INTRODUCTION. XXXI
ment s'ouvrit la porte à une civilisation meilleure, plus intellectuelle, et, par une suite nécessaire, plus morale.
Par cet enchaînement , par ce développement , par cet accroissement desavoir, de puissance et de moralité, les voies de l'histoire sont justifiées. Qu'est-ce à dire? Est-ce là l'expression d'un optimisme dont la sérénité n'est émue ni troublée par les souffrances des générations passées, présentes et futures, pourvu que soit atteint le but vers lequel tendent les choses? Non, sans doute; ce qui est justifié, c'est la vue de la science au sujet d'une marche déterminée de la civilisation; ce qui n'est pas justifié, si du moins cette expression est permise à qui conçoit l'immanence des forces et des conditions naturelles, ce sont les désordres et les misères à travers lesquelles cette marche s'effectue. Ces désordres et ces misères sont dans la vie sociale ce que sont les maladies et les souffrances dans la vie individuelle. Plus un ordre naturel est complexe, plus il est sujet aux perturbations; et, comme il n'y a rien de plus complexe que le corps des animaux et le corps des sociétés, il n'y a rien non plus qui soit plus affligé. L'homme moderne ne refuse pas d'acheter par un rude travail physique et intellectuel, et par d'inévitables épreuves, les bienfaits de la civilisation ; mais ce qu'il refuse c'est de les acheter au prix excessif qu'ils ont coûté jadis. Au milieu des guerres, des conquêtes, des invasions, des oppressions, des esclavages, des haines nationales et religieuses, des persécutions, des massacres, il semblait vraiment que tout cela fût le principal et que le progrès ne fût que l'accident. Aujourd'hui un
xxxil INTRODUCTION.
ferme vouloir commence à s'élever parmi les sociétés d'élite, pour que les perturbations soient l'accident et que le progrès soit le principal. Bien loin que la loi de l'histoire inspire rien de desséchant, elle intéresse au sort de l'humanité, la met sur un piédestal et en vivifie l'amour. A cette lumière, poursuivre un idéal de vérité, de beauté, de justice devient la conscience de l'humanité; et prendre part à cette tâche grandiose devient la conscience de l'individu humble et passager.
16 février 1867.