‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 18 sur 89 · PAR LE DOMINIQUIN · texte numérisé non relu

PAR LE DOMINIQUIN

« Je connais un homme en Christ, qui fut enlevé au « troisième ciel il y a plus de quatorze ans; si ce futavec « son corps ousans son corps, je ne sais, Dieu le sait; et « jesaisquecet homme (si ce fut avec son corps ou sans « son corps, je ne sais , Dieu le sait) fut enlevé dans le « paradis , et qu’il y entendit des secrets qu’il n’est pas « permis à l’homme de publier. » (SaintPaul, 2' épître aux Corinthiens, chap. xii, vers. 2-4.)

Tel est le sujet du üibleau du Dominiquin; tel est aussi celui d’un tableau du Poussin. On conçoit facilement que ce sujet ait tenté deux génies si méditatifs,, si

capables de concevoir et de reproduire les miracles de la pensée. Enivre de contemplation, égaré dans les espaces infinis qui se sont dévoilés à ses regards, l’apôtre a perdu de vue son existence terrestre; les deux s’ouvrent, il les voit, il y pénètre ; « si ce tut avec son corps, dit-il, ou sans son corps, je ne sais. Dieu le sait. » L’extase est complète; toute conscience de la vie matérielle est écartée dans cette vision, au point de ne pouvoir affirmer si elle y a pris ou si elle n’y a point pris part, si ce que l’esprit a connu lui a été révélé par les organes du corps ou sans leur secours. Cependant les vues de l’esprit ont conservé leur netteté : ce n’est point le souvenir d’une vague rêverie, d’un sentiment indéterminé, qu’il a rapporté des régions qu’il a parcourues ; il y a entendu des secrets conservés encore dans sa mémoire au moment où il déclare « qu’il n’est pas permis à l’bomme de les publier. »

C’est dans ces deux circonstances du fait que les deux artistes ont puisé chacun une inspiration particulière, et totalement différente l’une de l’autre. L’application volontaire de l’espril à de hautes vérités est ce qui se fait remarquer dans le tableau du Poussin ; l’abandon extatique de l’homme tout entier, voilà ce qui remplit le tableau du Dominiquin. Sur un fond de ciel, hors de toute vue delà terre, au milieu de l’espace, l’homme de Dieu, livré à l’imimlsion qui l'entraîne vers son créateur, a dépouillé ce qui le tenait

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