XII INTRODUCTION
Mais, cet incontestable fait d'évolution se réalisant, il a fallu que la situation totale renfermât des principes actifs qui ont fait prévaloir le progrès et le bien malgré de longues, de dures, de cruelles traverses.
Ayant noté que la plèbe, ou corps des petits hommes libres, déchut et décrut sous l'empire, il m'importe de noter ce que sous ce même empire devint l'aristocratie. Elle perdit tout ce que donne la politique, mais elle garda tout ce que donne la richesse. Le sénat fut maintenu , non dans son autorité mais dans son opulence; soixante-quatre ans après la bataille de Philippes, Junie, femme de Gassius et sœur de Brutus, mourut laissant une immense fortune ; c'est à ses funérailles qu'on porta les images de vingt illustres familles, mais où manquèrent celles de Cassius et de Brutus, d'autant plus resplendissantes, dit l'historien, qu'on ne les y voyait pas. La grande propriété territoriale s'agrandit encore, et l'on peut juger de ce qu'elle était par ces quatre seigneurs qui, à eux seuls, possédaient toute la province d'Afrique, et que Néron mit à mort pour prendre leurs biens. Ainsi , tandis que les petits diminuaient, les grands se conservaient; chose naturelle; car, dans cette époque chaque jour plus inclémente, les petits n'eurent pas la constitution assez robuste pour résister. Si la vie de l'empire n'avait pas été coupée par les barbares, si, après le développement religieux et le christianisme, il y avait eu le temps pour que se fit un développement politique, on peut affirmer qu'il se fût fait par les riches, par les puissants, par les aristocrates qui auraient réclamé, arraché des droits politiques et l'intervention dans le