‹ Études sur les arts au moyen âgeChapitre 19 sur 61 · Il eemlilerail que la dame des Pranca aval · texte numérisé non relu

Il eemlilerail que la dame des Pranca aval

t adopté Hénigne

de Keuclièie, ou que sa naissance adultérine f

■ùt été déguisée;

car, dans lousies acles,oini|jpelle l.lveiivc du

bai'ondesF.-unOï

a mère de l'abbé».

12(t tTUDKS SUR LES AHTS AU MOYEN AGë.

duisaicnt. Un fermier nommé Ililaiie Tiilîi'l, plus liardi que les auircs, apr&s s'Clrc pourvu du lieulenanl giïnéral de Polliers, s'itail Tail accompagner de quelques gens nraits pour faire la vendange. • Mai» Icdil sieur abb6 ne manqua pas d'y venir à main forlG avec ses domestiques et antres personnes, qui étaient au nombre de plus d'une centaine, armés d'épécs. de fufils, de pistolets et do bûtonfi, lesquels îurant et bbspbômant le saint nom de Dieu, en la présence infime du lieutenant particulier assesseur criminel de Poitiers, qui s'y était transporté à li requête dudit TalTet, pour lui faire prfitcr main forte, se jetèrent impétueusement sur ledit Taffet et ses assistants, les bnllant, frappant et excédant de plusieurs coups de leurs armes et bAlons, en sorte que plusieurs en furent cruellement Iilcssés et cndangerde leurs personnes, dont l'un d'eux, appcléBou5seau,mourutde ses blessures on 1C52. »

Les plaintes, les enquêtes, les arrêts, se succédaient, sans que la situation changeât en rien. L'abbé, devenu d'Age El se faire craindre, semblait avoir pris le baron des Francs pour modèle, et, dans une enquête faite à Sainl-Savin en 1654, il disait tout baut < qu'il voulait venger la mort de son pérc, mort en prison pour de semblables violences commises sur les mêmes lieux >.

Un procés-vcrbal de visite faite par ordre du

liculRtiant gcncral de Poitiers nous apprcud quelle éliit la situalion do i'ubbavc au momcot de Sii ii'forrae.

€ Une paiiic (les voûlcs de l'fglisc était fondue, les piliers endommagés, les clin pelles, cl le jub6 ruinas, U charpente des couvcrluros pourrie, les feiiétrcs sans vitres, à demi mui'écs, le ctiœur sans cloisons el sans stalles. 11 n'y avait que deux cloclics, une rêléc et l'autre usÉe. Pour tous ornements, une uube, une chasuble, un calice et un ciboire d'étain ; une croix de bois, avec un christ de cuivre brisé, était altachûc avec une corde. L'office divin avait cessé, les religieux étaient dispersés; tous les bâtiments qui composaient autrefois lu cloître, le dortoir et les autres lieux réguliers, entièrement ruinés et renversés, n'y restant d'iccux que quelques pans de murailles. >

Les réparations étaient estimâcs, en IQuO, Ji 77,633 livres.

Un autre procÈs-verbal de visite faite par le lieutenant général de Poitiers, le 3 juin 1652, contient quelques détails intéressants sur l'église, et particulièrement sur In tour occidentale.

«... El, étant entrés sous le clocher de pierre do ladite église, nous ont fait voirlcsdits religieux, sur lamaindroite en entrant, un lieu toulnoirde fumée, là où il paraît y avoir eudu feu depuis peu do temps»

à cause de la noirceur de la fumée et à cause de l'odear qui y est encore très-grande, quoique le lieu soU beaucoup exposé à Tair. La première voûte dudit clocher parait tout enfumée; et nous ont prié lesdits religieux de remarquer que, à cause que les soldats dudit sieur abbé faisaient leur corps de garde ordinaire sous ledit clocher el y faisaient du feu continuel, ayant la plupart du temps la porte fermée, que la fumée qui sor* tait dudit feu n'ayant pas d'autre sortie, elle entrait toute en l'égllEe par la porte qui entre dudit clocher dans le bout de la nef, comme il parait par la noirceur qui est à ladite porte et à la muraille au-dessus d'icelle, tant du côté du clocher que par le dedans de l'église, laquelle noirceur va jusqu'au haut de la voûte ; et nous ont pareillement lesdits religieux montré plusieurs grotesques contre la muraille dudit clocher. En sortant de ladite église, nous ont lesdits religieux fait voir à la porte qui y est du cilté où ont été d'autre part tous les cloîtres et b.'>timentsde ladite église, qui sont présentement tous en mazures (sic), i

l.IUemble qu'il s'agit icidu vestibule; mais on se rappelle que la <i grande porte de l'église avait élé murée »; que par con;6~ quent, dans le vestibule, les soldats n'auraient pas eu de por/e à fermer. Le corps da garde n'aurait-il paa élé placé dans la tribune? Peut-élre Tau! il entendre par h la porte qui entre dans le bout de la nef» l'arcade de la tribuse boncbée aigoard'bui.

A.oogk-

Un accommodement eut lieu, en 16KS, entre l'abbé Bénigne de Neuebéieet les religieux, je n'en ai pu retrouver les conditions. Le Gal/ia christiana place en cette année seulement l'avéneoient de Vahbé; il faut croire qu'à dater de cette époque une administration moins irrégulière snccéda à tant de désordres.

Probablement les b&timents conventuels (aujourd'hui la caserne de gendarmerie) furent alors conslmits. Il ne parait pas que des réparations importantes furent faites à l'église ; je n'en ai trouvé nul indice. Peut-être commença-t-on à recouvrir les fresques des chapelles de ce badigeon blanc si souvent renouvelé dans la suite.

La Révolution n'a pas laissé dans l'abbaye de Snint-Savin les traces hideuses que conservent tant d'églises en France. Lorsque commença la guerre contre les saints et les fleurs de lis, toutes les fresques à la portée des vandales étaient déjà cacliùes sous plusieurs couches de badigeon ; pour atteindre à la voûte du chœur, il eût fallu des écliafauds ; d'ailleurs, ce qui restait de peintures était protégé par le respect traditionnel des habitants du bonrg.

Je crois devoir rapporter au commencement du XIX' siècle quelques travaux exécutés dans la tour, qui l'ont gravement compromise. On voulut garnir

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132 ÉTUDES SUR LES ARTS AU MOYEN AGtE.

de volcls les femîlrcs supérieures: sans doute on avail des volets tout fuils qu'il no fulluit pas laisser perdre; mais ils élaieni carrés et les fenêtres Étaient en plein ccinlre. Que lit-on? On coupa les claveaux des cintres. Déjà l'incendie allumé parles soldais du comte de Choisy avail calciné les trompes sur lesquelles repose la flèche. Nulle réparation n'y fut exôcutùc ; il semble mûme qu'on ait entaillé au marteau les piurrcs que le feu n'avait que légèrement altérées. Endépilde tant d'efforts, l'immense fiùche de fer subsista suspendue en quelque sorte. Cependant, les trumeaux des fenêtres, horriblement surchargés, se lézardaient en tous sens ; tes pierres s'écrasaient, heureusement sans se disjoindre; une longue crevasse se manifesta depuis les rcnctrcs mutilées jusqu'à la base de la tour; lescontre-forti se déversaient et avaient ccs,«è d'adhérer à la muraille qu'ils devaient soutenir.

Le reste de l'église était dans une situation presque aussi alarmante ; depu'fi longtemps, la toiture délabrée laissait pénétrer les eaux pluviales. La voilie de la nef était lézardée suivant son axe dans toute sa longueur, et les crevasses avaient en quelques endroits plus de cinq centimètres de large. Le pilier nord-ouest de la coupole, à l'intersection de la nef et des transepts, présentait de nombreuses fissures verticales qui indiquiiicnt une

Eolation de conllniiilé dans la maçonnerie, d'où pouvait résulter rocroulcment du cloclier cantiul.

CVtuit surtout du côté nord de l'Oglisc que les dégradiilions étaient le [Jus mcnncantcs. Plusieurs piliers s'écrasaient, cl le mur, hors d'a|)lomli, Unît poussé en dciiors par le poids énorme d'une voûto en moellons, surchargée encore par une couche de cendres, de tuiles cl de toute sorte de débris, tiaute de plus d'un mètre.

Pour prévenir la chute imminente de la voûte, je ne sais quel délcslahlc maçon, soi-disant architecte, avait entrepris de reprendre les piliers en ious-œuvrc.ll avait entaillé lcschapitcnu\de deux cotes pour recevoir des pièces de bois tninsvorsalce servant de cliapeau à un chcvulemcnl destiné à soutenir les arcs des bas-câtés, pendant qu'on réparerait les piliers endommagés. Tout réchafaudago était combiné de telle sorte, que, si les travaux eussent été continués, l'édilicc se serait écroulé infailliblcmcnl.

Tel était l'état de l'église de Saint-Savin lorsque je la vis pour la première Tois il y a quelques années. M. le ministre de l'intérieur, inlurmé de l'imminence du danger, résolut d'y porter remède. L'église fut aussitûl classée au nombre des monuments historiques, et les auloi'iiés locales furent învîlécsà faire rédiger prompleiiienl rin pro-

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jet de reslanratiaa. A cette époque, les fonds alloiiÉs aa bodget de l'intérieor ponr la eoRBervalion de nos moninaents étaient tellement boFDé6,qne toutes les rëparalioits s' exécutaient sous la direction des archilectes des dépactameots, car le dàplaoemeat d'artistes envoyas de Paris eût absortié les faible allocations qu'on pouvait accorder. Le premier secours que reçut l'abbaye de Samt-Savin lui fui bien fatal. En attendant le projet général de re»~ tauralioD, une somme de quinze cents francs, soûle disponible alors, avait été destinée à eubvenir aux travaux de consolidation les plus ui^ents que réclamait la voûte de la nef. L'architecte du déparlement de laVienneavaiteu l'ordre de prévenir l'écartemeitt delà voûle par un sy«tèœede tirants en -fer; on lai avait recommandé de boiicher les lézardeB avec du ciment, et les instructions étaient tellement minutieuses, qu'on lui prescrivait expressément de couler le mortier par l'extrados de la voûte et de veiller à ce qu'il ne se répiindlt pas à l'intrados SOT les peintures. L'architecte ne tintaucun compte de ces avertissements: il fit ouvrir la voûte par rinlrados, remplit les crevasses sans le moindre soin, et, qui pis est, lit remplacer dans le nartbex une notable portion du crépissage intérieur, détruisant ainsi plusieurs compositions, à la vérité fort altérées déjà, mais encore reconnaissables. Ces in-

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L'fiGLlSE DE SAINT-SAVIfl. 135

coneevables travaux furent ei^utés avec ane si grande rapidité, que le ministre n'en fut inatmit que- lorsqu'il était trop tard pour y porter remède. Quelques mois après, l'architecte qui les avait pre»crtts entra, me dit-on, dans une maison d'uliénés. fin' t84t, la directioni des travaux fut remise !i M. Joly-Leterme, architecte de Sanmnr, qui venait de doDoer des preuves de son habileté dans la restauration de l'église de Guoault. Désormais les' réparacioss bupent conduites avec intelligence. Toates les parties menacées du monastère furent consolidée», quelques-unes reprises en sonsœuvre, non sans des précautions infinies. Les trompes, les teumeaux, les cintres de la tour furent i-emplacés, opération périlleuse entreprise avec audace, on peut dire avec- courage, et terminée anjourd'hui avec un bonheur complet. Maintenant, les contre-forts sont réparés, les murs raffermis; les lézardes ont disparu. La conservation de l'église est désormais assurée pour longtemps, et il ne reste plus k y faire que de légères réparations de détail, dont on peut d'avance prédire le succès. En même temps que M. Joly dirigeait les travaux de consolidation, il prenait les précautions les plus minutieuses pour conserver lout ce qui restait des anciennes fresques. Bientôt il essaya d'en reha'cher de nouvelles. En détachant le badigeon

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liorei'. L'Église de Saint-Savin ne fournit-elle pas la preuve la plus complëLo de la vôrilé d'uDO assertion qu'on a peul-Clrc regardée comme un paradoxe? Saccagée par les Anglais, brûlée par les pro- Icstanls, dévastée dans toutes nos guerres civiles, repaire d'une liorde de bandits pendant un dcmisiècie, elle se distingue aujourd'hui, parmi les nombreuses églises du même temps, par l'unité de sa disposition et par la conservation de son caraclôre. Les mallieurs de l'abbaye ont préservé l'église des réparations que subirent, dans le xvm" siècle, la plupart des monastères de l'ordre de saint Benoit. Si l'archi lecture du xi' siècle subsiste Ji Saint- Savin, c'est parce que ses religieux lurent trop pauvres pour l'aîtércr.

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DISPOSITIONS DES PEINTURES DANS l'^GI.ISB.

Tout l'intérieur de l'église, ainsi qu'on l'a déjà dit, était revêtu d'un enduit de mortier peint ou Dadigeonné à fresque. Aujourd'hui, une partie seulement des peintures est assez bien conservée pour pouvoir être distinjiiuée; partout, cependant, on a retrouvé des traces qui suffisent pour faire juger de la nature de la décoration.

Voici comment celte décoration était disposée: Le porche, du moins la portion de voûte et de paroi comprise entre l'arc doubleau et le mur d ■ la nef, présente plusieurs compositions tirées de l'Apocalypse. L'arc doubleau était orné d'une suite de médaillons, presque tous détruits maintenant: il m'a semblé y reconnaître quelques-uns des sif;nes du zodiaque. Au-dessus de la porte qui donne dans la nef, on voit un Christ colossal assis sur

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UD lr6ne el entouré d'une gloire. Enfin , de chaque câté de la porte, on distingue trois compartiments l'un au-dessus de l'autre, remplis de figures fort effacées. Les deux compartiments inférieurs représentent, je crois, les apâlres : ils sont assis trois par trois, la tète entourle d'un nimbe et le corps dans une espèce de gloire. Dans l'eDcadrement supérieur, on voit trois anges, qui paraissent saluer îe Christ, el on peut observer l'attitude tout orientale que le peintre leur a donnée. On salue encore dans tout le Levant un personnage de distinction on portant la main à terre, puis à son cœur, à ses lèvres et k son front. En Perse, on saluait de la sorte le grand roi, comme on peut le conclure de l'anecdote si connue d'ismenias, qui, pour concilier le cérémonial persan avec la rai deur républicaine de ia Grèce, laissa tomber son anneau devant Artaxercés et le ramassa aussitôt.

Sur la voûte de la nef sont peints un assez grand nombre de sujets empruntés h la Genèse et k la l'Exode,

La salle principale de la crypte olTre, sur les deux parois nord et sud, la légende des saints Savin et Cy-prien. Un grand Christ dans une gloire, enlourù des attributs symboliques des quatre évangélistes OLCupc toute ta voûte de l'escalier qui conduit k cette crypte.

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D'autres fresques convrenl les parois de l'escalier et les chambranles de l'espèce de porte, ou plutAt la snillic de mur qui s6pare l'escalier de !a crvple. Oa reconnaît la Vierge et quelques saints de grandeur naliirellc; mais tout est horriblement salpôtrè, et l'enduit môme, partout crevassé, tombe en largos écailles. On remarque, autour d'une (ignre de sainte peinte dans l'escalier de la crypte, la disposition de l'arcade sous laquelle elle est représentée. A sa droite, au-dessus de ta colonne, est une petite niche en ogive. C'est une singularité assert notable pour l'ûpoque à laquelle, suivant toute apparence, ces peintures ont été exécutées.

Les murs de la nef, des transepts et du chœur, ainsi que les voûtes des collatéraux et des transepts, étaient badigeonnés en blanc, et sur ce fond on avait figuré par des lignes rouges un appareil régulier de moellons à assises horizontales. A 2 métrés GO centimètres du sol (mesure prise du sol à la partie inrérieure de la bordure), dans la nef et te transept, règne une espèce de litre ou de large bordure, sur laquelle sont tracés des ornements bizarres en blanc, jaune et rouge sur uu fond bleu. Cà et ih, on en a retrouvé des portions assez bien conservées pour qu'il fût possible do cal quer le motif des ornements et de le reproduire, ,l& où l'enduit s'était détaché de la muraille.

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Les colonnes étaient également badigeonnées, ou plutôt peintes de manière i repii^scnlcr des marbres cl des agates. Il ne faut point s'attendre à une imtla''on fort cxa''î; on devine l'intention de l'arlislD, voila tout. Qu'on se rcpréscnlc de larges reines rouges, jaunes, vertes ou grises, toujours accompagnées d'autres veines blanches et se développant depuis le haut jusqu'au bas des fûts, tantAt en spirales , tan H en zigzags opposes , tantôt en longues lignes légèrement ondulées. Chaque colonne a sa tcjnle particulière : on en voit de rouges, de jaunes, de grises.elc, mais toujours des veines blancbcsallernent avec des veines d'une autre couleur. Les tailloirs étaient peints démente. Quant aux chapiteaux, on n a retrouvé que des traces Irës-incerlaines de leur coloration. Les piliers qui séparent le narthex intérieur de la nef avaient une décoration plus recherchée. La colonne engagée du c.6i.é de la nef est divisée en un grand nombre de compartimcQls carrés, contenant chacun un animal fanlastiquc d'une exécution trés-grossièrc, mais facile et hardie. Ces compartiments sont accompagnés de quelques ornements courants d'un dessin hizarre, mais tout aussi lâchés d'exécution.

A l'intérieur de la nef, au-dessous de la porte occidentale, est pratiquée une assez grande niuhe dans laquelle on voit une Vierge assise, couverte do riclics

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142 ÉTUDES sua LES kKIS AU HOyGN AGE.

vôtemeuta et lenaot l'Enfant Jésus- sur sesgmioint. Cette peÎDtare, Irës-élégante et d'une assez bnnne oonserra^ou, a été découverte récemment, sous une épaisse couche de badigeon, par les soins de l'architecte M. Joly. Il est facile de voir qu'elle n'appartient pas à la même époque que les antres peintures. Elle est d'un style moins sévère et d'une exécution plus précieuse. Je doute qu'elle soit peinte à fresque, car les couleurs ont une transparence qu'on n'observe peint dans les fresques voisines ; je serais disposé à croire qu'elle a été peinte à l'œuf ou. par quelque autre procédé analogue. C'est, je pense, un ouvrage du xiii" siècle.

Les derniers travaux exécutés au commencement de cette année (1843) dans la nef de Saint-Savin ont fait découvrii' une série de peintures jusqu'alors ignorées : ce sont de grandes figures debout, les bras étendus et tenant des phylactères, qui occupent les pendentifs des arcades. M Joly en a reconnu dix, presque toutes fort andomma^ées. L'une d'entre elles est un Jonaa,. comme l'indique l'inscription sur le phylactère : Jonasin ventre..., probablement eeti.

Sur les grands murs du transept, siuuf l'appa reil figuré et la bande ou litre que j'ai déjù décrits, on ne voit d'autres traces de peinture qu'un grand saint Cliristoplie presque enliërement effacé, et qu

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ressemble beaucoup à celai de Ganault. D'après quelques vestiges fort incerlatos d'uillears, on peut présumer qae cetle figure est do xv* siècle. Je ne la croie pts eK^ontée h fresque, mais peinte en âélrempe sur l'ancien badij^een.

Ou aperçoit quelques restée de peintares représentant des anges on des saints dans ta chapelle du transept oord. Le nom de l'un d'ernc, Gabriel, eet 'eaeore visible. Ces peintares toochent à la statue d'ange dont j'ai parlé plue haut.

Autrefotfi, la voAte du chœur était entièrement couverte de peintiires ; mais, par suite du délabrement de la toitare, l'humidité a fait tomber l'enduit de presque tout le haut de l'hémicycle. Sur quelques rares écailles encore adhérentes aux moellons, on a reconnu un fragment d'un nimbe crucifère colossal, pais an antre nimbe plus petit duns lequel paraissait mu tête d'omau. C'en est assez pour faire deviner le motif de la composition. L'oiseau nimbé étant évidemment l'aigle de saint ïean, la voûte devait représenter le Christ entouré des attributs symboliques des quatre évangélistcs. Aux retombées de la voûte, et dans les niches placées au-dessus des arcades, on a découvert sous le badigeon plusieurs grandes figures, fort effacées il est vrai, mais dont l'attitude et même le caractère sont encore reconnaissabics. Il yen a quelques

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144 ETUDES EUn LES ARTS AU KO'. 3N AGE.

autres semblables, peinles sur les piliers du transept (lu cOlî! qui regarde le choeur. Plusieurs onl des vCtcmenls pontilicaux, des mitres et des crosses, La plu|:arl sont nimbâcs. Toutes, d'ailleurs, oui tellement soulTcrt de riiumidilé et des insultes des badigeon ncurs, qu'il serait bien dillîcilc aujourd'bui de les reproduire par le dessin. Ce ne soni plus que des ombres colorées, dont l'œil saisi: rensc:nlile lï distance et qai, de prôs, devionneni des faciles confuses.

Les arcliivoltes des arcades du choeur sont ornées d'une bordure et do chevrons, d'une disposition originale, peints en rouge, en jaune et en blanc. Des rini'Caus de motifs variés, tous très-simples et un peu lourds, couvrent l'intrados de l'arcade qui sépare le cliœur du transept, l'ibrasement de quelques-unes des fenOlrcs, ou bien sont jetés ç.'i cl là diins des entrc-coloancmcnls entre les fenôtres des chapelles.

La cba pel le de Saîn t-Marin a conscrfé des vestiges plus distincts d'une décoration fort élégante. A. rinlérieur, comme dans toutes les autres chapelles, régne une aicature à hauteur d'appui. Dans chaque arcade, on voit une figure de saint peinte, de proportion médiocre et sur un fond jaune uni. Les archivoltes sont peintes en vert et enlourées de bordures roug» et jaune. D'autres saints en

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buste occupent les pendentifs de l'apcature, et autour d'eux se groupeut de petits anges vêtus de longues draperies, dans différentes attitudes.

On lit auprès de deux personnages peints dans rinlËrieurderarcature:HÉLisABET(sic)etZACHAHiAs. Dans un des trumeaux au-dessus de l'arcature, on distingue une figure en buste d'assez grande proportion, la tête entourée d'un nimbe ailé, et tenant un livre à la main. On yoit dans la même chapelle nn autre sujet de plus petite proportion également sur un trumeau : deux personnages nimbés déposent dans un cercueil une ligure oimbËe uussi, et revêtue d'une longue draperie noire ; une main divine sort du ciel et se dirige vers le bienheureux qu'on va ensevelir. D'après le nom très-ancien de la chapelle, je suppose que c'est l'enterrement de saint Marin qu'on a voulu représenter.

Dans la chapelle voisine, paraissent encore quelques gra des ligures de saints et d'ëvêques fort semblables à celles du chœur et tout aussi altérées ; ajprès de l'une d'elles, on lit : ses. nicolavs.

Il me reste à décrire la salle supérieure du vestibule, on la tribune placée au premier étage de la tour occidentale; elle a souffert plus qu'aucune autre, et il suffit de rappeler qu'elle a servi d'antichambre et peut-être de corps de garde au baron des Francs. Un assez grand nombre de compositions

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li« ÉTUDES SUR LES ARTS AU MOYEN AGE.

soDt cependant encore reconnaissablee, et ce qu'on peut distinguer fait vivemeot regretter la perte dn reste, li y a quelques anaées, tous les nnirs de celte salle étaient couverls de cette eingnliëre couleur rose qu'on voit si Bonvent dans les vieux édifices, et qu'on pourrait prendre poar an badigeon : c'est m'a-t-on dit, un lichen qui s'implante dans les pierres exposées à l'humidité. Sa balayant «etle espèce d'eSIorescence rose, on observa dessous, d'abord, des conleurs, puis des figures ; on parviut même & reconnaître plusieurs sujets. Malfaenreasement, l'enduit a été rongé presque partout, et tes couleurs y sont encore moins adhérentes qne sur les parois qu'on a badigeonnées. A force de soins et de précautions minutieuEes, M. Joly est parvenu à mettre à découvert ces vestiges précieux. S'ils sont trop altérés pour être facilement reproduits par le dessin, du moins on peut se faire une idée de la décoration remarquable de cette salle, et apprécier même le caractère très-original de ses peintures.

On sait que la tribune est partagée en deuxparties par on arc-doubleau ; la paroi dn cdté de l'ouest est la seule qui soit demeurée nue.

Sur la portion de voûte comprise entre l'arc-donbleau et la nef, paraissent deux figures colossales ; TuDê, nimbée est assise sur on trdne, dans une de

ces gloires que quelques antiquaires nomment vesiea pùcM, doit représenter le Christ dans ses attributions de jngo BuprËme ; quant à l'autre Ggare, placée sous aae arcade oa dans une gloire, elle est trop mutilée par la chute de grandes plaques d'enduit pour qu'il soit possible de la déierminer avec quelque certitude. Peut-être avait-on voulu réunir dans le même lieu te Père et le Fils, ou même la Trinité, ainsi que l'ont fait plusieurs artistes du moyen &ge '. L'état de ces fresques est tel aujourd'hui, qne l'on ne peut présenter pour leur explication que des conjectures.

Paroi rûuuit tact i l'Mt.

Entre l'intrados de la voûte et l'extrados de l'arcade très-profonde dont la muraille de la nef (orme le fond :

Trois grandes figures presque effacées, dont l'attitude même n'est pas facile & distinguer. Peutêtre l'artiste a-l-il voulu représenter ta Transfiguration. Le Christ serait placé entre Moïse et Ëlie.

Deux anges drapés de longues robes, grands comme nature, se dirigeant l'un et l'autre vers le

l. Dant la cbapelle de Moulaire, pria de VendAme, par «leniple, an xti* oa xiii* titole, ou bien daai le Ubleau et triboi su roî Réot, qa'oa loît i, l'hApital de Villeneave-iei

AligDOD.

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sommet de l'archivolte, où l'on voit un médaillon '.soutenu par deux autres anges, de proportion plus petite, dans t'atlilude des Renommées antiques.

Intrados tte la niche

Répétition du motif précédent: deux anges soutenant un médaillon.

C61& droit de la niche .- un personnage, télé noc, assis sur une chaise et sous nne arcade ; son manteau est rouge brun, sa robe jaune. Sa main droite est sur sa poitrine ; la gauche est légèrement soule- YÉe, l'index et le pouce élevés en signe de commandement. Les compositions suivantes étant évidemment tirées de la Passion de Notre-Seigneur, je suppose que cette ligure représente Pliate; si c'était llérode, il aurait la couronne en tête.

Du cAté opposé, en regard, un homme pendu ii un arbre. Évidemment, c'est Judas.

Dansia partie supérieure de ce tympan, on aper- <;oil, disons mieux, on devine une composition qui

I, Sans doute ce médallIoD représenhùt le Christ en buste. Cest un motif aaiez fréquent dane lei peinturea du mo^en

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L'EGLISE DB SAINT-SiVIN. U9

n'a été, je croîs, traitée que rarement par les arlisles byzantins : c'est noe descente de croix. Tout le haut du corps du Christ a disparu, le mortier s'étant depuis longtemps détaché de la muraille. Cette figure est colossale. Ses pieds touchent presque à terre; les disciples et les saintes femmes, d'une moindre proportion, mais cependant grands comme nature, paraissent s'empresser autour du Sauveur. Les jambes et la partie inférieure des draperies, seules parties conservées, font juger de leurs mouvements. Deux personnages, qui vont recevoir le Christ dans leurs bras, sont montés, non point sur une échelle, mais sur une espèce de petit tabouret placé au pied de la croix.

Deux anges, de faible proportion et fort effacés, occupent les espèces de pendentifs entre le bas de ta composition précédente et l'archivolte de l'arc qui donne dans la nef. Cette archivolte est ornée d'un rinceau, qui se termine par des tétcs fantastiques d'un très-mauvais dessin.

Deux compositions peintes l'une au-dessus do l'autre, sur le côté gauche de la niche, sont devenues absol ument méconnaissables. On Ht cependant sur le fond de l'une d'elles, le mot christieoliSt ainsi écrit ; XFicoLis,

Sur le cOtë opposé de la niche, on trouve des vestiges un peu plus distincts. Il est facile de recou-

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190 gTUDBS SUB LES ARTS AU MOYEN AGE.

naître an sarcophage vide, à cannelures ondées, dans un édicole ou une espèce de crypte voûtée, audessou.5 de laquelle quelques soldats paraissent à mi-corps, couchés sur leurs boucliers et endormis. Dans l'édicale, au-dessus du cercueil, on voit on objet carré, peint en ronge avec des ornements jaunes ; c'est, je le présume, une lampe funéraire. Oa lit sur le fond et près du sarcophage : skptlgbo B!if (sic). Les soldais ont des cuirasses à écaille» et des casques à nasal, pointas du cimier, fort semblables à ceux de la tapisserie de Bayenx. Le sujet n'a besoin d'aucune explication.

On voit plus loin une apparition de Jésus-Christ à Marie-Madeleiac. Les têtes seules sont nssez bien conservées : celle de la sainte est reman-uable par L'expression de vive tendresse mêlée de douleur. La recherche de l'expression est rare, comme on sait, chez les artistes du moyen âge. Cette fresque se distingue encore par le type des têtes, qui s'éloignent de cet ovale de convention qu'on observe presque toujours dans les peintures byzantines.

Paroi sud.

Il s'y trouve : i" Trois figures revêtues de longncs draperies, debout sous des arcades. 2" Trois personnages (assis?). 3" Deux personnages nimbés»

L'ÉGLISE DP SAlNT-SAVI». i51

ensevelisBantoncadayre, nirabé également, dans an cavesa; au-desso» du cercaeit volent denx anges. Le nimbe qoi entonre la tète du cadavre m'a para crocifÈre! ce serait alors l'enseTelissemeat da Christ par Joseph d'Arimathie et Nicodërae. 4° Deax figares debout, tenant des phylactères.

Contre-fort intérieur, paroi sbiL

Il contient i" Quatre saints ou quatre évéqacs, doboul l'un au-dessus de l'autre, séparés par des lignes decoulenrou des encadrements fort minces. Daas le compartiment inférieur, on lit ces mots : s. GEL&sivs. On m'assnre qu'on distingnait encore, il y a quelques années, le nom de saint Fortanat; ce qni donnerait lieu de croire que l'on avait peint sur ce contre-fort, et sans doute sur celui qui lui est opposé, les premiers évoques da diocèse de Poitiers. 2' Quatre saints presque entièrement effacés. Une grande meurtrière a été percée au milieu de ces peintures.

Oa y voit; I' Trois figures sous des arcades. if Une Ggure nimbée; deux anges volent an-dessus de sa tête ;ane grande foale se presse alentour. Un des personnages semble désigner le saint d'un gçste

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de meDace. Oa lit sur le fond : dionisivs. Ce seul mot me semble donner la clef de cette composition. Saint Savin Tut mené, comme on l'a vu, devant l'idole de Dionysius par le proconsnl Ladicius. Ce serait donc une scène de son martyre qui serait représentée ici ; et l'on peut supposer, non sans vraisemblance, que deux compositions qui précédaientcelle-ci, et qui sont aujourd'hui effacées, se rapportaient à la même légende.

Sur le contre-fort intérieur du même cdtë, quatre saints on quatre évéques, font pendant aux personnages semblablement disposés sur la paroi sud.

Les peintures du panneau le plus élevé de la paroi nord sont encore un pendant aux peintures de la portion de muraille opposée. On y distingue trois personnages sous des arcades ; probablement ce sont, comme les précédents, des saints, patrons de l'église.

Le reste de la paroi nord a perdu son enduit de mortier. La paroi occidentale ne parait pas avoir été jamais recouverte de peintures; on se rappelle qu'elle est percée d'ouvertures pour la manœuvre d'un pont-levis.

Résumons en peu de mots cette immense décoration historiée :

Dans le vestibule, une série de sujets tirés de l'Apocalypse î

Sur la voAlc de la nei une suite de composUroos prises dans la Genèse et l'Exode :

Le chœur réanlssail autour du Christ les saints prolecieurs de l'abbaye, ou qui ont illustré la pro- Tince d'Aquitaine;

Les chapelles oITraient également les images des patrons de l'église el des évéques du pays ;

La crypte étail consacrée li la légende des saints Savinet Cyprien ;

La tribune enfin, outre une série de sujets empruntés à la Passion et à la légende locale, réunissait, comme en une e^pto d'iconostase, les images d'une foule de saints honorés particulièrement dans le monastère.

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