LE SECOND TIERS DU QUATRIÈME SIÈCLE
Sommaire'. — Le premier tiers du quatrième siècle s'est écoulé sous Constantin; le second tiers s'écoule sous Constance et sous Julien. Ici survint un événement singulier : un jeune empereur plein d'ardeur, de talent, de bonne volonté, de lettres et de philosophie, se trouva païen convaincu et passionné et s'efforça de restaurer l'ancien culte. Cette tentative offre l'occasion d'examiner ce que devenait le paganisme pendant que le christianisme croissait. Il essaya de se renouveler; brouillé jadis avec la philosophie, qui l'avait tant décrédité, il se rallia au platonisme, ou, pour mieux dire, au néo-platonisme, accepta l'idée d'unité avec les dieux pour médiateurs entre cette unité et le monde , et fit des vieux poëmes une sorte de textes sacrés où il puisait son histoire et sa théologie. Mais ce fut en vain qu'il tenta cette évolution devant son ennemi le christianisme ; elle ne le sauva pas. Pendant que le christianisme triomphait du paganisme, la barbarie triomphait de l'empire. Ce n'est jamais sans un profond étonnement qu'on voit cette puissance, qui paraît prépondérante et énorme, déchoir progressivement devant les attaques des peuplades germaines et finir par succomber. Comment se faisait-il à ce moment que l'empire fût si faible et la barbarie si forte? Cela est examiné; et en même temps on met sous les yeux combien tout est relatif, en rappelant que le puissant et habile Constantin était incapable de conquérir la Germanie : cette même Germanie que subjugua sans retour Charlemagne, habile aussi mais moins puissant. Ce fut cette conquête qui mit fin à la barbarie et constitua le corps politique occidental , le plus grand qui ait jamais existé. Les successeurs immédiats de Constantin furent de tristes empereurs , sauf son neveu Julien. Beaucoup calomnié par les chrétiens de son temps, qui injurieusement et à tort le traitèrent d'apostat, beaucoup loué par les philosophes du dix-huitième siècle qui applaudissaient en lui un ennemi du christianisme, l'histoire n'attache que bien peu d'importance à une tentative éphémère, arrêtée par une prompte mort. S'il avait régné quarante ans, et que pendant quarante ans il eût employé la puissance impériale à étouffer le christianisme, alors on aurait eu le spectacle de ce que peut l'autorité pour un culte vieilli
1. L'Église et l'empire romain, etc.; 2e partie, Constance et Julien. — Journal des Savants, juin, juillet et décembre 1860,
et contre une nouvelle religion. Mais tout se borna à beaucoup de colère et d'effroi parmi les chrétiens; Julien disparut, et les choses reprirent leur cour? comme si un empereur romain n'avait pas entrepris de le détourner.