ALBUM DE VILLARD DE HONNBCOUHT. 3S
pDUTonspassavoirsiVillardnousprëscDtelerruitâc ses veilles, ou s'il a seulement pris noie d'une solution curieuse qu'il se proposait de vérifier à loisir. M. Lassus a constaté que le même mécanisme, retrouvé par quelque cerveau fôlé du dernier siècle, figure encore aujourd'hui au Conservatoire des arts et métiers en compagnie d'autres modèles non moins ingénieux et non moins inutiles.
Loin d'étt^ un songe-creux, notre Picard, dans le reste de son ouvrage, fait preuve d'un esprit tout pratique. Tout ce qui, de près ou de loin, se rattache à son art, parait avoir attiré son attention. La construction des voûtes, et particulièrement les procédés pour tracer les épures nécessaires fi la constuction des arcs, ont été de sa part l'objet d'études constantes. En effet, l'art nouveau qu'il professaitn'étail en quelque sorte que te résultat de la âécouverle, encore toute récente, d'un système qui permettait de couvrir de vastes espaces au moyen d'nne sorte d' o^sofure ou de charpente en pierre, formée d'arcs se croisant obliquement et portant leur poussée sur des points d'appui inébranlables. Une fois que les avantages de ce système furent reconnus et constatés par l'expérience, l'architecture gothique était inventée, et de la solution d'un problème longtemps cherchée découla comme un corollaire tout un système de construction régn-
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lîeret logique. On remarquera, parmi les âiSéreolea mélhodes pour le tracé des vouBsoirs d'arcs que Villard a Dt^es, des procédés: pour opérer ce* tracés dans ud espace très-reslreiot. II faut se reporter au temps où il iraTaiilaitJjesmoDiiDientspablics étaient pour la plupart enlourês de maisons ; les villes, resserrées dans leurs mnraiDes, n'avaient que des rues étroites; les places mêmes étaient petites et souvent remplies de baraques. Lorsqu'on bfttit la cathédrale de Paris, où mit-on les matériaux de constructionï où étaient les chantiers? C'est ce qu'il n'est pas facile de deviner. Probable* ment les pierres arrivaient toutes taillées de f&rt loin, à pied d'œuvre, et l'aire même de la cathédrale devait être encombrée. Il était donc essentiel de pouvoir tracer l'épure d'un grand arc, sur une table ou sur le plancher d'une chambre, et les élèves de Villard ne manquaient pas de recettes pour en venir à bout.
Je me sers à dessein de ce mot de recettes, car l'album me parait être surtout un recueil de recettes. Il ne faut pas s'attendre à y trouver une méthode ni une forme didactique. L'art ne consistait guère al(H^ qu'en observations isolées, attendant une théorie générale qui les réunit. Au lieu d'une théorie, le sentiment guidait les artistes, et donnait & leurs ouvrages un caractère d'unité qui ne
ALBUM DE YlLLiRO DE HOKNECODRT. 359 serencoDlre qu'aux époques de convictions profondes. Assurément ce caractère d'unité a marqué les monuments du xiii* siècle, et les adversaires les plus déclarés du style gothique ne pourront s'empêcher de le reconnaître, quel que soit d'ailleuFS leur dédain pour les œuvres de ce temps. De même que VIliade a été chantée longtemps avant que les grammairiens se fussent avisés de trouver les règles du poème épique, les monuments gothiques révèlent dans leur construction une harmonie quia été comprise bien avant qu'on ait cherché à la réduire en principes.
Tous les croquis de Villard attestent celte forte «t mystérieuse influence qui semble dominer la main et Jusqu'à la pensée des artistes. Les statues «t les bas-reliefs qu'il a dessinés, à quelque époque qu'ils aient appartenu, ont reçu comme une empreinte du xiii° siècle. Cène sont pas des copies, ce sont des traductions. Bien plus, ce caractère se trouve jusque dans les figures d'hommes ou d'animaux dessinées d'après nature. 11 prend soin de nous apprendre qu'un certain lion qu'il avait vu dans ses voyages avait été par lui contrefais al vif (PI. XL VI!). Celions l'air d' avoir étécopié sur une sculpture au portail d'uneéglise gothique. Remarquons en passantqu'un lion. égyptien et qu'un lion grec ont aussi leur physionomie nationale, etao
ressembleul pas pins que le premier aux terribles animaux dont Gérard a juré l'exterminatioii. N'y a- • til pas dans ce phénomène ijni impose un type do conveoliooàl'imitalion d'uD objet naturel, quelque loisecrët£,seaLblableùcellequiprésideâlarormation des mots? Une langue encore jeune et puissante emprunte lesmoisd'uneaulre langue, mais elle les fait siens en les marquant de son sceau. Dans sa décrépitude au contraire, cette forced'assimijation s'Épuise, et l'instinct qui transformait les mots étrangers a perdu toute sa vivacité. Une érudition plus ou moins savante, des principes à l'usage d'un petit nombre d'adeptes, remplacent le sentiment national et populaire. A.lors, h une langue uniforme et de m^me voix se substitue un jargon bizarre, assemblage de mots empruntés, et conservant chacun les traces de eon origine. Avouons quenos pères, en transformant cunéus en coin, obéissaient à un instinct plus français que le latiniste moderne qui a forgé l'adjectif cunéiforme, et que pointure a une physionomie bien plus nationale que le mot A' acupuncture, k la création duquel nous avons assisté.
C'est un fait digne d'observation dans l'histoire de^'art, qu'à toutes les époques où il a brillé d'un vif éclat, ceux qui opt excellé dans un genre ont montré en même temps une aptitude singulière
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ALBUH DE TILLARD DE HONHECOURT. 361 pour d'attirés genres plus ou moins rapprochés do celui qu'ils ont cultivé de préférence. Je ne citerai point ici les peintres d'histoire qui ont réussi dans le paysage, car toute division dans l'art de la peinture est arbitraire, et celui qui ne saurait peindra que des arbres n'aurait pas plus de droit à être nommé peintre, qu'un homme sachant faire un orme, et pas autre chose, à s'appeler paysagiste. Mais on a vu de grands maîtres qui ont été tout à la fois peintres, graveurs, sculpteurs, archilecles: n'en peut-on pas conclure que tous les arls du dessin se lient intimement, et que, par des routes différentes, ils tendent à un butcommunîSi, pour exceller dans un genre, il faut s'y consacrer d'une manière à pen près exclusive, c'estque l'adresse demain, si nécessaire à l'artiste, ne s'acquiert que par une pratique constante. Quant au sentiment de l'art, à l'esprit qui doit l'animer et le dominer, il embrasse toutes les branches naissant dn même tronc. Il en était ainsi à l'époque ob Villard a vécu, et son album, comme la plupart des ouvrages du mi" siècle, présente un caractère qu'on pourrait appeler encyclopédique. Tout ce qui touche aux arts da dessin lui semble de son domaine, et il note sur ses tablettes un procédé pour grouper des figures dans une composition, entre une épure découpe de pierre, et lecroquisd'un bas-relief qui orne nnefaçado. 1i
voit un oiseau rare, une plante singulière, il les dessine en les moditiant, car déjà il leur a donne unn destination dans un ensemble de décoration qu'il médite. Vraisemblablement aucun architecte son comtemporain ne s'en serait rapporté à un sculpteur pour la disposition d'un bas-relief, à ud peintre pour lacomposition d'une peinture murale. S'il eût été hors d'état d'exécuter lui-même ces dilTérents travaux aussi bien que les maîtres qui en faisaient leur occupation principiile, du moins il aurait pu les diriger et combiner leurs efforts pour l'effet général de son œuvre. De là celte belle et surprenante unité de pensée et presque d'exécution dans les monuments gothiques. Tout semble conçu à la fois par le même esprit et fait par la même main.
L'album deVillard révèle un autre fait non moins remarquable, c'est la communauté de vues et l'association cordiale des artistes entre eux. Ils formaient alors une sorte de confraternité, où chacun, apportant sa quote-part de connaissances théoriques et pratiques, renonçait à sa personnalité au proGt de tous ou pour la plus grande gloire de l'art luimême. Une note de Villard nous apprend qu'il travailla avec Pierre de Corbie au plan d'une église à double collatéral autour du chœur, et un curieux croquis nous conserve le souvenir de leur commune
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