MALADIE SCROPHULECSE
coup moins de temps à apercevoir de l'amélioration. Je Tabandonnai pour y substituer l'iode.
Je variai le mode d'administration de ce nouveau remède. J'avais espéré un résultat avantageux des fumigations pulmonaires, en raison de leur action particulière sur la peau; elles furent tout aussi inefficaces que l'usage intérieur de l'eau iodée , que l'application extérieure de solutions et de pommades iodurées , de l'iode caustique lui-même. Enfin, le muriate de baryte, auquel j'eus recours en dernier lieu , échoua comme les moyens précédemment employés.
Ce ne fut qu'en attaquant le mal avec un caustique très-actif que j'obtins un commencement de guérison. L'iode caustique avait été insuffisant. Le nitrate acide de mercure fréquemment répété, changeait à peine l'aspect des ulcères : j'étais décidé à recourirà l'application de la pâte arsénicale , lorsqu'une circonstance particulière me fit donner la préférence à une autre préparation. Plusieurs filles scrophuleuses étaient affectées de la teigne faveuse : j'étais à la recherche d'une poudre ou d'une pommade épilatoire. J'avais employé sans aucun avantage celle indiquée par M. le docteur Rayer, dans le dictionnaire de médecine. Le hasard me fit rencontrer un ouvrage intitulé : Les secrets du Seigneur jilexis. Rouen, 1642. Parmi ces secrets, se trouve la composition d'une pommade pour ôterlepoil et la barbe d'où tu, votidras. Voici cette composition , copiée textuellement : «Prends chaux vive nouvelle, quatre onces; orpiment en poudre, une once; et lessive forte, c'està-dire, de la seconde lessive magistrale, deux verres : mets-les en un pot et les fais bouillir jusqu'à ce qu'ils deviennent espais ; ou bien plonge dedans une plume de canne, et si elle se péle, elles seront assez cuites : en les meslant souvent et en cuisant prendront corps, puis
THAITEMENT. 295
garde-les en pots plombez , et quand lu en voudras user, étends-la subtilement, et la mets par mesures sur le lieu d'où lu veux oster le poil ; mais oingts premièrement le lieu d'huile d'amandes douces , puis mets dessus ladite mixtion, et tu ne sentiras icelle chaleur ou bien peu. » 4e Livre, Page 578.
Je fisappliquer une petite quantité de cette pommade sur quelques points de la tête , chez deux enfans teigneux. Mais, soit que préalablement on n'ait pas suffisamment enduit ces points d'huile d'amandes douces, soit par tout autre motif, elle ne tarda pas à faire naître de vives douleurs et à déterminer la formation d'escharres noires , malgré l'empressement et le soin que l'on mit à l'enlever , en raison des douleurs qu'elle occasionnait. Tout ne fut pas malheureux dans cet essai : l'idée me vint d'employer la préparation caustique contre l'esthiomène , et j'eus lieu de m'en féliciter. J'en étendis d'abord une couche épaisse sur l'un des ulcères de la face : une douleur très-vive se fit promptement sentir; cette douleur ne tarda pas à se modérer , puis à cesser : il se forma une escharre très-noire , paraissant d'autant plus profonde qu'elle s'entoura d'un léger gonflement inflammatoire. La chiite de cette escharre ne se fit pas attendre long-temps et laissa voir une surface égale, vermeille, qui marcha très-rapidement vers la guérison. L'usage du cérat opiacé, étendu sur un plumasseau de charpie, me parut favoriser beaucoup la cicatrisation. Toute l'épaisseur du derme n'avait pas été détruite : aussi la cicatrice était-elle presque aussi étendue que l'ulcère ; mais elle présentait une surface lisse, très-égale , sans dépression : sa formation n'avait amené , dans les parties voisines , aucun tiraillement, aucun changement dans les traits du visage.
J'ai employé plusieurs fois, sur des ulcères de même
296 MALADIE SCROPHULEIISE.
nature et avec le même avantage, la pommade dont je viens de parler. Elle contribue chaque année à la guérison de plusieurs malades. Une seule application ne suffit pas toujours, quelquefois il faut y revenir à plusieurs reprises. Son usage doit toujours être précédé d'un traitement général. Son action paraît se rapprocher beaucoup de celle de la pâle de frère Côme; comme celle-ci, elle contient de l'arsenic. Cependant je n'ai jamais vu son usage suivi d'accidens dépendant de l'absorption du poison métallique, quoique je l'aie souvent mise sur des surfaces étendues. Une fois, au contraire, après l'application de la pâte arsénicale , il est survenu des vomissemens, des coliques, de la diarrhée et une tendance continuelle à la syncope. Sous ce rapport, la pommade mérite la préférence sur la pâte : l'arsenic ne se trouve pas au même état dans les deux compositions. J'ajoute que dans l'une, il forme la seule partie active, tandis que dans l'autre, il est uni à des substances déjà très-caustiques ; la rapidité plus grande avec laquelle l'escharre est formée, lorsqu'on emploie celle-ci, rend suffisamment raison , ce me semble , des différences qu'elles présentent dans leur manière d'agir.
Je n'aurai plus occasion de parler de l'arséniate de soude : aussi, avant de terminer ce qui est relatif à l'eslhiomène , je vais rapporter succinctement un exemple de guérison dû à ce remède, employé, il est vrai, avec beaucoup de hardiesse.
M'**, Alexandrine, âgée de quinze ans, est admise à l'hôpital pour la seconde fois, le 28 mars 1828. Elle avait une ulcération rebelle de l'aile gauche du nez et delà partie voisine de la joue gauche, se recouvrant de croûtes très-adhérentes qui se reproduisent quand on les a détachées. La cicatrisation de ces ulcères avait été obtenue à l'aide de cautérisations répétées avec le nitrate
TRAITEMENT. 297 acide de mercure; mais la guérison était si peu solide, que le mal avait reparu au bout de huit jours et forcé l'enfant à venir se soumettre à un nouveau traitement. Le \" avril 1831 , le nez est déformé ; une partie de son aile gauche a été détruite; l'entrée de la narine est considérablement rétrécie. La surface ulcérée est inégale , parsemée de tubercules rouges que séparent des enfoncemens grisâtres. L'ulcère de la joue est plus superficiel, sans inégalités; c'est une surface humide, rouge, qui se recouvre de petites croûtes minces. La première;^ apparition du mal remonte à plus de dix ans.
Je fis cesser l'usage de l'infusion de houblon et du sirop anti-scorbutique qui , employés régulièrement depuis trois mois, n'avaient produit aucun changement appréciable. Le 4 avril, je remplaçai ces moyens par l'arséniale de soude, que je donnai en solution dans un julep gommeux à la dose d'un 16» de grain d'abord , et successivement à un 15", un 14e,un lô^, un 12<", etc., etc., jusqu'à ce que je fusse parvenu à trois quarts de grain par jour. Le traitement local se composa exclusivement de lotions avec l'eau de sureau. Le 10 mai , le système digestif n'avait aucunement souffert. Je crus devoir interrompre, pendant quelque temps, l'usage de l'arséniate de soude; je prescrivis des boissons délayantes , et bientôt après j'administrai, comme purgatif, une once de sulfate de magnésie. Le 1 8 , je rcvittb à l'emploi de la solution arsénicale, en commençant cette fois par un 6" de grain , et augmentant graduellement la dose jusqu'à trois quarts de grain. Je fis mettre à demeure dans la narine gauche une lente de charpie , dont oa augmentait de temps à autre le volume , afin d'obtenir l'agrandissement de l'ouverture rétrécie. Deux fois par semaine on cautérisa les ulcères avec le nitrate acide de mercure. Le mal s'améliorait : le 25 juin il touchait à sa
■^''O BIALADIE SCROPnULECSE.
fin. Je fis cesser , pour n'y plus revenir , l'usage de l'arséniûle de soude : quelques nouvelles caulérisations procurèrent la cicatrisation , qui était complète le 15 juillet. La guérison fut durable. La malade demeura dans l'hôpital où elle fit le service d'infirmière. Au mois d'avril , il n'y avait aucune apparence de récidive, lorsqu'elle fut attaquée du choléra épidémique , auquel elle succomba dans l'espace de vingt-quatre heures.
J'attribue à l'arséniate de soude une grande part dans la guérison de cette malade. A la vérité, j'eus recours aux cautérisations qui précédemment avaient procuré un succès momentané; mais je ne le fis que quand il existait déjà une amélioration notable. Elles ont aidé sans doute à la formation plus rapide de la cicatrice. Je dois encore tenir compte de l'ancienneté du mal, de son état à peu près stationnaire depuis longtemps, de l'âge auquel était arrivée la jeune personne. Cependant la menstruation n'était pas établie au moment de la guérison.
Quoi qu'il en soit, ce fait prouve que l'arséniate de soude peut être supporté à une dose beaucoup plus élevée que celle où l'on a coutume de le donner. Je pourrais parler ici de plusieurs autres enfans qui en ont pris pendant long-temps, depuis un demi-grain jusqu'à trois quarts de grain par jour, sans aucun inconvénient pour ' les organes digestifs , et souvent avec avantage pour la maladie contre laquelle je l'administrais. C'est un remède qui demande une grande prudence dans son em-ploi, et on doit toujours en commencer l'usage par des; quantités minimes ; mais aussi il ne faut pas craindre d'augmenter ces quantités toutes les fois que l'estomac le supporte bien : je pense que pour en obtenir tout le bien qu'on est en droit d'en attendre, il faut en porter la dose aussi loin qu'on le peut, sans troubler les fonc-
lions digestives. Je n'ai jamais pu dépasser trois quarts de grain chez les enfans, sans donner lieu à des pincemens d'estomac, à des douleurs de ventre, à de la diarrhée. On a reproché à ce remède une action spéciale et nuisible sur le cœur. Chez la malade dont je viens de rapporter l'histoire, il se manisfesta tout-à-coup des faiblesses qui se répétèrent plusieurs fois le même jour : cela me décida à le cesser complètement : j'appris plus tard qu'elle avait éprouvé, à différentes reprises, des accidens semblables, avant d'en avoir fait usage. Je n'ai observé rien de pareil chez plusieurs autres enfans, auxquels je fis prendre, pendant long-temps, des doses élevées d'arséniate de soude.
J'administre fréquemment l'arséniate de soude et j'en élève rapidement la dose d'un douzième de grain à un demi-grain et même à deux tiers de grain. Je le donne en solution aqueuse, étendu dans quatre onces de julep gommeux : ces quatre onces de liquide sont prises dans la journée en trois ou quatre fois. Au bout de trois semaines de l'emploi de ce remèd?, j'en interromps l'usage: je prescris, pendant plusieurs jours, des boissons délayantes en grande abondance, puis je fais prendre un et quelquefois deux purgatifs. Après huit à dix jours d'interruption , je reviens à l'administration de l'arséniate de soude , toujours en commençant par une petite dose. Je ne l'ai jamais vu occasioner d'accidens. Le mal local en reçoit quelquefois une amélioration marquée, et j'ai obtenu plusieurs guérisons. D'autres fois , je n'ai observé aucun effet sensible. Je ne sais à quoi attribuer une pareille différence dans des circonstances qui sont en apparence fes mêmes.
Deux fois j'ai retiré des avantages de l'huile empyreumatique animale, appliquée matin et soir sur un esthiomène du bras et de la face : il semble que celte huile
300 MALADIE 8CB0PHULEUSE.
agisse en resserrant les tissus. La maladie a été promplement réduite à l'existence de quelques tubercules disséminés dans l'épaisseur de la peau. La rougeur avait disparu et l'épiderme s'était reproduit sur les pointa qui laissaient suinter une sérosité abondante. La guérison n'était cependant pas complète, lorsque j'ai perdu la malade de vue. L'odeur très-forte que répand l'huile empyreumatique animale, devenant insupportable aux malades voisins , j'ai dû cesser d'y avoir recours dans des cas semblables.
Il est une autre affection de la peau qui offre quelque ressemblance avec l'eslhiomène : je veux parler des ulcères qui succèdent à l'ouverture de petits abcès développés dans l'épaisseur même du derme. Ils sont quelquefois disséminés en assez grand nombre sur les joues, sur le tronc, sur les membres. Les abcès se présentent sous la forme de petites tumeurs fluctuantes, d'un rouge violacé bien circonscrit. Au bout d'un temps toujours long, il se forme une ouverture qui donne issue'au pus ; les bords de cette ouverture s'agrandissent et la majeure partie de la peau violacée qui fermait la paroi externe de l'abcès se détruit. Des végétations s'élèvent de la paroi postérieure formée par une couche profonde du derme qui a été pour ainsi dire dédoublé. Ces végétations dépassent bientôt le niveau de la peau et paraissent comme enchâssées dans l'ouverture dont les bords sont décollés et amincis dans une étendue variable. Que\ que soit le traiteraentgénéral que l'on mette en usage, la guérison des ulcères dont il s'agit est fort longue, se fait attendre des années même, si on n'a recours à un traitement local bien entendu. Les bords décollés ne peuvent ni se réunir aux parties sousjacentes, ni servir de point de départ à une cicatrice. Il faut , ainsi que je l'ai dit précédemment pour les ul-
TRAITEMENT, SOl
cères qui succèdent aux engorgemens glanduleux abcédés, que le fond et les bords se cicatrisent isolément. Lorsqu'après avoir modifié avantageusement l'état général, on détruit les bords de l'ulcère soit avec un causlique. soit avec l'instrument tranchant, on obtient une guérison rapide : cette guérison est encore hâtée par la cautérisation des végétations, et le nitrate acide de mercure , insuffisant dans l'esthiomène, réussit fort bien ici, où l'on ne rencontre pas au-dessous des végétations les petits foyers qui résultent de la suppuration des tubercules. Il n'est pas nécessaire d'y avoir recours plus de deux ou trois fois : le nitrate d'argent réprime ensuite convenablement les bourgeons charnus qui végètent trop rapidement. J'ai toujours vu une pareille conduite couronnée de succès; et il y a encore en ce moment, dans les salles des scrophuleux, un garçon de quatorze ans, chez lequel quatre ulcères semblables , situés à l'avant-bras gauche , ont été rapidement guéris. Ce garçon a encore plusieurs autres ulcères de même nature qui vont être soumis au même traitement et qui se termineront de la même manière.
Au commencement du mois de mai, il s'est présenté à la consultation de l'hôpital une fille de treize ans , qui avait à la partie inférieure et externe du bras gauche, près le poignet, un ulcère oblong, long d'environ deux pouces, large de dix-huit lignes. Cet ulcère, qui existait depuis quinze mois, avait succédé à l'ouverture spontanée d'un abcès. Ses bords, décollés seulement dans une petite étendue, étaient tuméfiés, rouges, douloureux. Il s'écoulait une suppuration abondante. Un grand nombre de topiques avaient été employés sans succès. Je misla maladeà l'usage de l'eau minérale iodée. Un cataplasme émollient fut appliqué sur l'ulcère. Je fis cesser le travail sédentaire de celle jeune fille, et j'or-
802 MALADIE SCROPHtLECSE.
donnai qu'on la fit promener toute la journée, en maintenant toutefois le bras avec une écharpe. Au bout de dix jours l'inflammation avait disparu : l'affaissement des bords laissait voir de la diminution dans l'étendue de l'ulcère. Il eût été convenable alors d'exciser la peau décollée, et de toucher la surface inégale de l'ulcère avec le nitrate acide de mercure. La malade s'y refusa. Je remplaçai le cataplasme par un difjestif composé avec partie égale de miel, de térébenthine et de jaune d'œuf. L'eau minérale iodée fut portée graduellement à douze onces par jour. Bientôt on vit une cicatrice se former au centre de l'ulcère et se porter vers la circonférence. Quelques cautérisations avec le nitrate d'argent hâtèrent la formation de cette cicatrice qui gagna rapidement les bords et s'étendit sur leur face interne. En moins de deux tnois la guérison fut complète. Je Tais faire reprendre l'usage de l'iode qui a été interrompu depuis quinze jours , durant lesquels j'ai prescrit des boissons délayantes et deux purgatifs. La cicatrice se fût formée bien plus prompteraent encore , eût été bien plus régulière, si l'excision et la cautérisation eussent été pratiquées après la disparition de l'inflammation. On doit au peu de décollement, et à l'épaisseur des bords, d'avoir pu s'en passer.
AFFECTIONS DES MEMEHANES MUQCEUSES.
OPUTUALMIK.
L'ophthalmie est très-fréquente chez les enfans scrophuleux. C'est le symptôme de la maladie strumeuse, à l'égard duquel il est le plus difficile de constater l'action de tel ou tel remède; on la voit en effet survenir sans cause appréciable en apparence, disparaître au bout d'un temps très-variable, quelquefois fort court ,
TRAITEMENT. SOS quelquefois de longue durée, après avoir résisté à une multitude de moyens rationnels. Lorsque la guérison survient rapidement , pendant l'emploi d'un remède nouvellement mis en usage, il ne faut pas se hâter de l'attribuer à ce remède ; car, de même que l'ophthalmie se déclare souvent sans cause appréciable, de même aussi elle disparaît sans que l'on sache bien pourquoi ; et si le traitement, sous l'influence duquel elle parait guérir, eût été employé plutôt, il eût échoué comme les autres. C'est ce que j'ai été à même de reconnaître peu de temps après le commencement de mon exercice à l'hôpital. Il existait, dans les salles qui me furent confiées, un grand nombre d'ophlhalmies fort anciennes ; en même temps que je soumis les malades à un traitement anli-scrophuleux, j'eus recours à un collyre trèsvanté, connu sous le nom de collyre des Bénédictins , et dont M, le docteur Carron du Viliards venait de publier la composition dans la Gazette médicale. Ce collyre n'est autre chose que de la suie séparée des matières insolubles qu'elle contient, dissoute ensuite dans du vinaigre très-fort, et étendue dans l'eau. Tous les enfans chez lesquels on l'employa, éprouvèrent une amélioration très-rapide; ils furent presque tous promptcment débarrassés de l'ophlhalmie dont ils souffraient depuis long-temps. Il était difficile de ne point supposer au collyre une grande part dans le succès; mais j'eus bientôt lieu de reconnaître que sa vertu n'était pas aussi grande qu'elle m'avait semblé. En effet , la plupart des ophthalmies ne tardèrent point à reparaître, et cette fois le collyre demeura toul-à-fait impuissant contre elles. Il le fut également envers des ophthalmies survenues chez des enfans qui jusque-là n'en avaient pas été affectés, .le fus dès-lors amené h conclure que le premier résultat était dû. bien moins à
l'aclion du collyre qu'à une coïncidence fortuile entre son emploi et une guérison dont la cause était inappréciable. Dans les ophlhalmies scrophuleuses , comme dans beaucoup de maladies chroniques, c'est le remède employé en dernier lieu qui semble guérir; le plus souvent ce remède n'a d'autre mérite que d'avoir été administré au moment où les efforts de la nature allaient triompher du mal. Parmi les nombreux moyens proposés contre les maladies chroniques , il n'en est aucun en faveur duquel on ne puisse invoquer un plus ou moins grand nombre de succès. N'est-ce point à cette circonstance qu'il faut les rapporter? Toujours est-il que tel remède qui paraît doué d'une grande vertu , lorsqu'il est employé après beaucoup d'autres, est lontà-fait sans action, si on le met en usage le premier, quoique la nature de la maladie soit la même.
J'ai dit que l'ophlhalmie scrophuleuse survenait fréquemment sans cause appréciable , qu'elle disparaissait de même. Ce développement subit de la maladie chez un grand nombre d'enfans, ces guérisons rapides et inattendues, m'ont paru coïncider souvent avec des variations atmosphériques. Chaque fois que le temps passait de la sécheresse à l'humidité, les ophthalmies devenaient plus fréquentes ; lorsqu'au contraire le temps sec se prolongeait , on les voyait guérir sous l'influence de remèdes qui jusque-là avaient été complètement inefficaces. Les variations atmosphériques amenant quelques changemens dans la manière de vivre des enfans, il est difficile d'apprécier exactement la part directe qu'elles ont dans la production des ophlhalmies. En effet, lorsqu'il tombe de l'eau , les enfans ne peuvent pas sortir des salles, se livrer aux exercices qui leur sont si salutaires; j'ajouterai qu'alors les croisées restent habituellement fermées. Est-ce
à l'humidité de l'atmosphère ou au séjour conlinuel dans un air vicié , qu'il faut rapporter le développement de l'ophthalmie? ou bien aux deux causes réunies? Et dans ce dernier cas, quel est le degré d'influence de chacune d'elles? J'ai plusieurs raisons de croire que le séjour dans un air non renouvelé est la principale cause de l'apparition du mal , et que si les localités permettaient de maintenir les enfans hors des salles quand il pleut, comme lorsque le temps est sec, on verrait survenir beaucoup moins d'ophthalmies. Quelle que soit la saison, les maux d'yeux sont plus fréquens, plus rebelles chez les enPans qui se trouvent forcés de garder le lit , qui ne peuvent passer hors des salles la plus grande partie de la journée. Ces maux deviennent aussi communs pendant les grandes gelées, que quand le temps est pluvieux. Or, dans les deux cas, les croisées sont rarement ouvertes, les portes sont soigneusement fermées, et les malades sortent à peine des salles. C'est moins en agissant directement sur les yeux qu'en donnant plus d'activité à la maladie scrophiileuse , que ces causes font naître l'ophthalmie; s'il en était autrement , on ne verrait pas l'inflammation de ces organes survenir plus souvent quand le temps est sombre que quand le soleil répand la lumière la plus vive. Depuis qu'on a diminué l'encombrement des salles, qu'on a enlevé dix lits de chacune d'elles, le nombre des ophthalmies est devenu beaucoup moins considérable. Un pareil résultat confirme la justesse des réflexions que je viens de présenter.
Il y a dans la divisiori»des garçons une cause particulière d'ophlhalmie que je dois signaler. La cour consacrée à leurs jeux est sablée partout. A certaines heures du jour, il n'y a pas d'ombre. Les enfans jouent souvent aux billes , ce qui les oblige à fixer continuelle-
MAIADIK SCROPHDlErSE.
ment leurs regards sur un sable vivement éclairé et irès-échauffé. D'autres fois , couchés à plat-ventre, ils reçoivent dans les yeux une poussière fine qui les irrite, les enflamme. Ces ophihalmies cèdent en général trèsfacilement à la disparition de leur cause.
On ne voit rien de semblable chez les filles. Mais elles n'ont point les mêmes jeux : en outre il y a dans leur cour une double rangée de tilleuls plantés à distance convenable du bâtiment , qui ombragent un grand espace sous lequel elles passent la majeure partie du jour,
L'ophthalmie scrophuleuse mérite toujours la plus grande attention. « Lorsque le mal gagne les yeux, dit Bordeu, il est important de les dégager fort vite, parce que, pour peu qu'il se fasse de suppuration dans ces parties, elles ne reprennent jamais leur disposition naturelle, elles restent toute la vie sujettes à des fluxions fort incommodes, n Malheureusement on ne parvient pas toujours à dégager les yeux , et les cautères que Bordeu projiose pour cela , sont loin d'avoir un succès constant. Rien n'est plus difficile, n'est plus incertain dans ses résultats immédiats, que le traitement de l'ophthalmie scrophuleuse. Celle ophlhalraie revêt-elle un caractère très-inflararaatoire , les émissions sanguines générales ou locales paraissent bien indiquées, et en effet, on les voit diminuer promptement l'intensité du mal, mais elles en amènent bien rarement la guérison; il persiste indéfiniment à l'état chronique, malgré les médications les plus rationnelles , suivies avec persévérance. 11 en est de même lorsque la maladie a revêtu primitivement celte forme chronique. Les émétiques. les purgatifs souvent répétés, les vésicatoires en divers lieux, leséton et le cautère à la nuque, les collyres de toute espèce, peuvent échouer complètement, et il n'est pas rare que l'ophthalmie disparaisse spontanément dans
TRAITEMENT. 307 l'espace de quelques jours, peu de temps après que l'on a cessé l'usage de tout remède, llsemble que sa durée ait été déterminée à l'avance, et que rien ne puisse l'empêcher d'atteindre ou lui faire dépasser le terme fixé j elle suit son cours nonobstant toute sorte de soins. Il est cependant quelques moyens locaux qui m'ont paru avoir plus souvent que d'autres une action favorable , surtout lorsque l'ophihalmie affecte la conjonctive oculaire. Ces moyens sont l'instillation dans l'œil du laudanum de Sydenham , une goutte matin et soir, et l'insufilation du calomel une ou deux fois chaque jour. Lorsque les bords des paupières sont rouges, tuméfiés, que les glandes de Meïbomius sécrètent un liquide puriformequi se dessèche entre les cils, que les yeux sont chassieux, comme on dit communément, j'ai presque toujours obtenu une guérison très-prompte par l'usage de la pommade anii-ophthalmique de Lyon, composée d'onguent rosat et d'oxide rouge de mercure , dans la proportion d'une once du premier et pour un demigros du second. Tous les soirs je fais oindre les parties malades avec une très-petite quantité de cette pommade.
Les ophthalmies scrophuleuses laissent souvent àleur suite des désordres plus ou moins graves qui sont occasionnés le plus ordinairement par l'inflammation de la cornée, par la kératite, affection peu connue avant la belle description qu'en a donnée mon condisciple et ami, le docteur Mirault, d'An gers. Tantôt la cornée ramollie se perfore largement et permet l'issue des parlies constituantes du globe de l'œil, lequel se trouve dès-lors réduit à un moignon tout-à-fait impropre à la vision. Tantôt un ramolHssement moins étendu est suivi d'un changement de forme, soit général, soit partiel, de l'apparition d'un staphylôme. D'autres fois l'é-
S08 MALADIE SCUOPHULECSE.
panchemcnt entre les lames de la cornée d'une matière blanchâtre, concrète, donne lieu à un albugo le plus souvent incurable, toujours difforme quand par sa situation au-devant de la pupille, il n'est pas un obstacle à la vision. Quelquefois un ulcère détruit toute l'épaisseur de la cornée, établit une ouverture dans laquelle l'iris s'engage de manière à former une hernie connue sous le nom de procidence , de staphylôme de l'iris. La hernie peut être multiple : elle détermine toujours une déformation plus ou moins grande du globe de l'œil ; elle entraîne souvent la perte de la vision , ou tout au moins elle occasionne une altération telle de cette faculté qu'elle la réduit à la simple possibilité de distinguer la lumière des ténèbres. 11 arrive que les ulcères ne perforent que quelques unes des lames de la cornée : leur cicatrisation laisse une opacité connue sous le nom de taie, de lettcoma, ordinairement entretenue par un ou plusieurs vaisseaux variqueux. Le leucoma constitue toujours une difformité plus ou moins désagréable : souvent il intercepte les rayons lumineux ou tout au moins il change leur direction. Cette lésion est cependant une des moins graves , depuis que M. le professeur Dupuytren en a si bien exposé le développement et fait connaître le remède.
L'inflammation scrophuleuse des yeux n'a pas toujours des suites aussi fâcheuses. Quelquefois après une ophthalmie très-longue , très-intense , qui occupait non seulement les paupières , mais encore le globe de l'oeil, on voit ce dernier devenir clair , brillant, trans- \ parent, dans l'espace de quelques jours ; la vision est aussi parfaite qu'elle l'était avant la maladie. Ces résultats si différens du même mal s'observent sans qu'on puisse en découvrir une cause satisfaisante. Telle ophthalmie, qui en apparence était moins grave , amène
des désordres beaucoup plus grands que telle aulre qui paraissait devoir entraîner la perle de l'œil , sans que pour l'expliquer , ou puisse même se rejeter sur des dispositions inilividuelles, puisqu'une première ophthalmie chez un même sujet donne souvent lieu à des désordres beaucoup moins graves qu'une seconde qui était en apparence beaucoup plus bénigne.
J'ai vu chez une jeune fille un exemple bien remarquable de l'intégrité desyeux après une ophlhalmie très-prolongée qui siégeait à la lois sur le globe et les paupières. Cette fille était profondément affectée de la maladie scrophuleuse ; elle avait le coude droit tuméfié, ankilosé , environné de cicatrices; le cubitus, le radius, plusieurs os du carpe et du métacarpe, le tibia, l'astragale, étaient cariés, le derme se trouvait ulcéré en plusieurs endroits; dans d'autres on voyait des fistules sous-cutanées; il existait un dévoiement presque continuel ; les paupières étaient tuméfiées , douloureuses à la plus légère pression , souvent collées ensemble par le dcsséchemenf^ de l'humeur qui s'écoulait de leur face i-iterne. Les yeux étaient très-sensibles à la lumière, et lorsqu'on parvenait à entr'ouvrir les paupières, on apercevait la sclérotique parsemée de vaisseaux trèsrouges et dilatés. Cet état des yeux durait depuis environ cinq mois. Il persista encore pendant deux mois, malgré les moyens que je mis en usage. L'opiniâtreté du dévoiement m'empêcha de donner l'iode à l'intérieur; je ne pus l'administrer d'abord que sous forme de bains. Le collyre avec la suie dissoute dans le vinaigre, l'instillation du laudanum, la pommade avec l'oxide rouge de mercure, n'eurent aucun succès. Enfin, le 25 mai , après trois jours de malaise et de fièvre plus intense que de coutume, une abondante éruption de rougeole vint se joindre aux maux déjà existans. La m-i-
OlU MALADIE SCROPHCLECSE.
lade échappa à celle nouvelle afFection, et pendant la convalescence , les paupières perdirent de leur volume, sccrélèrent un mucus moins abondant; bientôt il fut facile de les ouvrir; les yeux supportaient moins douloureusemenl la lumière , les vaisseaux roujjes qui les sillonnaient de toutes parts disparurent proraptemenl. Ces organes furent bientôt aussi brillans , aussi nels que s'ils n'eussent jamais clé enflammés. Une pareille amélioration ne fut pas de longue durée; l'ophihalmie ne tarda pas à reparaître pour résister opiniâtrement à toute espèce de médication. Je ne sais ce qu'est devenue ia malade depuis que j'ai quitté le service de la salle où elle était couchée.
La vive sensibilité des yeux à la lumière, la photophobie , s'observe très-fréquemment dans les ophthalmies scrophuleuses ; souvent même elle a lieu, quoique l'inflammation paraisse peu intense : elle survit à cette inflammation, elle existe encore lorsqu'il n'y a plus de trace de phlegmasie. Je ne sache pas qu'on ait donné une explication satisfaisante de ce phénomène , qu'on ait pu le rapporter à une lésion constanle de telle ou telle partie de l'œil. Quoi qu'il en soit, je l'ai souvent combattu avec succès par un collyre adoucissant auquel je faisais ajouter de l'extrait aqueux de Belladone , dans la proportion d'un, quelquefois de deux grains par chaque once de liquide.
Je pourrais citer bon nombre d'ophthalmies scrophuleuses contre lesquelles l'iode a complètement échoué. J'en rapporterai deux exemples curieux , lorsque je parlerai du muriate de baryte. Je pourrais aussi relater plusieurs faits d'ophthalmies qui ont disparu sous l'influence des préparations d'iode, mais ces faits ne me paraissent pas rigoureusement concluans en sa faveur; car j'ai plusieurs fois observé des guérisons
TRAITEMENT. Sll
semblables en l'absence de toute médication anti-scrophuleuse. J'ajouterai que j'ai vu des ophthalmies guéries pendant l'admiDistralion de l'iode , récidiver, quoiqu'on n'eût pas discontinué l'usage de ce remède; que j'ai vu les yeux s'enflammer , pour la première fois, chez des enfans actuellement soumis à un traitement par l'iode, chez des enfans qui, à l'aide de ce médicament , avaient été guéris d'accidens d'une autre nature. Je rappellerai à ce sujet un exemple que j'ai rapporté précédemment de périostose dont la guérison rapide , obtenue par l'emploi de l'hydriodate de fer, fut suivie d'une ophihalmie qui avait tous les caractères d'une inflammation scrophuleuse.
Les effets incontestablesde l'iode sur l'économie animale ne me permettent pas de douter que cette substance n'agisse avec avantage contre la prédisposition à toute espèce de symptôme scrophuleux , à i'ophthalmie comme aux engorgemens glanduleux, par exemple; qu'il ne combatte souvent ces symptômes avec succès : un grand nombre de faits me l'a prouvé, La conviction que j'ai acquise à cet égard pour Tophthalmie repose principalement sur l'observation journalière des malades. Cette conviction s'est formée par l'examen comparatif, fait un grand nombre de fois, de ce qui s'est passé pendant l'emploi de l'iode , et de plusieurs autres remèdes vantés comme anti - scrophuleux, et même pendant l'usage seul d'un traitement hygiénique. Je m'abstiendrai de consigner ici quelques exemples de guérison rapide de l'ophlhalmie , car ils ne sauraient prouver, d'une manière péremptoire, l'efficacité de l'iode , puisque , je le répète , je pourrais leur opposer des cas de récidive et même de première apparition de l'ophthalmie pendant le cours d'un traitement à l'aide de ce médicament.
312 MALADIE SCROPnCLECSE.
L'inflammation des yeux n'a pas besoin , pour revêtir le caractère scrophuleux , que la constitution soit ffranilement altérée : elle s'observe fréquemment au début des scrophules , dont elle est souvent un des premiers symptômes. Elle est susceptible de récidive tant que la maladie scrophuleuse n'est pas entièrement fîuérie , lors même qu'elle touche à sa guérison. L'ophthalmie se lie à une modification peu profonde de l'économie : que cette modification existe par suite de la marche croissante des scrophules ; qu'elle existe parce que leur marche décroissanle n'est pas assez avancée, peu importe : du moment où elle existe l'ophthalmie peut survenir. Cela explique pourquoi les remèdes généraux paraissent avoir moins d'effet sur elle que sur d'autres symptômes. Les scrophuleux n'en sont à l'abri que quand leur constitution tout entière a été renouvelée.
DE l'otorrhée.
Je n'ai que deux mots à dire sur l'écoulement muqueux ou puriforme de l'oreille : cet écoulement n'est pas rare ; mais il n'existe presque jamais seul : il se rencontre ordinairement avec d'autres symptômes de la maladie scrophuleuse. Le plus souvent je l'ai vu disparaître promptement sous l'influence de l'iode. Des injections d'eau d'orge miellée faites en abondance et répétées plusieurs fois chaque jour m'ont toujours paru favoriser beaucoup la guérison.
L'otorrhée purulente s'observe très-fréquemment chez les scrophuleux. Elle dépend de la carie ou de la nécrose d'une poriion du temporal. La surdité en est le résultat le plus ordinaire et la guérison se fait toujours long-temps attendre. Je ne répéterai pas ici ce que j'ai écrit ailleurs sur la carie ou la nécrose. Je dirai
seulement que par l'usage de l'iode on voit assez rapidement la maladie cesser de s'accroître : les injections sont fort utiles comme moyen de propreté, pour entraîner au dehors le pus qui séjournerait dans l'oreille et qui deviendrait une cause d'irritation. Ces injections doivent être faites avec une grande seringue.
BU CORIZA.
L'écoulement muqueux de la membrane pituitaire est toujours lié à un gonflement des aîles du nez et de la lèvre supérieure. Souvent il précède, il annonce pour ainsi dire, l'apparition de la maladie scrophuleuse , dont il est en réalité le premier degré. Celte sécrétion surabondante occasionne beaqcoup de gêne dans la respiration. Le mucus se dessèche , forme des croûtes qui obstruent les fosses nasales, interceptent le passage de l'air, forcent à respirer par la bouche , allèrent le timbre de la voix.
L'iode agit soiîvent avec promptitude contre cet accident que j'ai vu cependant survenir chez une jeune fdie qui en avait fait un long usage, qui l'avait interrompu depuis un mois seulement. Je dois ajouter qu'à la sortie de l'hôpital, cette enfant avait été placée dans les circonstances les plus favorables au développement des ccrouclles. Les réflexions que j'ai faites sur les récidives de l'ophthalmie s'appliquent entièrement au coriza.