‹ Études sur les causes, la nature et le traitement de la maladie scrophuleuseChapitre 15 sur 44 · MALADIE SCROPlICLECSE · texte numérisé non relu

MALADIE SCROPlICLECSE

Rambuleau , à une diminution dans la proporlion relative de l'oxigène? ou bien ces deux causes réunies concourent-elles à la produire? si l'état de la science ne permet pas de donner aujourd'hui à ces questions nne solution absolue, espérons que les physiciens ne nous la laisseront pas attendre longtemps.

Le développement des écrouelles est constamment précédé par le séjour plus ou moins continuel , plus ou moins prolongé dans un air qui n'est pas suffisamment renouvelé. Cette cause est la seule que l'on rencontre toujours soit isolée, soit unie à des circonstances dont l'action est très-secondaire. En voyant la maladie scrophuleuse épargner des enfans nés de parens atteints de scrophules, de syphilis; des enfans d'un tempérament lymphatique, malpropres, mal vêtus, mal nourris, élevés dans un pays froid et humide ; en voyant celte maladie attaquer des enfans dont les parens et les aïeux ont toujours joui de la meilleure santé, des enfans d'un ■ tempérament sanguin , bilieux ou autre, placés sous le rapport de la propreté, des vètemens, de la nourriture dans les conditions les plus avantageuses, élevés dans un climat chaux et sec ; on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'hérédité, la sj'philis , le tempérament lymphatique, la malpropreté, l'insuffisance des vêteniens, la mauvaise nourriture, l'air froid et humide ne soient des circonstances insuffisantes par elles-mêmes pour faire naître les scrophules.

Lorsqu'on voit au contraire celte maladie ne jamais attaquer les personnes qui passent leur vie à l'air libre; se manifester toutes les fois que l'on séjourne dans un air qui n'est pas convenablement renouvelé, quelles que soient d'ailleurs dans les deux cas, les circonstances relatives à l'hérédité , au virus syphilitique, au tempérament, à la propreté , aux vètemens, à la nourri-

ÉTIOLOGIE. 115

turc , au climat, n'esl-on pas Forcé de convenir que le non renouvellement de l'air est une condition nécessaire, indispensable à la production des scrophuies? si celte cause n'a pas toujours été reconnue , signalée, cela tient à l'importance beaucoup trop grande que l'on accorde aux causes secondaires : dès que l'on a constaté l'existence de ces dernières, on se croit suffisamment éclairé sur la source du mal : au grand détriment des malades, dont la guérison renconire des difficultés et des lenteurs inexplicables , on ne pousse pas ses recherches plus loin. Toutes les fois qu'il y a maladie vraiment scrophuleuse , si l'on examine avec attention , on découvrira, comme cause, l'altération de l'air. Il n'est pas nécessaire , je dois le répéter, que le séjour dans un air vicié ait été continu. Il arrive souvent qu'il a lieu seulement pendant quelques heures chaque jour: c'est ainsi qu'on peut habiter le pays le plus sain , passer à l'air libre la plus grande partie de la journée et cependant devenir scrophuleux parce que l'on couchera dans un lieu étroit où l'air ne peut pas être renouvelé. C'est le cas de beaucoup de bergers. On a attribué la fréquence des scrophuies chez eux aux intempéries de l'air, aux vicissitudes atmosphériques , à l'humidité. Je me suis expliqué plus haut sur la valeur de ces circonstances. On n'a pas fait attention qu'ils passent les nuits dans une cabane étroile , qu'ils transportent partout où ils vont, et qui les garantit de l'humidilé : celle cabane communique avec l'extérieur par une petiie porte qu'ils ferment exactement dès qu'ils y sont entrés, qu'ils tiennent également fermée pendant le jour. Six à huit heures passées dans un air altéré chaque jour et qu'aucun courant ne vient jamais renouveler, telle est la véritable cause de leur maladie. J'ai parlé de la mauvaise habitude de dormir avec la tète

1 10 MALADIE SCROPHUI.EUSE.

SOUS les couvertures , de l'insalubrité des classes où l'on rassemble un nombre considérable d'enfans. La répétition continuelle de ces circonstances est souvent une cause suffisante des scrophules , quoique leur durée ne soit que de quelques heures chaque jour.

Tout en conicstanl aux causes secondaires le pouvoir de faire naitre par elles-mêmes la maladie scrophuleuse; tout en reconnaissant que , seules ou réunies entre elles, ces causes sont impuissantes à la produire, je ne puis nier qu'elles ne soient capables de favoriser le développement elles progrès des scrophules, soit en diminuant la résistance de nos organes à l'action de la cause nécessaire , indispensable , de l'altération de l'air, soit en rendant cette altération plus rapide et plus profonde.

L'hérédité donne lieu à une prédisposition spéciale , à un état des liquides et des solides semblable à celui desparens, état qui constitue un premier degré, un commencememt du mal. Aussi placez dans des circonstances atmosphériques également vicieuses , deux enfans de même âge et de même sexe, dont l'un devra le jour à des parens scrophuleux , tandis que l'autre proviendra de personnes saines; élevcz-lesabsolument de la même manière. Le premier deviendra scrophuleux beaucoup plus rapidement el plus profondément que l'autre. Il pourra m jme se faire que la maladie soit très-apparente chez l'un , tandis que l'autre n'en présentera encore aucune trace. J'ai dit que des enfans sont nés quelquefois avec des écroucllcs non douteuses.

Il paraît que le tempérament lymphatique prédispose également aux écrouelles. Mais cela a lieu bien plutôt en raison de la lenteur avec laquelle toutes les fonctions s'exécutent, de l'apathie, de l'éloignemcnt pour toute

ÉTtOIOGIE. 117

espèce d'exercice, que par rapporta une prétendue ressemblance entre le tempérament et la maladie ellemême, à une ressemblance qui n'existe pas. Il n'y a dans celle prédisposilion rien de spécial. Il en est de raérae pour tout ce qui affaiblit la conslilulion , pour tout ce qui diminue la résistance des organes à l'action des agens extérieurs. Un enfant peut avoir une constitution faible parce qu'il sera né de parens trop jeunes ou trop vieux, parce que sa mère aura éprouvé quelque accident pendant sa grossesse. Cet enfant sera prédisposé aux écrouelles. L'éliolement que détermine l'habitation d'un lieu privé de lumière, la débilitalion occasionnée par un froid continu, par une maladie longue , une convalescence difficile , par l'emploi prolongé et souvent répété du mercure et de ses diverses préparations, par la masturbation, l'abus du coït, par une fatigue musculaire excessive, etc., etc., sont autant de circonstances qui prédisposent aux scrophules , comme elles prédisposent à beaucoup d'autres affections. Ainsi que je viens de le dire, elles diminuent la résistance des organes à l'action desagens extérieurs : et suivant que tel ou tel de ces agens se fera sentir , on verra se développer telle ou telle affection. Il n'y a, je le répète, rien de spécial dans la prédisposition .

On range communément une nourriture insuffisante parmi les causes des scrophules. Tout au plus cette cause agit-nlle comme celles que je viens d'énumérer. On est forcé d'accorder peu d'influence à une mauvaise alimentation quand on voit la maladie se développer également sur l'enfant que l'on nourrit avec des alimeus de bonne qualité et sur celui qui vit de substances peu riches en principes alibiles. On admet généralement deux espèces bien distinctes de scrophules : la scrophule vulgaire ou sporadique, que l'on désigne encore

118 MALADIE SCROPflULEUSE.

SOUS le nom de scrophule des villes ; et la scrophule endémique, scrophule des villageois. Personne n'en a mieux exposé les caractères que le professeur Alibert. Scrophule vulgaire. « C'est le nom que lui a donné Warlhon , et Je l'adopte d'autant plus volontiers qu'il exprime la fréquence extraordinaire de cette maladie qui ravage aujourd'hui nos grandes villes. On la reconnaît surtout à l'engorgement des glandes cervicales, qui a lieu principalement dans la première enfance. Les scrophuleux sont remarquables par la tuméfaction du nez et de la lèvre supérieure; leur teint est fleuri, leur peau blanche, fine et d'un aspect luisant; leurs joues sont d'un rouge vif et vermeil ; mais cette couleur est circonscrite et contraste quelquefois avec la couleur pâle et blafarde, du reste du visage. Ils ont les yeux bleus, la pupille dilatée, les cheveux blonds, le col court, la mâchoire inférieure Irès-large , ainsi que la tête, les chairs molles, le bas-ventre gros et volumineux, etc. Leurs facultés intellectuelles sont énergiques et souvent très-élendues. Scrophule endémique, u Elle n'existe guère au sein des villes. C'est la scrophule des pauvres villageois qui luttent sans cesse contre la privation des choses les plus nécessaires à la vie. On n'observe point ici ce teint fleuri et rosé, celle peau blanche et transparente qui caractérise la scrophule vulgaire , ni cette turgescence cellulaire, cet embonpoint, qu'on croirait appartenir à un état de santé parfaite. Les individus atteints de la scrophule endémique ont le visage bouffi, œdémateux , les lèvres épaisses; la sclérotique bleuâtre comme dans la scrophule vulgaire ; mais leur face est communément hâve, flétrie et décolorée; leur peau est d'une teinte sale et comme terreuse; elle est en outre flasque, molle, pendante et absolument dépourvue de la faculté contractile. Us vivent dans une

ÉTIOLOGIE. 119 apathie el une tristesse habituelles; on en trouve même qui sont dans un état voisin de l'imbécillité. Nulle activité dans leurs travaux, nulle énergie dans leurs actions ; il y a une langueur extraordinaire dans toutes les fonctions assimilatrices. » Nosologie naturelle , page 442.

La diÉFérence de l'alimentation chez les habitans des villes et chez les pauvres villageois me parait être la cause de la différence que l'on observe dans l'apparence extérieure de la scrophule vulgaire et de la scrophule endémique. Chez les citadins, les alimens peuvent bien n'être pas toujours de très -bonne qualité ; mais ils sont riches en principes réparateurs. Les pauvres paysans , au contraire, usent d'alimens très-peu nourrissans, et le plus souvent ils ne peuvent s'en procurer qu'une quantité tout-à-fait insuffisante. Dans un cas il y a abondance, dans l'autre il y a disette des matériaux de la nutrition. La nature de la maladie est toujours la même ; elle exerce sur l'élaboration des principes nutritifs une influence semblable : mais , je le répète, chez les habitans des villes, il y a quantité suffisante pour fournir à la réparation et à l'accroissement du corps; quelquefois même il y a surabondance : chez les villageois, il y a insuffisance. Cela explique pourquoi dans les villages on rencontre quelquefois la scrophule vulgaire. Toujours elle s'observe chez les enfans des paysans aisés, lorsqu'ils sont nourris suffisamment : cela explique encore pourquoi dans les villes, on voit parfois des enfans qui ont tous les caractères de la scrophule endémique. C'est surtout quand il y a altération profonde des organes digestifs. Les alimens n'étant pas digérés, quelque abondans, quelque nourrissans qu'ils soient , la nutrition doit languir et languit en effet de la même manière que quand les malades ne peuvent pas s'en pro-

120 MALADIE SCBOPnULECSE.

curer. La scrophule vulgaire et la scrophule endémique reconnaissent la même cause ; aussi leur nature est-elle identique. Leur différence tient à une circonstance accidentelle, lout-à-fait indépendante de la maladie scrophuleuse elle-même , à l'alimentation qui suivant qu'elle est abondante ou insuffisante donne à cette maladie une physionomie toute particulière. L'observation démontre que l'usage d'alimens sains et substantiels n'est pas plus efEcace pour prévenir la maladie scrophuleuse, qu'une nourriture insuffisante et de mauvaise qualité n'est capable de la faire naître.

Parmi les causes que j'appelle secondaires, il en est une qui agit tout à la fois en diminuant la résistance de nos organes à l'action de la cause essentielle , de l'altération de l'air, et en favorisant celte altération , en la rendant plus rapide, plus profonde. Je veux parler de l'humidité, qui peut être accidentelle, locale, passagère, ou dépendre du climat, être permanente.

L'eau réduite à l'état de fluide élastique, l'eau en vapeur a une densité moins grande que celle de l'air , elle doit donc en augmenter le volume dans un rapport plus grand que la masse. Aussi trouve-t-on dans un espace déterminé , une quantité d'air atmosphérique beaucoup moins grande lorsque cet air estchargé d'humidité que quand il est sec. Une partie de cet espace est occupée dans le premier cas par de la vapeur d'eau. La respiration s'cxécutant sur une masse d'air moins considérable doit, par conséquent, dans un temps égal, faire éprouver une altération bien plus rapide, bien plus profondeà l'air humide qu'à l'air sec. A la vérité , il entre dans les poumons à chaque inspiration moins d'air humide qu'il n'entrerait d'air sec : mais comme la quantité d'oxigène nécessaire à une hématose complète ne varie point , il arrive alors que la respiration

devient plus fréquente. L'équilibre est ainsi maintenu pendant quelque temps. Mais il est des limites que la fréquence de la respiration ne peut dépasser , tandis que rien ne borne l'altération de l'air. Bientôt vient le moment où il n'abandonne au sang qu'une quantité d'oxigène insuffisante : ses effets nuisibles se font alors sentir.

Lorsque l'on habite un climat toujours très-bumide, les effets sont semblables à ceux que je viens d'indiquer, même lorsque l'on demeure souvent à l'air libre , lorsque l'on est grandement logé le jour et la nuit. La respiration ne saurait rester toujours accélérée : de même qu'elle a des limites pour sa fréquence , de même aussi cette fréquence a des bornes pour sa durée. Au bout d'un temps variable et qui n'est jamais très-long, elle revient à son état normal : la quantité d'air atmosphérique qui pénètre alors dans les poumons étant insuffisante, l'hématose se fait nécessairement d'une manière incomplète.

Ce n'est pas seulement sous ce rapport que l'humidité est nuisible à la santé. Les poumons sont, comme on sait , des organes d'excrétion , d'une excrétion abondante. L'air expiré entraîne une quantité plus ou moins considérable de vapeur aqueuse , qui constitue la perspiraiion puImonai^e. Si cet air est saturé d'humidité avant de pénétrer dans les poumons , il ne pourra se charger de la vapeur qui doit être rcjetée au dehors. La présence de cette vapeur dans le sang influera nécessairement d'une manière désavantageuse sur ses qualités ; car il n'est pas certain qu'elle soit expulsée en entier par une autre voie d'excrétion. En devenant nuisible à l'économie , elle diminuera la résistance que les organes peuvent opposer à l'altération de l'air; elle favorisera le développement des scrophules.

122 MALADIE SCROPHCLF.USE.

Telle est, ce me semble , l'explicaiion la plus ralionnelle de la fréquence des écrouelles dans les climats et les lieux habituellement très-humides : elles y sont nécessairement endémiques; et les précautions que l'on prend pour se préserver de l'humidité ont souvent pour effet d'accélérer l'apparition , ou d'augmenter l'intensité de la maladie.

Page 1