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et de pénétrer les intentions. Je verrais disparaître sans regret quelques enfantillages écrits pour le hautbois, et qui, malheureusement, sont toujours applaudis comme des merveilles ; mais je ne crois pas qu'il soit possible de peindre, par la parole, l'impression délicieuse que laisse dans Tâme cette divine symphonie. Si quelque chose peut donner Pidée des chœurs chantés par les Séraphins, c'est à coup sûr la symphonie pastorale. Il y a dans cette œuvre des phrases d'une mélancolie ravissante, d'une sévérité majestueuse, qui feraient honneur aux plus belles voix du paradis ; et l'auteur a trouvé, pour peindre la gaieté, une ardeur qui rappelle la Kermesse de Rubens. L'imagination la plus ambitieuse ne peut rêver une œuvre qui concilie, plus heureusement, l'abondance et le goût. Il y a dans cette admirable symphonie de quoi désarmer, de quoi convertir les plus fervents disciples de Mozart et de Haydn; mais aussi, nous devons le dire, de quoi réfuter, de quoi confondre les contempteurs les plus entêtés de Haydn ; car la clairvoyance la plus vulgaire ne peut se refuser à reconnaître l'intime parenté, qui unit la symphonie pastorale aux symphonies de Haydn. Le cadre est agrandi, les ressources multipliées, l'action plus puissante; mais le génie à qui nous devons la symphonie pastorale appartient à la même famille que celui qui nous a donné l'œuvre 91 de Haydn.
La sixième symphonie de Mozart, exécutée au sixième concert du Conservatoire, n'a pas obtenu le
succès qu'elle méritait. Toutefois, il serait injuste d'accuser le goût (le Tauditoire. Malgré la grâce et Télégance qui distinguent la sixième symphonie de Mozart, il est bien difficile de la juger avec une entière équité, quand on vient d'entendre la symphonie pastorale. Il y a entre les moyens employés par ces deux maîtres une telle différence, que la symphonie de Mozart ressemble presque à de la musique de chambre. Avec la meilleure volonté du monde on se trouve désappointé. Plusieurs fois déjà, nous avons conseillé à M. Habeneck de composer plus sagement le programme dés concerts qu'il dirige ; espérons qu'il tiendra compte, sinon de notre avis personnel, du moins de l'opinion générale exprimée par l'auditoire. Refuser ses applaudissements à la sixième symphonie de Mozart, n'est-ce pas dire clairement que cette œuvre n'est pas à sa place? Pour obtenir les applaudissements, que manque-t-il donc à cette œuvre élégante? d'être jouée avant la symphonie pastorale.
Un chœur du xvi** siècle, sans accompagnement, a été bien dit. Chacun regrettait que ce chœur fût si court. L'adagio et le finale de la fantaisie en mi bémol, de Hummel, exécutés par M. Franck, ont provoqué dans l'auditoire un mouvement d'impatience facile à comprendre. Si l'on excepte, en effet, les jeunes femmes qui, à l'aide de leurs lorgnettes, semblaient étudier le doigté de ces deux morceaux, personne n'a écouté attentivement les fragments de Hummel. Pour-
quoi? était-ce mépris pour Fauteur? dédain pour le talent de M. Franck? assurément non. Mais n'est-il pas ridicule de placer ce morceau après la symphonie pastorale ? Un programme ainsi composé ne ressemblet-il pas à une gageure contre le bon sens?
Le sixième concert du Conservatoire a été marqué par une faute difficile à expliquer. Une cantatrice dont rinexpérience et la maladresse ne peuvent être qualifiées trop sévèrement, est venue chanter,, ou plutôt épeler, un air du Sigismond de Rossini. Comment le comité chargé de juger madame Mortier-Fontaine at^il consenti à la laisser chanter, devant un auditoire qui jusqu'ici ne s'est pas signalé par son indulgence? Comment n'a-t-il pas compris que les juges habitués aux symphonies de Beethoven seraient sans pitié pour l'ignorance? Je pose la question et ne me charge pas de la résoudre. On racontait que madame Mortier-Fontaine avait d'abord offert de chanter une scène de Gluck; si le comité l'a détournée de cette périlleuse tentative, il a bien fait. Mais, par respect pour Gluck, fallait-il livrer la musique de Rossini au dédain, à la risée de la foule? nous ne le croyons pas. Madame MortierrFontaine, nous sommes forcé de le dire, est tellementétrangèreaujçpremiers éléments de l'art du chant, elle connaît si peu la valeur des notes et la mesure, qu'elle ne devrait pas se hasarder à chanter en public ; elle a besoin de se mettre pendant plusieurs années au régime du solfège, et de consulter assidûment le métronome; encore estril dou-
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teux qu'elle réussisse jamais à chanter correctement ; car le premier pas sur le terrain de la science est de savoir qu'on ignore, et madame Mortier-Fontaine paraît ignorer son ignorance.
C'est avec regret que nous qualifions si sévèrement une faute que nous voudrions pouvoir attribuer à Tétourderie ; mais la sévérité nous parait le seul moyen d'en prévenir le retour.
On a répété, au concert spirituel du vendredi saint, la symphonie en la, déjà dite au commencement de la saison. L'exécution n'a rien laissé à désirer. Quant à l'ordonnance et aux développements,. nous croyons pouvoir maintenir l'opinion que nous avons exprimée. Nous professons pour la vigueur empreinte dans cet ouvrage uûe admiration sans bornes, mais nous sommes fermement convaincu, que plusieurs passages de cette symphonie ne produisent sur l'auditoire qu'une impression confuse. Il y a souvent chez ceux qui applaudissent autant d'étonnement que de sympathie.
La fantaisie pour piano, sur des motifs de Guido et Ginevra, composée et exécutée par M. Dœhler, a été, et devait être froidement accueillie. Tout le monde s'est plu à reconnaître l'habileté de M. Dœhler; mais une» fantaisie pour piano après la symphonie en la ! Toute l'agilité des doigts de M. Dœhler, toute la grâce qu'il a su mettre dans son Jeu, ne pouvaient conjurer l'impatience de l'auditoire. Ce morceau, joué dans un salon, aurait sans doute fait plaisir; au Conservatoire,
il devait exciter un ennui impitoyable, et c'est préciséliient ce qui est arrivé. J'ajouterai que le salon le plus indulgent reprocherait, sans doute, à M. Dœhler, la pauvreté désespérante des motifs qu'il a choisis et la longueur démesurée de son introduction. M. Halevy n'a Jamais trouvé, et probablement ne trouvera jamais une mélodie complète. La romatice de Guido n'est qu'une tentative impuissante. La première phrase promet une mélodie, mais la seconde phrase dément cette promesse, et l'air s'achève avec une vulgarité qui défie * toute critique. Si M. Adolphe Adam écrit pour les orgues de Barbarie, M. Halevy écrit pour les malades attaqués d'insomnie. Ses opéras sont les narcotiques les plus puissants que nous connaissions.
Un enfant de quinze ans, M. Vauthrot, a très-mal chanté un motet de M. Cherubini, Inclina^ Domine. U y . a, dans la voix de cet enfant, plusieurs notes très-belles et d'un timbre très-pur; mais il ne sait ni chanter juste, ni chanter en mesure ; et la plus belle voix du monde ne peut éluder ces deux lois impérieuses.
Les fragments du septuor de Beethoven, exécutés par tous les violpns, altos, violoncelles, contre-basses, clarinettes, cx)rs et bassons, nous forcent de répéter ce que nous avons dit du quatuor de Beethoven soirtnis aux mêmes conditions. Nous rendons pleine justice à l'unité merveilleuse qui a signalé l'exécution du septuor ainsi agrandi ; mais nous persistons à croire que cette transformation est absurde, et ne. devrait jamais
figurer dans un concert. Le plus simple bon sens suffit pour comprendre ce que nous affirmons. Beethoven, que nous sachions, n'ignorait pas la valeur de ses pensées. Lorsqu'il en confiait l'expression à sept instruments, il avait d'excellentes raisons pour ne pas décupler le nombre des interprètes qu'il avait choisis. M. Habeneck, en transformant le septuor de Beetho^ ven, semble accuser l'auteur d'ignorance et d'étourderie. Les violons se sont acquittés de la tâche qui leur était confiée, avec une précision merveilleuse. En fermant les yeux on croyait n'entendre que la voix d'un seul violon; mais toutes ces merveilles ne sauraient absoudre M. Habeneck.
La première partie de la Création^ de Haydn, a été écoutée dans un religieux silence. Nous sommes loin d'admettre les principes d'harmonie imitative, qui ont guidé Haydn dans la composition de cette œuvre savante. Mais, malgré la puérilité de ces principes, nous ne pouvons refuser notre admiration aux phrases majestueuses par lesquelles Joseph Haydn a su traduire les premiers versets de Moïse. Nous ne voyons pas dans ces phrases tout ce qu'y voient les initiés; mais nous lisons clairement dans ces Jiotes, si habilement ordonnées, la puissance et la fécondité; et si notre intelligence refuse de chercher, dans l'œuvre de Haydn, l'interprétation littérale de la Genèse hébraïque, nous ne croyons pas qu'il soit jamais donné à la couleur, à la forme ou à la parole, d'exprimer ^vec plus de puis-
sance le mystère de la création. Ni Milton, ni Raphaël^ ni Michel-Ange, n'ont surpassé Haydn dans le développement de cette idée. Les solos confiés à mademoiselle Nau, à MM. Wartelet Alizard, ont laissé beaucoup à désirer. Mademoiselle Nau surtout mérite de vives réprimandes; car elle a chargé les phrases de Haydn d'ornements absurdes. Elle achanté/« Création, comme elle aurait chanté le rôle d'Amina ou d'Anna Bolena. Le public a manifesté son mécontentement, et nous ^ approuvons sa franchise.
Le concert donné le jour de Pâques n'a pas obtenu les mondes applaudissements que le concert du vendredi saint. Chose étonnante, et que nous refuserions de croire si nous l'entendions raconter, la symphonie pastorale, si admirablement exécutée au sixième concert, a été signalée au concert de Pâques par plusieurs notes venues sans être appelées. Quoique ces fautes n'aient pas été nombreuses, il est bon de les constater pour qu'elles ne se renouvellent pas. Mademoiselle Dobrée a chanté froidement un air de Bobin des Bois» Elle a dit la note presque fidèlement; mais elle chantait la musique de Weber comme elle eût chtônté la musique de M. Halevy, et l'auditoire demandait quelque chose de plus. M. Dorus, dans un air suisse varié pour la flûte, a fait preuve d'une rare habileté. Le chœur des douze Frères, de l'opéra de Joseph, a été rendu, comme l'air de Weber, avec une littéralité inanimée. C'était la musique de Méhul moins l'accent religieux, dont ne peu-
vent se passer ses interprètes. M. Massol, chargé du solo, ne paraissait pas soupçonner Tintention du compositeur. M. Poncbard a dit Tair du premier acte avec un goût parfait ; nous ne pouvons pas dire qu^il Yaii chanté; car sa voix est, depuis longtemps, hors de service. Il dépense une iiîcroyable habileté à faire croire qu'il chante; mais la vérité est qu'il indique, en professeur consommé, comment doivent s^y prendre ceux qui ont de la voix.
La symphonie de Haydn, œuvre 80, soumise aux mêmes conditions que la sixième symphonie de Mozart, a excité la même surprise, et subi la même injustice.
vu
Le huitième et dernier concert du Conservatoire était une sorte de récapitulation. Plusieurs ouvrages applaudis déjà, pendant la saison musicale qui s^achève, ont été de nouveau entendus et accueillis avec im enthousiasme unanime. De Tavis des juges les plus sévères, c'est le plus beau concert que M. Habeneck nous ait offert cette année. Le motet de Haydn, exécuté au septième concert, n'a pas produit TefFet qu'on pouvait espérer. Les chœurs se sont acquittés de leur tâche de façon à contenter les professeurs de solfège; mais Tauditoire est demeuré froid, parce que les chanteurs ont dit la note, sans s'inquiéter le moins du monde du caractère du morceau. Plusieurs fois déjà, nous avons signalé à M. Habeneck Tinsuffisance de l'exécution vocale; espérons que les concerts de Tannée prochaine nous dispenseront de renouveler ces reproches.. L'ouverture d'Oberon a été rendue avec la même précision, la même pureté, la même énergie que les plus belles symphonies de Beethoven. Cette admirable ouverture, que les connaisseurs placent au premier rang, a réveillé
bien des regretâ. On se demandait, en écoutant cette œuvre savante et inspirée, si Tadministration de TOpéra ne mettrait pas enftn les intérêts de Tart musical audessus de mesquines et misérables jalousies, si elle ne comprendrait pas la nécessité de représenter Oberon, Les partitions écrites en France depuis quelques années sont tellement pauvres, tellement insignifiantes, tellement nulles, que Fadministration de TOpéra ferait bien d'appeler à son secours les plus belles œuvres dramatiques de Weber. Euryanthe, le Freysehutz et Oberon nous consoleraient de tous les quadrilles à grand orchestre exécutés à l'Académie royale de Musique. En écoutant les divines mélodies de Weber, nous consentirions à oublier que notre première scène lyrique a lutté trop longtemps avec Musard. Vainement objecterait-on que rOpéra est un théâtre national, exclusivement destiné à l'exécution de la musique française. S'il est vrai que les compositeurs français aient réclamé, lorsqu'il s'est agi de naturaliser chez nous les partitions allemandes et italiennes, une pareille réclamation est sans valeur et sans dignité. Puisqu'il n'y a aujourd'hui parmi nous aucun compositeur dont le talent puisse être comparé sans ridicule au talent de Weber, le bon sens prescrit impérieusement d'exécuter les partitions d'EuryanthCy du Freysehutz et d'Oberon. J'imagine que les patriotes les plus sincères échangeraient avec joie, cpntre ces admirables ouvrages, Gustave et le Lac des Fées, Quand M. Auber écrivait la Muette, on pouvait se
passer de l'Allemagne; aujourd'hui, en attendant que la verve de M. Auber se réveille, on fera bien d'imposer silence à toutes les réclamations que l'art musical désavoue.
L'andante et le rondo du concerto de violon de M. Masset, exécutés par M. Dancla, n'ont obtenu que de rares applaudissements; et la tiédeur de l'auditoire ne doit pas nous étonner. Car non-seulement le morceau choisi par M. Dancla est d'une vulgarité désespéranteç mais l'exécution a manqué de hardiesse. Faut-il mettre sur le compte de l'émotion la mollesse que nous reprochons à M. Dancla? Nous sommes disposé à le croire. On s'accorde à louer son habileté, on vante la pureté de son archet, et nous ne voulons pas le juger sur l'éprçuve unique à laquelle nous avons assisté. Toutefois, nous pensons que M. Dancla eût bien fait de choisir un morceau moins nul que le concerto de M. Masset. Il est malheureusement vrai que les instrumentistes se complaisent presque toujours dans l'exécution de la musique médiocre ; c'est, à notre avis, un très-mauvais calcul. L'auditoire est sans pitié pour l'exécution, lorsqu'il entend des notes qui parlent sans rien dire.
La symphonie en ut mineur, exécutée au septième concert, ef redite au huitième, a été applaudie comme la symphonie héroïque, comme la symphonie pastorale, avec une ardeur que nous n'essayerons pas de décrire. Toutes les parties de cet admirable ouvrage ont
été accueillies avec un égal enthousiasme, et cependant elles sont loin d'avoir une valeur égale. La première et la seconde partie sont très-supérieures au reste de Touvrage. Hais il y a dansles passages mêmes qui manquent de précision, une verve si ardente, une telle abondance, une telle force, que nous n'avons pas le courage de contester la légitimité des applaudissements accordés à ces passages. Dans cette symphonie, Beethoven a fait, des instruments à cordes, un emploi miraculeux. Il a prêté, à la contre-basse en particulier, des accents tour à tour plaintifs et formidables, une douleur et une colère qui ont profondément ému l'auditoire. A notre avis, la symphonie pastorale et la symphonie héroïque, envisagées dans leur ensemble, doivent être préférées à la symphonie en ut mineur. Mais il y a dans ce dernier ouvrage des pages entières aussi belles, plus l^elles peut-être que les plus belles pages des deux symphonies que nous plaçons au premier rang.
Le scherzo et le finale de la symphonie avec chœurs, exécutés au huitième concert, ont été écoutés avec plus de plaisir et applaudis plus sincèrement que la symphonie entière. Cependant nous croyons que le finale seul eût produit un effet plus puissant et plus net. Le scherzo est empreint d'une vivacité charmante, et la simplicité presque triviale du thème est magnifiquement rachetée, par la grâce et la hardiesse des développements. Mais le finale pris en lui-même, est un poëme complet et qui gagnerait beaucoup à être en-
tendu séparément. C'est une ode conçue dans des proportions colossales, et qui n'a besoin d'aucun prélude. Le dirai-je, cependant ? il y xi dans cette ode si animée, si ardente, plusieurs phrases que je verrais disparaître avec plaisir, parce qu'elles nuisent à l'effet des plus beaux passages. L'abondance du style dégénère quelquefois en prolixité. Quant aux masses vocales, elles m'ont semblé insuffisantes. Les rôles étaient intervertis; les voix accompagnaient au lieu d'être accompagnées.
Les fragments du septuor de Beethoven, répétés au huitième concert par tous les violons, altos, violoncelles, contre-basses, clarinettes, cors et bassons, ont valu à l'orchestre du Conservatoire d'unanimes applaudissements. On a justement admiré la prodigieuse précision avec laquelle ces morceaux ont été rendus; toutefois, nous persistons à croire que cette transformation de l'œuvre de Beethoven*est un pur enfantillage; et nous voudrions entendre le septuor entier exécuté tel que Beethoven l'a conçu; cet ouvrage ainsi rendu exciterait peut-être moins d'étonnement, mais il serait plus sincèrement admiré.
Le chœur de Weber : Affranchissons notre patrie ! a été répété au même concert. MM. Massol, Prévôt et Alizard, chargés des solos, se sont acquittés de leur tâche comme la première fois. Ils ont respecté la lettre, et méconnu l'esprit de Weber.
' L'ouverture d' Armirfe, exécutée au septième concert.
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a paru presque mesquine malgré sa richesse trèsréelle. Le désappointement de Tauditoire s'explique facilement. L'ouverture d'Armide /]ouée au commencement du concert, n'eût pas manqué d'être applaudie; jouée après la symphonie en ut mineur, elle devait nécessairement paraître mesquine. Le bon sens voulait que Gluck précédât Beethoven; M. Habeneck, en mécoimaissant l'ordre que lui indiquait la logique, a diminué de moitié le plaisir que nous promettait l'ouverture d'Armide. Les fragments de cet ouvrage, exécutés après l'ouverture, sont d'un beau style, et révèlent chez l'auteur une grande richesse d'imagination. Malheureusement, mademoiselle Dobrée, MH. Alexis Dupont et Alizard, ont rendu les solos très-froidement, et le public s'est mis à l'unisson. Cette froideur d'exécution est d'autant plus fâcheuse que les fragments d'Armide, choisis par M. Habeneck, produisent, même au piano, un très-grand effet, et qu'ils auraient pu électriser la salle entière s'ils eussent été convenablement rendus^ Une scène d'Orphée aux Enfers, chantée au huitième concert par M. Duprez, a été, nous devons le dire, écoutée avec autant de crainte que d'étonnement. La tâche acceptée par H. Duprez semblait tellement au-Kiessus de ses forces, l'émission des notes aiguës paraissait lui causer de si vives souffrances, que chacun se demandait pourquoi il s'était soumis à cette épreuve douloureuse. Chanter dans de pareilles conditions n'est plus.un art, mais un supplice. Et non-seulement
les notes aiguës semblaient mettre en sang le gosier de M. Duprez^ mais les notes moyennes avaient un volume si maigre qu'à peine les entçndait-on. La voix du chanteur rendait le même son qu'un archet promené par une main languissante sur les cordes d'un violon; elle frôlait la note au lieu de l'attaquer. Nous admirons la pureté incomparable avec laquelle M. Duprez sait dire le récitatif, la précision avec laquelle il pose sa voix: mais^ nous sommes forcé de reconnaître que le répertoire de l'Opéra a cruellement appauvri les moyens dont M. Duprez disposait il y a deux ans. Le jour où il chantait pour la première fois l'air de Guillaume Tell qui lui a valu de si nombreux, de si légitimes applaudissements, les oreilles exercées découvraient déjà tout ce qu'il y a d'artificiel, de laborieux dans son talent. Mais jamais les souffrances qu'il îT^impose, pour agrandir le volume de sa voix, n'avaient été aussi évidentes qu'au huitième concert du Conservatoire. Le mot de madame de Sévigné sur sa fille recevait une application involontaire et unanime : tous les auditeurs avaient mal à sa poitrine. Il est impossible que H. Duprez n'ait pas conscience de son épuisement; pourquoi donc, dans l'intérêt de son avenir, ne se résigne-t-il pas à prendre quelques mois de repos ? Le soin de sa gloire et le soin de sa fortune se réunissent pour lui donner un seul et même conseil. 11 est vrai que l'air d'Orphée est écrit pour une voix plus haute que la sienne; aussi je ne songe pas à lui reprocher
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rémission laborieuse des notes aiguës. Mais les notes nnoyennes n'ont pas été données par lui, avec la sonorité que nous avions droit d'attendre. Depuis la première jusqu'à la dernière mesure, Tair A! Orphée n'a été pour lui qu'une tentative impuissante. Il a eu beau se ménager, reprendre haleine, les oreilles les plus indulgentes refusaient d'accepter comme complets les sons dont il ne livrait que la moitié. Si M. Duprez n'écoute pas le conseil que lui donnent tous les admirateurs, tous les amis sincères de son talent, il s'expose à perdre avant un an les restes de sa voix; car il est évident qu'il ne chante plus aujourd'hui, comme il chantait il y a deux ans. Il a gardé ce que la science et l'étude lui ont donné, un style pur, élégant, l'art de lier les sons; mais il ne réussit plus à déguiser la maigreur de sa voix. La fatigue l'a mis au régime de la franchise. Pour notre part, nous désirons vivement qu'il se repose ; et M. Duponohel,qui a placé la fortune de l'Opéra sur le gosier de M. Duprez, doit coniprendre aujourd'hui toute l'imprudence de sa conduite.
Si nous essayons maintenant de résumer le caractère général des concerts donnés cet hiver par le Conservatoire, nous serons forcé de reconnaître que M. Habeneck n'en a pas cQmposé le programme, avec toute la variété que nous avions le droit d'attendre. La salle est pleine, et toutes les loges sont retenues cette année pour l'année prochaine. C'est là, sans doute, un argument spécieux et qui semble absoudre M. Habeneck;
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mais Tempressement du public ne détruit pas nos objections. La Société des concerts se doit à- elle-même de ne pas dire, dans le même hiver, deux fois la symphonie en la, deux fois la symphonie pastorale, deux fois la symphonie en ut mineur, deux fois la symphonie avec chœurs, deux fois le septuor. Si grand que soit Beethoven, il n'est pas, comme se plaisent à le répéter quelques admirateurs fanatiques, le commencement et la fin de la musique. Il y a eu avant lui des maîtres du premier ordre, des hommes qui prenaient pour interprète un orchestre moins puissant, mais dont ^imagination n'avait ni moins de grâce, ni moins de fécondité. La Société des concerts a bien fait de se dévouer à Beethoven et de se résigner à des études patientes pour le populariser parmi nous. Aujourd'hui cette œuvre est achevée; une œuvre nouvelle reste à faire. Haendel, Mozart, Haydn, Weber, Boccherini, ont écrit des œuvres admirables ; pourquoi M. Habwieck ne ferait-il pas pour eux ce qu'il a fait pour Beethoven?