‹ Études sur les arts au moyen âgeChapitre 60 sur 61 · ALBUM DE VILLARD DE DONNECOURT. JOD · texte numérisé non relu

ALBUM DE VILLARD DE DONNECOURT. JOD

M. Lassus a iradoit: « La figureàes douze Apdtres. > Le glossaire, au mot agies, donne : • Attitude, disposition, représentalion. ■ Il ajoute qn'ordinaimeatagies BigniQe aisance». Je regrette qu'aucun texte n'appuie cette dernière interprétation, qui ne me paraît fondée que sur la ressemblance du mot français avec l'italien a<;to;mais quelle est l'origine d'flffio? Est-il antérieur ou postérieur à agies? Mon savant confrère M. Liltré à bien voulu me communiquer quelques testes, dont aucun malheureusement n'est antérieur au xv' siècle, et qui donnent le mot agiaux ou agios, avec le sens de parure, ornements, alliquets. Ménage remarque qu'à Paris on dit les agios de la mariée de village, c'est-à-dire sa parure. Le dictionnaire de Trévoux donne la même locution et la traduit ieia&rae.Agies cstbien évidemment l'agios de .Ménage; il faut donc interpréter : le coslnme, ou, comme on dirait aujourd'hui dans nos ateliers : ïtynstement des douze apâtres.

La planche LVIÎI contient le plan d'une machine de guerre, consistant en une longue poutre montée sur un axe et tournant dans nn plan vertical. La partie ta plus couru de cette poutre, à partir de L'axe, est chargée d'un contre-poids énorme. Oa élevait ce contre-poids en l'air en abaissant l'autre extrémité de la poutre, terminée par ane sorte de

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poche ou de cuiller chargée d'un projectile. Si, dans celle silualioD, on abandonne la poulre àelle-méme, elle tournera rapidement sur son axe, el le contrepoids, en retombant, chassera le projectile avec une grande force. Cet engin est donc une espèce de fronde gigantesque. On l'appelait, au moyen Ige, chatte, bricole, lrébueket,elc.Son action étaittonjonrs déterminée par le jeud'un contre-poids, et il n'avait rien de commun avec la catapulte des anciens, dont le projectile était lancé par la réaction de cordes tordues. Villard, en décrivant sa machine, avertit les artilleurs qu'il ne fait pas bon se trouver sur te passage de la poutre ou verge, dont le contrepoids est une grande huche pleine de terre. • Et al descocier de le fieke penses, et si vus eu donez gard. > — Le mot fieke, flèche, a fait croire à M.Lassns qu'il s'agissait d'uae machine àlancer des traits. Je ne le pense pas. Fieke pent, il est vrai, être nn synonyme de saiette, sagitla ; mais ici le sens me parait être verge, poutre rigide. On ne comprendrai! pas, en effet, comment te long bras du levier lancerait une flèche. S'il venait la heurter parle mouvement du contre-poids, il la briserait probablement, aulieudela chasser au loin. Si le trait était momentanément fixé sur la poutre d'où ilse détacherait par l'etTet de ta bascule, son action serait infiniment moins puissante que celle d'une

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pierre OU d'un boulet de métal. En vain arguerait on du rapprochement des mots fkke et descocier. Évidemment la flèche lancée par un tel engin n'avait pas besoin de coche, comme celle qu'on posé sur la corde d'un arc. Mais, le trébuchet étant mis en batterie, il fallait tenir pendant quelque temps la poutre immobile pour diriger le coup. A cet effet, une cheville maintenait l'extrémité abaissée de la poutre. Lorsqu'on voulait lancer le projectile, d'un coup de maillet on faisait sauter celte cheville. On obtenait le même résultat avec un mécanisme à échappement, semblable à celui qui lâchait la corde d'une arbalète, et qu'on nommait un déclic. Décliquer, décocker, sont termes Bj'nonymes el employés par nos anciens auteurs pour des engins lançant tout autre projectile qu'une flèche.

L'album de Villard m'a si longtemps arrêté qu'il ne me reste plus de place pour parler d'une dissertation de M. Lassus placée en tôte da volume et qui est intitulée : Consii^a^ioni sur la renaissance de l'art français au xix^ siècle. Je regrette peu de ne pouvoir rendre un compte détaillé de ce petit travail, qui n'est au fond qu'un plaidoyer en faveur de l'architecture gothique. Ce morceau, évidemment abandonné par M. Lassus à l'état d'é bauche, parait avoir été écrit à une époque d'ar

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372 ÉTUDES 8DB LES ASTS AU lOTEN AfiE.

dénie polémique, arec une vivacilé qne j&sliQaient alort rinjnstice et l'igoorance de qnelqaes-ans des adversaires da style golbiqoe. Haintenant qae personne ne propose plos de démolir nos monomeots dn XIII* siècle, qoe leurs ennemis mêmes font semblant de les admirer, qne, malhenrenseaient ponr l'art, il n'y a gnëre pins r-n France de goût exclosif que de convicUons profondes, on lit avec quelque surprise l'ai^nmentation passionnée de l'éditeurde Villard. Ellem'a rappelé la querelle si oubliée des classiques et des romantiques. M. Lassus a fait preuve de talent en défendant rarchiteclare du ziii* siècle, mais il a encore mieux soutenu sa cause en coosiruisantde belles églises. Le philosophe devant qui on niait le mouvement, et qui marcha, n'avait pas besoin d'un discours pour ajouter & la force de sa démonstratioa.

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m COURONNES DU MUSÉE DE CLUNY

Tout le inonde a vu et admiré au musée deCluny les huit couronnes wisigolhiques du tu' siècle, dont la principale est une ofTrandeda roi Heccesvinthe. M. le ministre d'État vient de compléter ce trésor si précieux par l'acquisition d'une neuvième couronne votive, trouvée dans le môme lieu que les précédentes, à la Fuente de Guarrazar, non loin de Tolède. Le travail d'orfèvrerie, le goût de l'ornementation aussi bien que la richesse de la matière prouvent qu'elle a la même date et probablement la même origine que les huit premières.

Le bandeau est une sorte de grillage en or GoufQë, très-épais, composé de trois cercles réunis par des attaches verticales, et donnant tien aiosi â

deux rangées chacuoe de douze mailles ou carrés vides, l'une au-dessus de l'autre. Les barreaux de ce grillage, ou les cOtÉs des carrûs, sont légôremeot renflés à leur milieu, un peu bombes à l'estérieur, plais à l'intérieur. Ils sont soudés les uns aux autres, et la soudure est faîte avec de l'or, par un procédé qui, si je ne me trompe, n'est plus en usage depnis longtemps, si même le secret n'en est pas perdu. Chaque intersection des petits barreaux d'or est marquée par un chaton en relief qui renferme un saphirou bien une coque de nacre, substance qui parait avoir eu une valeur considérable au vil* siècle, pour être ainsi enchâssée dans de l'or et associée à des pierreries aussi estimées que le saphir. A l'intérieur de chaque maille se balance nne petite pendeloque allongée, en or, terminée par une perle fine. Douze autres pendeloques semblables, mais de plusgrandedimcnsion, terminées par un saphir et une perle, se rattachent aux points d'intersection des mailles inférieures et donnent à tout l'ensemble un aspect d'élégance et de légèreté très- remarquable.

Cette couronne est, comme les autres, suspendue par trois chaînes d'or qui se réunissent sous un doubln fleuron d'un assez bon travail. Une quatrième chaîne fort longue soutient ane grande croix pendant au-dessous de la couronne. La croix

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