‹ Études sur les artsChapitre 7 sur 13 · PÉKIN · texte numérisé non relu

PÉKIN

toutes les conquêtes^ de tous lespnprès de son art. Il n'y a pas dans la Cène une seule ngure qui mérite le reproche d'archaïsme, et c'est, à mon avis, un mérite dignades plus grands éloges. Le Christ, debout au milieu de ses disciples, prononce les paroles rapportées par l'Évangile : oc Buvez, ceci est mon sang, mangez, ceci est ma chair. » Ce thème difficile, déjà traité par tant de mains habiles, M. Périn a su le développer dans un style sévère et sans copier personne. Il ne s'est pas contenté d'éviter, avec un soin respectueux, tout ce qui aurait pu reporter la pensée du spectateur vers le réfectoire de Sainte-Marie des Grâces. Il n'a pas montré moins de discrétion envers Rome et Florence, de telle sorte que la Cène de Notre-Dame de Lorette lui appartient tout entière. L'expression de chaque physionomie est tellement arrêtée, qu'elle doit être née d'ui^e pensée profonde. Il est probable que M. Périn, avant de choisi ses modèles, s'est donné la peine de les prévoir et de les concevoh*; puis, une fois en possession de ces types gravés au fond de sa conscience, il s'est mis en quête, et n'a pas tardé à rencontrer l'image vivante de sa pensée. Grâce au travail préliminaire dont je viens de parler, il lui a suffi, pour exprimer fidèlement sa volonté, de modifier ou d'interpréter les modèles qu'il avait sous les yeux. Si cette méthode n'est pas la plus rapide, c'est du moins la plus sûre, et je sais bon gré à M. Périn de l'avoir choisie. Il aurait pu, comme tant d'autres, copier de vieilles gravures ou reprodube lit-

JTtf ÉTUDES SUR LES ARTS.

téralement les m^^s que ia nature lui offrait : les peintres archaïste^pS prétendent posséder seuls le secret de l'expression religieuse, l'auraient applaudi à outrance, ou bien les réalistes Fauraient vanté comme un homme vraiment sage, désabusé de toutes les tra* ditions, et revenu au véritable but de Tart tel qu'ils le comprennent, à l'imitation. H. Périn connaissait de longue main ce double écueil, et, pour passer eptre Tarchaïsme servile et le réalisme vulgaire, il n'a eu qu'à demeurer lui-même. Nourri des leçons de Técole italienne, il l'embrasse et la conçoit tout entière, depuis ses premiersbégaiements jusqu'à sa corruption, depuis Florence jusqu'à Bologne. 11 ne croit pas. Dieu merci, que Raphaël soit, un païen ; aussi, tout en s'efforçant d'atteindre à l'expression fervente des fresques de Saint'Marc, il n'oublie jamais que les fresques du Vatican doivent être consultées à toute heure, comme l'idéal de la beauté. Ce que je dis n'est point une conjecture capricieuse qui doive s'écrouler, sous les premiers arguments d'une discussion sérieuse. Il suffit, pour vérifier ce que j'affirme, d'étudier une à une toutes les têtes de la Cène, Ferveur d'expression, beauté d^s contours, harmonie des lignes, tout révèle, chez M. Périn, l'intelligence complète de son art et la connaissance approfondie de tous les monuments que le passé nous a légués. Il est fâcheux que M. Lebas n'ait pas éclairé plus généreusement la porte delà sacristie. Les sujets traités dans la coupole, dans les penden-

tifs et dans les pieds-droits sont destinés à développer la pensée de l'Eucharistie, Chacune de ces trois séries mérite un examen spécial. Le soin scrupuleux avec lequel sont rendues toutes les parties de ces diverses compositions tantôt profondes^ tantôt ingénieuses, commande le respect à ceux mômes qui ne partagent pas les idées de Fauteur. Commençons par la coupole. M. Périn a choisi pour thème cinq lignes d'une prose chantée par TÉglise le jour de la Fête du saint sacrement, prose écrite par saint Thomas d'Aquin. On sait que ces hymnes, qui n'ont rien à démêler avec les lois de la versification, sont écrites en latin rimé, a La chair du Christ est l'alhnent, son sang est le breuvage. Ifis bons et les méchants reçoivent le Christ avec un sort différent, de vie ou de mort. Le Christ est la mort pour les méchants, la vie pour les bons. » Dans Tare placé au-dessus de Tautel, le Christ sort du tombeau. Vainqueur de la mort, il donne la vie et le ciel à qui suivra ses traces. Les anges descendentj, présentant Teucharistie sous les deux espèces. U^^^^ÉDOssible de méconnaître la majesté de cette ^m^Kion. La figure du Sauveur, tout en rappelant le type du maître au milieu de ses disciples que nous avons admiré dans la Cène y a cependant quelque chose de plus solennel. En se dégageant des étreintes de la mort, il a pris une austérité qu'il n'avait pas dans le dernier banquet avec les apôtres. Les anges qui descendent du ciel expriment très-bien la ferveur et l'hu-

milité. Dans Tare opposé au précédent^ nous voyons le Christ sur son trône déchirant les sceaux du livre de vie. Messagers de sa colère contre les pécheiu-s, deux anges descendent avec la trompette et le feu de l'encensoir. Ici M. Périn emprunte, à T Apocalypse, Tinterprétation de la pensée tracée par saint Thomas d'Aquin. Ce troisième Christ n'est, assurément, ni moins beau ni moins imposant que les deux premiers. C'est le même type renouvelé, agrandi. Le Christ de la Cène exprime la mansuétude ; le ChiHst sortant du tombeau exprime tout à la fois l'enseignement et la promesse; le Christ jugeant les méchants a quelque chose de terrible. Pour m6i, je ne me lasse pas d'admirer cette prodigieuse variété. Pourquoi les deux anges ne sont-ils pas traités plus hardiment? C'est à coup sûr grand dommage. J'ai peine à comprendre que M. Périn, qui semble posséder tous les secrets de son art, ait reculé devant les difficultés du raccourci. Les deux anges n'offrent au spectateur que deux figures incomplètes ; les membres inférieurs sont cachés der ri^ le Christ. C'est, à mon avis, une faute grave, courci pouvait, seul, laisser aux anges le caractl naturel qui leur appartient. Tels que les a représentés M. Périn, ils forment aux pieds du Christ une sorte de croissant qui est loin de contenter le regard. Toutefois cette faute que je signale, à cause du respect même que m'inspire l'auteur, passera sans doute à peu près inaperçue, grâce à l'avarice avec laquelle M. Lebas a

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