LE RAVISSEMENT DE SAINT PAUL
sépare du lieu céleste où il aspire j on le voit s’y élever sans obstacle, sans interruption : « si ce fut avec son corps ou sans son corps, on ne sait, Dieu le sait : » mais toute pesanteur matérielle a disparu, ou cède, conune ]>ar une obéissance naturelle, à l'infinie puissance mo> raie manifestée dans cette tête, dans ces bras, dans ces yeux que semble attirer le ciel. C’est devant ce tableau surtout qu'il faut répéter, avec Bellori, que le Dominiquin a su peindre, ou plutôt même dessiner (deiineare) les âmes. L’âme s’y voit, et on n’y voit qu’elle ; que le corps y soit ou n’y soit pas, peu importe; il a subi les lois de sa souveraine; devenu tout âme, il vole, il s’enlève avec elle; le mouvement de la jambe gauche indique positivement qu’il monte de lui-même; et les anges, presque enfants, groupés autour de saint Paul , semblent le suivre plutôt que le porter.
Plus de vigueur se fait remarquer dans le cortège de messagers célestesdont Le Poussin aenvironné l’apôtre; une action plus réelle semble les occuper et parait avoir occupé l’attention du peintre. A moitié cachés dans le tableau du Dominiquin, leurs membres se déploient dans celui du Poussin, et semblent, par la multiplicité des -formes, multiplier le nombre des personnages; il en résulte dans le groupe moins de simplicité, et la pensée du spectateur se concentre moins sur la scène intellectuelle. On dirait que, trop peu avancés dans leur route vers le ciel , les personnages tiennent
encore quelque chose de la terre que les pieds du saint viennent à peine de quitter. Cependant déjà la vision céleste a commencé; le saint y est attentif; un ange la lui montre, et Paul regarde; il parle, et Paul écoute; ses organes matériels sont mis en jeu et dirigés vers les objets qui leur sont propres; le saint Paul du Poussin est encore un homme.
Cette manière de considérer le sujet, plus conforme aux habitudes pensantes du Poussin , l’est peut-être aussi davantage au caractère général et raisonné des doctrines de l’apôtre ; et il n’est pas difficile de comprendre ce qui a déterminé Le Poussin à la choisir. L’idée du Dominiquin parait plus appropriée à l’acte du moment ; c’est l’idéal d’un état, d’un sentiment, abstraction faite du pei*sonnage qui l’éprouve; c’est la réalisation de ce que dit sainte Thérèse de cette force de désir qui l’élevait à plusieurs pieds de terre. Dans le Ravissement de saint Paul du Poussin, c’est du ciel que vient le miracle dont l’homme est seulement l’objet ; le Dominiquin a placé le miracle dans l’homme même, et nous croyons l’y sentir. On demanderait à accompagner le saint Paul du Poussin pour recevoir avec lui les sublimes vérités dont il commence à entreVoir la manifestation ; on est ravi avec le saint Paul du Dominiquin.
PROPORTIONS
Hauteur, 51 ceniim. = 1 pied 6 pouces 1 1 lignes.