LE GUIDE
REM, CrüIBO, né à Bologne en 1575; mort à Rome en 104J.
JÉSUS ET LA SAMARITAINE
JÉSUS ET LA SAMARITAINE
PAR Gl'IDO REXI, dit LE Gl IDE.
« Jésus quitta la Judée et s'en retourna en Galilée; or il fallait qu’il passât par la Sainarie. Il arriva donc à une ville de Samarie, nommée Sichar, près du fonds de terre que Jacob donna à son fils Joseph. Là était la fontaine de Jacob, et Jésus, étant fatigué du chemin, s'assit auprès de cette fontaine ; il était environ la sixième tieure du jour. Une femme samaritaine étant venue puiser de l’eau, Jésus lui dit : — Donnez-moi à boire... — Mais cette femme samaritaine lui répondit : — Comment vous, qui êtes juif, me demandez-vous à boire, à moi, qui suis samaritaine? — Car lesjuifs n’ont point de liaison
avec les samaritains. Jésus lui répondit : — Si vous connaissiez la grâce que Dieu vous fait , et quel est celui qui vous dit : Donnez-moi àl boire, vous lui en auriez demandé vous-même, et il vous aurait donné une eau
vive. Seigneur, lui dit cette femme, vous n avez rien
pour puiser, et le puits est profond ; d où auriez-vous donc cette eau vive?... Jésus lui répondit Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d eau qui jaillirajusque dans la vieétcrnelle.— Lafemme lui dit:— Seigneur ,donnez-moide cette eau, afin que je n’aie l>lus soif, et que je ne vienne plus puiser de celle-ci
C'est là une de ces scènes simples dont un artiste médiocre ne sait rien tirer , parce qu’elles n’offrent rien d’animé, ni de matériellement intéressant. La représentation d’un martyre, d’un combat, de tout grand événement, porte en elle-même de quoi exciter notre curiosité et fixer notre attention : ici, point d’action: deux figures, l’une assise, l’autre debout; si le peintre ne trouve pas dans son âme les moyens d’établir entre elles des rapports vrais et frappants, s’il ne sait pas rendre, par l’expression, le dialogue qui les lie, son ouvrage demeure insignifiant. Tout est dans ce dialogue, dans le caractère de celui qui parle et dans 1 ini-
i Évangile telon saint Jean, ch. IV, v. 3-10.
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pression que produisent ses paroles sur celle qui écoute. Il faut que le peintre nous représente en quelque sorte ces [«rôles dans l’expression de Jésus qui les prononce, et de la samaritaine à qui elles s’adressent : de là dépend tout l’intérêt, car c’est là le seul nœud qui unisse les deux personnages ; ce n’est pas une action à faire voir, c’est une conversation à faire entendre; conversation touchante et auguste, mais où rien de vif ni d’énergique ne peut amener ces mouvements forts et prononcés qui attirent promptement nos regards en nous annonçant une situation extraordinaire.
Le Guide avait trop d’esprit et de sensibilité pour rester au-dessous d’un sujet qui en exigeait tant : la scène était rigoureusement donnée; il n'y a rien ajouté, mais il y a mis tout ce qui pouvait y entrer. La pose de Jésus est simple et naturelle ; sa tète, pleine de douceur, de calme, de conviction et de noblesse, se tourne vers la Samaritaine qui écoute avec l’incertitude d'un étonnement où percent déjà son plaisir à entendre et sa disposition à croire; malgré le seau qu’elle tient, on voit clairement que c’est à elle qu’on va donner, et que Jésus ne demande point, mais qu il offre. Les regards de Jésus sont animés de cette compassion sérieuse et tendre, caractère de sa mission et de sa doctrine. L’artiste semble avoir choisi le moment où Jésus cesse de parler, et où la femme le prie de lui indiquer cette source de vie qui doit couler éternellement : c’esten effet
ÉCOLE ITALIENNE .LE Gl IDE).
celui où les deux figures sont dans le rapport le plus intime elle plus immédiat. Le Guide n’a pas cherché à élever la tète de la samaritaine à une beauté ni à une noblesse peu communes; elle est belle sans être remarquable, et je crois que cela convenait au sujet.
Les draperies sont du plus bel effet ; les plis en sont larges, souples, disposés avec une facilité pleine d’art. Le paysage qui remplit le fond est riche. Enfin, quoique ce charmant petit tableau ait noirci, et qu’il faille l’examiner avec soin pour en reconnaître tout le mérite, il offre, ce me semble, une preuve sensible de ce qu'un homme de génie peut faire de la scène la plus simple, quand il s’est bien pénétré de toutes les idées et de tous les sentiments qui se rattachent au souvenir de cette scène, et que son ouvrage doit réveiller.
PROPORTIONS
Hauteur, i>7 eenlim. s 1 pied 0 pouces 0 lig. 677.
Largeur, 80 — =2—5 — 0 — 636.
LE GLERCHUV
BARHIFltl, Qi \x-F»i.\N<’E«<t>, m* u CVnto, près Bologne, en 1590 . mort a Cento en ICCO.