HUMIDITÉ
Malgré l'assertion contraire de beaucoup d'auteurs qui, sur ce point comme sur tant d'autres , se sont copiés, il n'est pas démontré que l'humidiié soit une cause bien réelle de scrophules. S'il est généralement vrai que les écrouelles sont très-communes dans les pays humides, il n'est pas moins certain qu'elles sont quelquefois très-répandues dans des contrées fort sèches. Ajoulonsqu'il existe beaucoup de lieux humides où elles sont à peine connues. Je pourrais à cet égard citer plusieurs villages très-humides du déparlement de la Somme , où la maladie scrophuleuse est rare : je me bornerai à parler de Boves qui se trouve bâti au milieu d'un immense marais, dans une anse formée par la réunion de deux rivières : il est en outre traversé
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par trois ruisseaux d'eau courante et environné de nombreux étangs et canaux. ]l y rè(jne fréquemment des brouillards très-épais. Une partie des habitans travaille toute l'année dans les marais , soit au blanchiment des toiles, soit à l'extraction des tourbes, à la récolte des foins , etc. Une autre partie se compose d'un grand nombre de blanchisseurs et blanchisseuses de linge qui sont presque continuellement sur le bord des rivières ou dans des chambres très-humides. On rencontre à Boves très-peu de scrophuleux : il en est de même de plusieurs villages voisins placés dans des condilions d'humidité presque semblables.
Il ne faut pas aller bien loin , pour faire une remarque entièrement opposée. A deux ou trois lieues de là, dans une vaste plaine élevée de plus de cent pieds audessus du fond de la vallée, on trouve plusieurs villages qui manquent fréquemment d'eau j un ou deux puits très-profonds doivent fournir à la consommation de tous les habitans , et une mare peu étendue, souvent desséchée par les chaleurs de l'été, sert à abreuver les animaux. Rien n'est moins humide que ces villages, et cependant la maladie scrophuleusc est très-répandue dans quelques-uns. Je sais bien que dans un pays fort sec les habitations peuvent être humides : mais est-il rationnel d'admetlre que celte humidité sera nuisible, tandis que l'humidiié beaucoup plus grande, beaucoup plus générale des autres lieux ne le sera pas? on ne serait pas tombé dans cette conlradiclion , si on eût fait attention aux causes d'insalubriié qui accompagnent presque toujours l'humidité des habitations : je veux parler du défaut de lumière, de l'élroilesse des chambres, de la difficulté que rencontre le renouvellement de l'air.
Considérées isolément, la température et l'humidité
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n'ont point d'action, comme l'on voit, sur la naissance des écrouelles : voyons si la réunion de ces deux circonstances a une influence différente. Il est constant que les scrophules existent en bien plus grand nombre dans les pays froids et humides , dans ceux où des nuits froides succèdent à des jours très-chauds , dans ceux encore où surviennent des variations brusques et fréquentes dans la température et l'humidité de l'atmosphère. On a imap,iné plusieurs théories pour expliquer le mode d'action de l'air froid et humide. Suivant quelques auteurs, il supprime la transpiration, ralentit le cours des humeurs qu'il épaissit en même temps , détermine une diathèse séreuse : suivant d'autres auteurs, il entretient dans toute l'économie un engourdissement, une torpeur qui rendent l'action organique , le travail nutritif, par conséquent, toujours languissant et imparfait. Les tissus deviennent mous, s'étiolent, s'abreuvent de liquides mal élaborés , etc. , etc.
Avant de bâtir des théories qui n'expliquent rien , il eût été nécessaire de bien s'assurer si, dans les pays où règne une température froide et humide, c'est à la température qu'est due la fréquence de la maladie scrophuieuse. Les considérations suivantes me paraissent dénature à jeter le plus grand doute sur ce point, sinon à détruire complètement l'opinion généralement admise à cet égard.
L'air froid et humide agit indistinctement sur tous les habitans d'une contrée , d'une ville, et cependant tous lés lieux de cette contrée, tous les quartiers de celte ville , ne présentent pas de scrophuleux dans une égale proportion. A Londres, par exemple, il existe un quartier appelé Spitalficid, quartier habité par les artisans et les pauvres. La population entière de ce quartier est atteinte de scrophules. On n'y voit que petits hommes,
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chélifs , étiolés, malades , difformes, aussi peu semblables aux Londoniens de l'autre côté de la ville, ffue le Lapon haut du quatre jjiuds no ressemble à V j4 inéricain géant. Le jeune homme de vingt ans parait en avoir quarante. On ne rencontre pas un vieillard qui ne soit mutilé, contourné, qui ne réunisse à la décrépitude de l'âge quelque difformité repoussante; ce ne sont que bossus à épaules rondes , monstres aux jambes arquées et aux longs bras. Là une épine dorsale droite est une merveille, un homme qui a plus de cinq pieds est un géant. A côté de Spilalfield se trouve un autre quartier nommé White-Chapel , où on ne voit que de grands drôles, vigoureux et bien bâtis. La même température, une température le plus souvent froide et humide, règne cependant dans les deux endroits. C'est donc à une autre cause qu'il faut rapporter l'immense différence que l'on observe dans la santé des habitans. On ne conservera aucun doute, si l'on fait attention que Spilalfield est séparé de la Tamise par d'autres quartiers qui par conséquent doivent être plus humides , où cependant la maladie scrophuleuse est infiniment moins commune.
Dans les contrées froides et humides, ce n'est pas toujours dans les lieux où les conditions défavorables de l'atmosphère existent à un plus haut degré , que l'on rencontre le plus grand nombre de scrophuleux. On se rappelle ce que je viens de dire , à l'occasion de l'humidité , sur plusieurs villages de la Picardie.
Les occupations des paysans ne sont pas les mêmes , et sous ce rapport il existe souvent une grande différence de village à village. Les uns sont employés presque toute l'année aux travaux des champs : ou bien leur profession s'exerce toujours à l'air libre : quoiqu'ils se trouvent, continuellement exposés à toutes les intempéries de l'air, au froid et à l'huraidité par conséquent,
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ils sonl très-rarement atleinis de scrophules. Les autres , au contraire, travaillant à un métier qui les oblige d'être constamment renfermés, qui les soustrait par conséquent à toutes les vicissitudes atmosphériques, deviennent très-fréquemment scrophuleux. A la vérité, leur habitaiion est souvent humide : mais l'homme qui travaille aux champs n'en a pas une meilleure, et après avoir élé mouillé durant toute la journée, il n'est point placé dans des conditions plus favorables que les autres pendant la nuit.
La maladie scrophuleuse est généralement plus répandue parmi les femmes que parmi les hommes : la nature des occupations du sexe expose cependant bien moins aux intempéries de l'atmosphère. Cette observation peut s'appliquer aux enfans. Ce sont les plus sédentaires, ceux qui s'éloignent le moins de la maison, qui par conséquent sont moins exposés au froid et à l'humidité, qui deviennent le plus souvent scrophuleux. On a fait la remarque que les scrophules, assez fréquentes parmi les animaux domestiques , ne s'observent jamais chez les animaux sauvages : et cependant ces derniers sont bien plus exposés que les autres à toutes les intempéries de l'air, au froid, à la pluie, etc. Je puis ajouter que sous le rapport de la nourriture et de la propreté, les animaux sauvages sont beaucoup moins bien partagés que les animaux domestiques.
De tout ce qui précède, on est , je crois, autorisé à conclure que le froid et l'humidité n'ont aucune influence directe sur la production des scrophules.
Une température habituellement froide et humide prédispose bien certainement à plusieurs maladies, aux rhumatismes et aux catarrhes, par exemple. Si, pour s'en préserver, on a recours à des précautions mal entendues, il pourra se faire qu'on se place dans des
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conditions qui amèneront le développement d'un autre genre d'affection : cela arrive fréquemment, La crainte du froid et de l'humidité fait construire des habitations petites et bien closes. On s'y tient renfermé le plus possible. Le renouvellement de l'air a lieu d'autant plus difficilement, que le redoutant beaucoup , on s'y oppose continuellement en n'ouvrant jamais les croisées, lorsqu'il en existe, et en maintenant la porte toujours fermée. On parvient souvent, à la vérité , à éviter les rhumatismes et les catarrhes ; mais la respiration continuelle d'un air vicié, altéré dans la proportion respective de ses principes consiituans , fait naître la maladie scrophuleuse 5 et celte maladie fait des progrès d'autant plus rapides, que, faussement attribuée à l'air froid et humide, on redouble de précautions pour se soustraire à l'influence d'une pareille température, on augmente, par conséquent, la véritable cause du mal.
Dans l'appréciation des causes de la maladie scrophuleuse , on s'est toujours arrêté à la superficie. Une circonstance venait-elle h frapper les sens, on lui attribuait tout le mal , sans se donner la peine d'examiner si on était ou non dans le vrai. L'idée qu'on pouvait se tromper ne se présentait pas à l'esprit. 11 me serait facile d'en fournir de nombreuses preuves. Je me bornerai à ciler les suivantes :
« On ne peut douter un instant, dit S. Cooper, que le climat n'exerce une grande influence sur cette maladie, lorsque l'on réfléchit qu'il existe certaines contrées où la température est constamment chaude, et dont les habitans n'ont jamais été scrophuleux. " La température est la seule circonstance dont S. Cooper tienne compte. S'il est vrai , cependant , que partout on puisse devenir scrophuleux , que partout on puisse éviter de l'être, il faut qu'il y ait autre chose que la
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chaleur. Aussi., disons-le paravance, est-ce bien moins à la température chaude du climat, qu'à la manière de vivre, surtout en ce qui concerne les habitations, qu'il faut rapporter celte absence de scrophules. J'espère qu'il ne restera bientôt aucun doute à cet égard.
Envoyant devenir scrophuleux un grand nombre de Nègres transportés d'Afrique en Angleterre, on a accusé le changement de climat de donner lieu à la maladie. On n'a point vu autre chose. On n'a point eu égard aux modifications que ce changement apportait dans les vêtemens, la nourriture, l'habitation, le genre de travail, d'exercice , etc. Le changement de climat paraissait tout expliquer , et cependant si cette cause était réelle, on verrait la presque totalité des Nègres être atteints d'écrouelles , quelle que soit leur manière de vivre : ils n'y échapperaient que par exception. Or ce n'est pas ce qui a lieu. Le nombre de ceux qui continuent à se bien porter est beaucoup plus grand que celui des scrophuleux. Comment ne s'est-on pas souvenu, que pour devenir scrophuleux en Angleterre, il n'est pas nécessaire d'avoir changé de climat, puisque les indigènes le sont très-fréquemment.
Parmi les enfans qui, des Indes Orientales ou Occidentales viennent (!n Angleterre, il en est beaucoup chez lesquels les scrophules se développent. Les réflexions que je viens de présenter à l'occasion des Nègres, leur sont enlièrement.applicables : on verra tout Ji l'heure que dans les deux cas, la véritable cause du mal a été méconnue.
ALTÉRATION DE l'aIK.
L'air atmosphérique exerce sur l'entretien de la vie une influence de tous les instans , et l'on sait que la respiration ne peut pas être suspendue sans que la mort
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arrive protnptement. Cet air conlinuellement modifié, altéré par tout ce qui a vie , par la combustion , par les combinaisons de toute espèce auxquelles il participe, cet air est cependant composé partout des mêmes principes, et toutes les fois que rien ne gêne sa circulation, ces principes existent dans les mêmes proportions. Cela s'explique aisément par la couche immense qu'il forme autour de la terre, par son agitation continuelle, par les déplacemens considérables que les vents lui font éprouver. Mais lorsqu'il est isolé, séparé du reste de l'atmosphère, emprisonné pour ainsi dire, la proportion respective de ses principes conslituans ne tarde pas à être changée par la respiration : l'altération qu'il éprouve le rend de moins en moins propre à concourir à l'hématose, et ce pabiitunt i-ilœ , suivant l'expression si vraie, si profonde d'Hippocrate, devient un aliment de mauvaise qualité. Telle est la véritable cause, la seule cause peut-être, de la maladie scrophuleuse. Si on ne l'a pas toujours reconnue, cela tient à ce que l'on s'est arrêté à des circonstances qui frappaient plus fortement l'esprit, et qui paraissaient d'ailleurs suffisantes pour expliquer le mal, ou bien à ce que, dans l'appréciation des causes, on a complètement omis l'examen des conditions atmosphériques dans lesquelles se passent la plus grande partie du jour et toute la nuit. Mais avant d'appuyer cette opinion sur des considérations théoriques, faisons voir que partout où il y a.des scrophuleux cette cause existe, que partout où elle existe, il y a des scrophuleux, et que là où elle manque la maladie scrophuleuse n'est pas connue.
Le séjour habituel dans un air altéré, non suffisamment renouvelé n'est pas douteux à l'égard des habitans peu aisés des grandes villes, à l'égard de la classe ouvrière. \\ a été signalé par tous les auteurs. Dans les
grandes villes , disent Fournier et M. Begin , les quartiers bas, humides, resserrés, malpropres, où ne pénètrent jamais les rayons du soleil , et dont les maisons étroites renfurmeiit un grand nonihro d' individus ^ sont presque exclusivement peuplés de scrophuleux. J'ai observé, écrit le professeur Richerand , que le plus grand nombre de scrophuleux recusà l'hôpital St. -Louis, vient des quartiers de la Halle et de la cité ou du faubourg St. -Marceau. Assemblage de rues étroites où les rayons du soleil ne pénètrent qu'avec peine, ces quartiers présentent, entassés dans des maisons mal construites, une population nombreuse. M. Richerand remarque qu'aucune ville ne fournit plus de scrophuleux que Troyes en Champagne. « J'ignore, ajoute-l-il, quelles causes locales y multiplient à ce point les affections scrophiileuses. « On trouve ces causes dans la disposition des lieux , dans la manière de vivre des habitans. Toutes les rues de la ville sont très-étroites. Les ouvriers sont plutôt entassés que logés dans de mauvaises maisons, il existe beaucoup de tisserands qui passent leur vie dans des caves, beaucoup d'ouvriers qui sont employés aux filatures de coton , aux manufactures de draps , dans des ateliers trop peu spacieux pour le nombre d'individus qu'on y rassemble, dont l'air promptement vicié, est difficilement et rarement renouvelé.
La même cause d'insalubrité existe à Spitalfield , dont la population tout entière est entachée de scrophules. J'ai déjà dit qu'on ne pouvait pas en accuser la température froide et humide , puisqu'à côté , dans des quartiers plus rapprochés encore de la Tamise .et par conséquent plus humides , les écrouelles sont infiniment moins nombreuses. Ce qui les occasione à Spitalfield , c'est la disposition des maisons toutes trèsélevées, ayant jusqu'à huit étages, divisées en une
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raulliludc de petites cellules : C'est le séjour continuel qu'y font les ouvriers presque toujours courbés sur le métier à lisser la soie. L'air promptemenl vicié en raison du peu d'espace qu'il occupe, n'est jamais renouvelé en entier: il l'est d'autant moins que l'on craint davantage le froid et l'humidité. La vie se passe dans un air toujours altéré dans la proportion de ses principes consliluans : c'est à peine si les ouvriers en clianffcnt les dimanches et jours de féte qu'ils célèbrent ordinairement dans un espace de quelques pieds carrés, que l'on décore du litre de jardin, où assis devant une table, ils fument la pipe tout en buvant pour deux sols d'âle.
Il existe dans les grandes villes une classe d'habitans aisés parmi lesquels la maladie scrophuleuse est trèsrépandue. Je veux parler des marchands en boutique. Leur séjour continuel dans un air altéré , non suffisamment renouvelé n'est pas difficile à prouver. Ils ont presque tous des habitations très-resserrées , situées pour la plupart dans des rues étroites dont les maisons sont très-élevées. Us passent la journée dans une boutique ou une arrière-boutique souvent encombrée : cette dernière sert en outre de salle à manger et quelquefois de chambre à coucher. Les croisées, lorsqu'il en existe ne sont presque jamais ouvertes , et l'air ne peut guère se renouveler que par la porte ou la cheminée s'il y en a une. Durant la -nuit, les marchands dont il est question ne sont point placés dans des conditions plus salubres. C'est à l'entresol ou au premier étage qu'ils- couchent, ot leurs chambres sont toujours trèspetites relativement au nombre de personnes qui doivent y reposer. On n'y séjourne guère moins de huit heures et souvent davantage. Dans un lieu étroit et bien clos l'air s'altère rapidcracut , et le matin cet air
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doit présenter une notable différence dans la proportion relative de ses principes constituans, de l'oxigène , de l'azote et du gaz acide carbonique. Sous une pareille influence, les enfans deviennent promptement scrophuleux, et il n'est pas possible de se méprendre sur la véritable cause du mal , si l'on fait attention que ces enl^ans sont bien nourris, bien vêtus , tenus trèsproprement; que le plus souvent ils proviennent de parens qui, nés et élevés à la campagne, jouissent d'une belle santé , ne connaissent point de scropbuleux parmi leurs ascendans. On me fera peut-être observer que les enfans ne restent point toute la journée soumis à la respiration d'un air vicié; qu'ils sont fréquemment conduits dehors , à la promenade. Mais il se passe beaucoup de jours durant lesquels ils ne sortent point : il leur arrive bien rarement de rester dehors plus de quatre heures, et souvent le temps delà promenade est beaucoup moins prolongé. Ils sont donc renfermés au moins vingt heures sur vingt-quatre. Ainsi en admettant les suppositions les plus favorables, l'influence pernicieuse de l'habitation se fait encore sentir pendant les quatre cinquièmes de la journée.
Dans l'exposé des causes de la maladie scrophuleuse, peu d'auleurs ont fait mention des circohsiances hygiéniques au milieu desquelles les nuits s'écoulent. AVhite accuse bien le sommeil trop prolongé des enfans de déterminer les écrouelies : mais il ne veut parler que du sommeil lui-même et de tout ce qui peut le favoriser, comme l'action de bercer les enfans, de chanter pour les endormir , l'usage des opiacés. Kortumest, à ma connaissance, le seul auteur qui ait eu égard à l'état de l'air : maxime nocet somnus niiniuSf si in lecto sordido, madido , vel in cubiculo quod vitialus aer replet, capiLur. pag. 333. En effet , c'est bien
90 MAl,AniE SCROPHULECSE.
moins l'excès ou le défaut de sommeil , que la respiration d'un air altéré , qui devient nuisible. La respiration a lieu continuellement , ne peut pas être suspendue un seul instant. Plusieurs personnes réunies dans un espace étroit et bien fermé comme le sont les chambres à coucher, ne tardent pas à vicier grandement l'air, à changer les rapports de ses principes consiiiuans. La quantité d'oxigène diminue, la proportion relative d'azote augmente, de même que celle de l'acide carbonique, tandis qu'il s'y répand des miasmes plus ou moins nombreux. Pendant un séjour au lit de huit a dix heures, le poumon agit long-temps sur un air de plus en plus vicié. La respiration se fait incomplètement en ce sens que la transformation du sang noir en sang rouge est imparfaite et l'est d'autant plus que l'air contient une proportion moins grande d'osigèiie. On conçoit facilement qu'un sang mal revivifié doit exercer sur la nutrition une influence fâcheuse. C'est de là que naissent les scrophules.
Beaucoup d'enfans vivent au milieu des circonstances les plus défavorables à la respiration, quoiqu'apparlenant à des parens qui jouissent d'une honnête aisance et qui paraissent très-bien logés. On n'attache aucune importance au lieu où couchent ces enfans : il suffit qu'il y ait place pour le lit, et comme on se garde bien de le laisser voir aux étrangers, l'amour-propre n'a pas à en soulFrir.
On n'a jamais pu donner une raison satisfaisante du développement des écrouelles chez les enfans appartenant aux classes aisées, riches, chez des enfans bien nourris , recevant des soins de propreté convenables, demeurant dans un appartement grand, bien aéré, situé dans le quartier le plussalubre d'une ville. Comme on veut ordinairement tout expliquer, on a recours à
ÉTIOLOGIE. 91 des suppositions plus OU moins gratuites, dont un esprit sévère ne saurait se contenter : C'est ainsi qu'on attribue la maladie à un vice intérieur , d'autant plus caché qu'il serait impossible d'en démontrer l'existence, ou bien on remonte à deux ou trois {générations directes ou collatérales pour trouver quelque présomption d'héréditéj ou bien on soupçonne quelque maladie syphilitique qu'il faut encore reporter à une ou deux généralions, par l'obstination que les parens mettent à la nier, quand toutefois on n'aime mieux les accuser de mensonge.
Jusqu'à présent on n'a point songé à s'enquérir de l'étendue, de la disposition de la chambre à coucher, des soins que l'on prend de l'aérer, du temps qu'on y séjourne : C'est là cependant que l'on trouvera souvent la cause du mal. On passe la nuit dans une chambre étroite , hermétiquement close, dans une alcove dont on ferme soigneusement les rideaux ; on s'isole pour ainsi dire dans une atmosphère resserrée, respirant" durant huit à dix heures un air qui ne peut pas se renouveler et qui s'alière d'autant plus profondément que sa masse est moins considérable.
La manière dont on se place dans le lit mérite aussi la plus grande attention. II est des enfans qui ont l'habitude de se coucher sur le ventre , la face appliquée contre l'oreiller: d'autres en plus grand nombre, se placent entièrement sous les couvertures , de telle sorte que pendant toute la nuit, ils doivent respirer la petite quantité d'air renfermée avec eux. On comprend combien cet air doit être rapidement et profondément vicié, en raison de sa petiie quantité et de son isolement presque complet de celui de la chambre. La peur est souvent ce qui détermine les enfans ù se cacher de la sorte.
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Je fus consulté il y a environ un an pour un garçon âgé de dix ans qui avait autour du col plusieurs engorgemens scrophulcux et deux ulcères fistuleux à gauche. Ce garçon est né de parens bien portans , qui n'ont jamais eu la plus légère apparence de scrophules et qui assurent qu'aucun membre de leur famille n'en a jamais été affecté. Il a été élevé jusqu'à l'âge de sept ans dans la rue St-Denis, près le boulevard, jouant presque toute la journée dans une grande boutique continuellement ouverte, couchant seul dans une chambre trèsvaste, très-élevée, non humide , qui cependant ne recevait jamais les rayons du soleil. Il jouissait d'une bonne santé , lorsqu'il fut placé dans une pension à Saint-Maur. Ce ne fut qu'au bout de quinze mois qu'on vit se développer les tumeurs scrophuleuses. II était le seul des pensionnaires ainsi affecté. La cause de la maladie me paraissait bien obscure. Je le fis changer de pays, je le mis à l'usage des préparations d'iode, je recommandai qu'on le fit rester dehors la plus grande partie de la journée. Son étal s'améliora lentement.
Six mois plus tard, ayant des idées mieux arrêtées sur la cause des écrouelles , je fis de nouvelles questions sur les circonstances qui avaient pu les faire naître chez cet enfant. Je découvris alors qu'il avait la mauvaise habitude de dormir avec la tête cachée sous les couvertures : que cette habitude n'existait pas à l'époque où il fut mis en pension : mais qu'aujourd'hui elle était si forte que plusieurs fois pendant les vacances il avait failli périr asphixié sous les couvertures où on l'avait trouvé respirant à peine, enfoncéjusqu'aux pieds du lit. Je ne pus rapporter à une r.utre cause la maladie scrophuleuse dont ii était atteint, et ce qui m'a confirmé dans cette opinion, c'est "qu'à dater de ce moment où
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il fut surveillé pendant le sommeil, sa guérison , a fait des progrès beaucoup plus rapides.
Depuis long-lemps on a signalé les inconvéniens qui résultent pour les enfans de coucher avec des personnes âgées, des vieillards. Il arrive toujours alors que ces enfans dorment avec la icie dans le lit. 11 est impossible qu'il en soit autrement. Les couvertures soulevées par les épaules beaucoup plus larges de la personne âgée ne sauraient recouvrir celles de l'enfant s'il ne s'enfonce davantage dans le lit : c'est ce qu'il ne manque pas de faire ; il vicie promptement l'air qui l'environne et c'est la respiration de cet air vicié qui altère sa santé. On assure que les vieillards se trouvent très-bien de coucher avec des enfans : cela ne peut guère provenir quede la chaleur plus grande quileurestcommuniquée.
C'est parce que jusqu'ici on n'a pas attaché à l'altération de l'air toute l'importance qu'elle mérite, que le plus souvent on ne l'a pas reconnue. Lorsque l'on sera bien convaincu de l'influenceque cette allérationexerce sur la production desscrophules ,on parviendra toujours à la découvrir. Je dois signaler ici une circonstance de la vie des enfans à laquelle on no fait pas assez d'attention. Je veux parler de leur réunion pour l'élude. Il arrive fréquemment à Paris que les classes dans lesquelles on lesrassemble sont beaucoup trop basses, trop étroites relativement à leur nombre. La santé de plusieurs de ces enfans en souffre. Ils deviennent languissans , perdent de leur couleur et de leur embonpoint. Ou attribue ce changement à leur trop d'ardeur pour l'étude; d'autres fois on suppose de la jalousie , de mauvais traitemens. On ne soupçonne pas la véritable cause du mal , la respiration durant plusieurs heures chaque jour d'un air vicié par celte multitude de poumons qui y puisent l'oxigène. Si l'influence nuisible ne se fait pas