plus grande partie des revenus, et que les moines demandaient qu'on réparât les lieux réguliers brûlés et détruits par les huguenots, cl qui n'avaient éià réparés que par des bousillagcs et de la terre, sur les magnifiques ruines de l'ancien cloître et de l'ancieu bâtiment, la condamna à Atre démolie et détruite^ sous prétexte de la ruine que sa forteresse apportait au pays, quoiqu'on pût dire que c'était plutdt pour mieux recueillir les revenus, qui bien souvent étaient dissipés par les garnisons.

> Le sieur de Champagne, prévdt des marchands de Montmorillon, qui était sujet do l'ablnye, eut commission de détruire la forteresse de Sairii-Savin. On avait lieu d'espérer qu'il userait sobrement de son pouvoir; mais, bien loin do lu, il outrn-passa tellement sa commission, qu'il démolit non-seulement la forteresse, il démolit et fit mettre par tcf-o tout le monastère, sans épargner le cloître ni lo

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chapiire, ni le dortoir, ni le rôffcLoii-c, ni la cuisine, ni les logis des orficiers parliculicrs, ni tes chamlircs des liûles. On prétend aussi qui! son impiÈté te porla jusqu'il vouloir fuirc saulcr le clocher, que les huguenots mômes avaient fpargnô : car les icligieux de la congrégation de Sainl-Maur, faisant restaurer ledit clocher en i60i, pour réparer le dommage que le feu et les injures du temps y avaient porté, découvrirent un conduit qui avait été pratiqué sous les fondcmcnis dudit clocher, dans lequel dix hommes se seraient tournés, ce qui avait été fait pour faire saulcr le clocher par le moyen de la poudre '. On présume que M. de Champagne lit cela, en ce que ni les huguenots ni les Normands n'ont jamais si fortmaltrailé celle pauvre maison qu'il lit, ny laissant aucun vestige de maison leiigicusc. Ledit sieur de Champagne fil aussi conduire beaucoup de matériaux des débris de l'alhaye en sa maison de Champagne pour l'embellir...

1. Il s'agit |ir(>t>ab1fTaeDt de la tour qui s'élève audessu» du leKlibule, In'juelle nvait un pont-levi« et |>ouvail élrc coiisitlé.

de l'épïïsspui- ili ses murs. esL évident, iruilleurï i[ue accusai lun poi-ue coiilre le sieur de Champagne ii esl \iai toniiée.

mine. Un petit bui'il de poudre eût eufit pour reiivers«r a tour de SHÎal-Suvtil.

■ lit ÉTUDES SUR LES ARTS AU MOYEN AGE.

I il paraît encore évidemnienl aujuurd'liui que le cloître a élô démoli deux fois, par la naissance des voûtes dont il reste encore quelques vestiges du côté de l'église, dont l'une {sic) paraU avoir été d'une slrncture magnifique, c'est-à-dire celle qui fut faite du temps d'Odo par la libéralité de la comtesse Adelinondis, duchesse d'Aquitaine ; l'autre en berceau, qui n'était qu'une faible réparation de l'entretien et selon que le temps le permettait'. »

Charles d'Enan, évéqite de Poitiers, puis de Langres, abbé de Saint-Savin, se démît, en I6H, de son abbaye en faveur d'nn certain Vautron, créature d'un misérable nommé le baron des Francs, qui, s'établissant dans le monastère, en fit bientôt une demeure de bandits. Pendant plusieurs années, à la tête de quelques coupe-jarrets, il renouvela dans les environs de Sainl-Savin toulcs les violences et les pillages qu'on raconte des capitaines d'aventure du xiv' siècle. Les crimes de ce scélérat ont laissé de telles traces dans le monument dont j'écris l'histoire, qu'il m'est impossible de les passer sous silence.

1. Le bon moine moulre ici peu de c< lecture, La voûte m berceau est la seu nir k l'époque d'Otloii. L'aulre partie <l blemecl du ï!ii= siècle. Il no cosle pli ■lujourd'hui.

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î DE SA1NT"S*V1N. HS

Quand ou lil dans le recueil de dom Fonteneau ou dans les archives de la préfecture de la Vienae le l'ôcit deâ excès de tout genre commis par le baron des Francs, on pent se croire transporté à l'époque où les barbares campaient en vainqueurs sur les ruines dss cités gallo-romaines. Le seigneur des Francs arrive à Saint-Savin escorté de quelques bandits et suivi d'une troupe de concubines, et de b&lards. Aussitôt il s'installe militairement dons le monastère ; de la tribune il fait son corps de garde; il prend son bois de chauiïage dans la charpente du couvent. 11 démolit trne partie des voûtes ; on n'arrive plus à lui qu'en traversant une planche jetée sur cette coupure, car il ne peut dormir tranquille que derrière un retranchement. Tant qu'il y aura de la poudre et des balles, il n'est point en peine pour faire vivre sa petite garnison. Voyez-le sortir au fourrage: il monte son bon cheval de bataille et se met en marche avec dix ou douze valets armés jusqu'aux dents. < Voici un troupeau de moutons : il est à nous I Voici des bœufs : choisissez les plus gras ; ce sera pour le saloir. Il faut pensera l'hiver. > Si, par hasard, quelque paysan, le bonnet à la main et la larme à l'œil, vient supplier le baron d'avoir pitié de lui : • Tu raisonnes 1 Qu'on me charge de coups ce maraud. > La vendange n'embarrasse pasdavanlago

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ffO ETUDES SUR LES ARTS Al MOYEN AGE.

le seigneur des Francs. Comme ses ancClrcs, il ne plante ni ne sfmc; mais il sail bii'ii l'écoller, et militaircmcnl. Âa mois de septembre, ses vendangeurs prennent lu scrpctle, sans oublier la dague aucûlèet le pistolet h la ceinture. < Quel est le meilleur clos? C'est celui de ce genlillùirj qui ose se croire notre f'gal. N"cst-cc pas une honte qu'un petit noMe d'Iiicr ait de si bon vin ? Mais, mort- Dieu I il n'en boira pas I Allons, enrunls, ù l'ouvrage 1 et, si le bobereau vous df range, souvenezvous que vous avez au côlfi un porte- respect, i

Le baron des Francs n'a pas toujours ce ton terrible : de bandit, il sail devenir escroc. Il rencon Irc un bourgeois de Saint-Savin qui passe pour riche : » Bonhomme, que faites-vous de votre (îlsl Il est l)icn fait, il a une belle voix, il a tout ce qu'il faut pour fitrc d'Église, Çà, voulez-vous que nous en faàsions un chantre? S'il me convient, pourquoi ne serait-il pas prieur un jour? Mais je suis mal en fonds, et vous m'obligeriez en me donnant eenl pistoles pour sa réception... • Qu'on s'avise, plus tard, l'argent payÉ, déparier de rnflîco promis : « Ton argent, bonhomme ! il me servira à te plaider, h te ruiner. Vraiment I c'est pour ton fils qu'il y a des ofriccs dans l'abbaye royale do Saint-Savin I ■

Outre son sérail, le baron dcsFrancsaunefenime

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t. EGLISE DE SAINT-SAVIN. 117

légitime, belle et de haut lignnge, dame ÉlOonore Turpin, des comlcs de Crissé ; elle n'est poînl jalouse cl aime les billards de son mari comme s'ils étaient SCS cnfanls. La'noblc dame passe une moitié de son Icmps à la ville, l'autre dans son abbaye. Sa vio do Paris ne ressemble guère à sa vie de campagne. \ la cour, ellcsojlicite tes juges, car le baron plaide toujours, et.de temps en temps est condamné à mort; elle visite les grands, elle voit le ministre et les seigneurs les plus puissanls ; elle séduit tout ce qui l'approche. C'est une femme aimable, spirituelle, de bel air et de grandes manières. Vient-elle ù Sainl-Savin, elle tait d'autres visites : elle va cbez les femmes du bourg, suivie de porteurs d'épéc et de pistolets; elle arrache les coilfcs des pauvres bourgeoises, distribue des soufflets libéralement, force les armoires, prend le linge, l'argent: tout lui esl bon. D'ailleurs, "elle sait bien se faire rendre les respects qui lui sont dus. On a sonné la messe depuis une heure ; qu'importe I la messe attendra. Si les moines ont commencé, tant pis pour eux. Elle entre à grand bruit; son écuyer tire son sabre, et d'un revers coupe les cierges de l'autel. Ces façons toutes mifilaircs réussissent peu auprès des moines de Sainl- Savin. Aussi le baron des Francs a-t-il eu soin de placer parmi les religieux un homme à lui, qui,

H8 ÉTUDES SUR LES ARTS AU MOYEN AGf:.

bien que tonsuré, porte une courte ëpëe sous sa robe, et dans le chapitre il en laisse voir la foignée, et plus, lorsque les discussions ne sont pns conduites au gré du baron. Son emploi est de menacer àe couper bras et Jambes : il s'en acquitte à ravir ; mais on veut qu'il assassine, et il Miblit. La vengeance du baron est terrible : on prend ce misËrable, on l'enchaîne ; puis on lo jette dans le coin d'une chambre, replié sur Ini-mêmo. Bientôt on trouve qu'il a trop d'air ponr respirer : on bâtir autour de lai une prison ; elle n'a que Irois pieds de long, deux pieds et demi de large. On l'y laisse huit mois t...

Comme je ne veux point que l'on m'accuse d'exagérer les traits de co tableau, je vais citer les propres expressions d'un des chroniqueurs de l'abbaye , auteur d'une enquête judiciaire, ob se trouvent ces renseignements curieux sur l'état où le baron des Francs mit l'église de Saint-Savin.

< Ledit Descards, en 1611, se démit de son abbaye en faveur de Vautron, confldentaire et à la puissance du baron des Francs, qui épousa la fille naturelle audit Descards. Ledit des Francs, sieur de Neuchèze, était d'une grande qualité, mais fort dépourvu de biens : c'est pourquoi sa femme lui apporta en mariage l'abbaye de Saint- Savin. Il s'en vint, l'année mémo, avec ses armes

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'.■Éfil.ISF JE 5AINT-SAV1>. 119

el bagr'5i;'â, fuire sa demeure audit Sain t-Sa vin, car il II avait pas d'autre bien. Le premier meuble qu'il envoya fut une charge de bâtards, et la première chose qu'on vit fat un mulet avec des paniers chargés de cette denrÉe. Les mères accompagnaient leur marchandise et le fruit de leurs débauches; elles mirent pied à terre et se logèrent au milieu des masures dans quelques cabanes que quelques pauvres religieux avaient raccommodées du mieux qu'ils avaient pu, pour y faire leur demeure. Ces nouvelles abbesses commencèrent d'abord, sous Kaatorité et la violence de ceux qui les en I retenaient, & faire la recelte des revenus de la maison, et en donner des acquits comme de leur propre bien. Les religieux furent obligés de prendre la fuite, les- uns à Laultier, les autres à Mérigny, les autres ailleurs. Les violences et les concussions se répandirent aussi sur les vassaux de l'abbaye; les plainl£s en urent portées par tons les tribunaux de justice, ce qui obligea ledit des Francs, pour s'assurer le bénéfice, de demander an roi un nouveau brevet, qu'il obtint en 1613, par lequel le roi déclare vouloir que ledit des Francs jouisse de l'abbaye de Saint-Savin sons le nom de Claude Vaatron, et ce à la prière et recommandation de M. le duc du Maine.

■ Comme il y avait des décrets de prise de corps

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contre ledit sieur dcsFran^^s, il fut contraint de se retirer sous tes voûtes de l'église, où il Gt bûtir une cliominôc qui y est encore *; il fit aussi rompre la voûte du côté du clocher à l'entrée du degré pour faire une espèce de chausse-trappe ou pontlevis, pour éviter les mains des prévûts qui le cherchaient. Là accoucha la fille d'un procureur de Bése que ledit des Francs avait enlevée et séduite sous promesse de mariage, et naquit Charles de Ncuchéze, dit de l'Épine, qui depuis a été abbé. Ainsi les gueuses Étaient sur les voûtes de l'églisfl et les chevaux dans la nef. Il avait fait murer la grande porte de l'église aussi bien que les deux qui sont pour entrer dans le monastère, n'ayant rien laissé d'ouvert que la moitié de celle du cloître, dont il avait fait murer l'autre moitié, de sorte qu'on avait peine à y faii-e passer un cheval.

• Il y avait aussi une petite porte du cûté de la rivière, par laquelle ledit des Francs se donnait du large, sans passer par la ville, de crainte d'être arrêté; mais il passait la rivière h gué. Vautron, tout méchant qu'il était, ne l'était pas assez pour prêter la main h tous ces désordres : c'est pourquoi le sieur des Francs lui fil faire une démission de l'abbaye en faveur d'un misérable appelé Pierre

1. Oa en voit le» (races aujourd'hui dans 1m combles d« l'églite du côli nord.

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1,'ÉGLISK \)R 3AINT-SAVIH. 121

PraDdion. C'est sous le nom de celui-ci qu'il fit pis que jumais... Tous ces désordres llrenl tant d'éclat, que le marquis d'EQiat se résolut de prendre le dévolu snr ladite abbaye et envoya le prévôt de l'Ile-de-France avec ses archers sur les lieux, tant pour lever lesdits fruits que pour mettre eo exécution les décrets. 11 fut obligé d'y deraeui-er longtemps, cl, n'y trouvant pas de logement, se retrancha dans la tour du Chantre ', où il demeura plus de huit mois avec tout son monde. Ledit sieur des Francs obligea son confidenlaire de résigner ladite ahbayc à son lîls naturel Charles de Neuchcze, qui avait environ douze ans, et s'en alla il Paris pour soutenir son droit contre le sieur d'EITiat, qui mourut sur ces entrefaites. Mais la dame d'EQîat soutenait les prétentions de feu son mari. Ledit sieut des Francs mena sa femme, qui avait de l'esprit d de la beauté (Éléonore Turpin de Crissé), cor iV n'osait pas se produire, de peur d'être pris. Sa femme se servit si adroitement des talents que la nature lui avait donnés, tant envers la dame d'Ffftat qu'envers les juges, qu'enfin elle obligea ladite dame de se désister. Le gain de ce procès les enHa tellement, qu'on peut dire qu'ils ne s'en revinrent

1. Celts toDr, aujourd'hui détruite, faisait partit aulrefois de l'enceititâ fortifiée de l'abbave. Elle flanqudil, au sud-ouesl, la «onrtioe lovée deTBOt la fofade de l'égliu.

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122 ÉTUDES STIB I.RS 'RTS Ail MOYEN ^RK.

de Paris que pour augmenter tes désordres. Tout !e monde était scandatisâ de leurs désordres : les religieux, par la rétention de leurs pensions; tes gentilshommes, par l'usurpation de leurs droits; el les habitants, par les violences qu'on leur faisait. En 1627 et 1638, il y eut encore des plaintes et des arrêts par lesquels il fut ordonné que visite serait faite par l'ordinaire. En 1634, les grands jours se tinrent à Poitiers. Les plaintes de tous ces désordres y furent portées et la cour députa un commissaire sur les lieux, ponr faire visite et informer. Sui' son rapport, intervint an arrêt en exécution duquel l'évêque de Poitiers donna commission à son grand vicaire de se transporter sur les lieux, pour en faire la visite et remédier au désordre. Il en dressa procès-verbal ,e 26 janvier 1634, et fit plusieurs ordonnances touchant le service divin, les réparations de l'abbaye, etc... Il n'y eut rien d'exécuté, par les violences du sieur des Francs.

) Charles de Neochèze, son fils naturel, ayant reçu quelques mécontentements de la dame des Francs, prit un cheval la nuit et s'enfuit, dans le dessein de se démettre de son abbaye en faveur. de quelque personne puissante, moyennant quelque récompense, ce qui étonna beaucoup... I,e sieur des Francs se préparait k le poursuivra;... mais

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Charles de Neuchëze n'alla pas bien loin sans se départir de sa résolution : i! s'en revint trouver son père, ce qui le réjouit beaucoup. C'est pourquoi il lui lit tant de caresses, qu'il 'obligea t. se démettre de son abbaye en faveur de Dënîgne de Neuchèze, qui n'avait pas douze ans. Après quoi, la guerre ouverte fut déclarée entre lui et les habitants de Saiul-Savin. Il ne sortait plus de la ville qu'avec des coupe-jarrels ; il fut contraint de quitter les masures de i'abbaye, ne pouvant s'y mettre à couvert, et résolut d'aller rester à Saint-Cyprien ', où il &t garnir de guérites ' une méchante maison qui y était, et s'y retrancha avec des gens de sac et de corde, faisant tous les jours quelque nouvelle violence sur les uns et sur les autres. Un jour, il prenait les bœufs d'un paysan, les faisait tuer et saler; le lendemain, il enlevait les meubles d'un autre et maltraitait encore ceux qui s'y opposaient, de sorte qu'il ne se passait point de jour qu'il ne fit quelque tour de son métier.

• M. Jacques d'Allemagne, sieur de Naillé, se voyant inquiété par ce méchant homme, trouva moyen de faire avertir Son Ëmineace monseigneur

). Hameau près da Suat-Savin, cotre ce bourg et A.ntigny.

3. On appelait alors guérite une bnriicade avec des enibrasures qui permettent de tirer it couvert. I^ mot guérile est emprunté A l'espagnol gutaiéa, relraite, asile.

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m ÉTUDES suit LES ARTS AU HOYBN AGE.

le cardinal du Itichciicu, niinislrc d'Éui, de sa mauvaise vie, et Son lilmincnce, bien inroimèe de ses désordres et de l'inexôcutioa des arrùts de la cour, y apporta l'aulorité du roi, et fil expédier une commission au grand prôvûl du Poitou, de l'arrCler prisonnier. Cet ordre fut doiinô si sccrfrtemcnt, que ledit des Francs n'en put rien dùcou- Trir, et sa femme, qui Était à Paris depuis deux ans pour poursuivre son procts, lui marquait toujours que dans les greffes il n'y avait rien contre lui.

1 Un nommôBoi^joIi, habitant de Sainl-Savïn, fut accusô d'avoir dit qu'il avait vu le sieur des Francs dans ta garenne qai faisait une très-mauvaise nction que la pudeur ne permet pas de nommer, dont ledit des Francs ti^moigna être fort offensé. Un jour de dimanche, ledit Boisjoli étant à la porte avec ses voisins, un doscoupe-jarretsdudi sieur des Francs, passant par là, lui tira un couf de pistolet, le tua sur place et s'enfuit. La ville en fut émue, et les habitants, qui se voyaient assassinés jusque chez eux, se liguèrent tous ensemble contre te sieur des Francs et les siens. Ils furent trouver le grand prévfltel lui promirent de le lui mettre entre les mains, ce qui se fit de la sorte. Ayant été averti, par une des femmes qu'il avait débauchées et qu'il entretenait, qu'il la devait venir voir cette nuit, et qu'on le trouverait à Saiat-

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L'ËGLISE DE SAIMT-SAVIN. t23

Cypricn, ils en avcrlircnl promplemcnt le grand prévôt et lui donnèrent 1r rendra-vous ia nuit daas un petit bois qui est auprès du village des Buissons, d'où ils purent investir la maison dcSiiinl-Cypricn; et le grand prévôt, ayant disposé tout son monde autour d'icelle, frappa ù la porte. Incontinent le sieur des Francs cria à ses malheureux : i Aux guérites! auxguôritesl* Alais, ayant apprisquc la maison était investie, il leur dérendit de tirer, et, ayant ouvert une fenêtre qui regarde vers Sainl-Savin pour se sauver, il en tut empêché par ceux qui avaient investi la maison. 11 courut d'abord h la porte pour demander au prévOt qui il était, cl, après l'avoir reconnu, il te. rendit à lui. Il lui demanda quel ordre il avait de le prendre, et, après avoir su que c'était par ordre de Sa Majesté, il fut tout étonné. Le jour étant venu, le prévôt commanda à ses gens de monter sur les chevaux du sieur des Francs, car il en cvait huit ou neuf des plus beaux; il fit monter le sieur des Francs sur un petit bidet sur lequel il le lil lier; et le mena passer h Saint-Savin pour le conduire à Poitiers. Quand il vit qu'on le menait à Saint- Savin, il s'écria fort, disant au prévôt que ce n'était pas ce qu'il lui avait promis, qu'il l'allnit livrer à la rigueur et à la rage de ses ennemis, ii quoi le prévôt répliqua qu'il avait ordre de le faire

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passer par là, mais qu'il ne lui serait fait aucun mal. Je ne dis rien des imprécations et malédictions dont il fut chargé dans tontes les rues de Saint-Savin où il fut promené en cet état, et ensuite il fat conduit en prison à Poitiers, d'où, après quelque temps, mené fi la Bastille par ordre du roi , où il mourut peat-étre bien de poison, comme l'on croit, n'ayant pu se tirer d'alTaire, quoique des proches se fu&sent empressés de solliciter pour iui.i Le monastère de Saiat-Savin ne jouit pas de plus de tranquillité après la détention et la mort du baron des Francs ; sa veuve et son fils, Bénigne de Neuchéze, malgré vingt arrêts rendus contre eux. continuèrent à disputer la possession de l'abbaye et à vexer les habUanIsdubourg avec une audace incon* cevable. En 1639, dame Ëléooore de Turpin-Crissé veuve de Henri de Neuchèze, baron des Francs, accompagnée d'une troupe d'hommes armés, se rendait dans la vigne demessire Gabriel Gasseloup, notaire à Saînt'Savin, et la vendangeait de force. L'information judiciaire d'où je tire ces détails rapporte, d'après plusieurs, qu'elle avait dit, en ju> rant, « qu'elle voulait que le diable lui mangeût le corps si ledit Casseloup buvait le vin de sa vigne *. Une lettre du roi Louis XHÏ avait chargé l'évêque de Poitiers et l'intendant de la généralité du Poitou d'établir la réforme dans le monastèi-e, et de

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prenâreà cet eiïet toutes les mesures qui lui sembleraient convenables. Des religieux de la congrégation de Sitint-Matir furent éinhiis dans l'abbaye le 29 août 1640, et défeose fat Faite sous peine de la vie, à l'abbé de Neucbèze, h sa mère ' et à ses domestiques, de se présenter dans la ville de Saint-Savin ou sur les domaines de l'abbaje. On régla que les biens du monastère seraient administrés par use commission d'ecclésiastiques et de laïques, et qu'une partie des revenus serait employée au:f réparations des édifices sacrés. Mais l'abbé Bénigne de Neuchèze, ou plutôt sa bellemère, pendant sa minorité, avait su se ménager des protecteurs puissants. L'évêque de Châlons, Cbarles de Neuchèze, son parent, avait reçu ses pouvoirs et obtint, en ICil, la suppression de cette commission, dont l'autorité lui fut remise en partie. Bientâl l'abbé, avec sa belle-mère, reparut à Saint-Savin, accompagné d'une troupe de trente ou quarante hommes armés, et renouvela les violences de son père : il pillait les métayers, enlevait do force les récoltes et battait ceux qui osaient résister. Chaque année, les mêmes scènes se repro-

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