‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 16 sur 89 · COMMÜNION DE SAINT JÉROME · texte numérisé non relu

COMMÜNION DE SAINT JÉROME

PAR DOMINIQUE ZAMPIERI, dit LE DOMINIQÜIN.

Voici l’une des merveilles de la peinture, un tableau auquel Le Poussin ne pouvait assigner de supérieur ou d’égal que celui de la Transfiguration. Il n'est pas étrange qu’il ait subi les attaques de l’envie , et qu’il en ait triomphé ; ce qui est plus singulier , c’est que ces attaques n’étaient pas sans fondement, et que cependant la valeur reconnue de l’œuvre n’en a point souffert : preuve d’un mérite bien extraordinaire, qui réduit à la nullité même un reproche mérité.

On sait de quel dégoût le sage et modeste Zarapieri fut abreuvé par ses rivaux, d’autant plus jaloux de ses

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talents qu’ils méprisaient ses manières, et qu’ils s’indignaient de lui voir reprendre, à chaque nouvel ouvrage, la supériorité qu’ils croyaient avoir sur lui dans le cours de la vie. La supériorité ne se fait jardonner que par ceux qu’elle subjugue; tant qu’on croit pouvoir la combattre, on la regarde en ennemie. I>es clameurs et la jalousie étaient parvenues à étouffer tellement la voix de la x'érité qu’à trente ans, et après avoir déjà donné plusieurs de scs plus beaux ouvrages, le Dominiquin ne jouissait presque d’aucune réputation, lorsqu’un prêtre de ses amis lui fit faire pour 50 écus romains le tableau de la Communion de Saint Jérôme, destiné au maître-autel de l’église de ce nom. 11 n’y avait plus moyen de disputer au Dominiquin le triomphe; on ne songea qu’à l’allaiblir.Onl’accusad’avoircopiéle tableau qu’ Augustin Carrache, l’un de ses maîtres, avait fait sur ,

le même sujet, pour la Chartreuse de Bologne. Lanfranc, le plus violent de ses adversaires , dessina et fit graver le tableau d’Augustin. On ne saurait le nier , l’imitation est évidente ; Le Dominiquin lui-même , avec sa candeur ordinaire, convint qu’il avait emprunté à son maître quelques idées qu’il croyait sans importance, et qui l’étaient en effet pour lui, car ce n’est pas là qu’il a placé les incomparables beautés de son ouvrage.

C’est dans l’ordonnance du tableau que ces emprunts se font surtout apercevoir. Dans les deux tableaux, le saint, presque nu et drapé à peu près de la même

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manière, est de même vu de trois quarts, agenouillé sur les marches de l’autel , retombant de faiblesse assis sur ses talons, tandis qu’on le soutient par derrière. L’attitude du prêtre, placé devant lui pour lui administrer la communion , est presque entièrement la même. De même, derrière le saint, les deux peintres ont placé un spectateur coiffé d’un turban à la juive , pour désigner que la scène se passe à Bethléem. L’ar- ' chitecture du fond, pareillement composée de colonnes et de pilastres, est de même au milieu ouverte par un arceau qui découvre une riche perspective, et à travers lequel pénètrent, dans l’intérieur de l’église, de petits anges portés sur des nuages. Il n’y a pas jusqu’aux traits du saint dans lesquels on ne puisse trouver; entre les deux tableaux, une véritable ressemblance.

Uuelques-unes de ces imitations peuvent avoir été dictées par un louable respect pour une œuvre déjà classique, surtout aux yeux de l’élève d’Augustin Carrachc. Quant aux autres, elles se seront présentées au Dominiquin, naturellement peu inventeur, comme une situation donnée, mais d’où il tirait des impressions et des sentiments d’une tout autre nature. En effet, l’idée des deux tableaux est entièrement différente. Le tableau d’Augustin Carrache représente le dernier acte de la vie de saint Jérôme; celui du Dominiquin est rempli de sa mort. Augustin, plus poète, a paru saisir le côté

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merveilleux de l’action ; le Dominiquin , plue sensible et plus réfléchi, en a pris le côté solennel. Le premier tableau s’anime de toutes les impressions que peut exciter un événement fait pour émouvoir l’imagination et la curiosité; plusieurs personnages, les yeux tournés vers le ciel, fixent leur attention sur les anges qui viennent célébrer la dernière communion du saint; un autre écrit ce qui se passe; d’autres, par leur mouvement et leur disposition , donnent l’idée d’une foule empressée d’aller raconter ce qu’elle vient de voir. Le tableau du Dominiquin écarte de l’esprit toute pensée sur ce qui peut suivre, et le concentre sur ce dernier moment accordé à l’àme prête à s’envoler, pour se manifester encore une fois sur la terre. L’àme seule vit encore dans ce corps exténué, privé de" mouvement; le Saint Jérôme d’Augustin Carrache a pu, avec un peu de soutien, croiser ses mains sur sa poitrine; son corps, languissant plutôt que détruit, parait affaibli sous le poids plutôt que sous la faiblesse de l’àge; les bras du Saint Jérôme du Dominiquin ont en vain voulu se relever ; ils tombent le long de son corps, roides et impuissants; l’un des deux, soulevé |iar une pieuse matrone qui le baise avec respect , cède au mouvement sans y participer. Quatre hommes, groupés autour du saint, paraissent occupés de la crainte de laisser échapper ce corps inerte et incapable de se prêter à lui-même le moindre secours; la mai-

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