INTRODUCTION. XV
le troublaient tout absolu qu'il était, attendant sa chute inévitable, et recevant de lui dans sa dernière détresse un hommage qui montra la vanité et l'inconsistance de sa rétrograde et meurtrière politique.
Vraiment le césarisme moderne se fait tort en se mettant sous la recommandation du césarisme ancien ; et la situation le force à mieux valoir. En effet une science qui croît incessamment; une raison publique qui se perfectionne par la science; une politique sur laquelle cette raison gagne graduellement de l'ascendant ; une démocratie puissante ayant des idées et des intérêts qui sont sa vie ; une Angleterre, une France, une Italie, une Allemagne, une Espagne, en un mot une Europe où tout se supplée et se balance ; voilà ce qu manquait au monde romain, et voilà ce qui pousse le monde moderne dans une même voie et ce qui limite les oscillations.
César fut un militaire incomparable, singulièrement habile dans les affaires, éminent entre tous dans l'éloquence et dans les lettres. Mais, en politique, je veux dire en cette haute politique par laquelle un homme puissant, ayant une secrète conscience de l'avenir dans le présent, donne au présent une favorable impulsion vers l'avenir, la grande habileté lui manqua. Et s'il ne l'eût pas , on doit l'attribuer à l'incroyable dénûment de moralité où était cette âme si riche en dons intellectuels et si aetive en volonté. Dès lors, il ne vit plus d'autre issue et d'autre succès qu'une royauté à diadème et quasi asiatique, que le pouvoir absolu, cette perpétuelle tentation des esprits infirmes en politique.
Que le pouvoir absolu ait été donné tout d'abord