‹ Études sur les arts au moyen âgeChapitre 58 sur 61 · ALBUM DE VILLARD DE IIONNECOURT · texte numérisé non relu

ALBUM DE VILLARD DE IIONNECOURT

étude d'un problème purement spéculatif, selon t.Oute apparence. Ailleurs, Villard dessine le plan et l'élévation des chapelles de Reims, pendant que le même Pierre de Gorbie en dirigeait la construction, et, au bas de son croquis, il met ces mois; «Les chapelles de Cambrai, si on les exécute, seront conformes à ce modèle, i Villard, nous l'avons déjà dit, était l'architecte de Cambrai ; ainsi, il n'hésitait point à s'approprier le plan de son confrère l'architecte de Reims, et, dans ce procédé, il n'y avait rien vraisemblablement qui blessât la susceptibilité de l'un ou qui coûtât à l 'amour-propre de l'autre. Sans doute ils se considéraient comme associés à une même tâche, celle de glorifier Dieu et aussi de montrer la grandeur de leur art.

Bien que Villard ait beaucoup voyagé et qu'il ait YÎsité des provinces où l'architecture romane a été cultivée avec succès et a produit des monuments très-remarquables, on chercherait en vain dans l'album quelques souvenirs d'un édifice appartenant àce style. Les églises romanes de la Picardie, que nous admirons encore aujourd'hui, n'ont pas attiré son attention, pas plus que celles des bords du Rhin, non moins belles, et qui, produit d'un art étranger, devaient par cela même exciter davantage la curiosité d'un architecte français. Villard ne semble avoir étudié que les monuments de son temps

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et l'art nouveau qui prenait alors son premier âév<v> loppement; il a'a dessiné que des édifices gothiques en cours d'exécution ; et on peut ajouter que, dans tons ses croquis, dans toutes ses notes, on sait son but pratique : il rassemble des matériaux pour une construction ou une décoration gothique. On le voit, cet art du xui* siècle a trouvé dès son apparition des adeptes passionnés qui lui vouèrent un culte exclusif. L'amour véritable est intolérant, et, quelque éclat que l'art roman eût jeté dans le nord et le centre de la France, il fut abandonné au cornmencemeot du xm' siècle par une sorte d'entraînement général, comme une mode surannée, lorsqu'une mode nouvelle règne par la grâce des arbitres du goût.

Si cette comparaison ne semble pas trop vulgaire dans une question d'esthétique, je la poursuivrai en remarquant que le public, en matière d'art comme en matière de modes, ne déteste rien tant que ce qu'il admirait la veille. Pour les hommes du xiii° siècle, le grand tort de l'architecture romane était d'avoir précédé le stj'le gothique. Elle était l'ancien régime vaincu par la révolution. Cependant, ils ne confondaient pas tout le passé dans une haine aveugle. S'ils renonçaient avec empressement aux formes du xii' siècle, à cette ar^ chitectiire monastique imposée par une longue

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ALBUM DE TILLARD DE HONNECOURT. 365 tridition, ils gardaient une grande estime pour les monuments de l'antiquité romaine encore deboutdans plusieurs de nos provinces. Probablement ils étaient frappés comme nous de la puissance colossale qui les a élevés ; mais pour eux ta deslinatioà de ces édifices demeurait comme une sorte d'énigme, et ils n'y trouvaient rien qui convint à leurs mœurs 011 répondit à leurs besoins. A l'architecture antique ils ne firent que de rares emprunts, et seulement pour la décoration. La statuaire romaine, au contraire, devint pour les artistes du xiii° siècle un sujet d'études sérieuses. Gel art, qui, pour les admirateurs de la scalpture grecque, semble déjà frappéde décadence, offrait aux maîtres du moyen âge quelque chose demerveilleux, s'ils le comparaient aux ébauches des imagiers du xi* siècle et aux compositions du xii*, plus finies, mais tou^ jours roides et conçues dans un système conventionnel. On avait hâte de rompre avec la tradition byzantine qui avait régné si longtemps. L'art nouveau aspirait à une liberté nouvelle, et, de même que lesrèpublicainsde 93 singèrent les institutions de Rome antique qu'ils ne comprenaient guère, les artistes du xiii* siècle crurent trouver dans la statuaire romaine le beau idéal de l'imitation de la nature qu'ilsavaieotrévée. Telle fut, comme il semble, l'impression que reçut VHIard en observant

des bas-reliefs ob dos statues antiques. On voit qu'il a mis QD soia extrême à les copier, et, malgré le caractère gothique qui subsiste dans toutes ses imitations, il est facile d'y retrouver l'original antique. Je citerai entre antres (planche X) nu monument singulier, orm^ de statues, qu'il désigne comme « la Sepotiliire d'un Sarrazin. » C'est, à n'en pas douter, un tombeau romain, comme il en a pu voir aux bords du Rhin ou du Danube. On croit reconnaître no Mercure dans le personnage revêtu d'une chiamyde dessiné planche LVU- Une figure nue, tenant nn vase, devant une table oQ est placée l'image il'unempereur, me paraît représenter un athlète triomphant; et si d'autres figure.s nues de la planche XLII ne sont pas des acacfe'mies d'après nature, je serais tenté d'y voir encore ta copie arrangée de quelque bas-relief antique. Observons que tous ces dessins représentent des personnages DUS ou portant des draperies fort courtes, dont l'aiustement n'apDartient ni au costume réel dn xui* siècle, ni aux conventions de la statuaire du moyen ftge. A mon avis, c'est précisément la nudité de ces ligures qui tes a fait choisir par Villard, qui, je le suppose, avait consciencâ de l'infériorité de ses contemporains à rendre le nu. Galien recommandait aux chirurgiens de son temps d'étudier la structure de.<! os et des muscles en disséquant des

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