‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 68 sur 89 · ÉCOLE FRANÇAISE (EL'STACHE LESUEUR · texte numérisé non relu

ÉCOLE FRANÇAISE (EL'STACHE LESUEUR

qui a fourni à I^sueur le sujet de son tableau , et dont^ les détails sont touchants. Le saint, âgé alors de dixhuit ans, était encore soldat et simple catéchumène r «Comme il n’avait que ses armes et son habit militaire, au milieu d’un hiver |)lus rigoureux que de coutume et pendant leiiucl [>lusieurs personnes étaient mortes de froid, il rencontra un jour devant la porte d’Amiens un pauvre complètement nu; le pauvre priait les passants d’avoir pitié de lui, et les passants suivaient leurchemin : l’homme animé de l’esprit de Dieu sentit que c’était à lui que ce pauvre était réservé , puisque les autres n’en avaient pas compassion. Que faire? il n’avait que la tunique dont il était revêtu; il avait déjà employé à des œuvres semblables le reste de ses vêtements ; il tira son épée, coupa sa robe en deux, en donna la moitié au pauvre et s’en alla couvert de l’autre moitié. Cependant quelques-uns se moquaient de lui parce qu’il avait ainsi un air hideux et portait un habit déchiré; d’autres, plus sages, gémissaient den’en avoirpas lait autant, car ils avaient plus que Ini; et ils auraient pu vêtir le pauvre sans se dépouiller eux-mêmes. La nuit suivante, Martin, s’étant endormi, vit le Christ revêtu de cette moitié de tunique dont il avait couvert le pauvre : il s’entendit commander de regarder 'le Seigneur et la robe qu’il avait donnée : et bicntAt, au milieu d’une multitude d’anges, il entendit Jésus dire à haute voix : « C’est Martin , encore

0 catéchumène, qui m’a revêtu de cette tunique »

Ce dévouement simple des vertus chrétiennes, <lans un temps où la corruption de Rome et la férocité des Barbares occupaient la scène du monde, inspire un respect qu’aucune fable ne saurait détruire , et méritait d’étre consacré par le génie de Lesueur. Ce génie simple, grave et plein d’une sensibilité profonde, s'élevait sans effort à la hauteur des souvenirs les plus augustes et des sentiments les plus touchants. > Peu de tableaux sont, aussi parfaitement que celui qui nous occu]>e, en harmonie avec leur sujet et les idées qui s’y rattachent. Le saint, debout devant l’autel, s’occupe exclusivement des fonctions qu'il vient de remplir; rien ne le distrait et ne le trouble ; tout entier à sa piété, plongé dans le recueillement, il adresse ses prières au Dieu qui lui témoigne avec tant d’éclat sa satisfaction : le prêtre placé derrière lui contemple avec une admiration pieuse le globe de feu ; la sainte hile, à genoux devant les marches de l’aulel , se livre à la même contemplation ; toutes ces figures sont calmes, recueillies; rien n’annonce le moindre étonnement; tout indique une religieuse confiance : jamais miracle n’a été opéré devant

• Sulpicii Severi de Yita B. Martini liber;- c. 2, p. 488. C’est de Is cape de saint Martin de Tours, reKqne prédeuse, que tes rois Enucs portaient toujours avec eus, qu'est venu te nom de chapelle, donné d'abord h la chambre où l'on ofliciait devant eus , et ensuite aux petites églises particulières. (Voyez Du Cange, Gloetar., V. eapa, eapeHa, eofeUantu.)

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des fidèles plus convaincus de la présence de leur Dieu, plus disposés à recevoir avec une foi pleine d’abandon les preuves les plus merveilleuses de cette puissance. On sent que la tranquillité qui règne dans le temple, au moment de la cérémonie sainte, est aussi dàns tous les cœurs. 11 n’est pas jusqu’à la ressemblance de quel* ques-unes des tètes et de leur expression qui n’ajoute à l’effet de la scène ; il semble que tous soient également pénétrés du même sentiment qui , bannissant toute autre idée, donne à leurs traits le même caractère et la même intention à leur physionomie. Nul peintre n'a su, mieux que Lesueur, faire tendre ainsi vers un but unique toutes ses figures, et remplir en quelque sorte tout son tableau de la pensée qu’il voulait peindre.

Que de grâce dans les détails ! que de beauté dans ces deux jeunes filles agenouiUées de profil ! Les draperies sont disposées avec une élégance noble et facile qui n’a point l’air de l’arrangement, quoique sa perfection ne se rencontre jamais dans la réalité : l’intelligence la plus exercée a réglé l’ordonnance de ces figures qui remplissent le tableau sans la moindre apparence de désordre et de confusion : le goût le plus pur a présidé à leur ajustement; la sensibilité la plus douce a répandu sur toutes ces têtes cette sérénité bienheureuse. Une exécution gracieuse et légère ajoute encore à ces mérites de la pensée, et fait de cette auguste scène un des

«uvrages de ce grand maître devant lesquels on s’arrête

avec le plaisir le plus complet.

Ce tableau avait été peint pour les religieux de l’abbaye de Marmoutiers, fondée par saint Martin, à une demi-lieue de Tours, vers la fin du quatrième siècle.

PROPORTIONS

Hauteur, 1 mètre 13 centim. =: 3 pieds S pouces 8 lignes. 923. Largeur, » — 81 — =2 — 3 — il — 68.

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