‹ Etudes sur les beaux artsChapitre 4 sur 18 · I. A HT · texte numérisé non relu

I. A HT

mètres sur chaque face. De distance en distance, de petits tertres coniques, qui, à l'exception d'un seul, se dressent sur l'alignement de la muraille, indiquent remplacement des tours ou plutôt des portes fortifiées, comme de récentes découvertes viennent de le prouver. M. Botta, occupé par le déblayement du palais qu'il avait retrouvé, et voulant tirer sur-lechamp tout le parti possible de cette première découverte, n'avait opéré sur ces divers points de l'enceinte qu'une sorte de reconnaissance fort superficielle, mais qui , néanmoins, lui avait permis de constater l'existence de l'ancienne muraille. M. Place, tout en continuant l'exploration des parties du palais que M. Botta n'avait pas fouillées, a jugé convenable de s'attaquer aux principaux de ces monticules coniques de l'enceinte, et il est arrivé aux plus curieux résultats.

Les premières fouilles amenèrent la découverte de petits objets en marbre, agate, cornaline, et autres matières dures, travaillées et polies comme elles auraient pu l'être par nos joailliers modernes. A ces pierres dures étaient mêlés de petits disques et autres objets en ivoire, que le moindre contact faisait tomber en poussière, et dont un seul a pu être conservé. Tous ces objets étaient disséminés sur une légère couche de sable placée entre deux massifs de briques crues, sur un espace de moins de 12 mètres carrés. Comme la couche de sable dans laquelle ils se sont

- rencontrés occupe une surface de plus de 500 mètres, on peut espérer, en exploitant cette sorte de veine, découvrir de vrais trésors d'objets de même genre; ce serait là une rencontre d'autant plus précieuse, qu'il n'existe rien de semblable dans nos collections assyriennes de Paris. Ces matières dures, taillées la plupart en forme de graines d'églantier et percées d'un petit trou dans leur longueur, paraissent avoir formé des colliers. M. Place ne fait pas mention de découvertes d'objets métalliques : il est donc probable que le temps et l'oxydation les auront détruits. Dans une autre de ces éminences coniques, on a déblayé comme une sorte de vaste escalier en briquescuites revêtues d'inscriptions, ouplutôtcomme une série de terrasses successives. Sous le premier et le plus profond de ces degrés, que rendait fort remarquable la disposition singulière des briques qui le composaient, s'est rencontré un double souterrain ou conduit des plus curieux, et dont il n'a pas été possible de préciser l'usage. Ce double souterrain est formé par deux galeries concentriques. La principale, que la seconde paraît recouvrir comme une sorte d'enveloppe ou de chape, présente le plus bizarre arrangement. Ce souterrain commence, en effet, par une petite voûte en plein cintre, construite en briques avec le plus grand soin, de \ mètre de largeur sur 1 m,50 de hauteur. Le plein cintre fait place insensiblement à une forme qui n'est ni le cintre ni l'ogive. Cette forme se modifie

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à mesure que le souterrain se rétrécit, et, à 1 1 mètres de son commencement, arrive à l'ogive parfaite. Ce n'est pas tout ; ce rétrécissement progressif se continue , et à 28 mètres de l'entrée de la voûte, où un homme pouvait se tenir debout, ce couloir ne présente plus qu'un espace angulaire, compris entre deux briques inclinées et se terminant par une issue de moins de \ décimètre carré. Ce couloir ou égout, construit avec une rare perfection et conduit avec une précision et une habileté toutes mathématiques, offre une sorte de problème archéologique qu'on n'a pu résoudre encore d'une manière satisfaisante. Ce qui ajoute à la difficulté de la solution, c'est que le second canal ou conduit qui enveloppe le premier ne présente, lui, aucune espèce d'issue.

Des tranchées ouvertes dans le même monticule, du côté de l'est, ont amené la découverte de gonds et de pivots en bronze appartenant à des portes dont il ne reste plus que ces parties métalliques et les pierres entaillées sur lesquelles tournaient les pivots. Par ces portes, au moyen d'une fouille heureusement dirigée, on a pu pénétrer dans une salle qui a reçu le nom singulier de magasin des jarres. On ne saurait, en effet, se figurer la quantité de poteries de ce genre qu'on trouve accumulées dans cette enceinte : jarresdetoute espèce, grandes, petites, larges, étroites, écrasées, rétrécies et accumulées en tel nombre, qu'il est impossible de se figurer comment, autrefois, on

pouvait circuler entre elles. Malheureusement le poids de la terre accumulée sur ces objets fragiles en a brisé la plupart; M. Place a pu, néanmoins, retrouver intactes quelques-unes de ces poteries, qui deviendront le noyau d'une curieuse collection de céramique assyrienne. Les vases préservés sont de petite dimension et se trouvaient renfermés dans les grandes jarres, au nombre souvent de quatre ou cinq; ils étaient remplis de terre comme les autres, mais d'une terre argileuse et tassée à tel point par les siècles, qu'il a été fort difficile de les vider sans les briser.

Ces jarres renfermaient aussi des objets en cuivre fort curieux. M. Place cite, en première ligne, des tètes de gazelles repoussées qui ont la plus frappante analogie avec les objets de même nature que tiennent à la main des personnages des bas-reliefs assyriens, et qui servaient, sans nul doute, à puiser l'huile ou le vin. Rien de pareil n'avait encore été trouvé dans les fouilles. On a recueilli, en outre, quelques petits objets usuels, aiguilles, crochets et pendants d'oreilles, comme ceux qu'on voit figurer dans ces mêmes basreliefs.

L'accumulation ou, pour mieux dire, l'introduction de la terre dans toutes ces salles , ces galeries, et dans les vases qu'on y rencontre, est d'autant plus étrange que cette terre argileuse et compacte n'est rien moins que pulvérulente. Elle provient, sans nul doute, des murailles des éditices qui se sont écroulées

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autrefois, et que les eaux pluviales ont délayées, puis déposées, pendant une longue suite de siècles, dans toutes les parties souterraines de ces monuments, où elles ont tout préservé. Les récentes découvertes céramiques ne se sont pas bornées à cette seule salle. Dans le plan qui accompagne son grand ouvrage, M. Botta avait indiqué, près de l'angle oriental du mur d'enceinte , l'existence d'une chambre renfermant de grandes jarres. M. Place a fait fouiller cette salle, dont il a envoyé un dessin photographique des plus curieux. On y voit, en effet, de grandes jarres de 1m,64 de hauteur, à demi dégagées du sol qui les enveloppe, alignées avec soin et laissant entre chaque rangée un passage pour la circulation. Ces jarres ne posent pas à terre, mais sont placées sur des marchepieds en chaux, de 14 centimètres de hauteur, posant eux-mêmes sur un plancher de chaux construit avec un grand soin. Des indices certains ont démontré à M. Place que ces jarres, loin d'avoir servi d'urnes funéraires, comme on l'avait pensé d'abord, ont simplement contenu du vin. Au fond de chacune d'elles ou sur la chaux qui les supporte, on reconnaît, en effet, une sorte de sédiment de couleur violette laissé par le vin. Cette salle était donc un des celliers des rois d'Assyrie.

L'exploration de M . Place embrassait à la fois toutes les parties du palais. En continuant ses fouilles sur tous les points du monticule où il avait reconnu ces

conduits souterrains, qui lui ont permis de constater l'emploi simultané du plein-cintre et de l'ogive par les architectes assyriens, il était arrivé à découvrir les marches en marbre d'un escalier qui s'enfonçait au-dessous du niveau des planchers en briques des salles du palais. Ces vastes degrés, de 5 mètres de lonç sur 40 centimètres de hauteur d'une marche à l'autre, ont été suivis en montant et en descendant. En descendant, on a rencontré, après la sixième marche, un pavage en larges dalles d'un calcaire trèsdur, qui paraît s'étendre sur un vaste espace. En montant, les degrés ont conduit à un dallage de même nature, qui, à une distance de 5 mètres, aboutit à une longue colonnade. Ces colonnes, dont M. Place a, le premier, constaté l'existence dans les monuments assyriens, sont comme moulées en argile très-compacte, semblables, en cela, à la plupart des constructions qui s'élevaient au-dessus du niveau du sol; elles sont réunies par sections de sept chacune, encadrées par un double pilastre : un espace de 4 centimètres, suffisant à peine pour laisser pénétrer la lumière, sépare ces colonnes l'une de l'autre. Ces colonnes, d'une assez grande solidité eu égard à la malièrequi les compose, puisqu'elles sont restées debout et en place, sont peintes à la chaux ou revêtues d'une sorte de stuc ou mastic noir comme les colonnes en briques de Ponipéi. L'existence de deux de ces colonnades a été reconnue, et déjà on avait mis à découvert quatre sec-

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tions de sept colonnes, sans que rien annonçât qu'on fût au bout de l'une de ces rangées. Ces recherches, opérées au moyen de profonds tunnels, n'avaient pas permis de reconnaître encore le couronnement ou chapiteau des colonnes, dont la base seule était déblayée. On a reconnu depuis que ces grands espaces dallés et ces séries de colonnes décoraient extérieurement le palais, auquel ces colonnades et ces terrasses superposées devaient imprimer un grand caractère.

Jaloux de compléter de toute façon la découverte de M. Botta et de recueillir un certain nombre de ces grandes figures sculptées et de ces bas-reliefs qui revêtaient les murs du palais, M. Place s'est attaché à fouiller certaines parties de l'édifice que son devancier avait reconnues, mais non explorées, particulièrement celles qu'il avait nommées Yédifice ruiné. M . Place avait appris de l'un des habitants du pays, qui avait dirigé les travaux sous M. Botta, que les grands taureaux à face humaine les mieux conservés avaient été rencontrés dans cette partie du palais. Il ouvrit donc ses tranchées vers la face d'une de ces salles que le plan de M. Botta indiquait comme n'ayant pas été déblayée, et il rencontra aussitôt la ligne de bas-reliefs avec la quatrième paire de taureaux qui complétait l'encadrement et la décoration de cette salle. Bien que ces bas-reliefs fussent en partie brisés, divers indices n'ont pas tardé à faire reconnaître que la qualification donnée à cette portion du palais n'était

rien moins qu'exacte, et que, loin d'être déjà ruinée lorsqu'un événement fortuit avait amené la complète destruction de ce grand édifice assyrien , on s'occupait, au contraire, à la construire et à l'orner. Mais laissons parler l'explorateur lui-même, dont les raisonnements nous paraissent devoir être pris en sérieuse considération ; ajoutons qu'il était difficile de les exposer avec plus de réserve, plus de convenance, plus de respect aussi pour le caractère de l'homme qui , le premier, a mis la science sur la voie de ces inappréciables découvertes.

« Ainsi commence, dit le consul de France à Mossoul , à se vérifier une opinion que je m'étais formée sur la véritable situation du prétendu édifice ruiné, que je serais porté à croire plutôt un édifice en construction. Certaines pierres ne sont pas encore entièrement polies; sur la robe de l'un des personnages est étendue une large tache de la même couleur noire que celle qui est sur la barbe, et qui sera sans doute tombée du pinceau pendant qu'on la peignait; il semble qu'on n'ait pas eu le loisir d'enlever cette tache, qui n'aurait certainement pas été laissée dans un palais habité assez longtemps pour avoir été renversé. D'autres pierres, aussi intactes qu'on peut le désirer, sont étendues sur le sol , comme si l'on n'avait pas eu le temps de les mettre à leur place, et les tailles du ciseau , lorsqu'elles ont été dégagées de l'argile qui les recouvre, apparaissent avec cette blancheur

et ces aspérités qui dénotent un travail récent. On croirait que les ligures sortent des mains de l'ouvrier. Nulle part on n'aperçoit sur les marbres la moindre apparence d'incendie ; souvent les couleurs y sont vives, et l'un des personnages, dont la moitié seulement est découverte jusqu'à présent, porte sur sa robe une longue inscription très-bien conservée. Voilà les motifs qui me font supposer, jusqu'à ce jour du moins, que ce vaste espace, qui n'a pas été exploré et qui dépasse en surface l'étendue de la portion du palais mise au jour par M. Botta, recouvre les fragments d'un édifice plus neuf et peut-être en construction.

« Sans affirmer, pour le moment, puisque je n'ai point encore rassemblé de faits assez nombreux, que mon opinion soit la bonne, je m'explique parfaitement que M. Botta ait pu croire que ce nouveau palais était un édifice ruiné. Celui qu'il a déblayé se trouvait presque à fleur de terre, et, quoique tous les bas-reliefs qu'il a vus eussent été atteints par le feu, ils étaient debout. Ici, au contraire, ils sont placés à une grande profondeur, et ce n'est point, comme lui, par des tranchées à ciel ouvert que nous les découvrons, mais par de véritables tunnels. Il est tout naturel que M. Botta, qui n'était guidé par aucun travail antérieur et qui n'avait pour base que le petit nombre des observations recueillies par lui-même, ne trouvant rien à la suite de plusieurs fouilles pratiquées dans les mêmes conditions que celles qui lui

avaient donné de si beaux résultats, ait conclu à l'absence ou à la ruine complète des anciens bas-reliefs. Il n'y a rien là qui puisse surprendre et qui amoindrisse l'immense portée de sa découverte , laquelle reste pleine et entière, malgré cette légère erreur. Aussi je tiens essentiellement à ne point paraître diminuer en quoi que ce soit le mérite si incontestable de son ouvrage, qui respire, d'ailleurs, à cbaque page, tant de modestie; je constate seulement les faits que je découvre, afin que les savants puissent plus facilement établir sur les monuments assyriens une doctrine qu'il eût été malaisé d'improviser au premier abord. C'est en marchant dans la voie ouverte par M. Botta, et en tirant parti des renseignements qu'il a donnés, que Ton peut rectifier quelques légères erreurs au début, erreurs qu'il aurait sans doute corrigées lui-même, si, au lieu du tiers à peine du monticule, il avait pu en explorer la totalité, et s'il avait été à même d'étudier les immenses travaux faits après son départ à Nimroud et à Royoundjek, où les Anglais ne laissent pas 4 mètre de terre sans le bouleverser. »

On a reçu, en France, plusieurs dessins photographiés de ces sculptures ; quelques-uns sont rehaussés de vermillon, de noir ou d'une espèce de bleu d'outremer dont on a retrouvé, dans les fouilles, un pain de la grosseur d'un œuf de pigeon. M. Place a indiqué, au moyen de l'aquarelle, ces brillantes enluminures. Les plus intéressants de ces fragments doivent

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être rapportés en France, où ils ne seront pas un des inoins précieux ornements du musée assyrien. D'autres bas-reliefs, les mieux conservés peut-être qu'on ait encore découverts et les plus rares quant à la matière, méritent également le transport en France. Ce sont de magnifiques plaques en basalte , de plus de 1m,50 de hauteur, représentant, l'une trois personnages à la file, tenant chacun dans la main une petite forteresse flanquée de tours, assez semblable à un jouet d'enfant, et qu'on croit être l'emblème d'une ville conquise ; l'autre, une chasse aux oiseaux dans un bois. L'un des chasseurs n'a pas de barbe , et à son embonpoint on reconnaît un eunuque; de ses flèches il a déjà frappé un oiseau, et il en vise un autre. Le second chasseur, fort barbu et plus petit, pour indiquer, sans doute, un degré d'infériorité sociale à l'égard du chasseur dont il ramasse le gibier, tient à la main un oiseau qui a été frappé et qui se débat. Toute la partie supérieure du chasseur qui tend l'arc, et particulièrement la tète, les bras et les mains, mais surtout la main droite, qui retient la flèche près de partir, et dont les doigts présentent la souplesse la plus heureuse, sont dignes des beaux temps de l'art grec.

On a recueilli, en outre, dans les fouilles de cette partie du palais, un grand nombre d'objets curieux, dont la plupart sont déjà déposés au musée du Louvre. Nous nous bornerons à signaler des espèces d'ceils-

de-bœuf cylindriques en terre, sans vitres, destinés à laisser pénétrer l'air et la lumière dans les édifices, — parfaitement semblables à ceux que les habitants de Mossoul placent de nos jours dans l'épaisseur des murs de leurs terrasses , et qui leur permettent de voir ce qui se passe à l'extérieur sans être vus ; — différents vases en cuivre; une jolie fiole en verre blanc, d'une forme très-élégante, recouverte, à l'intérieur, d'une substance à reflets nacrés, et ornée de deux anses en verre rouge. Une petite coupe ou cornet du même verre que la fiole est enjolivée d'une série de dessins coloriés en rouge et en bleu formant relief, ce qui nous prouve que les Assyriens connaissaient le verre et les émaux, et les appliquaient à tous les usages. Signalons également un fragment de cuirasse en or repoussé, avec des inscriptions cunéiformes ; des casques en cuivre pareils à ceux des guerriers qui figurent sur les bas-reliefs de Rhorsabad ; une sonnette en bronze ; des clous en cuivre à tête argentée; de petites cornes en cuivre qui ont dû appartenir à une idole ; un cachet en pierre calcaire représentant une branche d'arbre ; un petit taureau en bronze malheureusement en très -mauvais état; et enfin de grands cylindres en argile renflés vers le milieu et de forme décagone, dont chacun des dix pans est recouvert de six, sept ou huit lignes d'inscriptions cunéiformes, d'une écriture extrêmement fine et déliée. Ces cylindres, creux à l'intérieur et que M. Place

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suppose avoir été moulés en deux morceaux rapportes, sont percés d'un trou dans toute leur longueur, comme s'ils avaient dû être enfilés à la suite l'un de l'autre. Leur hauteur est de 23 et de 25 centimètres, leur circonférence de 40 à 46 centimètres. M. Rawlinson, à qui M. Place a communiqué cette curieuse découverte, a reconnu que les inscriptions de ces cylindres étaient du même genre que celles des grands taureaux. Il paraîtrait qu'elles contiennent encore une énumération des titres et des conquêtes du roi Sargon, dont plusieurs passages sont nouveaux et présentent une véritable importance historique. Une autre de ces inscriptions indique et énumère les monuments, temples, palais, portes, colonnes, etc., que ce même roi Sargon a fait construire pour embellir sa ville.

Les fouilles du palais et des monticules isolés que l'on supposait être les tours de l'enceinte de la ville ont été conduites simultanément et avec une merveilleuse activité. Déjà, au pied d'une de ces éminences, on avait découvert une sorte de voie cyclopéenne, formée de pierres irrégulières de grande dimension et pénétrant dans l'intérieur de la cité , tout à fait audessous de l'alignement des murailles. M. Place supposa sur-le-champ que cette route devait conduire au monument reconnu par M. Botta , et cette hypothèse s'est trouvée confirmée par la plus intéressante des découvertes qu'il ait faites depuis.

En parcourant l'enceinte de la ville antique , M. Place avait remarqué, du côté du sud-ouest, une éminence assez élevée, se reliant à un monticule accidenté de même hauteur, et presque égale en superficie au monticule du grand palais, M. Botta l'avait indiquée dans son plan, et assurait y avoir rencontré des traces nombreuses de constructions. Il importait d'explorer cette partie de la ville. Deux tranchées ouvertes sur les flancs du monticule opposé d'un côté à l'intérieur de la ville, de l'autre à la campagne, firent bientôt reconnaître deux murs parallèles composés de pierres du calcaire le plus dur et placées debout les unes à côté des autres. Ces murs, à leur base, étaient séparés par un intervalle de 3m,10 de large, rempli par une sorte de dallage cyclopéen , pareil à celui qu'on avait déjà reconnu au pied d'une autre éminence. Il n'y avait pas à en douter, c'était une des entrées de la ville. On suivit ces murs, et on reconnut qu'à 21 mètres du commencement ils s'écartaient à angle droit à gauche et à droite, encadrant comme une espèce de salle ou plutôt de cour intérieure , telle qu'il en existe aux entrées de certaines villes d'Orient, pour faciliter la circulation des chars, des chevaux, des chameaux, lorsqu'il existe quelque encombrement. Décidé à éclaircir complètement ce point d'archéologie, résolu d'explorer, à fond et une fois pour toutes, un de ces monticules de l'enceinte, M. Place se transporta vers le centre de l'éminence, I. 7

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à égale distance de deux allées déjà reconnues, et fit ouvrir une troisième tranchée sur le point culminant. Là, après quatre jours de travaux, il mit à découvert une large voûte en plein cintre, en briques, appuyée sur des contre-forts également en briques; c'était, à n'en pas douter, le haut de la porte à laquelle conduisaient les deux entrées découvertes et le chemin cyclopéen. Cette porte, construite en grandes briques convergeant vers un centre , — et qu'entoure une double rangée de briques couchées , traçant comme un double cordon à l'intérieur et à l'extérieur, — est encastrée dans un mur aussi élevé qu'elle et recouvert d'une couche de chaux formant, sans doute, la base d'une tour qui la dominait et la défendait. A en juger par la vue photographiée qu'en a prise un dessinateur attaché à l'expédition , le sommet de cette porte affleure, à I mètre environ, le sol qu'elle a soutenu et qui, tout en l'ensevelissant, n'a pu l'écraser. Ces terres et ces décombres , qui pénètrent sous ses parties voûtées et dans les moindres interstices, sont d'une extrême dureté, et proviennent, sans doute, des tours qui défendaient l'entrée de la ville. Cette porte a 10m,33 de hauteur sur 3m,4 0 de largeur.

Cette première rencontre d'une des portes de la ville a été suivie d'une série de découvertes du même genre; mais la seconde porte, explorée par M. Place, a présenté un tout autre intérêt.

Ce n'est plus , en effet, une simple entrée cintrée

comme la première, mais une porte monumentale, un véritable arc de triomphe assyrien, décoré de sculptures de ronde bosse, de bas-reliefs et de peintures.

De chaque côté de l'entrée, voûtée en plein cintre, et qui a 10 mètres de haut, sont placés de magnifiques taureaux de dimensions colossales et dans un parfait état de conservation. En arrière des taureaux, sur les parois de droite et de gauche du passage voûté , sont sculptés de grands bas-reliefs représentant des personnages ailés coiffés de la tiare, tenant une pomme de pin de la main droite et un vase de la main gauche; ces colosses, qui , ainsi que les taureaux, n'ont pas moins de 15 pieds de haut, sont sculptés avec une extrême vigueur, et les bras et les jambes nus offrent une étude anatomique à la fois énergique et savante.

Une première voûte, à laquelle la tête des taureaux sert de support, est en argile battue ; elle est en plein cintre, et paraît avoir été formée de grandes briques d'argile crue qui ont été juxtaposées avant d'être sèches. Ces briques, soumises, en séchant, à la pression de la porte, ont formé une masse homogène, suspendue à 1 0 mètres de hauteur, et qui, à en juger du moins par sa belle conservation, paraît d'une solidité à toute épreuve. Cette voûte était revêtue, en dessous , d'une espèce de stuc blanc ; elle est circonscrite par une seconde voûte décorée d'une belle frise demi- circulaire, en grandes briques émaillées posées

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debout. Cette frise représente des personnages ailes qui ont de l'analogie avee les personnages des basreliefs, et qui sont au nombre de douze; seulement dix de ces figures, qui décorent la partie cintrée de la frise, n'ont que deux ailes au lieu de quatre, et portent un casque à visière verte relevée, au lieu de la tiare. Les deux autres figures, placées de chaque côté, au bas du cintre, et de plus grande proportion, ont quatre ailes, et portent la pomme de pin et le vase comme les personnages des bas-reliefs ; elles ont aussi le casque à visière verte, au lieu de la tiare : les barbes et les cheveux de toutes ces figures sont d'un beau noir. L'ensemble s'enlève en jaune sur le fond bleu de la frise , et chacune d'elles alterne avec de grandes rosaces jaunes et blanches à dix-huit feuilles. Un encadrement de briques bleues posées à plat et décorées de petites rosaces jaunes et blanches à huit feuilles complète cette décoration vraiment remarquable.

Ajoutons que M. Place a reconnu que ces portes de la ville assyrienne étaient au nombre de huit, dont sept placées sur la muraille même , et une quelque peu en dehors. Toutes ont un grand développement et comprennent plusieurs chambres, couloirs, cours, de façon à pouvoir loger les soldats chargés de les défendre, et de permettre, aux chars et aux cavaliers qui se rencontraient, de se garer et de ne pas obstruer le passage. M. Place a également constaté que cha-

cun des côtés du quadrilatère, qui forme l'enceinte de la ville, possédait deux de ces portes, l'une simple, l'autre monumentale : l'entrée simpie servait aux chars, chevaux et fardeaux; l'entrée monumentale était réservée aux piétons. La parfaite conservation des sculptures qui se trouvent aux angles de ces dernières portes ou qui décorent leurs parois, et l'existence d'un escalier en briques de \ m,50, placé à l'entrée du passage et qu'il fallait forcément gravir, ne laissent aucun doute sur la destination spéciale des portes décorées.

Les routes et rues, placées à l'extérieur et à l'intérieur des portes, ont 9 mètres de largeur et forment, la plupart, un véritable mac-adam.

Voilà donc, indépendamment du palais du souverain et de ses vastes annexes, chacune des portes de cette ville antique dont les murs ont 8 kilomètres de développement, retrouvée dans un état de conservation vraiment merveilleux. C'est un résultat immense acquis à la science ; mais là ne doivent pas s'arrêter les découvertes de nos explorateurs, et quelque jour peut-être, grâce à leur zèle et à leurs intelligents efforts, l'antique cité nous apparaîtra complètement exhumée comme Herculanum et Pompéi. Un fait remarquable prouvera surabondamment que ce n'est pas là une vaine espérance !.

1 Toutefois on ne doit pas confondre Khorsabud avec l'ancienne Ni- * nive ; ce n'en était qu'une dépendance éloignée. La ville biblique était

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Un jour, M. le colonel Ravvlinson, ce consul archéologue si zélé, esprit un peu aventureux peut-être, mais auquel on ne peut refuser ni l'intelligence la plus active ni la plus rare pénétration, parcourait avec M. Place le palais de Khorsabad, la ville et son enceinte , et il félicitait son collègue de la bonne fortune qui livrait à ses explorations ce sol d'une inépuisable richesse. «Pourquoi, ajouta-t-il en s'adressant à M. Place, borneriez-vous cette exploration au monticule principal et aux tertres de l'enceinte, quand vous avez sous vos pieds une ville entière à exhumer?» Et comme M. Place exprimait à ce sujet quelques doutes : «Je ne vous dis pas, reprit le colonel, que vous retrouverez toutes les rues et toutes les maisons, dont la plupart n'étaient probablement bâties qu'en terre et en briques crues ; mais il y avait d'autres édifices dans cette ville dont l'enceinte est encore si nettement tracée devant vous , car j'ai lu dans les inscriptions publiées par M. Botta ce passage souvent répété par le roi Sargon : « J'ai bâti une ville portant

construite à quelques lieues de là, sur la rive orientale du Tigre. Son emplacement est parfaitement indiqué par les traces de l'enceinte, situce vis-à-vis de Mossoul et que traverse un ruisseau nommé Khausser. Les monticules de Koyoundjek et de Nabi-Younès sont compris dans cette enceiute. Khorsabad, découvert par M. Botta, et dont M. Place vient de compléter l'exploration , était en quelque sorte le Versailles de Ninive. Là se trouvaient le château de plaisance du monarque, les jardins qui en dépendaient et la petite ville , dont les courtisans, leur suite, la domesticité du palais et la garde du prince formaient la population.

« mon nom ; dans cette ville, j'ai construit un palais « pour moi-même , des temples pour les dieux avec « des logements pour les prêtres, des casernes pour « les soldats, des marchés pour les négociants et des « maisons pour les domestiques. »

Cette espèce d'évocation, faite sur le sol même de la vieille cité par un des prophètes de la science, avait vivement frappé M. Place. A quelques jours de là, comme il parcourait une partie de ce vaste emplacement renfermé entre les murailles de la ville , son attention fut arrêtée par une ondulation du terrain formant un léger renflement sur la plaine. Si les prévisions du colonel Rawlinson étaient fondées, ce mouvement du sol devait indiquer la présence de quelque ruine. M. Place résolut de s'assurer sur-le-champ de la vérité, et fit ouvrir une tranchée dans cet endroit. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il rencontra presque à fleur de terre le sommet d'une pierre de marbre placée debout! Continuant sa fouille, il en découvrit une seconde; de proche en proche, sa tranchée s'agrandit et mit à jour quatre côtés d'une vaste chambre de 25m,8 de long sur 20m,40 de large, toute revêtue de plaques de marbre. Ces plaques, malheureusement, ne présentent ni sculptures ni inscriptions qui puissent faire connaître la destination de la salle découverte ; peut-être, pour éclaircir ce point obscur, faudrait-il déblayer tout le pavé de la chambre. Toujours est-il que la première ondulation du sol qu'on

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ait attaquée cachait un édifice, et M. Place a constaté, dans l'enceinte comprise entre les murailles ruinées, la présence d'un certain nombre d'ondulations analogues. Sur un autre point, il a rencontré deux chambres dans lesquelles il a trouvé des gonds de portes et plusieurs objets en cuivre ; ailleurs, il a reconnu des pierres et des fragments de briques.

Toutes ces découvertes, à l'exception des dernières, c'est-à-dire des portes monumentales et de quelquesuns des édifices de la ville, ont été faites en 1852. Elles furent couronnées, on le voit, par de grands et beaux résultats, pour lesquels on ne saurait trop féliciter l'agent qui , ne disposant que de bien faibles ressources, a dû, pour les obtenir, creuser de profondes tranchées, ouvrir de larges tunnels, déplacer et faire transporter à dos d'homme plus de 4,000 mètres d'une terre argileuse et compacte. L'exploration de M. Place ne s'est pas bornée, toutefois, au palais de khorsabad et à ses dépendances; elle s'est étendue à un certain nombre de ces monticules artificiels que l'on rencontre sur la rive gauche du Tigre, dans un rayon de 10 lieues autour de Mossoul. Cette exploration n'a pas été moins fructueuse. Accompagné de plusieurs brigades d'ouvriers et luttant d'activité avec le colonel Rawlinson, le consul de France a occupé et fouillé successivement plus de trente de ces monticules, tels que Bachiecha, Raramles, Tell-Leben , Maltaï, Karakock, Djigan, etc.

Pour opérer ces fouilles sur les bords du Zâb , où les catholiques chaldéens avaient signalé plusieurs de ces monticules encore inexplorés, il a fallu choisir la plus mauvaise saison , et profiter des débordements du Tigre et de ses affluents, qui mettaient les explorateurs à l'abri des incursions des Arabes insoumis. Nos compatriotes se louent beaucoup de la résignation des ouvriers nestoriens et djibours qu'ils employaient, et qui, formant trois brigades de seize hommes chacune , les suivaient sans murmurer par les plus affreux chemins, malgré un vent et une pluie continuels. Grâce à la résolution et à l'activité du consul, cette petite armée de la science a pu explorer et prendre possession, à titre de premier occupant, de la plupart des points intéressants à fouiller avant que les agents de l'Angleterre, si actifs eux-mêmes, eussent pu s'y transporter. Sur l'un des deux monticules de Raramles , M. Place a rencontré , à très-peu de profondeur, des lits de briques superposés à des couches de sable et de bitume , tels qu'on en avait déjà signalé dans le palais de Rhorsabad. Quelques-unes de ces briques, qui portent des inscriptions, ont été recueillies. Ce monticule renferme, sans aucun doute, les restes d'un palais assyrien. Sur le second monti-cule on a découvert des colonnes octogones en marbre, un tombeau vide, des fragments de marbre avec des moulures rappelant l'ordre dorique. M. Place pense, avec le colonel Rawlinson, que ces débris doi-

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vent être parthes. Il a recueilli dans ses touilles différents objets fort curieux, entre autres une jolie amphore à deux anses.

Sur la rive droite du Zâb, dans des localités voisines des tribus arabes indépendantes, l'existence de plusieursdecesmonticulesàruines a été, de même, récemment constatée. Les principaux sont ceux de Tell-Chenef, portant des débris parthes, — d'Hamra, placé sur la rive même du Zâb, où l'on a rencontré un monument chrétien en marbre, — de Tell-Leben et de Khod Élias, où l'on a reconnu de ces indices qui trompent rare ment l'explorateur. Tous ces monticules s'élèvent au sud-est de Khorsabad. L'examen des monticules du nord a été plus profitable encore. Des tranchées ouvertes à Tell-Guirgor ont mis à découvert des jarres brisées renfermant des bracelets de métal , des grains de colliers de différentes substances et de couleurs variées , des fragments d'or provenant de pendants d'oreilles, un bracelet en or, des vases de différentes formes, dont quelques-unes se rapprochent de celles des lampes employées encore dans le pays.

Il y a lieu d'espérer beaucoup des fouilles que notre consul se propose de pousser activement dans ce monticule de Tell-Guirgor, qui ressemble singulièrement à celui de Shérif-Kan , où les Anglais, après un an de travail, font en ce moment de si belles découvertes en bijoux d'or, cylindres, vases de basalte sculptés et ivoires admirablement travaillés. M. Place a visilé,

avec un égal soin, les collines de Seinel et de Duloup, où ses tranchées ont amené la découverte de mortiers et autres vases singuliers; — de Guérépané, où il a reconnu un souterrain en briques , dans lequel on a rencontré des ossements, un fer de flèche et une inscription cunéiforme de quatre lignes. Cette inscription a été soumise au colonel Rawlinson, qui y a lu un nouveau nom de roi : c'est donc l'indice d'un monument assyrien. Mais la plus curieuse de ces explorations extérieures est celle du monticule de Maltaï.

Maltaï est une forte bourgade construite sur une colline, qui sépare la vaste plaine située en arrière de la première ligne des montagnes de la Mésopotamie. Les maisons, à un seul étage, couvertes de toits plats légèrement inclinés, s'étagent comme une série de terrasses au pied du château, vaste construction d'origine moderne. Maltaï, en chakléen, signifie entrée. C'est donc à sa position que cette bourgade doit son nom. Au delà d'un petit ruisseau, qui coule au pied de l'éminence sur laquelle la ville est placée, s'élève une montagne escarpée présentant , à son sommet , de longues zones de rochers à pic , espèces de murailles naturelles. Sur l'un de ces pans de rochers on a sculpté de grands bas - reliefs qui comprennent trente-deux figures de 4 m,33 de hauteur, occupant trois compartiments et représentant des personnages alignés à la file , tenant à la main le bâton du commandement, des couronnes ou anneaux, des rameaux

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et autres objets, et portés eux-mêmes par des animaux , taureaux ou lions , qui diffèrent de ceux de Khorsabad en ce que tous n'ont pas les ailes, la tête humaine et la tiare. Tous ces personnages se diri-^ gent processionnellement vers un chef ou roi qui porte, lui, la tiare assyrienne, et dont le costume a de l'analogie avec celui des figures des bas-reliefs de Khorsabad. Sauf la coiffure, qui rappelle la toque de nos magistrats et qui est surmontée d'une sorte d'ornement sphérique très-bizarre, les costumes des autres personnages ne diffèrent pas non plus essentiellement des costumes assyriens déjà connus.

Le monticule de Bavian, situé au nord-est de Khorsabad, présente, comme Maltaï, un grand nombre de ces bas-reliefs taillés dans le roc. Ces sculptures, qui ont été reproduites par la photographie, paraissent, à l'exception d'un petit nombre , fort dégradées par le temps. Elles sont évidemment l'ouvrage d'artistes assyriens, et représentent des personnages de dimensions colossales, qui ont aussi de l'analogie avec les figures des bas-reliefs de Khorsabad. Au-dessus de ces sculptures, et tout à fait au sommet du roc, une suite d'images des rois assyriens de grandeur naturelle, et cette fois semblables de tout point aux figures de Khorsabad, sont entaillées dans neuf grands compartiments. Quatre de ces sculptures, placées hors de la portée des destructeurs, sont dans un parfait état de conservation. Comme complément de ces intéres-

santés découvertes , on a reconnu , dans le ruisseau qui coule au pied de la montagne , un énorme bloc qui s'est détaché des flancs du rocher, et qui, d'une hauteur de plus de 80 mètres , a glissé dans la rivière ; ce bloc est terminé , à chacune de ses extrémités, par une sorte de taureau ailé analogue aux taureaux de Rhorsabad , mais dont la coiffure ressemble à celle des figures de Maltaï. Plusieurs personnages sculptés dans ce même bloc , qui n'a pas moins de 9 mètres de hauteur sur 6 de longueur, accompagnent ces taureaux. Ces sculptures, entaillées dans les flancs mêmes des montagnes et d'un aspect si grandiose, sont particulières à ces peuples primitifs; depuis, elles ont été imitées par les Perses et les Parthes, qui se sont inspirés des modèles assyriens !.

A l'ouest et au nord-est de Rhorsabad, on signale encore les monticules de Tel-Eddeheb ( le mont de For) , où une vaste chambre a été découverte il y a quelques années ; Ba-Rofa, vaste éminence occupée en partie par le cimetière d'un village chrétien, où on a rencontré de nombreux fragments de jarres; ïell-es-Rof , tertre élevé où quelques coups de pioche ont suffi pour mettre à jour des jarres et plusieurs vases en terre, qui , à en juger par les repro-

1 Un homme intelligent, que M. Place avait envoyé à la découverte, lui a signalé différentes localités où l'on rencontre des bas-reliefs analogues à ceux de Maltaï et de Bavian; notre consul se propose de les étudier et de les décrire.

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ductions photographiques, paraissent dans un bel état de conservation; Djigân, dont l'existence a été révélée au consul de France par Aouchi , le chef de ses ouvriers. Ce monticule présente un vaste demi-cercle de 500 mètres de longueur sur 220 mètres de profondeur, dont le Tigre formerait la corde, c'est-àdire deux fois la superficie du palais de Khorsabad. Sa position, au confluent du Tigre, qui baigne une de ses faces, et d'une petite rivière qui contourne les deux autres, paraît avoir vivement frappé notre missionnaire, comme l'emplacement le plus convenable pour un palais. Les ouvriers y ont rencontré quantité de grosses pierres disposées en forme de murailles, mais sans inscriptions ni sculptures, une coupe en terre de forme grecque, quelques fragments de poteries et une sculpture fort dégradée représentant un mouton.

Nabi-Younès, le tombeau du prophète Jonas, est un vaste monticule situé sur la rive gauche du Tigre, à égale distance de la ville de Mossoul et du monticule de Royoundjek, dont il n'est séparé que par un petit ruisseau. Un beau village, couronné par la mosquée du prophète Jonas , couvre le sommet de cette éminence, jusqu'à ce jour restée inexplorée. Différents indices y annonçaient la présence de ruines assyriennes, et on l'avait signalée à l'attention des explorateurs français; mais d'insurmontables difficultés avaient entravé l'exécution de cette partie de leurs instructions. La valeur des maisons qu'il eût

fallu acquérir, l'inviolabilité de la mosquée et de tout le terrain qui en dépend, à titre de vak, s'opposaient à toute exploitation immédiate. M. Place avait, néanmoins, entretenu directement, ou par l'entremise du chancelier du consulat, des relations amicales avec le kiaïa-bey, chef du village, et les principaux habitants ; il leur avait fait, à diverses reprises, de ces cadeaux auxquels les Orientaux paraissent surtout sensibles. On n'attendait qu'une occasion favorable pour commencer les travaux, lorsque, vers le milieu du mois d'octobre 1852, on apprit qu'un habitant du village, en creusant un serdab dans sa maison, avait découvert un taureau. M. Place se transporta sur-lechamp dans le serdab, et fit acte de prise de possession au nom de la France ; mais le prix singulier que les Européens attachent aux objets découverts dans les fouilles paraît, à la longue, avoir éveillé la cupidité des Orientaux, car, au moment où M. Place installait ses ouvriers dans le serdab, le propriétaire du terrain exigea qu'il fût fait préalablement remise d'une somme de 8,000 piastresdu Grand Seigneur. M. Place, ne se croyant pas suffisamment autorisé pour faire une pareille avance, dut suspendre ses travaux. Cette hésitation donna lieu à un singulier incident. Le pacha, saisi tout à coup de velléités archéologiques fort rares chez un Turc, détacha une brigade d'ouvriers pour continuer la fouille commencée. On ignore, jusqu'à ce jour, quel a été le résultat de ces travaux ; ton-

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jours est-il que voilà le premier exemple de pareille concurrence faite, par les autorités locales, aux Anglais et aux Français. M. Place ne désespérait pourtant pas d'être réintégré tôt ou tard, par le pacha luimême, dans les tranchées du Nabi-Younès.

Tels furent les résultats de ce qu'on pourrait appeler la première exploration de M. Place. L'Académie des inscriptions et belles-lettres en reconnut hautement l'importance, et déclara à l'unanimité que l'actif et intelligent consul avait bien mérité de la scienee. La saison des pluies, comme nous l'avons pu voir, n'avait pas ralenti son zèle, et, bien que ses ressources fussent épuisées, il se proposait de continuer ses recherches à ses frais, lorsque la maladie vint l'arrêter. Les grandes chaleurs de l'été, frappant sur un sol détrempé par des pluies diluviennes, avaient fait de Rhorsabad un séjour vraiment empesté. M. Place et son compagnon, M. Tranchand, luttèrent pendant plusieurs jours contre le climat et la maladie ; mais bientôt il fallut céder : chaque jour, la chaleur augmentait d'intensité. Le thermomètre se maintenait, à l'ombre, entre 45 et 51 degrés; au soleil, l'élévation de la température n'était plus appréciable : Tesprit-de-vin ou le mercure ne tardaient pas à atteindre le sommet des tubes, dont l'un marquait 63 et l'autre 65 degrés, et les faisaient éclater. M. Tranchand, gravement malade, fut transporté à Mossoul par les soins de M. Place. Ce dernier, atteint lui-même de

la dyssenterie , fut contraint de se retirer dans les montagnes du Kurdistan, où il ne recouvra ses forces qu'après un séjour de quelques semaines.

M. Place, à peine rétabli, aurait voulu reprendre ses travaux et mettre à profit les mois d'automne ; mais les affaires du consulat et l'épuisement du crédit qui lui avait été alloué l'obligèrent à ajourner, pour le moment, toute opération importante. Ses ressources personnelles ne lui permettaient, en effet, que d'entretenir un petit nombre d'ouvriers qu'il transportait successivement sur plusieurs points, afin, surtout, de prouver que les travaux n'étaient pas abandonnés. Cependant, vers le milieu de novembre, ayant été informé de la prochaine arrivée de la mission anglaise , qui, à l'aide de puissants moyens mis à sa disposition, devait simultanément occuper un grand nombre de localités, M. Place se hâta de prendre possession d'un certain nombre de points intéressants qu'il n'avait pu encore reconnaître, tels que Solomié ou Resen et Ralah-Sherghat. Dans le courant du mois de décembre 1 852, il fouillait le tertre d'Arbil ou Arbelles, qui domine la plaine que la victoire d'Alexandre a rendue fameuse. Dans les premiers jours du mois de janvier 4 853, M. Place était de retour au monticule de Rhorsabad , dont il ne voulait laisser aucun point inexploré.

Instruit par l'expérience, il procéda avec méthode, ne se bornant pas, comme la plupart des archéolo- I. 8

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