AU MOYEN AGE
L'art de la fortification, jusqu'à l'invention de la poudre, ou, pour parler plus exactement, jusqu'au perfectionnement de l'artillerie, consista dans une observation plus ou moins exacte des traditions laissées par les Romains. Leurs monuments militaires, nombreux en France, servirent , longtemps de modèles; entre les forteresses romaines et les forteresses du moyen âge, on ne reconnaît guère d'autre différence que celles qui résultent du changement des mœurs et des institutions. D.iiis un castellum antique, le choix du' site, l'uniformité des dispositions, la construction méthodique et régulière, dénotent le vaste système de
la cenlralisatioii impériale ; le château du moyen <âge offre les mêmes défenses; il a, de même, fossés, tours et courtines; mais une certaine rudesse, une bizarrerie frappante dans le plan et dans l'exécution, attestent une volonté individuelle, et cette tendance à l'isolement, si caractéristique de la société féodale.
Les moyens d'attaque, contre lesquels les ingénieurs du moyen Age avaient à se prémunir, étaient l'escalade ou la brèche, pratiquée soit par la sape, soit par la mine, soit par le jeu des machines destinées à renverser les remparts. Nous parlerons ailleurs des opérations de siège: nous nous bornerons, quant à présent, à remarquer que l'emploi des engins ou machines de guterre fut moins fréquent au moyen âge qu'à l'époque romaine. Elles jouent cependant un rôle encore important dans les sièges des xii* et \m° siècles. Au xiv", leur emploi est presque nul, particulièrement dans le Nord, même au milieu des guerres acharnées de la France et de l'Angleterre.
On peut attribuer ce changement notable dans l'art de la guerre à l'affaiblissement lent mais continu des traditions romaines; mais il paraît plus probable que l'usage des machines de guerre, au XII* et au xiii* siècle, avait été introduit ou plutôt restauré en Europe, à la suite des re-
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huions que les croisades élahliront cuire les guerriers du Nord et les ingénieurs grecs et musulmans, longtemps les seuls dépositaires des connaissances de l'antiquilé. Cette opinion acquerra quelque vraisemblance, si l'on observe que les Espagnols, ou plutôt les Maures à leur service, construisaient encore des machines au xiv" siècle, lorsque l'usage de celles-ci s'était déjà perdu en France et en Angleterre '.
Quoi qu'il en soit, on doit noter qu'au moyen âge les moyens de défense étaient supérieurs aux moyens d'attaque, et qu'une place était imprenable de vive force, lorsqu'elle était située dans un lieu de difficile accès et que ses remparts étaient assez élevés et assez épais pour braver l'escalade ou la sape.
Il n'y a point de caractères particuliers à l'architecture militaire, qui puissent marquer avec précision l'âge d'une forteresse. On en est réduit à l'observation des indices communs à toute espèce de constructions. L'appareil, la forme des arcs, le galbe des moulures, fuiiniissent dans l'examen d'un monument militaire les mêmes renseignements qu'ils offrent pour l'appréciation d'un édifice civil ou religieux. Naturellement, ces rensei-
1. Comparez les relations des sièges clans Froissart avoo çc les d'Ajala,
gnements sont rares dans une construction militaire, dépourvue, en général, d'ornementation, toujours sévère et massive, et qui a pour but principal la solidité et la durée. En outre, les enceintes fortifiées ont éprouvé, pour la plupart, des modifications continuelles. Il en est peu qui aient été bâties d'un seul jet, et presque toujours elles offrent la réunion d'une suite de défenses, ajoutées les unes aux autres à mesure que le besoin s'en est fait sentir.