INTRODUCTION. XI
litique, celle-là est morte, mais l'ensemble des gens libres qui n'appartenaient ni à l'aristocratie nobiliaire et territoriale, ni à l'aristocratie administrative, en d'autres termes le corps des petits hommes libres. Sa destruction ne fut point arrêtée par le nouveau régime qu'on dit aujourd'hui avoir été fait pour elle. Déjà sous Vespasien, Pline l'ancien déplorait qu'elle eût disparu des campagnes italiques, s'écriant avec douleur que la grande propriété avait perdu l'Italie [latifundia perdidere Italiam). Dans les siècles suivants, la fiscalité impériale., de plus en plus écrasante, la rongea incessamment et réduisit ce qui en restait au désespoir. Les barbares arrivèrent ; dans la confusion, dans les partages, dans l'insécurité, la plèbe n'eut plus où reposer sa tête, si bien que, sous les Carlovingiens, elle avait disparu jusqu'au dernier homme ; il ne restait plus un seul individu libre, et chacun était devenu Yhomme d'un supérieur. Si l'on revient par la pensée sur ce long changement social, on voit que la plèbe antique, souvent si grande et si belle, n'ayant, à cause de sa position entre l'aristocratie et les esclaves, qu'une base étroite, ne se maintient pas; que, disparaissant graduellement, elle vient se perdre dans le vasselage de l'aristocratie féodale, et que de là elle renaît sous une forme plus haute, celle de la démocratie moderne. Donc, si, par un côté, il y a eu décadence et destruction, il y a eu, par l'autre, rajeunissement et reproduction. Certes je ne veux pas dire, car je ne le sais pas, que la destruction de la plèbe antique, l'absorption de tout plébéien dans le vasselage féodal, et l'issue, hors du sein de ce vasselage, de notre démocratie soient trois phases nécessairement coordonnées,