III. — De l'abolition de l'esclavage
La tentative de Charlemagne pour constituer le pouvoir central, toute sage et vigoureuse qu'elle ait été, échoua, et la société se trouva complètement livrée à ses propres tendances. Aussitôt on la vit se dissoudre en une multitude de petites agglomérations, les moins puissants se groupant autour des plus puissants, et ainsi de suite jusqu'au dernier échelon, celui du serf, qui cultivait la terre. C'est là ce qu'on appelle la féodalité, époque où il n'y eut, à vrai dire, personne de libre, chacun étant assujetti à un service envers un supérieur. M. Guérard a parfaitement décrit cette transition : « Le nombre des hommes libres en France, avant l'institution des commîmes, alla toujours en augmentant ou en diminuant suivant l'idée qu'on attache àce nom. Sil'on entend par liberté l'état des personnes qui n'étaient ni des vassaux, ni des colons, ni des serfs, les hommes libres, qui dans ce cas ne sont autres que les hommes indépendants, furent toujours de moins en moins nombreux et finirent par disparaître à peu près entièrement au dixième siècle. Alors, presque tout ce qui habitait en France était l'homme de quelqu'un, quoique à des conditions fort différentes. Mais, si l'on entend généralement par libres tous ceux qui n'étaient pas serfs, la classe des hommes libres se grossit continuellement sous l'influence et sous la protection de la religion chrétienne, qui attaqua la servitude dans son principe, et qui, en la combattant