‹ Etudes sur les beaux artsChapitre 14 sur 18 · IX · texte numérisé non relu

IX

l'aut chrétien dans les catacombes, l'art byzantin.

L'art est comme le phénix des anciens, il renaît de ses cendres; mais souvent le sommeil est long, et cette mort féconde dure bien des siècles. L'art antique, grec et grseco-romain , devait enfanter deux modes ou plutôt deux arts nouveaux : l'art byzantin, continuation de l'art grec modifié par un nouveau culte, et l'art chrétien, continuation d'abord, mais, plus tard , transformation complète , par ce même culte, de l'art tel que les Romains le comprenaient et le pratiquaient sous le haut empire. Cette continuation se fit, tacitement d'abord, sous les voûtes mystérieuses des catacombes.

L'art chrétien n'a pris son complet développement que postérieurement à l'art byzantin; toutefois leurs commencements sont communs, et, à bien dire, l'art byzantin ne fut qu'une dérivation du nouvel art que le nouveau culte devait enfanter. Nous nous occuperons donc, en premier lieu, de cet art chrétien; nous le prendrons à son origine; nous étudierons ses pre- I. 23

354 l,\\HT CHRÉTIEN DANS LES CATACOMIUS.

miers monumenls dans les catacombes, qui lurent sou berceau.

On a bien des fois répété que les catacombes avaient servi d'asile aux premiers chrétiens, qui se cachaient sous leurs voûtes pour échapper aux persécutions des empereurs. Il ne faudrait pas prendre rigoureusement à la lettre ces assertions traditionnelles. Ces vastes terrains, qui s'étendaient sous divers quartiers de Rome et dans la campagne environnante, parurent, sans doute, aux nouveaux catéchumènes, des retraites favorables pour la célébration des saintes pratiques de leur culte, qui demandaient la paix et le silence, et pour se réunir dans de fraternelles agapes; mais il est douteux que, pour éviter la persécution, la secte naissante ait pu s'y cacher à plusieurs reprises. Il n'est pas nécessaire d'avoir fait une étude approfondie des catacombes, il suffit d'une promenade dans ces souterrains et d'un examen superficiel de la situation relative de chacun d'eux pour reconnaître que les catacombes n'ont pu servir habituellement de refuge aux chrétiens en temps de persécution, et que ce n'est qu'accidentellement qu'ils ont pu s'y retirer. Cet asile était si bien connu, que les édits de plusieurs empereurs, tels que Numérien et Maximien, leur en interdisaient l'entrée. J'ignore absolument la façon de procéder de la police romaine sous ces empereurs et sous Néron et Dioclétien, ces grands antagonistes du nouveau culte ; mais son action eût

l'art byzantin. 355 été nulle, si en quelques heures de temps elle n'eût pas découvert ce refuge de toute une secte, c'est-àdire d'une population de plusieurs milliers d'hommes. Il est probable que quelques-unes de ces anciennes carrières ou arenariœ, comme Cicéron les appelait *, situées sous la propriété de grands personnages convertis secrètement au nouveau culte, ont servi, dans l'occasion , de retraite à leurs amis persécutés et à ceux de leurs compagnons que la perspective du martyre effrayait. La plupart des catacombes ont encore conservé les noms de ces anciens possesseurs. Telles sont les catacombes de Saint-Saturnin et de Saint- Thrason, près de la porte Salara; celles de Saint-Calixte, dont la décoration remonte au règne d'Alexandre Sévère, etc. Mais, si les catacombes ne servirent pas de refuge à la secte entière, elles servirent certainement de sépulture aux victimes de ces persécutions.

Les catacombes de Rome se composent, comme on sait, d'une suite de galeries souterraines aboutissant à des carrefours, et donnant accès, de distance en distance, dans des salles cintrées d'ordinaire et dont les parois contiennent tantôt des niches cintrées également (arcosolia), tantôt de simples tiroirs superposés (loculi). Ces niches et ces tiroirs sont destinés à recevoir les corps. On dirait la transformation du columbarium païen, devenu insuffisant, et devant, au

' Cicéron, Pro cluenle, ch. xw.

356 l'art chrétien dans les catacombes.

lieu des urnes cinéraires, recevoir les corps dans leur intégrité. Les vastes souterrains qui s'allongent sous la campagne romaine, et d'où, autrefois, on a exlrait la pouzzolane employée dans les constructions de la ville, avaient été, de temps immémorial, appropriés à ces usages funèbres. Sous les premiers chrétiens, qu'ils y aient ou non trouvé un asile, il est certain que ces souterrains furent transformés en lieux de sépulture. Les tombeaux de ces premiers martyrs sont remarquables. Ce sont des niches irrégulières, consolidées par des piliers et des travaux de maçonnerie, dans lesquelles on plaçait des sarcophages de forme antique, ou de simples caisses en pierre de forme oblongue, revêtues d'une dalle de marbre, mensa. Ces sarcophages et ces tables étaient placés au milieu des salles principales ou adossés aux murs de la paroi la plus apparente. Il est évident que ces chambres ont servi de type à nos églises, et ces sarcophages et ces tables aux autels qui les décorent.

Quand le christianisme commença à prévaloir, ces anciennes excavations ou arénaires furent abandonnées et devinrent le vestibule des véritables catacombes. Celles-ci furent creusées dans le tuf granulaire du sol volcanique, qui offrait plus de consistance que la pouzzolane, et dans lequel on pouvait ouvrir des galeries, des chambres (cubicula), et creuser plusieurs rangs de sépulcres superposés. Ce furent les cryptm nom. Dès lors, le hasard ne présida plus à ces exca-

l'art byzantin. 357 valions. On les étendit et on les continua sur un plan déterminé. Plus tard même, une corporation religieuse fut chargée de diriger les travaux, proportionnant la forme, la dimension, et sans doute la décoralion de la nouvelle salle, à l'importance du personnage dont elle devait recevoir les restes.

Une des planches de Séroux d'Agincourt, reproduite, avec plus de soin, par M. Perret, d'après une peinture du cimetière de Saint-Calixte, nous offre le portrait de Diogènes le fossoyeur (fossor), un des membres de cette corporation. 11 tient une pioche à la main, et les divers instruments de sa profession sont groupés autour de lui \

On conçoit que des travaux de cette importance, et qui ont nécessité le déblayement de bien des millions de mètres cubes de tuf ou de gravier, n'aient pu être exécutés secrètement. Les chrétiens ne brûlant pas leurs morts, ces travaux durent être tolérés par l'autorité, et, s'ils furent quelquefois suspendus, ce ne fut que momentanément, quand la persécution sévissait. Les parties des parois de ces salles laissées libres étaient disposées de façon à recevoir des peintures à l'encaustique, quelquefois même des mosaïques, surtout quand il s'agissait d'un personnage vénéré pour sa piété ou son martyre. Le fond du caveau, et particulièrement le pourtour de l'archivolte, et, dans les salles principales, les plafonds, étaient

1 Catacombes de Home, par Louis Perret, pl. X\X,

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réservés pour cette décoration. Souvent même, — et tout à l'heure nous en aurons la preuve en examinant les peintures recueillies, dans les catacombes, par deux de nos compatriotes, — souvent il est arrivé que toutes les niches du caveau étant pleines et la place manquant pour un nouveau mort, il a fallu excaver les parties déjà peintes et tailler en plein tableau \ Parfois aussi les peintures sont superposées, et de nouveaux sujets sont appliqués sur de plus anciens. Mais il est un fait constant, c'est que la peinture recouverte est toujours d'une meilleure exécution que la peinture qui la recouvre. Plus l'art se rapprochait de la tradition païenne, moins il avait déchu; les procédés mis en usage étaient nécessairement supérieurs.

Toutefois, quelque remarquables et quelque curieux que soient ces premiers monuments de l'art chrétien, il faut se défendre d'un puéril enthousiasme, et ne les juger que pour ce qu'ils sont, pour les naïves et vigoureuses ébauches d'un art à sa naissance, qui reflète un art mourant. Il est probable, d'ailleurs, que la plupart de ees peintures ne furent exécutées que par de simples apprentis ou d'obscurs artistes, dont aucun n'a signé son œuvre, qui travaillaient, dans Rome, sous des maîtres en renom, le christianisme, à son dé-

' Catacombes de Borne, par Louis Perret, chapelle peinte du cimetière de Saint-Prétcxtat, Les corps des deux orantes son! coupés par deux tiroirs ou loculi,

l'art BYZANTIN. 359

but, ayant conquis d'abord les classes intimes de la société. Il n'y a donc pas là, du moins parmi les plus anciennes décorations, de peintures de maîtres. Ces maîtres, qui avaient la vogue, devaient nécessairement être très-opposants à ce nouveau culte, qui supprimait les dieux dont ils étaient accoutumés à retracer l'image, et qui repoussait comme infâmes ces fables et cette mythologie, sur lesquelles depuis huit siècles l'art antique avait vécu. Il ne faut donc pas s'étonner de la faiblesse, de la naïveté incorrecte et, s'il faut tout dire, de la barbarie de la plupart de ces premières images. Elles sont exécutées d'après un même poncis, le choix des sujets, la disposition des groupes, surtout dans les plafonds et les décorations d'ensemble, étant généralement les mêmes. Cet ensemble est conçu d'ordinaire dans les données de l'art antique, et les détails de l'ornementation sont empruntés au paganisme. Souvent même, le sujet est tout à fait païen. Ainsi, par exemple, plusieurs de ces compositions nous représentent Orphée charmant les animaux avec sa lyre. Il résulte de ces traditions que, à côté d'images informes et presque barbares, vous voyez se détacher un groupe comme celui des cinq vierges prudentes 1 au cimetière de Sainte-Agnès, apparaître une figure comme l'Abraham et son fils au cimetière de Saint- Thrason 2, le Moïse frappant le rocher au cimetière

1 Les catacombes de Rome, plancha XLII. - Catacombes de Home, pl. XX.

3(H) l'art chrétien dans les catacombes. de Sainte-Agnès l, ou la sainte eouronnée du cimetière de la Platonia "2, qui sont empreintes d'une énergie et d'une grâce réelles, et qui rayonnent, dans ces ténèbres, comme des lueurs surnaturelles, mais seulement comme des lueurs. Nous insistons sur ce mot, car la lumière n'est jamais complète, et ce n'est que plus tard , après bien des siècles et à la suite d'une longue et pénible aurore, que ce grand jour paraîtra et que le soleil de l'art chrétien brillera dans toute sa splendeur.

Les premiers cbrétiens n'avaient donc fait que continuer la tradition païenne quant au système d'ornementation de leurs sépultures, comme les Romains eux-mêmes n'avaient fait que se conformer aux usages de leurs pères, imitateurs des Étrusques et des Égyptiens. En effet, les catacombes romaines sont l'analogue des nécropoles de Thèbes et de Mempbis, des latomies de Naples et de Syracuse, et des hypogées île Tarquinies. La plupart des compositions qui les décorent ont une signification symbolique, et, comme dans les nécropoles égyptiennes et les hypogées étrusques, la plupart de ces symboles ont trait à la transmigration des âmes ou plutôt à la résurrection, et les emblèmes des peines et des récompenses posthumes y sont figurés. Mais ces peintures sont plus nombreuses dans les catacombes romaines que dans au-

' Catacombes de Home, pl. XXII.

'- Catacombes de Home. pl. Ml!.

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cune autre de ces sépultures souterraines que nous venons de signaler. Pendant plus de six siècles , les artistes chrétiens y ont déployé leur savoir-faire; c'est un musée religieux des plus curieux , et qui tend à se compléter par de nouvelles découvertes.

Cependant , depuis longues années , l'étude des catacombes de Rome et des monuments singuliers qu'elles renferment avait été complètement négligée. — L'entrée des cryptes était obstruée; beaucoup de galeries étaient fermées, et l'accès en était en quelque sorte interdit à l'étranger qui se présentait pour les visiter. Enfin, sous le pontificat de Grégoire XY1, la découverte de peintures d'un certain intérêt, et particulièrement d'une image de la Vierge, qui paraissait remonter au nie siècle de l'ère chrétienne, vint reporter l'attention des archéologues et des fidèles sur ces souterrains mystérieux. On en reprit l'exploration avec une nouvelle ardeur. On s'attendait à ce que d'importantes découvertes signaleraient ce mouvement, et on espérait que les résultats en seraient consignés dans quelque intéressante publication ; il n'en fut rien. Quelques peintures furent reproduites isolément dans divers recueils d'une valeur secondaire, et le père Marchi , savant jésuite qui avait imprimé aux recherches les plus récentes et à la nouvelle étude des catacombes romaines une active impulsion, ne se servit guère des monuments découverts en dernier lieu, et reproduits d'ailleurs avec soin, mais sur une

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petite échelle, que comme de pièces à l'appui de l'histoire des édifices chrétiens des premiers siècles, qu'il publie aujourd'hui. Le champ, comme on voit, était libre. 11 appartenait à deux de nos compatriotes de montrer ce qu'il pouvait produire.

Dans les premiers mois de l'année 1850, le bruit se répandit, parmi les artistes et les savants, que d'intéressantes découvertes venaient d'être faites dans les catacombes de Rome. On racontait qu'un de nos architectes les plus intelligents s'était livré à une longue et pénible investigation de cette cité souterraine, avait pénétré dans de nouvelles galeries , découvert de nombreuses salles ornées de peintures et de curieux monuments, qu'il avait mesuré les unes , dessiné et calqué les autres avec l'aide d'un de nos plus consciencieux dessinateurs, et que le résultat de cette patiente exploration devait apporter de nouvelles lumières tant sur les premiers temps de l'histoire du christianisme que sur les origines de l'art chrétien.

L'intérêt et la curiosité de tous ceux qui s'occupent de l'histoire de l'art étaient éveillés au plus haut degré lorsque, peu de temps après, M. Perret revint à Paris, rapportant ses précieuses collections. Fama crescit eundo : cette fois, le contraire avait eu lieu; le lait avait une tout autre importance que ce que la renommée avait pu en raconter. Monuments et fragments d'architeclure, peintures à fresque et sur verre, mosaïques, vases, lampes, inscriptions cl symboles

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gravés sur les pierres sépulcrales des cimetières des premiers chrétiens, M. Perret avait tout recueilli, tout reproduit; son portefeuille renfermait plus de cinq cents pièces, dont la majeure partie était inédite : c'était un véritable trésor d'une valeur inestimable. Cette collection n'était pas seuleirïent précieuse par la quantité des morceaux recueillis, par l'importance de chaque pièce, par la rareté et la nouveauté du plus grand nombre; elle avait été formée avec une méthode qui en augmentait singulièrement la valeur. En effet, M. Perret était parti de France avec un plan bien arrêté , avait suivi un ordre presque rigoureux dans ses recherches, entreprises avec un but déterminé ; enfin il n'avait ni recueilli au hasard ni reproduit légèrement les monuments découverts. Obéissant au mouvement si remarquable qui, depuis quelques années , a remplacé dans les études historiques les conjectures par les faits, et qui veut qu'avant tout on remonte aux origines, M. Perret, tout entier à l'étude de l'histoire de l'art chrétien, avait résolu de remonter dans le passé aussi loin qu'il lui serait permis de le faire, et c'est au fond des catacombes, c'est dans leurs parties encore inexplorées qu'il avait dû rechercher les plus anciens monuments de date certaine.

Notre laborieux compatriote a consacré six années de sa vie à mener à bonne fin sa longue et difficile entreprise. Il s'était proposé de tout explorer et de tout voir, et il a voulu se tenir parole. C'étaient

36k l'art chrétien dans les CATACOMBES, soixante catacombes à parcourir, dont les galeries, réunies bout à bout, présentent un parcours de plus de 300 lieues, et sont, bordées de plus de six millions de tombes. En sens inverse des bâtiments construits sur les terrains qui les recouvrent, ces demeures souterraines présentent plusieurs étages superposés, dont le quatrième et le plus profond s'enfonce à plus de 80 pieds sous le sol. M. Perret n'a reculé devant aucun sacrifice, aucun obstacle, aucune fatigue. Pendant cinq années de sa vie , il s'est en quelque sorte enseveli vivant dans ces immenses caveaux mortuaires; explorant dans tous les sens les vastes et mystérieux quartiers de cette cité souterraine qui s'étend sous les faubourgs de la ville antique ou sous la campagne romaine. Les dangers étaient nombreux, et les difficultés semblaient insurmontables. Plusieurs fois M. Perret s'est presque vu contraint de renoncer à sa courageuse entreprise. Tantôt les guides, rebutés et voyant s'ouvrir devant eux des espaces inconnus et s'allonger de tous côtés de nouvelles et profondes galeries, hésitaient, s'arrêtaient et refusaient d'accompagner le voyageur dans des quartiers qu'ils n'avaient pas encore parcourus, £t où ils couraient le risque de s'égarer, ce qui leur arriva en plus d'une occasion. Les promesses, l'exemple et la constance de M. Perret pouvaient seuls triompher de leur répugnance. D'autres fois, un éboulement leur barrait le chemin, et on ne pouvait passer outre qu'après

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avoir déblayé d'étroits couloirs qui pouvaient se refermer derrière l'explorateur; souvent l'humidité et d'inquiétantes infiltrations rendaient le passage plus périlleux encore; enfin, quand il fallait descendre au plus profond de la crypte, dans ce dernier étage dont nous parlions tout à l'heure, l'air, qui ne peut jamais se renouveler, devenait de plus en plus rare, les flambeaux s'éteignaient, et la suffocation était imminente. A ces difficultés matérielles se joignaient des empêchements d'une tout autre nature, mais dont l'expérience et la volonté de l'explorateur pouvaient seules triompher. Les artistes dont le concours lui était nécessaire, n'étant pas soutenus par le puissant mobile qui l'animait, se lassaient d'un travail ingrat, toujours exécuté à la lueur des lampes, de cette existence de mineur ou de troglodyte, et hésitaient à l'accompagner dans d'interminables et périlleuses excursions. Avait-il découvert quelque nouveau pan de mur orné de peintures, les siècles semblaient entrer en lutte avec lui, et refusaient de lui rendre les monuments de cet art qu'ils avaient comme dévorés. Ce n'était qu'au prix de fatigues infinies, d'expériences délicates, de beaucoup de temps et d'une merveilleuse patience qu'il parvenait à enlever le voile de poussière et de nitre dont ces peintures étaient recouvertes, et à les rendre à la lumière.

Toutefois les difficultés les plus réelles peut-être, et qu'un moment M. Perret a pu croire insurmonta-

l'art chriêtteh dans les catacombes.

Itirs, prenaient leur source dans les scrupules les plus honorables. Avant tout, M. Perret voulait être vrai; ce cachet de sincérité qu'il désirait imprimer à son œuvre, le mode particulier de reproduction que, pour arriver à ce résultat, il s'était fait comme une inflexible loi d'adopter et de suivre lui rendaient singulièrement difficile le choix de ses interprètes, et il désespéra plus d'une fois d'en rencontrer de suffisants. M. Perret sentait que la vérité, la naïveté devaient faire le principal mérite d'un travail qui, reproduisant des monuments nouveaux et inconnus pour la plupart, ne pouvait acquérir de prix qu'autant que le caractère propre et vrai, c'est-à-dire la forme et l'esprit des monuments, serait conservé, et qu'il pourrait nous en donner la représentation en quelque sorte identique; mais, pour arriver à cette identité , il faut s'astreindre à copier tidèlement, naïvement, sans rien ajouter à ce qui est, sans rien retrancher, et reproduire les défectuosités avec le même scrupule que les beautés; or cette fidélité quand même , cette naïveté soumise sont ce que l'on obtient le plus difficilement d'un artiste de talent. Consentir à ne pas montrer ce qu'on sait, renoncer à toute personnalité, c'est un sacrifice auquel personne ne se résigne volontiers dans les arts comme en toute chose; aussi un copiste fidèle et naïf est-il beaucoup plus difficile à rencontrer qu'un bon traducteur. Où celui-ci met son savoir-faire et son adresse, celui-là met sa conscience, et il paraîtrait que les gens

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consciencieux sont infiniment moins nombreux que les gens habiles ou les gens adroits. Pour reproduire une fresque il ne suffit pas seulement de la calquer, il faut un dessinateur pour reporter le calque, un peintre pour rétablir la couleur. C'était ce dessinateur et ce peintre que M. Perret devait rencontrer et diriger, dont il fallait obtenir cet absolu sacrifice de toute personnalité. M. Perret a mis dans ce choix le bon sens et le tact qui le distinguent ; il s'est associé un de nos artistes les plus méritants et les plus sincères, M. Savinien Petit, et le résultat nous prouve que sa confiance ne pouvait être mieux placée. Les dessins de M. Petit, exécutés avec une sorte de candide et scrupuleuse fidélité, et dans lesquels on n'a nullement cherché à dissimuler les imperfections des originaux, empruntent à ce système de rigoureuse exactitude ce caractère de nouveauté, de naïve majesté, parfois de surnaturelle grandeur, qui les distingue de toutes les reproductions analogues. Il n'y a là ni négligence ni mépris effronté de la vérité, comme dans certaines publications antérieures, ni puérile affectation de naïveté, comme pouvaient le faire craindre certaines influences ou l'exagération systématique du principe adopté. Il y a conscience et réalité, rien ne fait dis sonnance; le mode juste est trouvé. Aussi l'effet produit par la collection de MM. Perret et Savinien Petit a-t-il été universel et profond.

Un rapide coup d'œil jeté sur les publications an-

368 l'art chrétien dans les catacombes. (meures nous permettra de mieux apprécier tout le mérite et toute la valeur cle ce beau travail.

Il paraît à peu près certain que, jusqu'aux vnie et ixe siècles, les catacombes furent en baute vénération. Les plus grands soins étaient apportés à l'entretien de ces galeries souterraines. À certaines époques de l'année et particulièrement lors des fêtes des martyrs, on y célébrait de pompeuses cérémonies; les fidèles y sollicitaient une place après leur mort ; les papes eux-mêmes recherchaient cet honneur, et, de leur vivant, y faisaient de longues retraites, comme pour retremper leur foi dans ces solitudes consacrées. Peu à peu, cependant, la ferveur tomba, le zèle se refroidit, et, vers le milieu du ixe siècle, la plupart des catacombes, sinon toutes, étaient oubliées, et les ouvertures qui y donnent accès étaient comblées. Pendant quatre ou cinq siècles, on parut même ignorer qu'elles eussent existé. Ce ne fut qu'au xvie siècle, sous le pontificat de Sixte-Quint, qu'on en fit comme une nouvelle découverte, et qu'on recommença à s'en occuper. Ce pape, dont la puissante activité s'appliquait à tout, les avait fait ouvrir pour en extraire les reliques des martyrs, et peut-être, qui sait? pour y chercher des trésors qu'elles pouvaient recéler. Les curieux et les savants, obéissant au mouvement du siècle, qui reportait vers le passé son attention inquiète, saisirent avec empressement l'occasion qui s'offrait , d'examiner en détail ces mystérieuses re-

l'art byzanttn. ^69 traites et les innombrables monuments des temps d'autrefois qu'elles renfermaient. Antoine Bosio, agent de l'ordre de Malte à Rome, mit surtout à l'exploration des catacombes une ardeur et une persévérance infatigables. Il ne se contenta pas de voir, il fit dessiner tous les monuments qu'il put rencontrer, tombeaux, chapelles souterraines, autels, sculptures, peintures, mosaïques, et il fit tout graver. La description de ces objets devait composer un ouvrage, auquel il donna le nom de Roma sotterranea (Rome souterraine), mais qui ne put être publié qu'après sa mort. Bosio dressa les plans des catacombes connues avec une merveilleuse exactitude. Le travail de Bosio fut revu et complété par Aringhi, qui le publia de 1651 à 1659. Bottari mit à profit ces recherches dans son ouvrage sur les rites ecclésiastiques des trois premiers siècles du christianisme, et reproduisit identiquement les dessins de Bosio, tout imparfaits qu'ils étaient. Bien d'autres, qui, depuis, ont écrit sur les catacombes, se sont toujours servis de ces spécimens incomplets.

Séroux d'Agincourt, venu plus tard, apporta dans l'examen des peintures et des sculptures des catacombes sa critique judicieuse et son goût éclairé; il fut peut-être le premier qui envisagea ces monuments au point de vue de l'art. L'ingénieux et savant rapporteur du projet de loi sur les Catacombes de M. Perret nous paraît avoir fait un peu trop bon marché de cette partie des travaux de l'historien de fart far les T. 24

370 l'art chrétien dans les catacombes.

monunienl$j qu'il mentionne à peine; mais peut-être ne devons-nous voir là qu'une réticence politique. Ces planches de Bosio, reproduites par Rottari, « traitées, selon M. Vitet, dans cet esprit de convention et d'à peu près qui était la maladie des maîtres de l'époque, et à plus forte raison des manœuvres, » sont jugées peut-être plus sévèrement encore par Séroux d'Agincourt. «Ce n'est pas, nous dit-il, en ce qui concerne les arts que les écrivains dont il vient d'être question (Bosio, Aringhi , Severano, Boldetti , Boltari , Marangoni , Buonarotti ) se sont occupés des catacombes. S'ils eussent conçu ce projet, les dessinateurs qu'ils ont employés les auraient réellement desservis par l'infidélité de leurs imitations, au lieu de leur être utiles. Leurs gravures ne conviennent, en effet, que pour indiquer le nombre des figures et faire connaître les costumes ecclésiastiques. La comparaison que j'en ai faite, sur les lieux mêmes, avec les monuments originaux m'ayant convaincu qu'ils ne pouvaient servir à établir, avec la précision convenable, le style de chaque âge, je me suis décidé à faire dessiner de nouveau tous les sujets propres à entrer dans mon plan parmi ceux qui avaient été déjà publiés. J'y ai joint les peintures et les sculptures découvertes depuis la publication des ouvrages de Boldetti et de Bottari, qui n'avaient pas encore été dessinés, et notamment celles qui ont été trouvées sous mes yeux depuis l'an 1780, me flattant que, indé-

l'art byzantin. „ :Î71

pendamment de l'usage que j'en voulais taire, les personnes qui cultivent la science des antiquités ecclésiastiques seraient bien aises de les connaître »

Il y a certainement une différence très-sensible entre les dessins de Séroux d Agincourt et les dessins de ses devanciers ; mais la plupart de ces reproductions se sentent toujours du goût de l'époque cl sont encore exécutées dans des proportions trop réduites. Nous trouvons, il est vrai , une intention de fac-similé dans quelques têtes données dans les dimensions des originaux ; mais le dessinateur n'a pas voulu ou plutôt n'a pas pu obéir à la volonté qui le dirigeait. Ces mêmes défauts, que M. Vitet reprocbe aux planches de Bosio et de Bottari , se retrouvent dans les dessins de Séroux d'Agincourt , comme on les rencontre, du reste, dans la plupart des planches de son grand ouvrage, et cela par une excellente raison, parce que, à cette époque, les dessinateurs n'étaient rien moins que guéris de cette maladie de l'a peu près signalée dans l'éloquent rapport que nous avons déjà cité. Le sont-ils bien aujourd'hui? Nous n'oserions l'assurer. Il y a certainement plus de rigueur et moins d'une certaine convention dans les dessins qui ornent les grandes publications contemporaines. Nous craignons cependant , quelquefois , qu'on ne tende à remplacer une manière par une au-

1 Séroux d'Agincourt, Histoire de tari par les monuments , t. I, p. 22.

372 # l'art chrétien dans les catacombes.

tre, qu'on ne recherche et qu'on ne s'impose un parti pris de simplicité trop absolue. Le graveur ne doit pas plus sacrifier à la naïveté puérile et à la gaucherie affectée qu'au style, à l'effet, à la tournure.

Quoi qu il en soit, les immenses progrès faits, depuis Séroux d'Agincourt, à ce point de vue de la réalité dans les arts du dessin, ont grandement profité à M. Perret, qui a obtenu les résultats que son devancier n'avait fait que pressentir et entrevoir. Nous conviendrons, pour être juste, que M. Perret a eu l'avantage de pouvoir consacrer à cette reproduction des peintures et sculptures des catacombes un ouvrage spécial ; aussi la plupart des planches, exécutées, d'après ses dessins et ceux de M. Petit, sur une grande échelle et quelquefois dans la proportion des peintures originales, ne laissent-elles rien à désirer. Ajoutons que cette collection, qui restitue à toute une période de l'histoire de l'art son véritable caractère, ne comprend pas moins de trois cent soixante études de format grand in-folio, dont cent cinquante-quatre fresques, soixante-cinq monuments, vingt-trois planches de peintures sur verre reproduisant quatre-vingt-six sujets, quarante et une planches représentant des lampes, vases, anneaux et instruments de martyre, au nombre de plus de cent objets différents ; enfin quatrevingt-quinze planches d'inscriptions comprenant plus de cinq cents pierres sépulcrales. Mais ce qui doit donner à ce recueil une valeur inappréciable, c'est

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que, sur les eent cinquante-quatre fresques dessinées ou peintes, et qui remontent, pour la plupart, aux premiers siècles de l'Église, plus des deux tiers sont inédites, et un certain nombre n'ont été découvertes que de 1840 à 1850. Nous mentionnerons, parmi ces dernières, les peintures du célèbre puits de la Platonia, qui servit de tombeau pendant un certain temps à saint Pierre et à saint Paul , que le pape Damase avait fait orner de fresques vers 365, et qui, depuis cette époque, était resté fermé. M. Perret, autorisé par le gouvernement romain, a pu y descendre, a fait enlever les matériaux qui encombraient ses caveaux, et y a découvert des peintures représentant le Cbrist, les apôtres, et deux tombeaux en marbre de Paros où furent, sans doute, déposés les restes de saint Pierre et de saint Paul.

Ce n'est pas seulement la restitution d'une bistoire incomplète et cette sorte de révélation d'un art tout nouveau qui donnent aux découvertes de M. Perret une si baute valeur, ce sont surtout les résultats inattendus qu'elles nous présentent au double point de vue de l'art et du dogme. Elles comblent, en effet, des lacunes de plus d'un genre; elles permettent de rattacher d'une manière incontestable l'art moderne à l'art antique; elles lèvent, d'autre part, à en croire les boni mes les plus compétents, certains doutes que l'interruption de ce qu'on pourrait appeler la tradition par les monuments avait laissés sur quelques

'37V l'art CHRÉTIEN dans çatacotïbes. points des premiers temps de l'histoire du christianisme. Enfin, et toujours à ce double point de vue de l'art et du dogme, M. Perret croit, à l'aide de ses découvertes, pouvoir établir d'une manière à peu près certaine les origines des images traditionnelles du Christ, de la Vierge, des apôtres et d'un grand nombre de personnages. La publication de cette vaste collection doit donc exciter à un haut degré l'intérêt non-seulement des artistes, mais des croyants et de tous ceux qui s'occupent de l'histoire des premiers temps du christianisme. Nous ne savons si M. Perret convaincra les incrédules et s'il fera cesser toute incertitude. Ce que nous pouvons assurer, c'est que les monuments qu'il nous met sous les yeux sont extrêmement nombreux, et portent en quelque sorte chacun sa date, Ainsi, dans les catacombes de Saint-Calixte, sur la voie Àppienne, à Saint-Pierre et à Saint-Marcellin, il a découvert les plus anciennes peintures où soient figurées les images du Christ \ Ces compositions retracent des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament : Jouas vomi par une baleine '\ dont la forme, des plus fantastique, tient du dragon et du lézard, et pourrait servir à recomposer Yicthyosaurus antédiluvien ; Job 3 ; le Christ et.ses disciples 4; la résurrection de Lazare;

' Catacombes de Honte, pl. XXVI11.

5 Catacombes de Rome, pl. XXV.

1 Catacombes de Home, pl. XXV.

1 Catacombes de Home, pl. XXIV.

l' a ht byzantin. 375

la multiplication des pains, la croix entourée de fleurs; et on y remarque une représentation extrêmement curieuse des premières agapes. Cette dernière composition, qui nous montre une matrone charitable placée entre deux serviteurs assis aux deux bouts de la table et distribuant des vivres aux survenants, est traitée avec une simplicité et une noblesse de style vraiment remarquables \

Dans quelques-unes de ces peintures, l'ensemble de la décoration et même les sujets sont empruntés au paganisme. Tel est, au cimetière de Saint-Calixte, ce plafond, orné dans le goût antique, qui comprend un grand compartiment central représentant un Orphée charmant les animaux avec les accords de sa lyre, et huit caissons disposés circulairement autour de la composition principale 2. Ces huit caissons sont ornés de quatre sujets tirés des livres saints; savoir : Moïse frappant le rocher, Daniel dans la fosse aux lions, David armé de la fronde, et la Résurrection de Lazare alternant avec quatre paysages. Le tout est encadré de guirlandes, d'arabesques et d'ornements du goût le plus délicat.

L'Orphée symbolique du grand médaillon central est conçu et exécuté dans la donnée antique la plus pure. Ce personnage, costumé à la grecque, est coiffé d'un bonnet phrygien ; il touche une lyre à cinq cordes

' Catacombes de Rome, pl. LX,

- Catacombes de Home, pl. XXIV bis.

:J7(> L'ART CHRÉTIfcM DANS LÈS CATACOMBES.

d'une forme assez singulière. Des lions, des panthères, des ehevaux et d'autres animaux, ou debout ou eouehés, l'entourent et l'éeoutent; des paons et d'autres oiseaux, perchés sur les arbres les plus rapprochés, prêtent à ses chants une égale attention; il n'est pas jusqu'à des reptiles, un serpent, des lézards, une lourde tortue qui ne se glissent à ses pieds, charmés par ses accents Le Daniel placé entre deux lions, le David nu, le Moïse, le Christ ressuscitant Lazare ont tous un aspect antique et sont exécutés dans la manière des compositions de Pompeia.

Nous ferons les mêmes observations au sujet de la composition compliquée qui orne un arcosolium du cimetière de Saint-Prétextat, et dont les motifs principaux représentent le Jugement dernier et le Banquet des élus. Dans le tableau du Jugement qui décore la partie supérieure et cintrée du tholm ou fond de l' arcosolium, Dispater est placé sur un siège élevé; à ses côtés est assise une Proserpine ou une sibylle, sur la tête de laquelle est inscrit le mot Abracura. Mercure, Mercurius nuncius, comme l'indique l'inscription placée sur ce personnage, conduit devant le sacré tribunal les âmes, au nombre desquelles figurent Vibia, modèle des épouses 2, et Alceste, célèbre,

1 On trouve, dans la même catacombc, un Orphée plus simple de composition. Un chameau fort bien figuré est au nombre des auditeurs. On a vu dans ces Orphée autant de symboles du Christ rédempteur.

* Vibia crudeli funere rapta viro. Anthol., 11, p. 132.— vibia, fille de Marc-Aurèle et de Faustine, était remarquable par sa beauté et ses

l'ari byzantin. 377 dans l'antiquité, par son dévouement eonjugal Dans le Banquet des élus, composition qui remplit toute la partie plane du fond de l'arcosolium, nous voyons les bienheureux, dont quelques-uns sont couronnés de fleurs, couchés sur de moelleux coussins, autour d'une table chargée de mets. Un vase, d'une forme élégante, est placé, sur un trépied, à l'angle de la table. Le bon ange, angélus bonus, portant à la main des couronnes, introduit les convives élus, qui se prosternent en entrant 2. Tout, dans cette composition, a le caractère antique le plus prononcé.

Quelques-unes de ces décorations sont charmantes. L'une d'elles, découverte en 1850, et qui a dû être placée au-dessus du tombeau de deux jeunes époux, représente, dans un compartiment de forme oblongue et cintrée , deux colombes de la forme la plus gracieuse et la plus élégante, au bec de corail et le cou légèrement incliné vers une table placée entre elles deux. Quelques arbustes délicatement indiqués forment le fond de la composition 3. En général, les oiseaux et les animaux sont très-bien traités. Les paons sont du jet le plus noble et le plus heureux 4.

Parmi ces compositions , exécutées dans le goût

mœurs irréprochables; elle vivait au commencement du me siècle. On pourrait donc fixer la date de cette peinture.

■ Alceste, épouse d'Admète, quœ funus volait pensare mariti, Stace.

2 Catacombes de Rome, pl. LXX, LXX1II.

' Catacombes de Home, pl. LXIV.

* Catacombes de Home, pl. XV.

378 l'art CHRÉTIEN \)M\> lbs catacombes. antique, nous signalerons encore ce jeune chrétien en prière, auquel une colombe apporte le rameau de l'espérance et ce petit Jouas assis sous l'arbrisseau, dont le bras, appuyé sur le genou, soutient la téte 2. Cette tigure, découverte, en 1850, au cimetière de Saint-Prétextat , est réellement vivante. C'est un art simple et naturel, qui est de toutes les époques et qui plaît dans tous les temps.

A propos de ces compositions mixtes ou dont les sujets sont empruntés au paganisme, Séroux d'Agincourt remarque fort judicieusement que l'esprit d'imitation devait d'autant plus naturellement se manifester de cette façon que les usages civils étaient les mêmes pour les deux cultes, et que souvent un père idolâtre avait des enfants chrétiens. Dans la plupart des autres fresques, le Paganisme expirant et la Religion nouvelle se combinent plus ou moins heureusement et indiquent, aussi clairement que possible, la transition. Ainsi les sujets sont pris, il est vrai, dans l'Ancien et le Nouveau Testament ; mais la distribution des groupes, l'arrangement des accessoires, et en général tout ce qui tient au mode d'exécution, appartiennent, d'une manière plus ou moins éloignée, à l'art païen, encore florissant. Le christianisme fournit le fond, le paganisme la forme. De siècle en siècle, et à mesure que le christianisme gagne du

1 Catacombes de Rome, pl. LXV1.

3 Catacombes de Rome, pl. LXVll.

L'àM BYZANTIN. 379

terrain, cette tonne se modifie : l'art nouveau cherche un nouveau mode de représentation ; il ne se borne plus à penser, il exprime, et avec un langage <jui lui est propre.

L'image la plus fréquemment représentée dans les catacombes, à cette première époque et dans tous les temps, est celle du bon Pasteur. L'agneau, dans la symbolique chrétienne, est la créature chérie de Dieu ; l'emblème de la mansuétude céleste, la représentation du pécheur repentant. Tertullien, dans son Traité de la pudicité, nous apprend que ce sujet ornait les calices de son temps.

Les découvertes faites aux catacombes de Sainte- Agnès, sur la voie Nomentane, dont les peintures paraissent remonter aux 11e et me siècles , ne sont pas moins intéressantes", et cependant ce cimetière, comme celui de Saint-Calixte, est l'un des plus anciennement ouverts. MM. Perret et Savinien Petit ont recueilli , dans ses cryptes, plus de cinquante morceaux, au nombre desquels on remarque Adam et Eve tentés par le serpent \ Tobie et l'Ange '\ Daniel dans la fosse aux lions \ Hérode et les Mages le Paralytique gui porte son lit \ Moïse frappant le rocher 6, le bon

1 Catacombes de Home, pl. XL1.

2 Catacombes de Rome, pl. XX VI.

3 Catacombes de Home, pl. XLU.

4 Catacombes de Rome, pl. XLVI11.

5 Catacombes de Rome, pl. XX XIV,

6 Catacombes de Rome, pl. XX1L

380 L'art chrétien dans les catacombes.

Pasteur ', et une sainte Vierge el un enfant Jésus \ d'un caractère tout à fait chrétien. La plus remarquable de toutes ces peintures est celle où Jésus- Christ est représenté assis au milieu de ses disciples 3. Jl y a, dans ce morceau, du charme et de la majesté, et les airs, les mouvements de tète sont à la fois simples, nobles et délicats.

Dans ces dernières sépultures comme dans la décoration des caveaux du puits de la Platonia, on senl que le nouveau culte gagne du terrain, et que ces premiers apôtres de l'art sont à la recherche d'un nouveau mode. C'est ainsi que, dans ce tombeau de la Platonia, le médaillon oblong du Christ soutenu par des anges \ ce Christ nimbé entre deux disciples, dont l'un est d'une gaucherie si naturelle 5; ce saint personnage aux cheveux et à la barbe blanche, coiffé de la mitre 6, et cette figure de sainte portant la couronne 7, et dont la physionomie a un charme et une naïveté indéfinissables, sont tout à fait chrétiens. Dans les autres sépultures, nombre de saints, de saintes ou d'orantes ont, dans leur incorrection, un caractère étrange de grandeur et de simplicité, ca-

1 Catacombes de Rome, pl. XXV.

2 Catacombes de Rome, pl. V.

3 Catacombes de Rome, pl. XXIV.

4 Catacombes de Rome, pl. IX.

4 Catacombes de Rome, pl. VII.

6 Catacombes de Rome, pl. Xll.

' Catacombes de Rome, pl. XIII,

l'art byzantin. 381

ractère qu'une nouvelle idée a pu seule leur imprimer. On voit sourdre de tous côtés, et sur chacune des parois de ces sépultures chrétiennes , les germes puissants de ce nouvel art , que les siècles vont féconder et développer.

Jam nova progenies cœlo dimittitur alto.

Aux catacombes de Saint-Laurent et Sainte-Cyriaque, sur la voie Tiburline, M. Perret a retrouvé une curieuse image de la Vierge avec l'enfant Jésus, et plusieurs saints, un portrait de Notre-Seigneur avec deux apôtres, dont l'attitude est naturelle et majestueuse \ et peut-être les plus anciens portraits que l'on connaisse de sainte Cécile, sainte Cyriaque et sainte Catherine 2. Ces peintures datent des 111e et ive siècles.

Les catacombes de Sainte-Priscille présentent une des cryptes les plus remarquables, dite la sépulture de sainte Priscille. Les peintures qui décorent ce caveau sont certainement le spécimen le plus frappanl de l'art retrouvé dans les catacombes. Aux deux extrémités du tombeau sont figurées deux femmes debout, les mains levées, les yeux tournés vers le ciel , dans l'attitude de la prière, or ont es ; l'une d'elles représente sainte Priscille, l'autre sa compagne ; toutes les deux, mais particulièrement la sainte, portent des

1 Catacombes de Rome, pl. LIV.

2 Catacombes de Home, pl. XXXIX.

382 l'art chrétien dans ï.f.s catacombes. costumes d'une grande magnificence et d une disposition tout à fait extraordinaire M. Perret a recueilli dans les mêmes catacombes une autre magnifique figure de femme en prière , vêtue d'une robe rouge ornée d'une large draperie noire, et d'une majesté sans pareille 2. Le Moïse frappant le rocher qu'on trouve dans les mêmes salles est peut-être supérieur au Moïse des catacombes de Sainte-Agnès 3. Toutes ces figures sont traitées avec une ampleur et une puissance de jet fort remarquables. A Sainte-Praxède, à Saint-Prétextat , à Saint-Hermès , à Saint-Sixte, à Saint-ïbrason et à Saint-Saturnin, et dans un grand nombre de catacombes , les recherebes de M. Perret n'ont pas eu de moins heureux résultats. Il y a retrouvé plus de quatre-vingts sujets, la plupart relatifs aux origines du christianisme.

Les peintures sur verre n'offrent pas un moindre intérêt; ce ne sont pas des vitraux de fenêtre, ce sont des médaillons incrustés dans les parois et au fond des vases dans lesquels on recueillait le sang des martyrs ou qui servaient aux cérémonies du culte. Les sujets qui les décorent , et qui représentent presque toujours des symboles religieux ou de saints personnages, sont gravés sur des feuilles d'or appliquées sur le verre et faisant corps avec lui. Les plus re-

1 Catacombes de Rome, pl. II.

2 Catacombes de Rome, pl. XVI.

3 Catacombes de Rome, pl. VI.

l'art byzantin. 388 marquantes de ces médaillons sont ceux qui affectent l'ornementation byzantine; nous signalerons, dans le nombre, ceux qui sont figurés aux planches XXIX et XXXIII, et qui portent les numéros 72 et 114. Les inscriptions, au nombre de cinq cents et presque loutes des quatre premiers siècles du christianisme, ont été recueillies en fac-similé; les modèles de vases et de lampes sont pour la plupart inédits. Les terres cuites sont peu nombreuses, mais d'un grand prix; on distingue, dans le nombre, un grand médaillon représentant une tête de Christ barbue, d'un merveilleux caractère, finie comme un camée et qui rappelle le Jupiter Trophonius du musée des antiques.

Nous regrettons que M. Perret n'ait pas complété cette partie de son travail par la reproduction d'un plus grand nombre de sculptures et de quelques-uns des sarcophages trouvés dans ces catacombes. Nous savons que les sujets de ces sculptures sont identiquement semblables à ceux des peintures que nous venons d'examiner, et que les évolutions des deux arts sont les mêmes. Cependant, d'après ce que nous avons vu, et si nos souvenirs sont fidèles, le style des sculptures de la première époque est peut-être plus complètement antique que celui des compositions peintes. D'un autre côté, vers le me siècle, la décadence est plus brusque et le style plus barbare encore que celui des peintures de la même époque.

384 l'art chrétien dans les catacombes.

La partie de la publication de M. Perret relative à l'architecture a surtout le mérite de la nouveauté. M. Perret n'a pas voulu, avec raison, refaire ce que ses devanciers avaient restitué déjà d'une façon à peu près satisfaisante ; il s'est donc borné à dessiner un petit nombre de salles déjà connues , en choisissant de préférence celles qui présentaient un caractère particulier, et il a consacré ses autres dessins, soixantequatre sur soixante-treize, à la reproduction de salles découvertes depuis les anciennes publications. « Celle partie de l'ouvrage de M. Perret, dit M. Vitet, juge si compétent en pareille matière, quoique moins attrayante, n'est ni moins neuve ni moins intéressante en son genre que celle qui concerne la peinture. On y rencontre des chapiteaux, des bases de colonne et autres détails architectoniques qui ne peuvent manquer de causer quelque émoi chez les archéologues. D'après leur forme et leurs principaux caractères, on les croirait volontiers postérieurs à Tan 1000, tandis qu'ils doivent être du ve siècle au plus. Ces catacombes sont comme un réservoir où tous les âges, même à leur insu, sont toujours venus puiser. La parfaite exactitude de ces dessins d'architecture résulte des innombrables cotes prises par M. Perret lui-même. En sa qualité d'architecte, il devait apporter un soin particulier à cette partie de son travail , et les pièces justificatives sur lesquelles il s'appuie sont hors de contestation. »

l'art byzantin. 385

Comme spécimen de ces singularités architecturales, nous signalerons la voûte de forme ogivale de cette chapelle de Sainte-Agnès, dans la paroi de laquelle est creusé l'arcosolium décoré de l'image de la Vierge et du Christ 1 ; les chapiteaux à ornements lancéolés d'une salle du cimetière de Saint-Prétextat 2; les chapiteaux palmés d'une crypte du cimetière de Sainte-Cyriaque et l'ornement de la voûte de cette même chapelle , qui appartiennent à la fois au style ogival et au style byzantin 3; enfin les chapiteaux byzantins d'une des salles du cimetière Sainte-Apollinaire 4.

La forme architecturale, qu'une nouvelle idée devait enfanter, se retrouve donc en germe dans les catacombes. Ce germe n'apparaît pas seulement dans l'ensemble et la disposition symbolique de ces premiers monuments chrétiens, mais même dans les détails de leur architecture.

On peut, d'après l'étude qui précède, se faire une idée de l'excellence de la collection recueillie par MM. Perret et Savinien Petit, de sa nouveauté et de l'intérêt que les amis des arts devaient attacher à ce qu'elle ne restât pas ensevelie dans les cartons de ses auteurs, surtout à ce qu'elle ne fût pas perdue pour

1 Catacombes de Rome, pl. V.

2 Catacombes de Rome, pl. LXIII.

1 Catacombes de Rome, pl. XLVIII.

4 Catacombes de Rome, pl. XXXVI.

38G l'art chrétien dans lès catacombes, l'art BYZANTIN, la France. Au moment du retour de M. Perret à Paris, les temps étaient difficiles. Néanmoins, dès que le ministre de l'intérieur d'alors, M. Léon Faucher, eut connaissance de son beau travail, et qu'il eut pu apprécier l'importance et le mérite de cette collection, il sentit qu'il avait un noble devoir à remplir. Il s'agissait d'élever un monument national, et d'empêcher que M. Perret, contraint, par la nécessité, de rentrer dans des avances qui engageaient sa fortune, ne portât son ouvrage à l'étranger, qui lui faisait des offres. Le ministre n'hésita donc pas à demander à l'assemblée le crédit nécessaire pour l'exécution de cette publication (180,814 fr.). Ce crédit fut accordé, et l'ouvrage de M. Perret a pu être publié en France et par l'État», c'est-à-dire d'une manière digne de son importance et digne du pays.

l'art byzantin. 387

l'art byzantin.

PRINCIPE DE l/ART. ^ARCHITECTURE.

Les peintures des catacombes, comme les monuments architectoniques qui les décorent, réunissent les origines de l'art chrétien proprement dit et de l'art byzantin. On démêle, dans la tournure énergique et massive des personnages figurés dans certaines de ces peintures, dans le galbe arrondi de leur crâne, dans leurs yeux ronds, fixes et démesurément ouverts, dans la sévérité de leur attitude, la richesse outrée de leurs ajustements, quelque chose du caractère des mosaïques qui décoreront, plus tard, les églises byzantines. Telles sont, au cimetière de Sainte- Agnès, cette Vierge aux bras étendus, sur la poitrine de laquelle s'appuie un petit Christ à la tête ronde et puissante 1 ; au cimetière de Sainte-Priscille, cette

1 Catacombes de Borne, pl. V.

388 l'art

image de sainte Pudentienne et de ses deux compagnes 1 ; à Sainte-Cyriaque, une image de la Vierge2; à Saint-Calixte, un portrait de Notre-Seigneur 3. Mais c'est principalement dans la catacombe de Saint-Pontien que les monuments de ce style paraissent abonder. L'un des plus frappants est la croix byzantine figurée dans la planclie LII ; le Christ nimbé de rouge de la planche LIV; les deux saints, aux grands yeux un peu hagards, qui sont placés aux deux côtés d'une croix byzantine de la planche LIX; les trois saints de la planche LYIII ; le Christ couronnant les élus de la planche LVI , etc. Ce même caractère se manifeste peut-être avec encore plus de fréquence et d'énergie dans les nombreux médaillons en verre, avec images et inscriptions en or, qui datent de la même époque. Ces monuments, et bien d'autres qu'il serait trop long de signaler ici , furent connus par les artistes qui décorèrent les premières églises de la ville de Constantin, et quelques-unes de ces images furent adoptées par eux comme autant de types consacrés.

Nous l'avons déjà dit, le principe de l'art européen moderne se trouve dans l'art romain ; la transition s'est faite par l'art byzantin. Cet art, quant à l'architecture, à la statuaire, à la peinture et à la numismatique, est l'exagération de l'art romain. Il y a abus

1 Catacombes de Rome, pl. XIII.

2 Catacombes de Rome, pl. XXXVIII.

' Catacombes de Rome, pl. XXVIII.

de force et de richesse. D'un autre côté, ce mode est la tradition persistante de l'art de la Grèce antique; cette tradition se continue jusque dans ces époques néfastes où le flambeau des arts semblait éteint partout ailleurs, du ixe au xie siècle. Les procédés de l'art antique avaient été conservés; on les appliquait plus ou moins heureusement à de nouveaux types ; mais, dans ce recoin de la Grèce et après tant de siècles, les grands modèles encore existants servaient de muet enseignement et de points de comparaison. Il y a tout lieu de croire, en effet, qu'aux xie et xne siècles un certain nombre des chefs-d'œuvre de la statuaire antique, célébrés, par Ghristoclore , au vie siècle, et, dans le nombre et à leur tète, le Jupiter Olympien de Phidias et la Junon de Samos de Lysippe, se trouvaient encore à Constantinople et avaient échappé à tant de désastres dont cette ville avait été le théâtre; les récits de Nicétas-Cboniate et de Cédrénus, témoins de la destruction de ces monuments vénérables par les croisés de Baudouin, en 1204, ne nous laissent là-dessus aucun doute. Les images nouvelles exécutées à Constantinople purent donc se rapprocher beaucoup plus de ces chefs-d'œuvre des beaux temps de l'art que dans tout le reste de l'Europe, et l'idéal des Grecs anima les types réels et consacrés du nouveau culte, et leur imprima quelque chose de la majesté olympienne des vieux simulacres.

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(le caractère énergique et presque terrible apparaît surtout dans ces figures du Christ qui décorent les absides des églises byzantines. Dans le nouveau système de peinture, qui prévalut à cette époque, la richesse des matières tient lieu de l'excellence de l'exécution. La peinture se transforme en mosaïques d'Un ton plus puissant et plus entier. Partout l'or est prodigué. Il sert invariablement de fond à chaque composition, et, comme on ne croit pouvoir donner au ciel trop d'éclat , l'or prend la place du bleu et recouvre l'hémicycle des absides, simulant, par sa splendeur, la splendeur céleste. Ce nouvel art grec maintient la franchise et la vivacité de coloris des anciens maîtres grecs qui paraissent n'avoir admis que des tons francs et non rompus. Les couleurs, solidifiées en cubes et empruntées aux matières minérales les plus précieuses, ont un brillant et un relief singuliers. Le calme et la pâleur latine de la plupart des peintures des catacombes, dont on n'imite que quelques types consacrés, ont complètement disparu et font place à cette vigueur et à cette richesse orientales qui caractérisent l'art byzantin.

Quant à la disposition des groupes, à l'agencement des personnages, à leur stature et à leur aspect, les artistes byzantins paraissent s'être surtout modelés sur la disposition du champ que leurs peintures devaient orner. Leur style participe essentiellement de celui de l'architecture; les formes énergiques et ra-

HYZANTIN. 391

massées, les contours pleins et arrondis dominent dans leurs œuvres, empreintes d'une sorte d'incorrecte et sauvage majesté.

La transition du style rectiligne et angulaire des monuments de la Grèce antique au style curviligne des édifices byzantins s'est faite par les Romains. La voûte est le fondement de leur architecture, et la coupole du Panthéon est le principe des coupoles byzantines et des innombrables dômes orientaux. Peut-être pourrait-on retrouver cette origine plus loin encore, et la faire remonter aux constructions étrusques des tombeaux de Porsenna et des Horaces et des Curiaces. La pyramide tronquée de ces monuments affectait, en effet, la forme d'une coupole, et leur disposition, la plus grande pyramide au centre et les quatre pyramidions aux quatre angles, était analogue à celle des premières églises byzantines.

La différence essentielle que les architectes de Cohstantinople apportèrent dans la construction de ces édifices à coupoles réside dans le point d'appui donné au dôme principal. Ce point d'appui, chez les Romains, était une muraille de forme cylindrique, décorée de pilastres. Les architectes orientaux trouvèrent plus extraordinaire de faire porter la coupole centrale de leurs édifices en partie sur le vide, c'està-dire sur quatre immenses arcades, dont les retombées formaient quatre piliers, soutenant le dôme principal. Ces quatre arcades et les demi-coupoles qui les

:)92 l'art

couronnaient correspondaient aux quatre bras de la croix grecque, base hiéroglyphique du temple byzantin. En avant de l'édifice ou sanctuaire était placé une enceinte ou atrium, emprunt fait au temple grec. Au centre de l'atrium s'élevait le baptistère, composé souvent d'une simple vasque. En arrière de l'atrium et à la base de la branche inférieure de la croix s'ouvrait le narthex analogue du porche de nos édifices gothiques. La nef correspondait aux bras inférieurs et supérieurs de la croix , les bas côtés à ses bras latéraux ; le dôme principal recouvrait le point de réunion des quatre bras.

On a dit avec beaucoup de justesse que toutes les surfaces rectilignes, carrées et angulaires du temple antique grec s'étaient, dans l'église chrétienne byzantine, transformées en surfaces circulaires curvilignes, concaves à l'intérieur, convexes au dehors. Il semble que, obéissant aux lois d'un mystérieux symbolisme, ces architectes du nouveau temple se soient surtout attachés à rendre l'évolution matérielle aussi complète que pouvait l'être l'évolution morale.

L'intérieur du temple byzantin ne comportait aucune partie nue ; tout était orné de marbres précieux, de peintures, de mosaïques, d'or appliqué ou ciselé. Dans les temples les plus riches, les mosaïques et l'or avaient seuls droit d'apparaître. C'est la magnificence du temple de Salomon appropriée à un autre art et à d'autres formes. Ces formes, du reste, ne

sont pas sans analogie, quant à l'ornementation de la eolonne et à la décoration de son chapiteau, avec celles du temple juif. Peut-être ce luxe d'ornementation et cette extrême richesse ne nous étonnent-ils que parce que plusieurs spécimens de cet art, plus ou moins complètement préservés, sont venus jusqu'à nous. Cette magnificence n'était pas étrangère, en effet, aux édifices romains et même grecs, et le beau travail publié par M. Hittorf, sur l'architecture polychrome des anciens, ne laisse aucun doute sur la riche ornementation intérieure et extérieure de ces édifices, dont nous ne retrouvons plus aujourd'hui que le squelette nu et incomplet.

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