‹ Etudes sur les beaux artsChapitre 3 sur 18 · L ART ASSYRIEN · texte numérisé non relu

L ART ASSYRIEN

Chaque grand peuple qui paraît sur la terre a des arts, une langue, des monuments qui lui sont propres. On a représenté les bords du Tigre et de l'Euphrate comme le point central d'où, lors de la confusion de Babel, toutes les langues sont parties; on veut aussi que le berceau des arts ait été placé là, et qu'à l'instar des langues ils aient rayonné dans toutes les régions environnantes et se soient successivement répandus dans toutes les contrées du monde. Ce système satisfait plus complètement l'imagination que la raison. Pour les arts comme pour les langues, nous croyons plutôt à la simultanéité qu'à la communauté des origines. Si les hommes ont su inventer cinq fois, dans cinq pays différents, l'écriture \ ce moyen de fixer et

' Ces cinq écritures primitives paraissent être la chinoise, l'indienne, l'égyptienne, la sémitique, la mexicaine. Les Grecs avaient attribué à Palamède l'invention de l'écriture.

C'est de lui que nous vient cet art ingénieux Dont le muet langage est entendu des yeux, Cet art qui fait parler une écorce insensible, Qui colore le son et rend la voix visible. Mais, comme Dibutade, le mythe de Palamède a fait son temps. I. 5

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de conserver avec des signes particuliers la pensée et la parole, moyen admirable, mais singulièrement abstrait, à plus forte raison ont-ils dû imaginer, à plus d'une reprise et dans plus d'un pays, le procédé qui consiste à faire connaître l'objet par la reproduction, soit en relief, soit peinte, de l'objet lui-même.

L'art, après tout, n'est qu'un mode de plus d'expression qui a été donné à l'homme; une langue d'une richesse et d'une fécondité merveilleuses. Cette langue peut avoir, avec d'autres, des racines communes, sémitiques ou japhé tiques; elle n'est pas moins tranchée ni moins une et complète chez chaque grand peuple; elle n'est pas moins sortie année de toutes pièces du cerveau de chacun d'eux.

Les Égyptiens, les Perses, les Grecs et les Romains, tous les peuples qui ont joué un certain rôle sur la scène du monde ancien, nous avaient laissé des traces de leur existence, des monuments de leur civilisation. Jusqu'à nos jours, les Assyriens seuls nous étaient restés à peu près inconnus. Les livres saints et les historiens profanes avaient conservé le souvenir de cette nation assyrienne, issue, en quelque sorte, des patriarches, qui, plus de deux mille ans avant J. C, avait fondé, sur les rives du Tigre et de l'Euphrate, l'un des plus puissants empires de la terre; mais, quelle queût été autrefois son importance, tout ce qui avait appartenu à cette monarchie contemporaine des premiers Ages du monde, qui avait pour siège ces

vastes plaines de la Mésopotamie, berceau peut-être du genre humain, et pour capitales Babylone et Ninive, tout ce qui pouvait rappeler son passé et amener la restauration de son histoire, restait comme enveloppé d'une impénétrable obscurité. Un petit nombre de faits et les noms de quelques-uns de ses monarques avaient seuls échappé à l'oubli.

On savait que ces fastueux souverains avaient fondé des villes, construit des palais, à la décoration desquels les arts avaient concouru : rien , toutefois, ne restait de ce passé, aucun monument n'avait échappé à la ruine sans exemple de ces vastes cités. L'homme qui eût cherché à reconstituer les éléments de ces arts qui avaient fleuri pendant des siècles à Ninive et à Babylone, en un mot à restituer un art assyrien, eût passé pour un ingénieux faiseur de paradoxes archéologiques; et cependant cet art, essentiellement distinct de l'art égyptien, dont il était le contemporain, et de l'art grec, qu'il avait devancé, tranchant aussi de la façon la plus marquée avec les immuables et bizarres monuments que nous ont transmis à travers les siècles l'Inde , le Thibet et la Chine , — cet art avait longtemps existé, marquant d'une empreinte particulière et d'un style qui lui était propre les productions sans nombre de ces artistes dont les noms ne nous sont pas même connus.

Pour tout ce qui touche aux arts, à la civilisation, à l'architecture même de cette nation fameuse, la

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ruine a été pendant longtemps regardée comme complète ; Babylone ne présente qu'un prodigieux amas de briques et de décombres en quelque sorte pulvérisés, que depuis deux mille ans les extracteurs de briques ou sakkhârah exploitent comme une sorte de carrière, et il faut fouiller à une profondeur de plus de 60 pieds pour y rencontrer, non pas un monument encore debout, mais quelques briques restées intactes. Ninive, de son côté, recouverte par les débris argileux de ses édifices transformés en sol végétal , est cachée sous la plaine ou sous les collines que couvraient autrefois ses palais. On ne pouvait donc, il y a quelques années, que se livrer à de vagues conjectures sur ce qui avait pu exister autrefois. Tout ce passé d'un grand peuple était mort, ses arts comme son histoire , sa langue et ses monuments ; l'oubli semblait avoir tout dévoré.

Aujourd'hui cependant tout a changé de face , et depuis l'instant où fut retrouvée la première dalle de marbre chargée d'un bas-relief assyrien, chaque jour ajoute une découverte nouvelle aux découvertes déjà faites. L'art et la civilisation d'un grand peuple reparaissent avec les monuments que d'infatigables explorateurs mettent en lumière. L'histoire renaît avec ces innombrables inscriptions , dont le texte n'est plus aujourd'hui une langue morte. Non-seulement on a pénétré dans les salles de ces palais, cachés pendant des siècles sous l'argile accumulée, et on a re-

cueilli les bas-reliefs et les sculptures qui les décoraient, mais on a retrouve les terrasses , les colonnades , les aqueducs , toutes les dépendances de ces édifices, jusqu'aux celliers des rois; et les portes des villes, cintrées comme les arcs triomphaux des Romains , se dressent dans toute leur majesté , comme au jour où le prophète Jonas les franchissait en annonçant leur ruine prochaine.

M. Botta , le premier, a déchiré le voile dont s'enveloppaient ces vieilles et mystérieuses nations ; il nous a révélé d'un même coup une histoire, un art et une civilisation. Grâce à lui , Ninive s'est comme relevée du milieu des ruines où elle dormait depuis tant de siècles ; les palais de ses rois ont été retrouvés et fouillés, et bientôt l'Assyrie nous sera connue comme la vieille Egypte. Ses monarques superbes , premiers dominateurs de ces contrées du centre de l'Orient que baignent le Tigre et l'Euphrate , ont reparu devant nous, terribles dans la guerre, fastueux dans la paix, traînant les nations à leur suite ou les brisant sous leurs chars. Ces nations elles-mêmes sont sorties de la poussière où elles reposaient depuis trente siècles. Voilà ces somptueux Assyriens, amoureux des plaisirs, plus amoureux encore de leurs personnes, qui devaient consacrer la moitié d'un jour à étager symétriquement leur barbe ou à boucler leur chevelure. Leurs riches vêtements, leurs costumes si variés, leurs armes d'un travail si curieux, leurs meu-

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bles, leurs ustensiles, leurs bijoux, sont là sous nos yeux. Nous connaissons leurs usages, leurs mœurs; leurs arts surtout nous sont révélés. La rare perfection qu'ils savaient donner à leurs sculptures est un sujet cTétonnement pour nos artistes, et ces bas-reliefs, ces colosses de pierre, simples ornements d'un palais, nous font comprendre la colère des prophètes contre ces simulacres d'or et d'argent d'un si merveilleux travail , que leur vue seule corrompait le peuple de Dieu et le poussait à l'idolâtrie S

On conçoit l'émotion que cette résurrection d'un empire et d'un peuple a causée dans le monde savant. Depuis lors, une partie des monuments découverts par M. Botta ont été transportés en France et ont formé un nouveau musée. Le palais qu'il avait exploré a été décrit avec soin et représenté en détail dans un magnifique ouvrage ; on peut donc juger, en parfaite connaissance de cause, de l'importance de la découverte, de la rareté et de la valeur des monuments recueillis. Sur les bords du Tigre comme en Egypte, la France avait donné l'impulsion et fait les premières découvertes. Pourquoi faut-il que la révolution de février soit venue interrompre une entreprise si heureusement commencée ? Au moment où cette révolution éclata, les sommes allouées par l'État étaient en partie épuisées, et des besoins autrement urgents ne

' Baruch, VI,, 81. La Bible fait connaître le nom tin dieu des Nioivites; il s'appelait Nesroeh.

permettaient plus à l'explorateur <ie compter sur des ressources de cette nature. Par une coïncidence fatale, vers la même époque, le consul de Bassorah fut rappelé, et le consulat de Mossul fut supprimé. Les recherches cessèrent donc absolument, et, jusqu'aux objets découverts à Rhorsabad et qu'on n'avait pu encore enlever, tout fut abandonné. L'Angleterre , comme d'habitude, profita de cette fâcheuse situation. Tandis que M. Botta se trouvait dans l'impossibilité de reprendre et de poursuivre ses investigations, elle dépêcha sur le sol de l'ancienne Assyrie de savants et courageux explorateurs qui fouillèrent avec ardeur le filon que l'archéologue français avait ouvert, et (jui recueillirent une quantité de ces petits bas-reliefs de 1 mètre de hauteur, dessinés par M. Flandin, les plus curieux peut-être pour l'histoire de la civilisation assyrienne, et que, dans l'impossibilité de tout emporter d'une seule fois , on avait laissés dans les tranchées du monticule de Rhorsabad ; puis ils s'attaquèrent aux plus considérables de ces monticules, qui paraissent recéler chacun le palais d'un roi , et Royoundjek , Rhorsabad et Nimroud furent simultanément explorés. A Nimroud, où l'un de nos compatriotes, M. Lottin de Laval, avait, le premier, signalé la présence d'antiquités curieuses, M. Layard rencontra un monument de date plus ancienne que le palais découvert par M. Botta, et y recueillit de nombreux et précieux spécimens de l'art assyrien d'une

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époque antérieure à celle des sculptures de Khorsabad . Cette différence ne se manifeste, toutefois, que dans les détails ; à Nimroud comme à Kborsabad, la disposition du palais paraît la même, et la décoration sculpturale se compose également de colosses et de bas-reliefs alternant avec des inscriptions. Les colosses de Nimroud, déposés au musée britannique depuis plusieurs années , sont de moindre dimension que les colosses du musée du Louvre. En revanche, tandis que les deux colosses du Louvre représentent chacun un taureau ailé , à figure humaine , ceux du musée britannique représentent , l'un un taureau , Fautre un lion ailé, également à figures humaines. A Nimroud comme à Khorsabad , toutes ces figures se ressemblent, et paraissent être les portraits du prince régnant. Seulement la coiffure et les détails de l'ajustement ne sont pas les mêmes.

L'intérêt qui s'attache à ces découvertes est d'autant plus vif, qu'aujourd'hui les textes nombreux qui accompagnent les sculptures assyriennes ne sont plus indéchiffrables, et que d'ingénieux et patients érudits ont su rendre la vie à ces lettres mortes.

Déjà, dès Tannée \ 850, M. de Sauley, à l'aide de nombreuses et savantes comparaisons entre les neuf textes des inscriptions de seuils des portes du palais de Khorsabad recueillies par M. Botta, était arrivé à déchiffrer les quatre-vingt-cinq premières lignes de ces inscriptions, qui en contiennent cent cinquante.

Il avait reconnu que ces inscriptions étaient relatives à Sardon , l'Asarhaddon de l'Écriture sainte , qui a régné de 709 à 680, et qu'elles avaient trait à ses conquêtes, au nombre desquelles figuraient Jérusalem et Samarie, Jrschalemet Schamrin. Or l'histoire nous apprend que le roi d'Assyrie, Asarhaddon, a réellement conquis ces deux villes. L'inscription mentionnait ensuite soixante-seize victoires du roi Sardon, la défaite des Iaounin (les Ioniens) , des Égyptiens, des Mèdes et des Kurdes, et la prise d'un grand nombre de villes.

M. Layard, vers le même temps, avait, au moyen des inscriptions du Royoundjek et de Nimroud, fait un certain nombre de découvertes historiques fort intéressantes. Il avait pu ajouter quelques noms à la liste des rois assyriens, qui bientôt sera aussi complète que la liste des rois d'Égypte, de Manethon.

Enfin le colonel Rawlinson avait, de son côté , et au moyen des inscriptions trouvées dans les divers palais de Rhorsabad, Royoundjek et de Ninioua (Ninive), restitué toute une période de la seconde dynastie assyrienne, comprenant les règnes des quatre souverains qui se sont succédé de l'an 740 à l'an 600 avant J. C. \ Le plus ancien en date de ces rois, qui ne serait arrivé au trône qu'après un interrègne dont M. Rawlinson n'a pu déterminer la durée , est celui

' Le palais de Nimroud, qui renferme, comme nous venons de le

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qui avait bâti et qui habitait le palais de Khorsabad, découvert par M. Botta; son nom serait Sargina, Sarghun 1 ou Sargon, le Salmanazar de la Bible. L'épithète de Shalmenezer, qui lui est attribuée dans plusieurs des inscriptions copiées par M. Botta, ne laisserait aucun doute à ce sujet. La planche 70 des inscriptions de Khorsabad, reproduites dans l'ouvrage sur Ninive, retracerait la conquête de Samarie par ce prince dans la première année de son règne , et la conduite en captivité des vingt-sept mille deux cent quatre-vingts familles juives, qu'il remplaça par des colons de Babylone , une de ses autres conquêtes 2. D'autres bas-reliefs auraient trait à la soumission de l'Égypte et des provinces limitrophes , et à l'appui que, selon Ménandre, Salmanazar aurait accordé aux Citiens contre Sidon. Une statue de ce prince, avec une inscription trouvée à Chypre par M. Rawlinson, ne laisserait aucun doute à ce sujet. Les bas-reliefs du palais de Khorsabad comprendraient quinze années du règne de Sargon. M. Rawlinson pense que ce monument était achevé lors de la seconde con-

voir, les sculptures les plus précieuses , aurait appartenu à un prince de la dynastie antérieure, Sardanapale Ier.

' Le palais de Khorsabad s'appela Sarghun jusqu'à la conquête arabe. La ville de Sar'oûn, du district de Ninioua, dont Yacouti fait mention dans son dictionnaire géographique, dit Mou'djem-el-Bouldan, et qu'il représente comme ruinée et cachant sous ses décombres d'anciens trésors, n'est autre, sans doute, que le palais de Sarghun.

1 Les fiois, XVIII, 10-11.

quête de la Judée et de la captivité de Babylone , dans la sixième année du règne d'Ézéchias. On ne trouve, en effet, aucun bas-relief et aucune inscription qui rappellent ces événements ; ceux qui ont trait à la guerre de Judée décorent un autre palais , et se rapportent à l'invasion de Sennachérib pendant la quatorzième année du règne d'Ézécbias.

Sargon avait bâti le palais de Rhorsabad , Sennachérib a bâti celui de Koyoundjek, dont la découverte est toute récente \ et que M. Layard vient d'exhumer. Là comme à Rhorsabad , àNiniveetàNimroud, on a trouvé de nombreuses salles décorées de bas-reliefs et de colosses figurant des taureaux et des lions ailés à têtes humaines, représentation symbolique du monarque qui réunissait la force et la majesté. Sennachérib fit, à l'exemple de Sargon, son père, la guerre aux Babyloniens, aux Juifs et aux habitants de Sidon. La Bible rapporte la destruction miraculeuse de son armée par l'ange du Seigneur, qui tua dans une nuit cent quatre-vingt-cinq mille hommes, — sa fuite hâtée par cet esprit de crainte et de frayeur que lui envoya le Seigneur, et son assassinat dans le temple de son dieu Nesroch , par ses fils Adramélech et Sarasor 2. Selon M. Bawlinson, l'inscription recueillie

1 M. Botta avait commencé par fouiller le Koyoundjek, et n'avait rencontré que des fragments insignifiants. M. Layard , plus persistant , a été plus heureux.

* Les Rois, XX,

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par M.Layard sur l'un des taureaux qui décorent l'entrée principale du palais de Koyoundjek comprendrait l'histoire de la troisième année du règne de ce prince, c'est-à-dire la conquête de Sidon et la guerre contre les villes de Syrie, pendant laquelle eut lieu le soulèvement de la Palestine contre le roi Padiya et les officiers assyriens chargés du gouvernement de la province conquise. Padiya dut se réfugier à Jérusalem , auprès d'Ézéchias , tributaire de Sennachérib. Les rebel les invoquèrent l'assistance des rois d'Égypte. Une nombreuse armée, commandée par le roi de Pelusium, marcha à leur secours. Sennachérib la défit complètement dans les environs d'une ville qui se nommerait Allaku , peut-être Asatus , près d'Escalon !. Padiya sortit alors de Jérusalem et fut réinstallé dans son gouvernement. Peu après cette époque, des différends étant survenus entre Sennachérib et Èzéchias, son vassal, au sujet du tribut, Sennachérib ravagea toute la Judée et menaça Jérusalem. Ézéchias fit sa soumission et abandonna au monarque, comme

■ Justifiant ces paroles que la Bible met daus la bouche de son lieutenant Rabsacès : « Est-ce que vous espérez dans l'Egypte, ce roseau brisé? Si un homme veut s'y appuyer, ses morceaux lui entreront dans la main et la perceront. Tel est maintenant Pharaon pour tous ceux qui se confient eu lui. » (Les Rois, XIX, 22.) Sargon aurait fait, comme Sennachérib, la guerre aux Égyptiens et aux Éthiopiens. Un bas-relief de Khorsabad, représentant deux cavaliers terrassant des guerriers aux cheveux crépus, au nez épaté et sans barbe, en un mot des nègres parfaitement caractérisés , ne laisse aucun doute à ce sujet. ( Monuments de Ninive, t. 11, pl. 88.)

rançon, 30 talents d'or, 300 talents d'argent, les ornements du temple, les esclaves, les jeunes gens, les jeunes filles et les serviteurs mâles et femelles. A la suite de cette guerre heureuse, Sennachérib retourna en Assyrie. C'est à cette campagne qu'il est fait allusion dans l'Écriture l, et peut-être dans Hérodote \ La concordance entre les historiens sacrés et profanes et la chronique de Sennachérib déchiffrée par M. Rawîinson existerait jusque dans le nombre de talents d'or et d'argent payés en tribut par Ézéchias.

Le successeur de Sennachérib fut Asar ou Ésar- Haddon, son fils, sous lequel aurait eu lieu une nouvelle transportation des Hébreux à Babylone. Les annales de son règne sont inscrites sur un cylindre du musée britannique. Nous ne savons trop si les découvertes de M. Rawlinson concordent d'une manière très-exacte avec celles de M. de Saulcy; nous ferons remarquer, toutefois, que c'est à cet Ësar-Haddon que se rapportent les inscriptions déchiffrées par ce dernier. Le monticule de Ninive proprement dit, probablement le Ninioua de M. Botta, était occupé par le palais du fils d'Ésar-Haddon , grand guerrier qui soumit la Babylonie et étendit ses conquêtes jusque dans la Susiane et l'Arménie. Comme il n'a jamais guerroyé du côté de l'occident , la Bible ne fait pas mention de ce prince. C'est sous le règne de son fils,

' Les Rois, XIX, 13-14-15-10.

a Livre II, chap. 141.

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nommé Saracus ou Sardanapale par les Grecs, que Ninive fut détruite.

Ces découvertes de M. Rawlinson sont d'un grand intérêt pour l'histoire de l'art. M. Rawlinson prétend avoir déjà retrouvé les Samaritains parmi les captifs figurés sur les bas-reliefs de Rhorsabad , et il croit pouvoir reconnaître dans ces mêmes bas-reliefs, nonseulement la ville de Samarie, mais Jérusalem, son temple, son roi Ezéchias, et les jeunes captives livrées à Sennachérib , figurées par le ciseau d'artistes contemporains. Ce sont là des résultats bien positifs, mais qui, toutefois, nous paraissent concorder encore avec le texte de M. de Saulcy. Si quelques doutes pouvaient être élevés sur le système d'interprétation des monuments adopté par nos savants orientalistes, il ne pourrait en exister aucun sur l'ardeur et la persistance qu'ils mettent à les retrouver. Depuis la découverte de M. Botta, les Anglais n'ont pas cessé, en effet, d'explorer et de fouiller toutes les localités de l'Asie centrale qui pouvaient renfermer des antiquités. M. Rawlinson, consul général à Bagdad, et MM. Loftus et Layard sont déjà célèbres par leurs découvertes; ce dernier surtout a enrichi le musée britannique d'envois successifs de la plus haute importance.

Cette suite dans les recherches explique comment les collections assyriennes du musée britannique , commencées longtemps après celles du musée du

Louvre, ont acquis, en un petit nombre d'années , une tout autre importance. Aujourd'hui, il n'est que trop vrai, le musée britannique possède des spécimens de Fart assyrien, sinon plus précieux, du moins infiniment plus nombreux que le musée du Louvre, et ces monuments appartiennent à des époques différentes. Chaque jour, grâce à la persévérante activité des courageux explorateurs que nous venons de voir à l'œuvre, cette collection s'accroît dans de rapides proportions et tend à se compléter. Outre les bas-reliefs, les colosses et les sculptures de tout genre, si précieux pour l'histoire de l'art et la connaissance des religions, elle s'est enrichie d'une foule d'objets d'un ordre secondaire, armes, armures, vases, ustensiles, coffrets d'ivoire, bijoux, sceaux, cylindres, contrats imprimés en lettres cunéiformes. Ces objets, la plupart de petite dimension, n'en offrent pas, pour ecla, moins d'intérêt, et apportent de véritables lumières sur l'état social et la civilisation des habitants des grandes villes du Tigre et de l'Euphrate; ils nous initient à leurs mœurs , à leurs usages , et nous permettent de refaire , autrement qu'à l'aide d'hypothèses et de conjectures, le tableau de leur intérieur et de leur vie privée.

La France, qui avait donné la première impulsion, ne pouvait laisser le champ libre aux missionnaires anglais, et l'on se rappelle que, vers la fin de 1851, M. Place, nommé consul de France à Mossoul, avait

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été chargé de reprendre les fouilles commencées par M. Botta sur le monticule de Khorsabad.

Pour se conformer aux instructions que le gouvernement français et l'Académie des inscriptions et belleslettres lui avaient données, M. Place devait, tout en fouillant Khorsabad, se livrer à l'exploration des nombreux monticules artificiels qui s'élèvent aux alentours de Mossoul, dans cette vaste plaine formant, aux environs de la ville, sur la rive gauche du Tigre, une sorte de demi- cercle dont ce fleuve serait la corde. Avant tout, il fallait se livrer à une étude sérieuse des travaux entrepris, par les Anglais, à Nimroud et au Koyoundjek. Les fouilles du dernier de ces monticules, commencées autrefois, sans résultat, par M. Botta, avaient été reprises depuis, par les Anglais, avec un singulier succès; il fallait s'inspirer de cet exemple. A la vue de ces travaux vraiment gigantesques, de ces profondes tranchées pénétrant au centre même du monticule de Koyoundjek, et qui, après plus d'une année de travail , ont enfin amené l'exhumation d'un palais aussi merveilleux peut-être que celui de Khorsabad, le consul de France comprit que la suite et la persistance étaient la première vertu de l'explorateur. Il se promit d'imiter en cela l'exemple que lui donnaient ces agents rivaux, et de ne se laisser rebuter par aucune tentative, quelque infructueuse qu'elle parût au premier abord. On verra combien cette louable ténacité lui a été profitable. M. de

Longueville, qui avait géré le consulat de Mossoul pendant les deux années précédentes, et le père Marehi , supérieur des dominicains, qui avait assisté aux travaux de M. Botta, purent, de leur côté, bien renseigner notre agent. Dès son arrivée à Mossoul , le nouveau consul s'était mis, d'ailleurs, en rapport avec M. le colonel Rawlinson, consul général d'Angleterre à Bagdad, si connu par ses découvertes et ses travaux sur les écritures cunéiformes. Tous deux, reconnaissant que le résultat de leurs travaux communs devait, en définitive, profiter à la science, étaient loyalement convenus d'écarter toute idée de fâcheuse concurrence, toute étroite et stérile rivalité, et de s'entr'aider réciproquement dans leurs recherches. Depuis, ces bonnes relations, cet échange de communications intéressantes se sont continués sans interruption.

La plupart des découvertes faites jusqu'à ce jour, en Assyrie, par M. Botta et les missions anglaises, l'ont été dans des conditions analogues. Comme le font encore, de nos jours, les princes orientaux, les chefs de cette grande nation, qui habitait les vastes plaines arrosées par le Tigre et l'Euphrate, se construisaient, chacun après son avènement au trône, un palais où ils résidaient de préférence. L'emplacement choisi était une éminence naturelle ou un simple rentlementde la plaine voisin d'un ruisseau. Sur cette base s'étageaient de vastes constructions, de spacieuses terrasses en bri- I. 6

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ques crues noyées (huis un lit de bitume alternant avec des couches de sable. Le palais décorait le faîte de ces collines artificielles. Il n'est donc pas surprenant qu'on rencontre aujourd'hui, dans la plupart des monticules qui s'élèvent aux environs de Mossoul, les ruines d'édifices analogues, caractérisées, néanmoins, par certaines différences que nous signalerons plus tard. Ces palais, bâtis à grands frais, occupaient un emplacement considérable, comme nous le prouvent les fouilles de Khorsabad, du Koyoundjek et de Nimroud. L'argile formait, avec les briques cuites ou crues, le premier étage de ces constructions, dont la brique crue, ou même tout simplement l'argile battue, composaient les étages supérieurs. Des marbres, gypseux la plupart, étaient employés pour le revêtement des murs des salles de plainpied. Ces revêtements étaient d'une magnificence singulière. Des bas -reliefs avec inscriptions, rehaussés des couleurs les plus vives, les décoraient en partie, et près des portes se dressaient des sculptures colossales représentant des taureaux ou des lions ailés à tête humaine, emblèmes de la force et personnification du souverain. Ces travaux, si nous en jugeons par ce qui en subsiste encore aujourd'hui, devaient occuper une nombreuse école de sculpteurs dont le talent ne peut être contesté. Quel magnifique spectacle devaient présenter, dans ces temps reculés et à l'époque où florissait cette surprenante civilisation

assyrienne, ces rives du Tigre et de l'Euphrate, aujourd'hui solitaires et désertes, où, de distance en distance, apparaissaient, sur les hauts lieux, ces vastes palais si richement décorés et leurs fastueuses dépendances !

La découverte de M. Botta avait été comme la première révélation de cet art et de cette civilisation. Les dernières fouilles dirigées par le nouveau consul de France à Mossoul ont étendu l'horizon, surtout au point de vue architectural. Ce n'est plus aujourd'hui sur quelques monuments isolés du génie assyrien que l'attention peut se porter; c'est une ville entière dont le plan se découvre, c'est tout un système d'architecture qui se révèle, appliqué aux destinations les plus variées, aux travaux de défense militairé comme à l'ornementation des palais et à l'embellissement de la cité. Les fouilles de Rhorsabad, celles des monticules de l'enceinte de Ninive, celles, enfin, des environs de la ville assyrienne, marquent trois groupes de travaux distincts qui doivent nous occuper tour à tour.

L'ensembledu monticulede Rhorsabad, où M. Botta a fait ses belles découvertes, présente un développement rectangulaire d'une grande étendue. Un renflement fort régulier du terrain indique l'emplacement des murailles qui formaient l'enceinte de la ville antique. Ces murailles, dessinant un carré presque parfait, ont un développement de près de 2 kilo-

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