THÉRAPEUTIQUE
Après avoir ainsi réglé tout ce qui était relatif au traitement hygiénique, je dus faii-e choix des agens
ihérapeuliques qui me paraissaient les plus convenables. Les effets obtenus de l'emploi prolongé de l'infusion de houblon , du sirop ou du vin anti-scorbutiques ou de gentiane, des raercuriaux, des bains sulfureux étaient trop peu satisfaisans pour que je dusse en continuer l'usage; j'y renonçai donc complètement. J'ai reconnu depuis que les amers et les anti-scorbutiques ne sont pas des moyens sans action contre les scrophules : les insuccès que je signalais doivent être attribués en grande partie aux conditions atmosphériques défavorables dans lesquelles les enfans étaient continuellement plongés. Tous les remèdes devaient échouer alors, Plusieursmédicamens jouissaient ou avaient joui d'une grande vogue dans le traitement des scrophules. Je fis choix de quelques-uns d'entre eux que je résolus d'administrer dans des circonstances identiques, afin d'apprécier comparativement leur valeur. Je plaçai au premier rang l'iode , remède nouvellement introduit dans la malière médicale, et auquel on attribue des miracles. L'hydrochlorate de cuivre ammoniacal, conseillé depuis long-temps par Helvétius et Slisser, remis en vogue tout récemment sous le nom de liqueur de Kœchlin, me parut mériter quelque confiance. Le charbon animal venait d'être employé avec beaucoup d'avantages contre les engorgemens de la glande mammaire ; je voulus essayer s'il serait aussi utile dans les engorgemens scrophuleux. Dans ces engorgemens, Hufeland assure retirer de bons effets du sulfure de mercure uni à la ciguë, et à la magnésie. J'étais curieux de m'assurer de la vérité de cette assertion. Le souscarbonate de potasse a eu ses prôneurs; il fait, comme l'on sait, la base de l'élixir dePeyrilhe; je l'administrai à plusieurs malades. Enfin le muriate de baryte, après avoir joiji d'une grande vogue, était tombé dans le plus
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grand discrédit. Ne trouvant point fondés les motifs d'après lesquels on l'avait abandonné, proscrit même, je voulus l'expérimenlcr. Je vais exposer successivement la manière dont j'ai employé ces différens remèdes et les résultats que j'en ai obtenus.
DE L'iode. — mode d'administratiom.
L'iode est aujourd'hui le médicament à la mode contre la maladie scrophuleuse. Je l'avais employé plusieurs fois avec avantage, en le combinant toutefois à d'autres moyens. Je connaissais tous les travaux qui ont été publiés sur ce remède et que mon collègue le docteur Bayle a eu l'heureuse idée de réunir dans sa bibliothèque de thérapeutique. Les guérisons presque inespérées obtenuesrapidementparMM.Coindet, Koliey, Gairdner, Zink, Brera, Gimelle, Sablairolies, Benaben, et surtout par Alexandre Manson, dans un grand nombre de cas, étaient présentes à mon esprit. J'avais lu le récit des miracles que l'on opère journellement à l'hôpital Saint-Louis. L'occasion se présentait à moi de mettre l'iode eu usage chez un grand nombre de malades à la fois, et dans des circonstances différentes : je dus la saisir avec d'autant plus d'empressement que la vertu anli-scrophuleuse de tous les médicamens vantés jusqu'aujourd'hui me paraissait fort équivoque.
Je m'occupai d'abord de la manière dont j'administrerais ce remède. L'iode est une substance très-active dont l'emploi exige de la prudence. Il avait été donné à l'état de corps simple, ou combiné avec de la potasse, du mercure, du plomb, du fer; on l'avait introduit dans l'estomac en pilules ou en solution ; on l'avait incorporé dans un corps gras avec lequel on frictionnait la peau, ou dissout dans l'eau avec laquelle on faisait des lotions,
TRATTEMENT. 173
des injections, avec laquelle on administrait des bains. Je pensai que ces diversespréparations devaient trouver leur application, qu'elles pouvaient devenir préférables l'une à l'autre, suivant certaines circonstances, et on verra bientôt que non-seulement je les ai toutes mises en usage, mais encore que j'ai eu recours à un autre mode d'administration, à l'introduction dans les poumons d'un air chargé de vapeurs d'iode.
L'ingestion de l'iode dans les voies digestives me parut devoir faire la base du traitement , toutes les fois qu'il n'existait pas de contre-indication ; et on le comprendra facilement si on se rappelle combien l'absorption cutanée est sujette à varier, quelle incertitude il doit régner sur la quantité du médicament qui pénètre dans le torrent de la circulation. Il me fallut faire choix de la préparation la plus convenable. Je rejetai l'emploi des pilules; beaucoup d'enfans ne parviennent pas à les avaler. Il me restait la forme liquide. Je ne devais point perdre de vue que j'avais affaire à des cnfans auxquels on ne pouvait pas confier ce médicament pour êlrepris en plusieurs fois. Il était nécessaire qu'à des heures déterminées on leur présentât ce qu'ils devaient boire. Je pensai d'abord à la teinture alcoolique ; c'est sous cette forme que je l'avais déjà administré par gouttes plus ou moins nombreuses dans un demi-verre d'infusion de houblon. J'y trouvais l'avantage de donner l'iode pur, l'iode sans aucune combinaison , et cet avantage mérite d'être pris en grande considération , s'il est vrai, comme on l'a avancé, que les iodures n'agissent qu'en proportion delà quantité d'iode qu'ils contiennent. J'avais lu, à la vérité, que l'alcool étendu d'eau laisse à nu l'iode qui se précipite à l'état d'iode pur ; que ce remède énergique, arricant en cet état dans l'estomac, peut y produire des réactions très-vives, à C7i juger par
MALAIIIE SCROPHULEUSE.
son action extérieure. Mais celte assertion , basée sur une théorie erronée, est démentie par l'expérience. On peut mettre de la teinture d'iode dans de l'eau pure, en aussi grande et en aussi petite quantité que l'on veut, sans qu'il se forme aucun précipité, même au bout de trois semaines; je m'en suis assuré à plusieurs reprises. Le fait, du reste, m'a paru facile à expliquer : l'iode n'est pas insoluble dans l'eau; ce liquide, à la vérité, eu dissout peu; mais sa faculté dissolvante doit augmenter en raison de la quantité d'alcool qu'on y mêle : à mesure que l'alcool étendu dans l'eau devient moins propre à opérer la dissolution de l'iode, l'eau, au contraire, aiguisée par l'alcool, acquiert la propriété d'en dissoudre davantage : il y a compensation.
Des motifs mieux fondés s'opposaient à ce que je fisse usage de la teinture alcoolique d'iode. C'est une chose minutieuse et longue que de mesurer dix, douze, quinze ou vingt gouttes de teinture. 11 est très-facile d'en mettre quelques-unes de plus ou de moins , ce qui n'est pas indifférent avec l'iode. Quand cela doit se répéter pour vingt-cinq, trente ou quarante enfans, on est obligé d'y employer un temps que réclament d'autres soins. Si l'on veut obtenir de l'exactitude dans l'administration des remèdes, il faut rendre cette administralion prompte et facile. Une circonstance particulière vint se joindre à ces motifs pour me faire rejeter l'usage de la teinture d'iode employée par gouttes. A l'hôpital des Enfans, les tisanes sont préparées avec l'eau d'Arcueil; celte eau contient, comme l'on sait , beaucoup de sels calcaires ; il était à craindre que des combinaisons particulières ne vinssent changer la nature du médicament.
Les mêmes objections étaient applicables à l'usage de la teinture éthérée d'iode, de la solution simple ou
iodurée d'hydriodate de potasse, de la teinture alcoolique ou élhérée d'iodure de mercure. Le sirop d'iode présentait les mêmes inconvéniens que la teinture, soit par rapport à sa mensuration , soit relativement à son mélange avec l'eau d'Arcueil.
Il me restait la solution d'iode dans l'eau distillée, solution que M. le docteur Lugol a désignée sous le nom d'eau minérale iodée. C'est à cette préparation que je m'arrêtai d'abord. Il n'y avait point à la pharmacie de l'hôpital des Eufans d'eau minérale iodée. Je fis demander sur-le-champ à la pharmacie centrale la quantité de cette eau dont j'avais besoin. Mais comme les formalités nécessaires pour l'obtenir devaient entraîner un délai d'au moins quinze jours, j'en fis préparer provisoirement avec la teinture d'iode, l'iode pur manquant également. On mit dans chaque livre d'eau vingt gouttes d'alcool saturé d'iode, qui représentaient deux grains de ce corps. On y ajouta douze grains de sel marin, pour diminuer la fadeur de l'eau distillée. C'est avec cette solution que je commençai le traitement de plusieurs scrophuleuses. Lorsque l'eau minérale iodée arriva de la pharmacie centrale, on me prcvintquesa composition n'était plus telle que l'avait indiquée M. Lugol dans son premier mémoire. L'iode étant très-peu soluble dans l'eau, ce médecin avait cru devoir faciliter sa dissolution par l'addition d'iodure de potassium, de telle sorte quechaque livre de liquide contenait deux grains d'iode et quatre grains d'iodure ; on avait supprimé le sel marin. Cette nouvelle préparation n'est autre chose qu'une solution de sous-iodure de potassium. Force me fut de la substituer à l'administration de la solution d'iode, et c'est avec elle que le traitement a été continué.
M. Lugol donne le conseil de varier la quantité d'iode et d'iodure de potassium dans l'eau minérale.
II a adopte trois dcjîrés. L'eau minérale ioduréc du n" 1 contient un grain et demi d'iode et trois grains d'iodure de potassium par livre d'eau distillée. L'eau minérale no2 contient deux grains d'iode et quatre grains d'iodure ; enfin l'eau minérale n" 3 contient deux grains et demi d'iode et cinq grains d'iodure. Je n'ai trouvé que des inconvéniens , sans aucun avantage, à adopter ces proportions différentes dans la composition de l'eau iodurée. Il peut en résulter des erreurs fâcheuses chez les enfans ; et c'est compliquer le service que de prescrire une boisson de même nature, tantôt à un degré, tantôt à un autre. Les enfans confiés à mes soins différant beaucoup sous le rapport de l'âge, je devais nécessairement mettre de la différence dans la quantité de solution que je prescrivais. Il m'a paru beaucoup plus simple d'établir, sur la quantité d'eau iodée prescrite, la différence que je devais observer dans la quantité d'iode que je voulais faire prendre. Suivant l'âge des malades , suivant l'étal des organes digestifs, suivant l'époque depuis laquelle l'usage du remède avait été commencé, suivant l'influence qu'il exerçait sur la maladie , j'en ordonnais trois , quatre , cinq, six, huit, dix ou douze onces. Je n'ai jamais dépassé cette dernière dose. Chaque once de liquide contenantun huitième de grain d'iode et un quart de grain d'iodure de potassium, il m'était facile,de me représenter de suite la quantité d'iode prescrite, ce que j'en diminuais , ou ce dont je l'augmentais. Un petit vase de la capacité de deux onces servait à mesurer la dose ordonnée. Il était difficile, en agissant de la sorte, de commettre des erreurs.
Au bout de quelque temps de l'usage de l'eau minérale iodurée , je pensai qu'il pourrait être utile de diminuer la quantité de liquide que les enfans devaient
TKAITEMENT. " 177
boire. Je fis doubler la dose d'iode et d'iodure de potassium, c'est-à-dire, je fis mettre dans chaque livre d'eau quatre grains d'iode et huit grains d'iodure de potassium. Je diminuai de moitié le volume de la solution prescrite. Les malades qui en buvaient huit onces, par exemple , n'en durent boire que quatre onces : ce changement ne réussit point du tout, et je dus y renoncer promplement. Plusieurs malades vomirent de suite l'eau iodée. Le goût en était fort désagréable, et, après l'avoir bue, il restait un sentiment d'ardeur très-pénible, dansla gorge. Je ne faismentionde cet essai quepour éviter à ceux qui me liront le désagrément de le tenter.
La quantité d'eau iodée prescrite était donnée en deux fois , matin et soir. On l'édulcorait avec le sirop de gomme au moment de l'administration. Il y aurait eu de l'inconvénient à l'édulcorer long-temps d'avance : l'iode éprouvait alors une décomposition; l'eau iodée perdait sa couleur et son odeur. Au mois d'août, on crut devoir refuser le sirop nécessaire pour édulcorer cette solution; les enfans durent la boire pure , et on vint à bout de la leur faire prendre sans beaucoup de difficultés. Je la fis donner à quelques malades pendant les repas ; la digestion n'en fut troublée en aucune manière, et les effets avantageux du médicament ont continué à se faire remarquer.
L'eau minérale iodurée est d'une longue conservation , ainsi que le fait observer M. le docteur Lugol ; mais il faut ajouter qu'elle ne se conserve bien que dans des vases exactement bouchés. Chaque fois qu'on ouvre ces vases, il se volatilise une petite quantité d'iode, et la force de la solution diminue; ainsi j'avais prescrit l'usage de l'eau iodurée à deux petites filles affectées de teigne faveuse et d'engorgemens glandu^ leux de nature scrophuleuse , ulcérés. Une bouteille
178 MALADIE' SCnOPHULECSE.
contenant environ cinq litres de cette eau , fut confiée à la religieuse de la salle ; matin et soir elle en donnait à chaque enfant la quantité prescrite. Au bout de six jours, la solution était complètement décolorée; l'odeur de l'iode se faisait à peine sentir, et le goût avait presque entièrement disparu. Il me parait convenable de ne mettre dans chaque bouteille que la quantité de solution qui doit être employée dans la journée.
L'usage de l'eau iodurée a toujours été commencé à dose faible, proportionnée toutefois à Page des enfans. Chez les uns j'en prescrivais d'abord une once matin et soir, et j'en portais graduellement la dose jusqu'à deux et trois onces à chaque fois ; chez d'autres, je débutais par deux ou trois onces matin et soir, et progressivement j'arrivais à en faire prendre quatre, cinq et même six onces. Jamais, ainsi que je l'ai déjà dit , je n'ai dépassé cette dernière dose , qui représente un grain et demi d'iode et trois grains d'bydriodate de potasse. C'est plus que M. Lugol n'en conseille chez les adultes.
Lorsque aucun accident ne venait commander la suspension de l'eau iodurée , en contre-indiquer l'emploi , j'en continuais l'usage pendant trois, quatre et quelquequefois cinq semaines; alors je la supprimais. Je faisais prendre chaque jour une pinte de bouillon aux herbes, et au bout de quelques jours , je faisais administrer un purgatif; soit le tartre stibié en lavage, soit le sulfate de soude ou de magnésie. Je répétais le purgatif une ou deux fois avant de recommencer l'usage de l'eau iodurée. La suspension de l'usage de cette eau durait ordinairement pendant quinze jours ou trois semaines; après quoi je la faisais prendre de nouveau pendant un mois, pour la suspendre encore et donner un ou deux purgatifs.
Les circonstances qui m'ont quelquefois obligé de
discontinuer l'emploi de l'eau iodurée étaient presque toutes étrangères à l'action de ce médicament. Tantôt: c'était la rougeole qui a affecté un grand nombre d'enfans ; d'autres fois la coqueluche ou des érysipèles; quelquefois une pneumonie, très-rarement la diarrhée. Ce dernier accident était très-fréquent dans les salles au moment où j'entrai en fonctions j je dus pendant huit jours soumettre un grand nombre d'enfans à un régime sévère. La diarrhée fut beaucoup moins fréquente, à partir du moment où j'administrai l'eau iodurée, qu'elle ne l'avait été auparavant. Le plus souvent elle reparaissait le lendemain du jour où les parens pouvaient entrer dans les salles; et alors elle était évidemment due à l'ingestion d'alimens indigestes, ou pris en trop grande quantité; elle disparaissait facilement. Il m'a toujours semblé que l'eau iodurée n'entrait pour rien dans sa production.
Plusieurs auteurs ont parlé de l'amaigrissement comme étant le résultat de l'usage de l'iode. Je l'ai observé chez un seul enfant , qui , après avoir pris de l'eau iodée avec beaucoup d'avantages pendant un mois ou environ, perdit l'appétit, devint triste, maigrit. La suspension du médicament suffit pour obtenir promptement la disparition de ces accidens. Chez tous les autres enfans , sans exception , loin que l'iode eût occasionné de l'amaigrissement, je les ai vu prendre de l'embonpoint. L'appéiit est devenu meilleur, il en est plusieurs qu'il était impossible de rassasier; les chairs prirent plus de fermeté, plus de coloration ; l'état général s'améliora promptement : j'en ferai connaître plus loin quelques exemples remarquables.
Chez un seul enfant l'usage de l'iode fut accompagné de cardialgie : jene suspendis point pour cela le médicament; je lui adjoignis une once de vin de quinquina
lo^ «AL\DIE SCROPHDLECSE.
chaque jour, et bientôt la cardialgie ne reparaissant plus , V eau iodurée fut administrée seule sans provoquer le retour de l'accident dont il est question. Un pepit nombre de faits semblables s'est présenté depuis à mon observation, et chaque fois le vin de quinquina a eu les mêmes avantages.
Des ulcérations superficielles avec gonflement des parties voisines survinrent, chez quelques enfans, à la face interne des joues , sur les gencives , sur la langue , après un usage prolongé de l'iode. La bouche exhalait une odeur semblable à celle qui précède et accompagne la salivation mercurielle. Ces ulcérations durèrent assez long-temps elles m'ont paru dépendre de l'action de l'iode. Cet accident a du reste été rare. On sait que plusieurs autres substances peuvent y donner lieu , etje l'ai vu survenir après l'emploi de l'hydrochlorate de cuivre ammoniacal. A certaines époques, indéterminées jusqu'ici, il est commun chez les teigneux traités à l'hôpital des enfans par le remède des frères Mahon. Il ne faut pas le confondre avec les ulcérations occasionnées par la carie ou la malpropreté des dents que l'on trouve recouvertes d'une couche épaisse de tarlre. Ici le mal est tout-à-fait local et d'une guérison plus facile, plus prompte.
Quelques malades, après avoir fait usage de l'iode pendant un temps assez long, ont été prises brusquement d'une violente céphalalgie , accompagnée bientôt de fièvre, d'inappétence, et suivie quelquefois d'une épistaxis qui procurait peu de soulagement. La diète, des boissons délayantes, l'application de quelques sangsues aux cuisses et des pédiluves ont toujours triomphé promptement de ces accidens. L'exactitude m'oblige à les relater, quoiqu'ils ne me semblent pas devoir être attribués à l'iode. Je ne les ai observés que sur des ma-
lades voisines de l'âge où la menstruation doit s'établir, et je crois que la congestion sanguine de l'encéphale était dépendante d'une fluxion hémorrhagique déviée. A part l'inappétence , rien n'annonçait de lésion dans les voies digestives, et l'apparition brusque du mal , sa cessation rapide et complète me confirment dans l'idée que j'ai émise sur sa nature. Je puis l'appuyer aujourd'hui d'une nouvelle preuve , c'est que je n'ai rien observé de semblable chez les garçons.
MM. Coindet, Gairdner, Hufeland et autres ont vu l'iode donner lieu à des accidens qu'ils attribuent à une saturation iodique : tels sont l'accélération du pouls, les palpitations, une toux sèche et fréquente, de l'insomnie, un amaigrissement rapide , la perte des forces, des tremblemens , l'enflure des jambes. Le nombre des enfans auxquels j'ai administré l'iode est fort considérable. Il en est beaucoup qui en ont fait usage pendant fort long-temps : chez aucun d'eux je n'ai vu survenir aucun des accidens signalés par les auteurs que je viens de nommer. Cela tient-il à la précaution que j'avais d'interrompre son usage de temps à autre , et d'administrer dans cet intervalle un et quelquefois plusieurs purgatifs? je le croirais volontiers. Toujours est-il que l'on peut faire prendre ce médicament pendant longtemps , sans voir naître d'accidens de la nature de ceux que je viens de relater.
Je ne me suis pas borné h prescrire à l'intérieur la solution d'iode et celle de sous-iodure de potassium. Les préparations ferrugineuses sont généralement conseillées contre la maladie scrophuleuse , et leur utilité n'est pas douteuse en pareil cas. J'ai pensé qu'en combinant l'iode avec le fer , j'arriverais à des résultats plus avantageux que ceux obtenus par l'emploi de l'iode seul. J'eus en effet à me louer de cette combinaison sur deux
182 MALADIE SCROPHDLEUSE.
enl'ans auxquels je Padrainislrai. J'en rapporterai l'histoire plus loin. Je la donnai également en solution. La dose peut en être portée beaucoup plus haut que celle du sous-iodure de potassium. Je commençai son administration par un demi-grain malin et soir dans une once d'eau. J'augmentai d'un demi-grain tous les quatre jours , et j'en fis prendre jusqu'à dix grains chaque jour. Je ne pus dépasser cette quantité sans déterminer des vomissemens. Depuis j'ai eu l'idée de substituer à l'iodure de fer l'usage simultané de l'eau minérale iodée et du sous-carbonate de fer. J'administrais ce dernier en pilules à la dose de six grains , matin et soir. Jusqu'à présent, je n'ai pas reconnu d'avantages bien marqués à cette association. Plusieurs fois j'ai dû la cesser par suite d'un dérangement dans les fonctions digestives. 11 est quelques circonstances cependant dans lesquelles elle me paraît devoir être utile.
J'avais également tenté l'usage de l'iodure d'ammoniaque. Je ne l'ai continué que pendant environ quinze jours. Je manquai de cette préparation : il fallait beaucoup de temps pour en obtenir de la pharmacie centrale : je renonçai à son emploi pour ne pas suspendre le traitement anti-scrophuleux, et je la remplaçai par le sousiodure de potassium. Je me propose d'employer de nouveau l'iodure d'ammoniaque, de même que l'iodure de fer. On comprend que je nepuisavoir uneopinion biea arrêtée sur leur valeur.
L'emploi extérieur de l'iode m'a paru seconder merveilleusement les effets de son usage intérieur. J'y ai eu recours de plusieui's manières et avec des préparalions différentes. Toutes les parties engorgées étaient frictionnées avec une pommade contenant tantôt de l'iodure de potassium, tantôt de l'iodure de plomb, d'autres fois de l'iodure de mercure.
L'une de ces pommades élait composée d'un gros d'iodurede potassium par once d'axonge : on y ajoutait douze grains d'iode pur.
Une autre contenait un gros d'iodure de plomb par once d'axonge.
Enfin dans la troisième , chaque once de graisse était mêlée à un demi-gros d'iodure de mercure.
Lorsque les frictions étaient faites avec la pommade d'iodure de potassium ioduré, ou avec la pommade d'iodure de mercure, les malades se plaignaient quelquefois d'un sentiment de chaleur , de picotement ou de brûlure, qui durait tout au plus un quart d'heure, et souvent beaucoup moins. Je n'ai pas observé de sensation pareille après l'usage de la pommade faite avec l'iodure de plomb , et cependant cette dernière pommade a été employée, étendue sur des plumasseaux de charpie , pour le pansement des ulcères scrophuleux. A cette sensation près, il n'est survenu à la peau aucun accident qui ait obligé de discontinuer l'usage de ces pommades.
Je n'ai pas cru devoir employer des pommades faites avec des quantités différentes de la même préparation d'iodej mais il m'a paru avantageux de remplacer une pommade par une autre. Ainsi, par exemple, quand j'avais fait usage de la pommade d'iodure de potassium pendant quinze jours ou trois semaines, si je m'apercevais que le mal était slationnaire, je la remplaçais par la pommade d'iodure de plomb , et plus tard celle-ci était remplacée elle-même par la pommade de protoiodure de mercure. Je revenais ensuite à celle que j'avais prescrite en premier lieu.
Un fait remarquable, c'est que l'usage extérieur d'une pommade iodurée est suivi promptement d'une diminution sensible de l'engorgement 5 mais alors le
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mal que l'on croyait devoir bientôt disparaître, reste immobile. Si l'on a recours h une autre pommade, on voit la résolution de la tumeur marcher de nouveau pour s'arrêter ensuite, ou au moins faire des progrès trèslents , jusqu'à ce qu'on ait encore changé la préparation. C'est par l'emploi successif de différens composés du même corps que l'on parvient plus souvent et plus promptement à obtenir la résolution des engorgemens glanduleux de nature scrophuleuse.
La quantité de pommade employée pour chaque friction était proportionnée au volume de l'engorgement. La friction était Faite pendant quatre à cinq minutes, une seule fois par jour, le matin. Chez les adultes , il serait facile et avantageux de la répéter le soir: la peau est moins irritable et l'absorption moins active.
Je n'ai jamais employé les pommades iodurées comme moyen unique , principal de traitement. Toujours les frictions ont été combinées avec l'usage intérieur de l'eau minérale iodée , ou au moins avec celui des bains d'iode, lorsque l'état des voies digestives s'opposait à l'ingestion de l'eau iodée.
II n'y a jamais eu d'interruption des frictions; elles étaient continuées lors même que je faisais suspendre la boisson iodée. Fréquemment, ai-je dit, je substituais une pommade à une autre , et cela m'a paru avantageux. Il me serait impossible de dire quelle est celle de ces pommades qui mérite la préférence. Je n'ai point remarqué plus d'efficacité dans l'une que dans l'autre , et je regarde comme tout-à-fait indifférent de commencer par l'une ou par l'autre.
Les trajets Bstuleux sont fréquens dans la maladie scrophuleuse. On ne peut agir sur leurs surfaces qu'à l'aide des injections. On a proposé d'employer pour ces injections uae solution d'iode , et M. Lugol fait entrer
dans la solution depuis deux j usqu'à quatre grains d'iode par litre d'eau, avec quantité double d'iodure de potassium , pour en faciliter la dissolution. Les injections faites avec ce liquide m'ont toujours paru sans effet. Les malades n'éprouvaient point d'autre sensation que si on se fût servi d'eau pure. J'ai dû concentrer beaucoup plus la solution ; et en la composant avec douze grains d'iode et vingt-quatre grains d'iodure de potassium par litre d'eau, je ne déterminais qu'un léger picotement , un peu de cuisson passagère.
J'ai encore employé cette solution concentrée dans la vue de stimuler des surfaces ulcérées. J'en faisais inabiber un plumasseau de cliarpie, qu'on appliquait ensuite sur l'ulcère scrophuleux j mais de quelquemanière que je l'aie employée, je dois avouer que je n'en ai retiré aucun effet avantageux que je n'eusse pu obtenir de tout autre topique excitant j je n'ai remarqué dans cette solution rien de spécifique. Je ne l'ai pas mise en usage contre les ophlhaimies scrophuleuses, et sous ce rapport je n'en puis rien dire.
Je n'ai pas été plus satisfait de l'emploi de la solution iodurée caustique , composée avec partie égale d'iode et d'iodure de potassium dissous dans une quantité d'eau égale à celle des deux substances réunies. Cet iode caustique réprime à peine les chairs fongueuses des ulcères , et sous ce rapport le nitrate d'argent est bien préférable. J'ajouterai qu'il occasionne des douleurs irès-vivcs. Aussi ai-je dû y renoncer. Il m'a paru avantageux pour (Jiminuer le volume, les inégalités des cicatrices ; mais je crois que l'on peut souvent , sinon toujours , prévenir la difformité des cicatrices qui succèdentaux ulcères scrophuleux , comme je l'expliquerai bientôt, et alors je ne vois plus dans quels cas l'iode caustique offrirait quelques avantages.
186 MALADIE SCROPHCLEDSE.
M. le docteur Lugol a trop insisté sur l'excellence des bains d'iode pour que je n'aie pas désiré vivement de les mettre en usage. Je ne les avais jamais employés; et autant que les circonstances me l'ont permis, je me suis conformé scrupuleusement à ce qu'il a conseillé.
Il existe pour la division des filles scrophuleuses une salle de bains où sont placées six baignoires en bois. DeuJc de ces baignoires sont très-grandes, et peuvent contenir environ trois cents litres d'eau. Deux autres, un peu moins grandes, ont une capacité évaluée à deux cent soixante litres ; enfin les deux autres sont plus petites encore. Ces baignoires servaient à l'administration des bains de sulfure de potasse dont on faisait un usage fréquent. J'abandonnai entièrement les bains sulfureux, et je les remplaçai par les bains d'iode. Les quatre baignoires les plus grandes furent exclusivement consacrées à cette espèce de bains. Je fis préparer des solutions d'iode que l'on versait dans les baignoires remplies d'eau chaude, immédiatement avant d'y plonger les malades. Chacune de ces solutions contenait, pour les baignoires de trois cents litres,
Eau de pluie 2 livres.
Iode 2 gros et demi.
lodure de potassium. . . 5 gros.
Pour les baignoires de deux cent soixante litres, on n'employait que deux gros d'iode et quatre gros d'iodure de potassium.
En agitant l'eau, on obtenait promptement la répartition égale de la solution. On faisait alors entrer les enfans dans le bain. Chaque baignoire en contenait plusieurs, suivant leur âge ; il y en avait toujours au moins quatre, souvent cinq, six, et même quelquefois sept.
Y avait-il de l'inconvénient à faire baigner simultanément dans la même eau plusieurs enfans , tous scro-
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phuleux à la vérité , mais ayant , les uns des caries, des nécroses; les autres des engorgeraens glanduleux ulcérés ou non,lantôt dans un endroit, lanlôl dans un autre? La nature identique de la maladie me porta à penser qu'il n'en résulterait aucun mal, et l'expérience m'a fait voir que chez aucun enfant la maladie n'avait été aggravée. Il ne devait point en être autrement pour les bains d'iode que pour les bains sulfureux ; ceux-ci avaient toujours été donnés simultanément à plusieurs enfans, et jamais il n'en étaitrésullé d'accident. Je comprends qu'il eût été plus convenable de baigner chaque enfant isolément ; mais je me trouvais dans l'alternative d'agir comme je viens de l'indiquer, ou de renoncer à l'usage des bains d'iode. Car, s'il eut fallu ne mettre qu'un enfant danschaque baignoire, ces baignoires étant très-grandes, l'eau elle temps eussent manqué. Les frais d'ailleurs eussent été beaucoup trop considérables. Pour que l'iode employé en bains ait des effets avantageux , il faut qu'il se trouve dans l'eau à un état de concentration suffisante; que chaque litre d'eau, par exemple, en contienne une dose déterminée, 6 dixièmes de grain d'iode et 12 dixièmes de grain d'iodure de potassium. On doit avoir égard, par conséquent, non pas au nombre d'enfans que l'on met dans la baignoire , mais bien à la quantité d'eau que contient cette baignoire, de telle sorte que, soit que l'on baigne un seul enfant, soit que l'on en baigne plusieurs, la quantité d'iode doit être absolument la même. La dépense eût été au moins quadruple, et le prix de l'iode est assez élevé pour qu'on doive prendre celte circonstance en considération.
Pour agir autrement que je ne fis, il eût été nécessaire que l'on remplaçât les grandes baignoires par un nombre plus considérable de petites; mais, outre qu'il n'était pas en mon pouvoir de l'obtenir, cela m'eût fait
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perdre un temps précieux. J'ai donc dû me comporler comme je l'ai indique.
Les enfans prenaient habituellement trois bains par semaine. Il est quelques semaines dans lesquelles on n'a pu administrer que deux fois, et même une seule fois des bains. On manquait d'eau ou d'iode.
La durée de chaque bain variait d'une demi-heure à une heure, suivant l'influence qu'il exerçait. Quelques malades se plaignaient d'éprouver de la douleur dans les surfaces ulcérées. Trois enfans furent atteints d'un léger érysipèle en plusieurs endroits et spécialement aux membres inférieurs : cet accident disparut dans l'espace de trois jours ; il me parut devoir être attribué à ce que le bain avait été pris à une température un peii trop élevée. La chaleur augmente tellement l'activité de l'iode que l'eau des bains agit sur la peau beaucoup plus vivement que ne le fait l'eau minérale iodée sur l'estomac , quoique la première contienne une proportion relative bien moins considérable d'iode et d'iodure de potassium.
J'ai en ce moment dans mes salles un jeune garçon chez lequel le premier bain d'iode a déterminé une éruption d'une multitude de petits boutons semblables à ceux de la miliaire rouge. Un second bain pris au bout de plusieurs jours et après la disparition de l'éruption a produit un clîet semblable, mais un peu moins intense. Ce fut seulement après le cinquième bain qu'il ne parut plus rien à la peau. Cette éruption que je n'ai observée que chez cet enfant, était liée évidemment à une disposition individuelle.
Les accidens que je viens de mentionner sont rares et de peu d'importance. Le plus souvent on ne remarque d'autre effet qu'une coloration vive de la face avec une sueur abondanie sur cette partie. En sorlaal du
TRAITEMEîVT. 189 bain , les enfans allaient se coucher : on les faisait rester au lit pendant environ deux heures, et souvent ils dormaient durant tout ce temps. Je n'ai qu'à me louer d'avoir continué ces précautions jusqu'à présent.
Les bains d'iode ont exercé une influence remarquable sur la suppuration : toujours elle a été notablement diminuée. Au sortir du bain, les ulcères étaient rétrécis, comme desséchés : on les croyait au moment d'être guéris , mais dans la journée , ils s'humectaient j la sécrétion du pus momentanément suspendue, reparaissait mais avec moins d'abondance.
A peine les enfans scrophuleux ont-ils commencé l'usage des bains d'iode que l'on voit diminuer d'une manière très-sensible la consommation du linge à pansement. La religieuse de la salle me fit remarquer un jour qu'au lieu d'environ quatre cents compresses que l'on employait chaque jour, on en salissait à peine une centaine depuis que l'on employait ces bains , quoique les enfans fussent toujours les mêmes et en aussi grand nombre. Il n'est point de meilleure preuve d'une diminution dans l'abondance de la suppuration.
Outre une excitation avantageuse pour les ulcères, les bains d'iode produisaient un bien remarquable par rapport à la salubrité des salles. La réunion, dans un espace proportionnellement trop petit , d'un grand nombre d'enfans malades, les uns fournissant une suppuration abondante, les autres alfeclés de diarrhée, tous ou presque tous ayant une transpiration pulmonaire et cutanée acide , cette réunion amenait la formalion d'un grand nombre de miasmes de diverse nature, dont l'odeur infectait l'air, principalement durant la nuit : à partir du moment où on a commencé l'usage des bains d'iode, cette odeur a diminué d'une manière extrêmement sensible. Chaque fois que l'on a été forcé
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de suspendre pendant quelques jours l'adminislration des bains iodés , l'odeur s'esl fait sentir plus forlement, malgré les plus grands soins de propreté. Il est remarquable que les bains sulfureux n'ont jamais produit un semblable. Celte difTérence dans les résultats tient sans doute à la nature différente des substances médicamenteuses qui entrent dans la composition des bains. L'iode paraît jouir d'une vertu particulière, soit qu'il agisse en diminuant la suppuration , en modifiant l,i transpiration cutanée, soit que ses exhalaisons, loin d'ajouter, comme celles du gaz hydrogène sulfuré, à la fétidité des miasmes, diminuent au contraire cette fétidité , se comportent à leur égard comme le chlore avec lequel il a beaucoup de ressemblance sous le rapport de l'odeur.
Plusieurs des enfans que l'on baignait avaient des Irajets fistuleux plus ou moins nombreux , plus ou moins profonds. On faisait avec de l'eau du bain, pendant qu'ils y étaient plongés, des injections dans ces trajets : ces injections, pratiquées largement avec une grande seringue , déterminaient plus de douleurs que celles faites en d'autres momens avec une seringue plus petite et une solution plus concentrée ; cette différence tenait surtout à la température différente des deux solutions. J'attache beaucoup d'importance aux injections dans les cas de carie ou de nécrose : elles contribuent à arrêter les progrès du mal ; elles facilitent la sortie des esquilles, la cicatrisation des os malades; elles entraînent le pus, s'opposent à son croupissement , à son altération , aux accidens qui résultent de la résorption. Dois-je ajouter que je les proscris cependant toutes les fois qu'il y a dans le trajet fistuleux beaucoup d'irritation ?
La religieuse de la salle faisait elle-mênie ces injec-
lions avec une intelligence et un zèle dignes d'éloges. Toujours présente pendant l'administration des bains , c'est à scG soins que je dois de n'avoir vu survenir aucun accident. Elle diminuait ou prolongeait pour chaque enfant la durée du bain, suivant i'eifet qu'il en éprouvait. Tant que les petites malades s'y trouvaient bien , elle les y laissait : s'apercevait-elle au contraire qu'elles eussent irès-chaud, que la Hgure fortement colorée fût couverte d'une sueur très-abondante, elle les faisait retirer de l'eau, essuyer avec des linges chauds et transporter dans leur lit. Je dois consigner ici une remarque qu'elle a faite souvent. La solution d'iode communiquait à l'eau du bain une couleur d'un jaune verdâtre : au moment où on la versait et pendant qu'on agitait l'eau pour opérer le mélange, son odeur se répandait dans toute la salle du bain. Presque toujours il arrivait que l'eau d'une baignoire se décolorait trèspromptement, que l'odeur de l'iode cessait de s'en exhaler : cela avait lieu tantôt dans une baignoire, tantôt dans une autre , jamais dans toutes à la fois, quels que fussent d'ailleurs le nombre des enfans , la nature des symptômes scrophuleux dont ils étaient affectés. C'était une chose remarquable, que de voir l'eau d'une baignoire sans couleur et sans odeur, tandis que celle des autres baignoires n'avait éprouvé aucun changement. Les mêmes réservoirs servaient à remplir toutes les baignoires, qui toutes étaient en bois. A quoi pouvait tenir cette particularité? Serait-ce à une température différente , à quelques degrés de chaleur de plus ou de moins , ou bien à la manière dont la solution est versée dans l'eau du bain, et mélangée avec cette eau, ou bien encore , suivant la remarque de M. le docteur Borson de Chambéry, à de l'urine que les petits malades rendraient dans le baiu en plus ou moins grande quan-
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tilé ? Il serait importanl de s'en assurer : car on conçoit qu'un bain qui éprouve les chan^^emens dont je viens de parler, doit avoir beaucoup moins d'action que celui dont l'eau conserve sa couleur et son odeur. Ce dernier reste médicamenteux, tandis que l'autre se trouve prompteraent converti en un bain d'eau simple. Cette altération des bains s'observe encore de temps à autre chez les garçons , comme chez les filles , sans qu'on sache à quoi l'attribuer.
En terminant ces généralités sur les bains d'iode , je dois dire que leur composition n'a pas toujours été telle que je l'ai indiquée précédemment. A défaut d'iodure de potassium, qui sert , comme l'on sait, à faciliter la solution de l'iode dans l'eau, j'ai fait dissoudre ce dernier dans l'alcool jusqu'à saturation. Quatre onces de celte teinture représentaient un peu plus de trois gros d'iode, et servaient à composer un bain de trois cents litres. J'ai fait mélanger d'abord la teinture avec une livre et demie d'eau ; il ne s'est formé aucun précipité. En versant ce mélange dans la baignoire pleine d'eau , celle-ci s'est colorée , l'odeur d'iode s'est fait sentir fortement : on n'a aperçu aucun précipité. Ce qui prouve qu'il n'a pas dû y en avoir, c'est que l'effet des bains ainsi préparés a été absolument le même par rapport aux enfans que quand on employait le sous-iodure de potassium. J'ajouterai que l'eau ne se décolorait pas plus promptement et que l'odeur persistait aussi longtemps.
Il me reste à parler d'un dernier mode suivant lequel j'ai cru devoir essayer l'administration de l'iode, c'est-àdire des fumigations introduites dans les voies respiratoires , de l'atmiatrie pulmonaire.
Dès la plus haute antiquité, les médecins avaient pensé que certains raédicamens réduits en vapeur et di-
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rigés dans les poumons devaient exercer une influence avantageuse sur quelques maladies de ces organes. Ce genre de médication que Bennet avait tenté de mettre en vogue contre la phthisie pulmonaire , était entièrement tombé en désuétude , et l'appareil qu'il avait imaginé pour cet objet était presque inconnu, lorsque , de nos jours , on essaya de le remettre en honneur. Oa eut d'abord l'intention d'agir localement. Mais bientôt, en voyant d'une part avec quelle innocuité les poumons peuvent supporter, moyennant certaines précautions, la présence de vapeurs très-irritantes dans l'air ; en se rappelant d'autre part la facilité, la rapidité avec laquelle l'absorption se fait dans ces organes , on conçut l'idée d'opérer par celte voie une médication générale, une médication applicable à des maladies tout-à-fait étrangères à l'appareil respiratoire. Une semblable médication parut devoir être d'autant plus avantageuse que les principes médicamenteux pénètrent très-promptement dans le sang, qu'ils arrivent dans ce liquide à un état de division extrême , dans toute leur pureté , sans avoir subi aucune altération , aucune élaboration pareille à celle qui s'opère dans l'estomac, lorsqu'on se sert de cette voie. M. Richard Desruez , pharmacien très-distingué de Paris , s'est occupé beaucoup, depuis plusieurs années, du perfectionnement des appareils propres à administrer les fumigations dont il s'agit j il a présidé à leur emploi un grand nombre de fois, et dans beaucoup de maladies différentes ; il a vu souvent les meilleurs résultats succéder à cette médication : ainsi, par exemple, le deuto-chlorure de mercure, administré de la sorte, a guéri promptement , ra'a-l-il assuré, des maladies vénériennes très-invétérées, qui avaient résisté à l'introduction méthodique du même médicament dans les voies digestives, et à l'usage de