‹ Études sur les arts au moyen âgeChapitre 20 sur 61 · OBSERVATIONS SUR LES PEINTURES DE 8AINT-SAVIM · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES PEINTURES DE 8AINT-SAVIM

Les peintures de Saint-Savin, du moins toules celles que j'ai pu observer de près, sont des ffeS' ques \ c'est-à-dire qu'elles OEt été appliquées sur un enduit de mortier humide dans lequel les couleurs, préparées à l'eau de chaux, ont pénétré à quelques millimèlres.L'action de la lumière abeaucoup afTaibli la vivacité des teintes ; on peut s'en convaincre en comparant les peintures de la nef exposées au jour, avec celles de la crypte, qui sont

1, 1[ faot en excepter la Vierge du narlhei et le saint Christophe àa transept, l'un et l'autre peints assez longtemps aprè* es grandes camposiliona de la nef et de la crypte. Les laortierB sur lesquels les peiDtures lODt appliquées sont fai 9 areo la chaux du pajs et le sable tamisé; on les a lissés avec beaucoup de soin, et sur la dernî&re couctieon a passé un lavage de chaux, pour faire disparaître toutes les aspériléB et boucher Jes interstices.

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demeurées dans une obscurité continaelle : les premières soDtpas8f«j, tandis que les autres ont conservé toute leur fraîcheur. Mais la cause principale de destruction parait avoir été l'humidité; lorsqu'elle n'a pas occasionné la cbnte du mortier, comme cela est arrivé malhenrensemeut ponr la voûte du chœur, elle a produit une espèce d'eSlorescence (c'est cette végétation rose dont j'ai parié tout à l'heure) qui a détciché les couleurs de l'enduit avec lequel elles devaient s'incorporer. 11 ne reste plus alors qu'une poussière qai s'enlève au moindre frottement. En qnelques places, les couleurs, soit qu'elles fussent Iron épaisses \ soit qu'elles aient été appliquées sur du mortier trop sec. soitenSn qu'elles soient des relouches en détrempe, se sont soulevées par écailles, ne laissant plus sur l'enduit qu'une empreinte très-faiblement colorée et souvent incertaine.

Les bkincs et les tons de chair se sont altérés plus que les autres teintes. Sur les pendentifs du chœur et dans ht chapelle de saint Marin, il ; a des roses qui sont devenus d'un noir verdAtre. Probablement

I, La moine grec, aulearda Guide iJe In p«lN(ur« traduit par le docteur Paol Durand, ro commande d'appliquer les différentes coucbn de peinture fort tninceB, aSn qu'elles a/lhèrent bien les UDM «tax antres. !l parait que cette recommandation n'était pu toujoijraeiacLïment suiVia. Voir ilanuel ifltonograpliie ehréCienne, p. 35, comment il faut Htire lea ci

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les couleurs décomposées de la sorte sont des retouches ancieuDes, car on remarque qu'elles sont plus épaisses que les autres et imparfaitement foDducs avec les teintes qu'elles recouvrent. Je pense, d'ailleurs, que ces peintures du chœur et des chapelles sont d'une autre date que celles de la nef ctde la crypte, ou tout au moins exécutées par des Eirtisles à qui les procédés de la fresque étaient moins familiers.

On sait que les maîtres italiens se servaient d'un style ou d'une pointe de métal pour ébaucher leurs composit'onssur l'enduit du mortier. Ce trait, gravé plus ou moins profondément, n'existe pas dans les fresques de Saint-Savin'. L'ébauche a été faite au pinceau : c'est un trait esquisse en rouge. Grftce à la solidité de cette couleur, le trait s'est conservé, tandis que les teintes qui le recouvraient ont disparu. Les contours sont tracés avec une facilité singulière et une sûrclé de main qui indique autant d'adresse que d'habitude. On ne voit point de repentirs^ et, pour la netteté du Irait, ces compositions rappellent la hardiesse

1, On voil CApeadant queli|uei traita d'uns ibRUche i la pointe daat une des chapelles. M. Jol.v, qaî le» a abaervéi le premier, penne que cette ébauctie n'a jamaie écé eidculéo Il a reconnu d'ailleurs qu'elle était tracée d'une maio hardie, «t il la compare à l'etquinse d'un artiate exerei ptuiût qu'à un calque (imicle d'nprès un poncit.

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L'EGLISE DE SAINT-SAVIN. t9T

des peintures aatiques de Pompëi et d'Herculanum.

La peinture à fresque n'admet qu'un nombre fort borné de teintes, la chaui décomposant toutes les couleurs végétales et beaucoup de couleurs métalliques. La palette des artistes qui ont travaillé à Saint-Savin était des plus restreintes, et je doute qu'ils aient fait usage de toutes les ressources que comportait ce genre de peinture, même Je leur temps. Les couleurs qu'ils ont employées sont le blanc, le noir, deux teintes de jaune, plusieurs teintes de rouge, plusieurs nuances de vert, du bleu, et les teintes résultant de la combinaison des couleui-s précédentes avec le blanc.

Le blanc des fresques de Saint-Savin couvre peu ; il s'est décomposé souvent, et parfois il est devenu comme translucide. Les inscriptions de la nef tracées en blanc sont maintenant illisibles.

Le noir a été rarement employé pur. Mêlé au blanc, il servait & faire diverses nuances de gris.

Les rouges se sont, en général, très-bien conservés. Ce sont, je crois, des ocres, et, par conséquent, ils n'ont jamais une grande vivacité. La teinte qui se reproduit le plus fréquemment est trés-inlense, un peu violacée et tirant sur le pourpre.

Los jaunes sont également bien conservés. Il y a

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des draperies peintes en jaune qui ont an éclat remarquable, et que nos ocres n'ont point, ce me semlvle, anjourd'hui.

Le bleu est fortement altéré. On s'en est, d'ailleurs, servi assez rarement. Presque toujours, il a pris une teinte verdàtre et fale. L'asal^se que H. Ghevreul a bien voulu faire, à ma prière, a démontré que le cobalt était la base de cette couleur*.

Le vert est quelquefois très-brillant et trèa-vif. J'ignore sa composition, mais je doute que ce soit une terre naturelle. La teinte la plus claire inaa> que, je crois, à la fresque moderne.

Il est inutile de dire qu'aucune de ces couleurs n'a de transparence. Toutes ont un aspect terreux et teme. Il est évident qu'on ne les a jamais recouvertes d'un vernis et d'un encaustique, comme quelques peintures murales des anciens.

1. n La matière bleue provenant de l'égttie de Saiat-SaïiD est colorée par le verre bleu de cobalt appelé tmait- Aprèa avcriF enlevé, an mo^en de l'acide chlorb^driqne, le lOosHiarboaate de ebaui dont la, madËie était mêlée, j'ai isoTé parfaitemeat l'oijde de cobalt dâ verra blau, qui ne a'était pas dissous daDt r&cide.

■ 11 ett certain que les anciens connaïssateat la propridU qu'ont certains minerais de former un verre bleu are<; la matière du verre, c'est'i-âire avec ta silice et un alcali, potasse ou «onde. H. Davj a constaté, en 1814, que des vaaea d'an verre bleu traDspardtal, trouvés dans des tombes de 1a grands Grèce, étaiect colorés avec la cobalt, etc. »

(Extrait d'une not« de U. CheTTenl.)

Les couleurs ontélë appliquées par laides teinlcs plates, sens marquer les ombras, au point qu'il est impossible de déterminer de quel cAté vient la lumière. Cependant, en général, les saillies sont indiquées en clair, et les contours accusés par de» teintes foncées ; mais il semble que l'artiste n'ait eu en rue que d'obtenir ainsi une espèce de modelé de convention, à peu près tel que celui qu'on voit dans notre peinture d'arabesqnes. Dans les draperies, tous les plis sont marqués par des traits sombres, ordinairement rouges, quelle que soit la cou> leur de l'éloffe. Les saillies sont accusées par d'autres traits blancs assez mal fondas avec la teinte générale '. Il n'y a nnlle part d'ombres projetées, et, quant à la perspective aérienne, ou même à la perspective linéaire, il est évident que les artistes de Saint-Savin ne s'en sont nullement préoccnpés.

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