‹ Études sur les beaux-arts en généralChapitre 15 sur 104 · LES CINQ SAINTS · texte numérisé non relu

LES CINQ SAINTS

ses progrès; mais souvent, la critique, dénuée de tout renseignement précis, n’a pour s'appuyer que l’examen de l’ouvrage même. Ainsi, le tableau dont je donne ici la description, assez fameux pour avoir mérité un nom spécial, celui des Cinq Saints, sous lequel il est désigné dans tous les catalogues , et qui de plus a été reproduit par une gravure de Marc-Antoine , nous est arrivé , malgré la tradition qui nous a conservé son nom, sans aucun renseignement sur l'époque et les circonstances de sa composition. L’examen de l’ouvrage donne lieu de penser qu’il appartient à la seconde manière de Raphaël, à cette époque où l’originalité de son génie, entièrement sortie des lisières de l’école, en conservait encore quelques traces. Jésus -Christ, porté sur des nuages peuplés d’anges, au milieu d’une gloire dont ils occupent tous les rayons, est assis les bras levés et étendus sur le monde. A sa droite et à sa gauche, portés sur les mêmes nuages , sont placés la sainte Vierge, en acte d’amour, et le Précurseur montrant de la main le Sauveur du monde. Au-dessous, et dans un paysage qui se prolonge derrière eux, saint Paul est d’un côté, 'debout, tenant sur son bras une épée nue; et de l’autre côté, sainte Catherine d’Alexandrie à genoux, appuyée sur la roue, instrument de son mar tyre, les yeux élevés vers la.Vierge, semble lui demander de faire accepter au Christ la palme qu’elle a obtenue.

Cette composition rappelle celle de la Vierge au Donataire, et d’un grand nombre de tableaux de cette époque. On y retrouve encore un peu de cette symétrie que Raphaël le premier en axait presque entfèrement bannie. Les deux figures à droite et à gauche du Christ présentent, dans des attitudes différentes, des lignes parfaitement correspondantes ; les chérubins sont distribués entre les rayons de la gloire avec une singulière régularité; le corps du Christ, sauf un léger mouvement de la partie inférieure vers la droite, est exactement de face, et les deux bras sont placés de la même manière ; la partie supérieure , un peu grêle , conserve lin peu de la maigreur des anciennes formes de dessin ; mais la tête, par sa dignité triste et pleine de bonté, indique à la fois les douleurs et la récompense du sacrifice, dont, par la situation de ses mains, le Sauveur semble occupé à nous découvrir les marques. Les deux têtes de femmes sont charmantes de pureté et de simplicité ; celle de saint Jean n’a perdu de son caractère sauvage que ce qu’en doit avoir adouci le ciel; et celle de saint Paul est remarquable par la singularité forte de l’expression. On chercherait comment se rattache au reste de la composition cette figure, placée pour ainsi dire en sentinelle, si un mouvement de son pied ne semblait indiquer que Paul se met en marche, au nom du Christ, pour la conquête du monde, auquel le Précurseur vient d’annoncer son maître.

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