‹ Études sur les causes, la nature et le traitement de la maladie scrophuleuseChapitre 17 sur 44 · MALADIE SCROl'HULEliSE · texte numérisé non relu

MALADIE SCROl'HULEliSE

phuleusc, dit Thomson , imprime habituellement un caractère plus ou moins chronique aux affections inflammatoires locales; et cette circonstance rend souvent difficile, dans la pratique, de déterminer si la forme et la durée des maladies dépendent de l'inflammation proprement dite, ou d'une certaine espèce et d'un certain degré de diathèse scrophuleuse qui existe dans la constitution. » Traité de l'infl. p. 120. Chez les scrophuleux, l'inflammation a souvent une marche lente . irrégulière; elle passe fréquemment à l'état chronique, se propage à toutes les parties voisines, appelle un dépôt de matière tuberculeuse rassemblée en masses plus ou moins considérables, ou disséminée dans les tissus. Cette marche de l'inflammation appartient aux su jets scrophuleux , aux individus qui , pendant un temps plus ou moins long, ont séjourné dans un air mal renouvelé, comme une inflammation aiguë, franche, allant rapidement vers la résolution ou la suppuration appartient aux personnes robustes et saines.

Une contusion violente donne lieu à une ecchymose ou à un throrabus. Si le sujet blessé est d'une bonne constitution , le sang est ordinairement résorbé , et lorsqu'il survient de l'inflammation, de la suppuration, la guérison se fait le plus souvent avec rapidité. Chez l'enfant de M. J*'*. une forte percussion à l'avant-bras amena le développement d'une énorme tumeur scrophuleuse qui résista à tous les moyens et nécessita l'amputation. L'inflammation n'avait ici rien de spécifique; mais elle existait chez un enfant d'une constitution scrophuleuse, dont toute l'économie avait, par conséquent, éprouvé une modification particulière. Cette modification de l'économie imprima seule à l'inflammation la marche qu'elle suivit et les résultats si graves qu'elle eut. « Par tous les moyens que vous pourriez

NATURE ESSENTIELLE. 148 inventer, vous auriez beau tourmenter artificiellement ces corps gaiiglionairesqui distinguent le système lymphatique , vous ne viendriez point à bout de produire des scrophules. îl faut certainement pour donner lieu à de tels phénomènes, une prédisposition vicieuse, une ahération particulière des fluides et des solides. » ^libert.

On voit que tout ce qui a rapport au développement , à la marche de la maladie scrophuleuse peut s'expliquer très-bien par les lois ordinaires de la vie ; et sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucune supposition exceptionnelle , contraire à ces lois. Jusqu'à présent il n'a été question que de l'air atmosphérique, des changemens qu'il éprouve dans la proportion relative de ses principes coustituans. Mais on doit aussi , ce me semble , tenir compte de l'état des poumons , de leur vitalité, de la perfection plus ou moins grande avec laquelle ilsremplissent leurs fonctions. Ces organes ne sont point passifs dans l'acte de l'hématose. Pour que celle-ci s'opère , il ne suffit pas que l'air se trouve en contact avec le sang , il faut encore une action spéciale du poumon: c'est ce qu'ont démontré d'une manière péremptoire les expériences faites sur les nerfs de la huitième paire ; c'est ce qui résulte encore de plusieurs analyses de l'air expiré peu de temps avant la mort. Or il peut arriver par quelque circonstance innée ou acquise que ;l'influence nerveuse soit gênée ou affaiblie . que par suite, malgré la pureté de l'air, l'hématose soit incomplète. Peut-être doit-on rapporter à l'énergie plus ou moins grande de l'action des poumons les effets différens que l'on observe chez plusieurs individus soumis aux mêmes influences atmosphériques , tels que, par exemple , le développement plus ou moins prompt, la marche plus ou moins i-apide des scrophules chez chacun d'eux.

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Quoique je ne possède , quoique je ne connaisse à cet égard aucun fait positif, le raisonnement ne permet pas de douter que les choses puissent se passer autrement. Il est une remarque importante à faire relativement aux lésions , aux altérations qui rendent les poumons impropres à l'hématose dans une étendue plus ou moins considérable. Si l'on voit rarement ces lésions , ces altérations donner naissance aux écrouelles , c'est qu'alors la nutrition languit. Le mouvement de décomposition l'emporte sur celui de composition qui souvent est tout-à-fait nul. L'amaigrissement qui survient prouve qu'il n'y a point remplacement des molécules éliminées. Il en résulte la faiblesse, la détérioration du corps , le marasme : mais tant qu'il n'y a point substitution aux parties qui s'en vont , d'élémens nutritifs d'une mauvaise qualité, d'une qualité particulière, il ne peut y avoir développement de la maladie scrophuleuse. Cette maladie ne doit , ne peut survenir que quand la lésion des poumons , assez considérable pour influencer défavorablement l'hématose, ne suffit pas cependant pour amener l'amaigrissement , le marasme.

Si les théories nombreuses proposées jusqu'à ce jour n'ont pas eu d'influence avantageuse sur le traitement des scrophules, c'est qu'aucune de ces théories ne repose sur une connaissance exacte des causes. Nisi consulueris anieccdenii cattsœ quœ fovct morhxim, opérant perdis, dit J. Riolan. de strumis, p. 665. Loin que l'on ait tenu compte d'un précepte si vrai , on a totalement négligé les causes, pour s'occuper de suppositions plus ou moins ingénieuses, plus ou moins en harmonie avec les doctrines médicales régnantes. Je ne m'arrêterai pas sur la pituite et sur les diverses altérations que lui reconnaissaient Hippocrate, Galien, Vésale, Fallope, Paré, Duret, Donatus, R. Mead, etc., etc. Ce n'est que

comme souvenir historique qu'il peut en être Fait mention de nosjours. Mais l'existence de la lymphe n'est point hypothétique. Combien de théories ne reposentelles pas sur son épaississement, sa viscosité, son âcreté, son acidité, son alcalisation, etc., sans que jamais on ait songé à démontrer directement la réalité de ces prétendus vices ? On ne s'est même pas donné le soin d'étudier, de rechercher quels sont les caraclères de la lymphe dans l'état de santé : mais les ganglions lymphatiques sont le siège le plus fréquent d'engorgement : donc la lymphe est trop épaisse et ne peut les traverser : ou bien la transpiration des scrophuleux exhale souvent «ne odeur aigre, donc la lymphe est acide : ou encore, le pus qui s'écoule d'un ulcère scrophuleux irrite les parties sur lesquelles il séjourne, donc la lymphe est acre, etc. etc. Quelques auteurs ont fait naître de la lymphe altérée un virus particulier qui en se fixant sur tel ou tel point de l'économie, y développe les symptômes de la maladie scrophuleuse : les uns prétendent que ce virus est acide ; d'autres affirment qu'il est alcalin . Peu importe qu'on ne l'ait jamais vu, qu'on n'ait jamais pu le transmettre, le reproduire par inoculation : il se prête mieux que toute autre théorie à l'explication de la marche et du développement des scrophules , des circonstances bizarres en apparence qu'elles présentent quelquefois : donc il existe.

Telle est la logique qui a présidé à la formation des théories humorales. Les solidisles n'ont pas mieux raisonné. Les ganglions lymphatiques sont souvent le siège des écrouelles : donc la maladie appartient exclusivement au système lymphatique. Ces ganglions s'engorgent; donc il y a faiblesse, atonie, relâchement. Mais l'absorption est facile, rapide : donc il y a activité plus grande, vitalité augmentée des bouches absor-

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bantes et faiblesse des vaisseaux. Toutes les fois qu'un système d'organes est très-développé, on doit en conclure qu'il est plus énergique, plus fort, plus vivant : la maladie scrophuleuse attaque de préférence les sujets doués d'un tempérament lymphatique : donc elle tient à la prédominance d'action du système lymphatique. Peu importe qu'elle se développe fréquemment chez des sujets d'un tempérament sanguin ou bilieux; peu importe qu'elle exerce souvent ses ravages ailleurs que sur le système lymphatique, sur les os, par exemple, ou sur la peau, les membranes muqueuses : peu importe que la prédominance lymphatique diminue, pour disparaître bientôt entièrement à mesure que le mal fait des progrès; on néglige tout ce qui contredit la théorie favorite : on croit qu'en omettant d'en parler, cela devra ne pas exister.

, Je ne me laisserai point aller au désir d'expliquer en quoi consiste la viciation de l'hématose, quelles sont les modifications qui en résultent dans la composition du sang, dans la proportion relative de ses principes constituans, quels changemens apporte dans la composition de nos humeurs, de nos tissus, leur réparation faite avec un sang qui ne possède pas toutes les qualités qu'il doit avoir. Je ne pourrais proposer là dessus que des hypothèses plus ou moins plausibles. S'il est permis d'espérer que l'on parviendra un jour à en donner une explication satisfaisante, on est forcé de convenir que la science ne possède pas aujourd'hui les élémens nécessaires à la solution du problème. Cette solution paraît devoir exercer sur la thérapeutique des scrophules une influence dont on ne saurait calculer toute l'étendue. Mais si l'appréciation que je viens de faire des causes de cette maladie, est vraie, il en découle un résultat de la plus haute importance pour sa pro-

phylaxie et sa curation, savoir : la possibilité de la prévenir dans le plus grand nombre des cas, de la rendre aussi rare qu'elle est iréquenle : Le moyen d'assigner des règles certaines à son traitement, de faire cesser l'empirisme qui préside à l'administration des remèdes dits anli-scrophuleux , de mieux apprécier la valeur, et le mode d'action de ces remèdes, de comprendre pourquoi dans des circonstances en apparence les mêmes, ils ont des effets si diSFérens, en un mot de substituer le raisonnement à l'empirisme.

Si la prophylaxie d'une maladie consiste surtout dans l'cloignemeut de ses causes, il n'a guère été permis jusqu'ici de l'espérer à l'égard du plus grand nombre des scrophuleux. Il eût fallu, pour l'obtenir, donner à tout le monde une nourriture succulente, une eau débarrassée de sels calcaires , des vélemens en rapport avec les saisons, il eût fallu proscrire certains alimens, obliger à des soins de propreté convenables, s'opposer au mariage des individus entachés de scrophules ou de syphilisi, prévenir le développement du tempérament lymphatique, etc. etc. Il est quelques esprits'ardens, animés d'un vif amour de leurs semblables, qui ne désespèrent pas d'obtenir une pareille amélioration dans la condition des classes pauvres : ils se font, je crois, illusion sur beaucoup de points. Heureusement , cette amélioration n'est pas nécessaire pour prévenir le développement des écrouelles. J'ai suffisamment démontré que la nature de l'alimentation , que la qualité des eaux, la malpropreté, le tempérament lymphatique, que la dégénérescence du virus syphilitique , etc. , etc. n'étaient que des causes tout-à-fait secondaires de scrophules, des causes insuffisantes par elles-mêmes. Il demeure constant que la respiration plus ou moins prolongée d'un air altéré, vicié, est la condition indis-

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pensable du développcmenl de celle maladie, la condition sitie quû non. On voit combien cela simplifie sa prophylaxie. Elle se réduil à enlretcnir la pureté de l'air au milieu duquel on respire. Le pauvre puise l'air à la même source que le riche, l'altère de la même manière : il n'est pas impossible d'arriver à ce qu'il se maintienne pur pour l'un comme pour l'autre. Toute la difficulté réside dans la situation, la disposition des habitations et des ateliers. Que l'on se conforme pour cela aux préceptes de l'hygiène, et le mal disparaîtra.

L'autorité municipale a le droit d'intervenir dans l'alignement, dans l'élévation des maisons, dans la disposition des fosses d'aisances, etc. L'usage qu'elle fait de ce droit à Paris , par exemple, mérite les plus grands éloges, et l'on ne saurait méconnaître les nombreuses et importantes améliorations que la capitale en a relire depuis environ trente ans. Il est à craindre cependant que la salubrité y gagne peu. Depuis environ quinze ans, les capitalistes ont fait de nombreuses spéculations sur les maisons : le but qu'on s'est proposé dans leur construction a été de disposer le plus grand nombre possible d'appartcmens dans le moins d'espace. On adonné très-peu de hauteur à chaque étage; de manière à en faire trois, par exemple, où il n'y en avait que deux. La plus grande partie de l'étendue a clé réservée pour la salle à manger et le salon. Les chambres à coucher sont généralement fort petites. On a séduit le public par une distribution bien entendue, par la beauté des ornemens, des plafonds, par l'élégance et la propreté des escaliers : on a fait valoir l'économie que: l'on trouve à meubler, à décorer, à chauffer des pièces peu élevées et de peu d'étendue. Quant aux inconréniens, au danger de vivre continuellement dans des espaces

resserrés, on n'y a même pas songé, et personne jusqu'ici n'a appelé l'attention sur ce point.

Les loges des portiers , les chambres des domestiques occupent si peu d'espace, que l'on conçoit à peine comment il est possible d'y vivre.

La cupidité que l'on a mise et que l'on continue à mettre dans la construction et la distribution intérieure des maisons enlève à la ville de Paris la salubrité qu'elle doit obtenir de l'élargissement des rues. A mesure que l'on a rendu plus faciles l'accès de la lumière, le renouvellement de l'air, il semble qu'on se soit mis en garde contre eux. Les boutiques seules ont été améliorées sous ce rapport et sous celui de l'humidité : aussi il ne me paraît pas douteux que si les scrophules diminuent un peu parmi les marchands, elles deviendront beaucoup plus communes dans une classe d'habilans où elles avaient été rares jusqu'ici.

Les maisons destinées au logement des classes pauvres, des ouvriers , sont disposées d'une manière plus insalubre encore que celles dont je viens de parler. Ici le danger est d'autant plus grand, que souvent des familles entières, vivent, passent les nuits dans des chambres à peine assez grandes pour une seule personne. Aussi est-ce dans ces familles que les écrouelles font les plus grands ravages.

Il me paraît de la plus haute importance de donner l'éveil à l'autorité sur ce sujet. Ce n'est point assez que les dépenses énormes faites par la ville de Paris en rendent l'aspect plus agréable. Les travaux d'embellissemens doivent aussi profiter à la santé publique, et on ne peut tolérer que l'intérêt particulier vienne lui porter un si grand préjudice. Il faut que par la persuasion ou par tout autre moyen, on fasse cesser un état de choses qui exerce une influence si fâcheuse sur la po-

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pulation. La science possède des documens précieux sur la quantité d'air nécessaire à la respiration dans un temps donné : et les expériences de Tenon, continuées par MM. Magendie et Parent Duchatelet seront d'un grand secours pour éclairer l'adminislralion dans les mesures qu'elle ne peut se dispenser de prendre , sans manquer à ses devoirs les plus essentiels.

En attendant que ces améliorations soient réalisées, il sera utile que, dans la distribution des secours à domicile, on ait égard au logement desindigens, à l'étendue du local proportionnellement au nombre des personnes qui l'habitent. La faim est le besoin le plus pressé, celui qui n'admet pas de délai. Cependant ce n'est point assez de donner du pain : on ne remédie de la sorte qu'au mal du moment, et il faut bientôt recommencer. En fournissant aux malheureux les moyens de se loger dans un espace suffisant, en leur faisant sentir la nécessité de renouveler l'air fréquemment, en leur indiquant comment et quan.d ils doivent le faire, on obtiendra que les autres secours leur soient profitables, non seulement pour le présent, mais encore pour l'avenir : souvent même on arrivera de la sorte à ce qu'ils puissent s'en passer : car en éloignant d'eux une cause toujours présente de maladie , ils seront moins souvent dans l'impossibilité de subvenir aux besoins de leur famille, qui sera elle-même plus robuste et moins sujette à devenir malade.

Si mes vues sont écoulées, si elles obtiennent faveur, il en résultera nécessairement une augmentation dans les dépenses : mais cette augmentation ne sera que passagère : elle se trouvera bientôt amplement compensée par l'allégement qui se fera sentir dans les charges des bureaux de bienfaisance et des hôpitaux.

Un grand nombre d'ateliers sont disposés de telle

sorte , que les ouvriers y deviennent nécessairement scrophuleux. Cependant, il serait presque toujours trèsfacile de prévenir la maladie , soit en ménageant des courans d'air convenables, soit ^ en donnant à ces ateliers un peu plus d'espace en hauteur et en largeur. Malheureusement la routine préside seule à leur construction. On sacrifie tout à la rapidité , à la perfection du travail ; on ne s'inquiète pas le moins du monde de la santé des ouvriers, qu'il serait le plus souvent facile de conserver, sans nuire aux produits, sans augmenter les dépenses. Dans les ateliers de Rouennerie, par exemple, dans ceux où l'on tisse le chanvre et le coton, on redoute beaucoup la sécheresse , qui détermine la rupture de beaucoup de fils, d'où résulte nécessairement une grande perle de temps. Pour prévenir cet inconvénient , les ateliers sont bas , peu érlairés, disposés de manière à conserver facilement l'hùmidité. Tel est le but que l'on s'est proposé et que l'on a facilement obtenu à Fontcvraiili dans la construction d'un vaste atelier pour les condamnés ; et cependant on trouve , dons la même prison , la preuve que l'on peut , sans aucun inconvénient pour le travail, donner beaucoup plus d'accès à la lumière. En effet, cinq à six métiers de Rouennerie sont placés dans une dépendance d'une vieille tour. Il y a plus de quinze pieds d'élévation depuis le sol jusqu'à la voûte. L'air et la lumière y arrivent par une grande porte et une grande croisée, ïl n'y a pas la moindre humidité : les ouvriers m'ont assuré que les fils ne cassent point plus souvent là que dans le vaste atelier dont j'ai parlé. En effet, c'est moins la sécheresse par elle-même , que la rapidité avec laquelle elle succède à l'humidité, qui occasione la fracture des fils. En entretenant un renouvellement continuel de l'air dans une proportion con-

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venable el qu'il ne serait pas difficile de déterminer, en donnant aux ateliers assez de lumière, et un espace suffisant en largeur el en hauteur, on éviterait les transitions brusques de la sécheresse à l'humidité, et on mettrait les ouvriers dans des conditions hygiéniques beaucoup plus avantageuses, sans nuire en rien à la rapidité du travail.

Ces réflexions, applicables à beaucoup d'autres industries, me semblent mériter toute l'attention de l'autorité. Il est de son devoir -de veiller sur la santé des classes ouvrières , des classes pauvres , obligées d'accepter du travail partout où il s'en présente, des classes qui ne sont pas assez éclairées pour connaître s'il y a ou non du danger à séjourner dans tel ou tel endroit. S'il est d'une politique sage d'encourager, d'hont^rer l'industrie, on ne peut cependant tolérer une cupidiw qui spécule non pas seulement sur le travail , «mais sur la santé , sur la vie des ouvriers. Une semblable cupidité est un crime qu'il doit être tout au moins permis de prévenir.

Dans tous les villages où existent beaucoup de scrophuleux, on rencontre les habitations les plus malsaines. Le plus souvent on n'a aucune idée de ce qui peut rendre une maison salubre ou non : la routine ou l'économie décident de sa situation , de son étendue, de sa distribution intérieure. Il arrive parfois , cependant, qu'il y a un but. C'est ainsi que pour se garantir du froid , de l'humidité , ou des deux à la fois , on donne peu d'étendue en largeur et en hauteur; on ne permet l'accès de la lumière que par un simple carreau fixé dans le mur, ou lorsqu'on veut une croisée, on la fait très-étroite et on se garde bien de jamais l'ouvrir. La porte est habituellement fermée; et si dans la journée on n'est pas toujours à la maison, la nuit au moins se

NATURE ESSENTIELLE. ISS passe dans un lieu fort resserré. Pendant l'hiver c'est plus de seize heures sur vingt-quatre pour les enfans.

Il set des villages,dontla majeure partie deshabitans a des occupations irès-sédentaires , exerce le métier de tisserand, par exemple, ou travaille la laine. C'est surtout dans ces villages que les maisons sont disposées comme je viens de le dire. La chambre où le métier est monté n'a pas de cheminée : on n'y fait jamais de feu dans la crainte que la sécheresse ne nuise au travail. Le plus souvent on se prive d'une croisée pour n'en pas payer l'impôt.

Toutes ces causes d'insalubrité ne sont pas les seules qu'il serait possible', aisé même de faire disparaître. Souvent on trouve des portes de communication intérieure avec les écuries, les étables. Presque toujours des eaux infectes croupissent au-devant de la porte d'entrée, des tas de fumier plus ou moins élevés altèrent au moins l'air, iorsqu'en même temps ils n'en rendent pasle renouvellement beaucoup plus rare,!p!us difficile.

La plupart des habitans de pareils villages sont habituellement plongés dans une atmosphère malsaine , et ils le doivent ordinairement à l'ignorance ou à l'insouciance. La certitude acquise que la maladie scrophuleuse provient le plus souvent d'un pareil état de choses doit donner le désir de le faire cesser : car cette maladie influe sur les générations présentes et à venir : elle fait chaque année un nombre considérable de victimes : elle mutile ceux qu'elle ne fait pas périr et les condamne à une vie de souffrance. Il est des contrées entières où la population est ainsi abâtardie. Combien serait coupable l'autorité qui, possédant les moyens de faire disparaître une maladie si commune et si grave, montrerait à cet égard de l'indifférence!

Dès qu'on le voudra , on pourra dans beaucoup de

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localités rendre les scrophules aussi rares qu'elles y sont fréquentes. Il suffira pour cela d'améliorer les habitations et on y parviendra facilement, soit par la persuasion, soit à l'aide d'encouragemens peu dispendieux. Ce que l'on a fait dans plusieurs départemens par rapport aux incendies montre ce qu'il est permis d'espérer relativement à la salubrité. La Picardie était ravagée chaque année par le feu. Il y causait des dégais d'autant plus grands, que presque toutes les maisons étant couvertes en chaume , il se propageait avec la plus grande facilité. Dès qu'un bâtiment était en feu tous ceux qui se trouvaient dans la direction du vent subissaient le même sort, sans qu'il fût presque jamais possible de les en préserver. Voulant faire cesser un fléau qui se renouvelait sans cesse, on exigea que chaque incendié, qui ferait rebâtir sa maison , y mît une couverture en tuiles ou en ardoises.

Il fut aisé de faire comprendre l'utilité d'une pareille mesure ; mais il était difficile d'en exiger l'accomplissement par les pauvres. On y parvint cependant en leur I tenant compte de la différence du prix que coûte un toit en ardoises ou en tuiles, comparé à celui d'uu toît en chaume. Il suffit pour cela d'une prime très-légère, et c'est à peine si la dépense s'est élevée chaque année dans le département de la Somme à vingl-cinq mille francs , quoique ce département ait été un des plus maltraités, i

On a trouvé dans cette manière d'agir un stimulant précieux de l'amour-propre des paysans : tout fiers, tout glorieux de posséder une maison dont l'apparence extérieure flatte davantage la vue, annonce plus d'aisance, ils sont disposés à faire de plus grands sacrifices pour l'embellir, la mainienir dans la propreté. Aussi I n'est-il pas douteux que si l'on adoptait pour la disposi- ■ lion intérieure des habitations, une mesure semblable ■

à celle qui a été prise pour les toits, on obtienne des résultats tout aussi satisfaisans. Que l'on emploie la persuasion vis-à-vis des personnes qui n'ont pas besoin de secours , et on réussira toujours à faire adopter ce qui sera utile aux enfans , ce qui, surtout, devra prévenir le développement d'une maladie que tout le monde a en horreur. Qu'à la persuasion on joigne une légère indemnité pour les paysans dont les ressources sont irès-bornées ; mais il faut exiger de ceux qui recevront une pareille indemnité que le pavé de la maison soit élevé de plus d'un pied, par exemple, au-dessus du niveau de la rue, que le plafond ait une hauteur déterminée, que l'étendue des pièces ait une étendue proportionnée au nombre de personnes qui composent la famille : il ne sera pas moins utile de fixer le nombre, la hauteur et la largeur des croisées : ne pourrait-on pas chez les pauvres agir d'une manière toute différente de celle que l'on suit pour la contribution des portes et fenêtres , faire payer en raison inverse du nombre et de la grandeur des fenêtres? on donnerait au moins un but social à un impôt contre lequel l'esprit se révolte en songeant qu'il est établi sur des choses aussi indispensables à la vie, sur l'air sans lequel on peut vivre à peine quelques minutes , sur la lumière sans laquelle il est impossible d'acquérir de la force, d'avoir de la santé.

Quoi qu'il en soit , on voit qu'il est possible, facile même, de détruire une cause puissante de maladie, d'obtenir que, dans la disposition des habitations, la salubrité remplace partout l'insalubrité. Il est d'autant plus urgent que l'autorité s'en occupe, 'qu'on ne saurait parvenir de suite à faire tout le bien désirable : le concours du temps est indispensable. Les dépenses, d'ailleurs peu considérables, nécessitées pour les encouragemens dont j'ai parlé, ne seront pas moins profitables

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que celles faites pour la vaccine, puisqu'elles auront pour résultat assuré non seulemcnlde faire disparaître une maladie affreuse, qui fait le désespoir des familles, mais encore de substituer à des individus chétifs, souvent infirmes et presque toujours à charge à la société, une population saine et robuste.

Les médecins feront aisément comprendre aux personnels d'une condition aisée la nécessité d'habiter des apparlemens vastes, bien aërés, de maintenir lesenfans renfermés le moins possible : ils feront sentir les inconvéniens qu'il y a de coucher dans des chambres étroites, dans des alcôves profondes, dans des lits entourés de rideaux fermés, et surtout le danger d'avoir, pendant le sommeil , la téte enfoncée sous les couvertures.

Dans les classes pauvres, parmi les ouvriers, la persuasion sera d'autant moins facile que presque toujours il y a impossibilité de se loger d'une manière salubre. Cependant des conseils donnés à propos sur les avantages et les moyens de renouveler fréquemment l'air, auront une influence très-favorable sur la santé publique, en attendant que l'autorité prenne les mesures convenables pour obtenir que la disposition intérieure des logemens soit basée sur les préceptes d'une sage hygiène.

Les physiciens pourront concourir puissamment à seconder les efforts des médecins et de l'autorité soit en rendant vulgaire, ainsi que j'en ai déjà exprimé le désir, la connaissance des lois suivant lesquelles se fait ie renouvellement de l'air dans les appartemens , des moyens de l'opérer complètement et des intervalles auxquels il convient d'y avoir recours, soit en inventant un instrument qui, à chaque instant, à la simple vue, indique le degré de pureté de l'air, c'est-à-dire la proportion relative de l'oxigène ,de l'azote et de l'acide

HATtRE ESSENTIELLE. 1S7 carbonique, comme le thermomètre, le baromètre et l'hygromètre font connaître sa température, sa pesanteur et son degré d'humidité. Il n'est personne qui , se voyant plongé dans une atmosphère insalubre, n'ait le désir de se soustraire à son action , ne cherche les moyens de changer , de corriger tout ce qui peut lui être nuisible.

Les eudiomèlres que possède la science sont d'un usage beaucoup trop compliqué pour qu'il puisse jamais devenir général. Ilfautun eudiomèlre àportée de toutes les intelligences. La recherche d'un pareil instrument est digne d'occuper l'attention de nos savans et celui qui en fera la découverte aura rendu à l'humanité un des plus importans services dont elle ait besoin. Ce n'est pas qu'il soit nécessaire de connaître avec une précision mathématique le degré d'altération de l'air pour sentir l'utilité de le renouveler. Quand on a séjourné pendant un certain temps dans un lieu bien fermé , l'air y est altéré, demande à être renouvelé : le raisonnement l'indique assez. Mais le raisonnement suppose des connaissances que le plus petit nombre seul possède, et pour le plus grand nombre , il n'y a qu'un genre de preuves possible, c'est celui qui frappe les sens.

Lorsqu'il s'agit d'un résultat aussi important que celui que l'on peut en espérer , on ne saurait l'assurer par trop de moyens.

La connaissance de la vraie cause des scrophules doit exercer sur leur curation une influence non moins avantageuse que sur leur prophylaxie. Quoi de plus incertain jusqu'ici que le résultat d'un traitement antiscrophuleux? Ne voit-on pas tous les jours les mêmes moyens dans les mains des mêmes praticiens, avoir un succès complet ou échouer totalement, dans des cas

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en apparence les mêmes, sans qu'il ail été possible jusqu'ici d'assigner la raison de cette différence? On peut l'expliquer aujourd'hui. Le hasard, plutôt que des conseils dictés par des idées bien arrêtées, décide des conditions atmosphériques au milieu desquelles les malades sont placés. Lorsque ces conditions sont favorables, on voit la guérison survenir : dans le cas contraire, les traitemens les plus vantés demeurent sans succès. Relativement à la respiration, on n'attache pas à la pureté de l'air toute l'importance qu'elle mérite : aussi se borne-t-on à recommander d'une manière vague et générale une habitation salubre, sans spécifier en quoi consiste cette salubrité, soit pendant le jour, soit durant la nuit. Ce que l'on redoute plus que toute autre chose , c'est l'humidité , et les précautions que l'on prend pour s'en garantir sont souvent plus propres à aggraver qu'à guérir la maladie. Parmi les faits rapportés précédemment, il en est plusieurs qui confirment ces assertions. Il me serait facile, si je ne le croyais superflu , de leur en joindre ici quelques autres : je me bornerai à faire connaître le suivant que je dois à l'amitié de mon honorable condisciple le docteur Blache , médecin du bureau central d'admission des hôpitaux. Un enKtnt de Versailles , âgé de huit à neuf ans, attaqué de la maladie scrophuleuse, fut mis à l'usage de l'iode qu'on lui fit prendre d'après la méthode que j'emploie à l'hôpital , et que je venais de faire connaître dans la Revue Médicale. Au bout d'environ six mois, l'état de cet enfant n'avait éprouvé aucune amélioration , malgré l'exactitude scrupuleuse avec laquelle le médicament avait élé administré. On vint alors consulter M. le docteur Blache à qui j'avais tout récemment communiqué mes idées sur la véritable cause des scrophules. En se faisant rendre compte de

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toutes les circonstances relatives à la manière de vivre (le cet enfant, M. Blache apprit qu'il passait la nuit dans une chambre fort petite , qu'il avait la mauvaise habitude de dormir avec la léte sous les draps. Il comprit de suite que là devait se trouver la cause de l'insuccès du traitement ! Il donna à ce sujet les conseils les plus judicieux , en même temps qu'il fit recommencer l'usage de l'iode. Quinze jours s'étaient à peine écoulés qu'une amélioration très-grande se faisait déjà remarquer dans la maladie de l'enfant. Cette amélioralion a continué et aujourd'hui la santé est entièrement rétablie. Voici la réponse que me fit M. Blache le deux du mois de mai dernier à différentes questions que je lui avais adressées : « Quant à mon enfant scrophuleux, voici ce que j'en ni appris tout récemment. On le fait coucher dans une chambre vaste, on lui a fait perdre l'habitude d'avoir la tête enfoncée sous ses couvertures j il a repris l'usage de l'iode administré d'après vos indications, et sa santé est actuellement excellente. Les glandes du cou sont à l'état le plus minime ; le nez n'est plus enflé, non plus que les lèvres ( j'avais fait laver le nez avec la décoction de racines d'aunée ), mais ses paupières restent toujours un peu rouges au bord libre. On me promet de l'amener cet été. n

Maintenant que l'éveil est donné, des faits semblables vont se multiplier. Celui que je viens de rapporter ne laisse rien à désirer : il a une valeur d'autant plu ^ grande qu'il a été observé par un médecin instruit et consciencieux, qu'aucune prévention n'a pu d'ailleurs aveugler. 11 aidera à faire comprendre combien il importe de placer les scrophuleux , que l'on veut guérir , dans des conditions atmosphériques sahibres. Si la respiration habituelle d'un air pur est nécessaire pour prévenir le

160 MALADIE 6CR0PHULEUSE.

développement des écrouelles , à plus forte raison serat-elle indispensable pour en obtenir la guérison. Aussi, toutes les fois qu'on ne s'en rapportera pas au hasard , aux fantaisies des malades pour régler cette partie du traitement hygiénique ; toutes les fois que la surveillance du médecin s'étendra non seulement sur l'emploi de la journée, mais encore sur le lieu où se passe la nuit, sur la situation et la disposition du lit, sur la durée du sommeil, on ne rencontrera plus ces insuccès d'autant plus désespérans qu'on ne savait à quoi les attribuer; la guérison se fera beaucoup moins attendre : tous les remèdes dits anli-scropbuleux retrouveront la vogue dont ils ont joui, et les récidives deviendront fort rares.

TRAITEMEIVT.

Je me propose dans ce chapitre , non de dire ce qu'il convient de faire contre la maladie scrophuleuse, mais de raconter ce que j'ai fait à beaucoup d'enfans atteints de cette maladie, d'exposer les motifs qui ont dirigé ma conduite, et de montrer les résultats que j'ai obtenus. Dans le très-grand nombre d'enfans que je traite chaque année, les écrouelles se présentent sous toutes leurs formes. Je rapporterai les faits les plus curieux, ceux qui me paraît<'ont plus instructifs. Je mettrai sous les yeux de mes lecteurs l'ensemble du traitement; ils pourront en suivre l'influence , voir les changemens qu'il a dû subir suivant certaines circonstances, apprécier la valeur des réflexions dont je ferai suivre la plupart des observations , la justesse des conséquences que j'en tirerai.

Celte marche m'a paru plus propre que toute autre à bien établir les indications que présentent les scrophules selon leur forme , leur gravité , à montrer ce que l'on peut espérer des secours de l'art. Les exemples se gravent mieux dans l'esprit que les préceptes.

Déjà en 1832, j'ai publié dans la Revue Médicale un compte-rendu des moyens mis en usage et des résultats obtenus à l'Hôpital des enfans, division des filles, pendant le printemps et l'été de l'année ISoi, Je vais

162 aiALADIE SCROPUULEUSE.

reproduire ici ce travail. Mais comme, depuis celte époque, j'ai été charge du tmilement de la maladie scrophuieuse , pendant le printemps cl l'élé de chaque année , tantôt dans la division des garçons , tantôt dans celle des filles , je lui ferai subir les modifications qu'une expérience plus longue a dû apporter dans quelques idées , j'y joindrai quelques faits nouveaux, je dirai ce que sont devenus plusieurs enfans dont la maladie n'était pas terminée; en un mol, j'ajouterai le plus possible à ce qu'il y a d'incomplet dans mon premier Mémoire :

J'entre de suite en matière.

Le l<f avril 1831, je fus chargé du traitement des filles scrophuleuses. Ces malades sont placées dans deux salles exposées au sud-ouest sur la rue de Sèvres, au sud-est sur une cour qui n'est séparée d'un grand jardin que par une grille. Une de ces salles, située au rez-de-chaussée, bâtie sur caves, élevée d'un pied audessus du sol, présente toutes les conditions de salubrité désirables. Il y a des croisées nombreuses et très-grandes qui permetlentde renouveler l'air complètement et trèspromplemenl : la largeur est suffisante, l'élévation di4 plafond très-grande. Cne large porte sur la cour ajoute encore à la salubrité. Malheureusement on a placé dans cette salle un nombre de lits trop considérable; à peine existe-t-il entre chacun d'eux un intervalle de dix-huit pouces.

L'autre salle , placée au-dessus de la première , a la même longueur, une largeur égale; mais l'élévation du plafond est beaucoup moinsconsidérable. Lescroisées sont en même nombre et d'une largeur bien proportionnée à la hauteur ; on a placé dans cette salle autant de lits que dans celle du rez-de-chaussée. II y en a quarante dans chacune d'elles. Tous ces lits étaient

TRAITE5IENT. 163 occupés. Je trouvai quatre-vingl-une malades ; l'une de ces malades couchait dans le cabinet des consultations , qui n'est séparé que par une porte de la salle d'en bas.

Dans une réunion aussi nombreuse d'enfans atteints de la maladie scropliuleuse, cette affection s'y voyait sous toutes les formes. Cinquante-huit nouvelles malades qui furent admises du 1<"' avril au 30 septembre, ajoutèrent encore au nombre et à la variété des symptômes. La plupart des enfans réunissaient plusieurs lésions différentes, et pour ne parler que de ce qui était extérieur, appréciable par la vue et le toucher , j'eus lieu d'observer pendant six mois trente-sept engorgcmens glanduleux non abcédés , cinquante-huit ulcères ou fistules, suite d'engorgemens glanduleux abcédés, sept ulcères du derme , connus sous les noms d'esthiomène , de lupus, quinze gonflemens des os ou du périoste, soixante caries ou nécroses , vingt-huit ophlhalmies palpébrales ou oculaires, quatre staphyiômes, l'atrophie de trois membres et de plusieurs doigts. Je puisajouUr encore cinq dartres squammeuses, onze teignes faveuses, plusieurs teignes granulées et muqueuses. Le nombre des teignes est peu considérable, proportionnellement aux autres symptômes, ce qui tient à ce qu'elles sont traitées dans des salles spéciales. Je n'en ferai d'ailleurs aucune mention; car il n'est pas encore démontré que les teignes appartiennent à la maladie scropliuleuse. Je ne parle pas d'un grand nombre de cicatrices difformes , indices d'un mal guéri plutôt que d'une affection encore existante.

Pour obtenir des succès dans la cure des affections scrophulcuses, il faut absolument placer les malades dans les conditions les plus favorables à l'entretien de la santé. Si on néglige celte précaution , on échouera presque toujours; quels que soient d'ailleurs les remè-

164 MALADIE SCROI-HUr.EBSE.

des que l'on mette en usage. Lorsqu'au contraire on s'y sera soumis, on verra souvent un résultat avantageux succéder à l'emploi des médicamens vantés comme anti-scrophuleux, quelque soit celui auquel on ait accordé la préférence. On comprendra facilement cette différence dans les résultats, suivant qu'on observe ou. non le précepte que je viens d'indiquer, si on se rappelle que très-souvent, pour ne pas dire toujours, la maladie scrophuleuse est l'effet d'une infraction prolongée auK lois de l'hygiène. Je dus donc, avant d'adopter un traitement pharmaceutique , m'occuper du traitement hygiénique ; et l'importance que j'accorde à ce dernier est telle que je le crois souvent suffisant pour procurer la guérison, que toujours il y contribue grandement, et que sans lui, elle est à-peu-près impossible.

Sous le rapport du régime alimentaire je ne trouvai rien à désirer. Du vin, de bon pain, delà bonne soupe, de la viande chaque jour au moins à un repas, des légumes bien assaisonnés , sont la base de la nourriture que l'on donne aux enfans, et dont on proportionne la quantité à leur âge, à leur appétit et à l'état des voies dîgestives.

La propreté la plus grande règne dans les salles , et l'abondance du linge, toujours bien sec, permet de le renouveler aussi souvent qu'il est besoin. Le grand nombre de bains que je fis administrer rendit plus facile encore l'entretien de la propreté.

Une cour spacieuse sert aux jeux des enfans, et je recommandai expressément qu'on les fit jouer plusieurs heures par jour. Tous les auteurs sont d'accord sur l'utilité du mouvement en général dans la maladie scrophuleuse , et sans admettre, avec David et Baumes, qu'il a pour effet certain , bien constaté, de donner plus de fluidité aux humeurs , on uc saurait mettre en

doute que les contractions musculaires ne rendent la circulation plus active, et n'exercent une influence favorable sur i'appélit et la digestion. Nous verrons bientôt qu'on peut lui reconnaître encore des avantages d'une autre nature , et David assure avoir guéri, par des exercices rigoureux seulement, plusieurs jeunes gens attaqués de tumeurs scrophuleuses au cou, aux pieds, aux doigts, etc. Baumes conseille de varier les jeux et les exercices, atln de tenir les enfans dans une action perpétuelle, parce que le repos, dit-il, est toujours meurtrier. J'ajouterai qu'on y trouve surtout l'avantage de changer de place et d'air, del'agiter et d'en faciliter le renouveileraenl. Pour mettre en pratique ce sage conseil de Baumes, il n'y aurait rien de plus convenable que des exercices gymnastiques. Rien de ce qui est nécessaire pour ces exercices ne se trouve à l'hôpital : mais il suflira, j'espère, d'en faire sentir la grande utilité, pour en obtenir rétablissement. line serait pas moins convenable qu'il y eût un lieu couvert, où, lorsqu'il pleut, l'on put conduire les enfans et les faire jouer : outre l'avantage de pouvoir leu:- permettre en tout temps de se livrer à l'exercice, on trouverait encore dans une pareille disposition des moyens précieux de salubrité par rapport au renouvellement de l'air des salles. Je ne manquerai pas d'appeler sur cet objet toute la sollicitude de MM. les Membres du Conseil général d'administration , lorsque l'on s'occupera sérieusement des importantes et nombreuses améliorations que réclame instamment l'hôpital des enfans.

L'analyse que j'ai faite des causes de la maladie scrophuleuse montre toute l'importance que j'attache à l'altération de l'air. Là se trouve la vraie cause de la maladie. En effet, quelque mal choisie et peu substantielle que soit la nourriture, quelque négligés que puissent être

166 MALADIE SCROPnULEUSE.

les soins de propreté , quelle que soit la nature des vêlemens et leur rapporlavec la température , quels que soient le climat, l'exercice auquel on se livre, la durée du sommeil et de la veille, etc. ; si l'habitation que l'on occupe est placée dans un lieu où l'air se renouvelle facilement , où les rayons solaires arrivent directement; si cette habitation est suffisamment aérée, éclairée, et d'une étendue proportionnée au nombre des personnes qui y demeurent , on ne verra point la maladie scrophuleuse s'y développer. Au contraire, quelque recherchée et succulente que soit la nourriture , quelque minulieux que puissent être les soins de propreté, quelque rapport qu'on établisse entre les vêtemens et la température, quelque proportion convenable que l'on garde dans la durée des exercices, du sommeil et de la veille , elc. ; si les lieux que l'on habite sont disposés de manière que les rayons solaires n'y arrivent pas directement , que l'air y soit difficilement renouvelé ; si les maisons sont étroites , basses, sombres , mal aérées, on verra infailliblement survenir la maladie scrophuleuse. il n'est même pas nécessaire que le pays et les habitations réunissent simultanément l'insalubrité dont je parle : il suffit que cette insalubrité se rencontre dans l'un ou dans l'autre , et l'on peut voir les scrophules endémiques dans des pays où rien ne gêne la circulation de l'air et l'arrivée des rayons solaires, dans de belles plaines, par exemple , comme aussi on peut les rencontrer dans des habitations convenablement disposées , et qui ne présentent d'autre cause d'insalubrité que le lieu où elles som situées. Ces idées étaient déjà dansmon esprit le résuUai d'une conviction profonde. On comprend dès lors avec quelle sollicitude je devais m'occuper des conditions atmosphériques au milieu desquelles les enfans se trouvaient placés : car je ne pouvais douter que les

TRAITEMENT. 167 causes favorables à la production de la maladie ne dussent s'opposer à l'action salutaire des moyens curatifs.

J'ai déjà dit que le nombre desmalades était beaucoup trop considérable relativement à l'étendue des salles. Dans l'impossibilité où je me trouvais de changer cette disposition , je dus chercher à faire disparaître ou au moins à diminuer ce qu'elle avait de nuisible. Je recommandai qu'on ne laissât pas séjourner les enfans dans les salles pendant le jour. La beauté de la saison rendit facile l'exécution de celte ordonnance. Di^s six heures et demie les enfans les moins malades descendaient dans la cour, où ils se livraient à leurs jeux habituels, en attendant le déjeuner. A neuf heures , les salles étaient presque entièrement évacuées. Alors les croisées, qui jusque-là n'avaient été ouvertes que sur la cour , l'étaient également sur la rue, de telle sorte que l'air se renouvelait très-aisément et très-rapidement. Souvent les enfans restaient dehors pendant toute la journée, prenaient leurs repas dans la cour et ne rentraient dans les salles que vers sept ou huit heures du soir pour se coucher. Je parvins de cette manière à éviter pendant le jour les effets nuisibles de l'encombrement j et , lorsque la pluie s'opposait à ce que les malades restassent dehors , je voyais très-promptement survenir des ophlhalmies ; celles qui existaient déjà et qui souvent étaient en voie de guérison s'aggravaient. J'ai de fortes raisons de croire que l'humidité seule n'était point la cause de ces occidens, que l'air vicié des salles concourait beaucoup à leur production , et qu'on les eût souvent évités si on eût pu faire passer la journée aux enfans ailleurs que dans leurs salles.

Les malades se couchaient à huit heures, se levaient pour la plupart à six heures. Quoique , dès quatreheures du malin, beaucoup d'allées et devenues eussent lieu

168 MALADIE 6CR0PHDLEGSE.

dans les salles, principalemeni les jours où l'on administrait les bains, le renouvellement qui s'opérait dans l'air par l'ouverture répétée des portes , était bien incomplet, et les enfans séjournaient souvent pendant dix heures au milieu de cet air vicié. 11 fallait trouver moyen de rendre celte vicialion de l'air la moins grande possible. Ne pouvant faire supprimer un certain nombre de lits, j'eus l'idée d'accorder des congés de quinze jours aux enfans le. moins malades, et chez lesquels je jugeais convenable de suspendre momeniancraent le traitement anli-scrophuleux. Par ce moyen , je diminuais en réalité le nombre des malades de chaque salle, quoique ce nombre restât le même pour l'administration. Je procurais en outre aux enfans un changement d'air et de régime après lequel les remèdes spécifiques ou prétendus tels avaient plus d'efficacité; à mesure que les malades envoyés en congé rentraient dans les salles , d'autres avaient leur tour. Cette manière d'agir est bien moins nécessaire aujourd'hui que , sur mes demandes instantes, on a consenti à enlever dix lits de chacune dés deux salles. ■ -

Le régime alimentaire est le même pour la division des garçons et pour celle des filles : les soins de propreté y sont semblables; le linge y est en aussi grande quantité. L'étendue du terrain occupé par les garçons est aussi vaste, sa situation est aussi avantageuse que celui oii sont placées les tilles : cependant le résultat du traitement estbien différent chez lesgarçons que chez les filles. Les guérisons sont plus rapides et plus nombreuses parmi celles-ci. On est d'abord tenté de l'attribuer à la différence de sexe. Mais en examinant les choses de plus près, en tenant compte d'ailleurs de ce que l'on observe en d'autres endroits , on voit que la différence du résultat dépend entièrement de ladisposition différente

TRAITEMENT. 169 des localités. Le bâtiment affecté aux garçons scrophiileux présente bien comme celui des filles , une salle au rez-de-chaussée et une au premier étage , sous le toit. Mais il n'y a pas de cave au-dessous de la salle du rezde-chaussée : le pavé repose immédiatement sur la terre, et se trouve placé sur le même niveau que les cours. L'élévation des planchers est beaucoup moins considérable que chez tes filles : les croisées sont multipliées sur les deux faces principales du bâtiment ; mais leurs dimensions sont petites : l'intervalle qui sépare ces croisées l'une de l'autre est occupé par d'énormes piliers carrés faisant une saillie d'environ deux pieds : non-seulement ces piliersnuisent àl'accès delà lumière, mais ils diminuent l'espace occupé par l'air , dont ils gênent encore le renouvellement. Une des extrémités de la salle est ouverte par une grande croisée sur le jardin; mais l'autre extrémité communique par une porte avec une petite pièce où l'on a entassé quatre baignoires qui doivent servir pour tous les enfans. Une pareille disposition augmente beaucoup l'humidité déjà trop grande de la salle du rez-de-chaussée, où il y a maintenant vingt-six lils. La salle du premier est semblable à celle des filles. Elle renferme trente lits.

Je dois signaler une circonstance qui me paraît trèsimportante: c'estle lieu différent occupé par les bâtimens. Chez les filles le bâtiment est sur la rue : il présente au dedans une vaste cour avec une allée de tilleuls , où se promènent et jouent les enfans. Chez les garçons , le bâtiment est placé au milieu de l'espace qui sépare la rue, de la clôture sur le jardin. La cour laissée aux enfans est de moitié moins grande que celle des filles, elle est fort étroite; c'est un long boyau sans arbres. II y a en dehors du mur une rangée d'acacias; mais ces arbres dont le feuillage est très-touffu , sont placés si

170 MALADIE SCROPHCLEDSE.

près du bâtiment qu'ils l'abritent du soleil et le maintiennent souvent dans l'ombre , ce qui n'est pas propre à en diminuer l'humidité. De l'autre côté , entre le bâtiment principal et la rue, est une petite cour rélrécie par un autre bâtiment peu élevé servant à loger les infirmières, à déposer les paillassons, à faire sécher du linge. Des deux côtés, l'espace occupé par l'air, qui doit renouveler celai des salles, est fort resserré. A la vérité, sur les jardins la clôture a lieu au moyen d'une grille ; mais cette grille repose sur un mur d'appui d'environ quatre pieds de haut , qui encaisse la cour très-étroite où les enfans peuvent jouer : un peu plus haut , des arbres touffus forment pendant l'été un rideau épais qui arrête les mouvemens de l'air : son renouvellement n'a guère lieu que par les deux extrémités de la cour.

Ainsi, du côié des filles, salles vastes, salles bien aérées, cour spacieuse.

Du côté des garçons, salles basses, humides, mal aérées, cour très-resserrée.

C'est à cette disposition différente des localités qu'il faut rapporter la différence que l'on observe dans la promptitude et le nombre des guérisons. Il serait difficile de ne pas voir là une nouvelle preuve à l'appui des idées que j'ai émises sur l'importance immense qu'il faut accorder à la pureté de l'air.

Je suis heureux de pouvoir ajouter en terminant que l^Adminislration s'occupe activement des moyens de rendre aussi salubres que possible les salles consacrées au traitement des garçons scrophuleux. Espérons que le bien ne se fera pas attendre long-temps,

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