MALADIE SCROPnntEtJSE
résultat doit être attribué plutôt à l'action locale qu'à l'influence générale du remède, et le mal ne tarde pas à revenir si le traitement n'est pas prolongé quelque temps après sa disparition.
Il arrive quelquefois qu'il est entretenu d'une manière très-rebelle par la masturbation, habitude vicieuse beaucoup plus difficile à réprimer chez les filles que chez les garçons.
Ici finissent les détails que j'ai à présenter sur l'usage de l'iode ; je terminerai tout ce qui est relatif à ce médicament par quelques considérations générales sur sa valeur anli-strumeuse. '
VALEUR THÉRAPEUTIQUE BE l'iODE.
L'iode forme la base d'une foule de préparations médicamenteuses qui sont du plus grand secours contre des affections diverses , et spécialement contre plusieurs de celles qui ont leur siège sur la ^'eau : ainsi, par exemple, j'en obtiens journellement à l'hôpital les meilleurs effets dans le prurigo, pour la guérison duquel dix ou douze bains suffisent le plus souvent. Mais je ne dois m'occuper ici que des scrophules. C'est surtout dans le traitement de celle maladie que l'iode exerce une influence salutaire. J'ai dit précédemment que sur soixante-sept enfans soumis exclusivement à son usage , quinze avaient été guéris; que quatorze autres avaient éprouvé une amélioration telle , que la guérison complète nepouvailpas se faireaitendre long-temps. Ces soixantesept enfans présentaient, comme on a pu le voir , des lésions fort variées : souvent il en existait plusieurs sur le même sujet ; elles s'élevaient au nombre de cent douze : quarante-trois ont été entièrement guéries ; c'est environ les deux cinquièmes. Parmi les soixante-neuf autres ,
iî en est beaucoup qui ont subi une amélioration trèsmarquée. Un pareil résultat , obtenu dans l'espace de six mois , paraîtra d'une grande valeur aux praticiens qui connaissent toutes les difficultés , toutes les lenteurs dulraitement de la maladie scrophuleuse. Iln'estaucun remède , quelle que soit d'ailleurs la vogue dont il jouisse, qui ait opéré une masse de guérisons aussi grande dans un laps de temps aussi court. Et cependant les succès que j'ai obtenus sont loin d'égaler ceux que l'on dit retirer de l'iode dans un autre hôpital où il semble qu'on ne rencontre aucun sujet rebelle à son action. Je n'ai pas été aussi heureux. Je dois confesser que sur cent trente-neuf malades, dix-neuf ont succombé : parmi ces derniers, il en est plusieurs qui avaient fait usage de l'iode pendant quelque temps; d'autres chezlcsquels il ne put être administré en raison des désordres qui existaient dans les organes digestifs. C'est une mortalité très-considérable : elle a porté sur des enfans qui étaient depuis long-temps à l'hôpital , chez lesquels la maladie avait fait des progrès tout à fait au dessusdes ressources de l'art. La majeure partie des décès arriva pendant le premier mois de mon exercice. Dans les deux années qui suivirent , la mortalité eut lieu dans une proportion beaucoup moins grande, trop grande encore, cependant, pour que je puisse dire avec Stoll : Paitci indà moriunlur. Stoll ajoute : Scrophulœ plerumque pcr oinnetH vitam permanent non sanandœ. Il est en effet un degré de scrophules compatible avec une certaine durée de la vie. On voit des scrophuleux mourir dans un âge avancé , sans avoir jamais été guéris de leurs écrouelles; mais il est aussi un degré plus intense du mal , qui conduit inévitablement à la mort , si on l'abandonne à lui-même. Cette différence tient surtout à la différence d'intensité et de permanence de la cause.
316 MALADIE 8CR0PHULEUSE.
La présence de lubercules agijrave beaucoup le pronostic : qu'on les considère comme une forme parliculière de scrophules, ou qu'on les rejjarde comme une complication, dès qu'ils existent dans certains orjjanes, ils amènent presque toujours la mort. Leur {juérison est impossible. Tout au plus peut-on espérer qu'ils demeureront staiionnaires.
Je rappellerai que des Goixante-sept enfans auxquels l'iode a été donné régulièrement et pendant long-temps, il en est cinq qui en ont à peine éprouvé une légère amélioration, et vingt sur lesquels il n'a eu aucune influence, soit générale, soit locale. Ces faits démontrent que nous ne sommes pas si près qu'on l'a avancé du moment où l'on guérira les maladies scrophuleuses par l'iode, comme on guérit les fièvres intermitlentes par le kina, les maladies vénériennes parle mercure , etc., etc. L'immense différence qui existe dans le mode de développement des fièvres intermittentes et la syphilis, d'une pari, et celui des écrouelles, d'autre part, ne permet guère d'espérer que l'on arrive à un résultat thérapeutique semblable. En effet, les deux premières affections sont dues à l'introduction dans l'économie d'un principe hétérogène : quelques conditions de rapport suiïîsent pour les faire naître; le contact de certaines parties pour la syphilis, la respiration d'effluves marécageux pour les fièvres intermittentes. Ces maladies peuvent se développer tout-à-coup , au milieu de la santé la plus florissante : la structure, l'organisation des parties n'ont éprouvé aucune altération. On conçoit très-bien qu'un autre principe également introduit dans l'économie fasse cesser les mauvais effets de celui qui s'y trouve déjà.
Les choses se passent bien différemment pour la maladie scrophuleuse. Il n'y a point ici introduction dans
l'économie d'un principe hétérogène : il y a modification profonde de l'organisation ; modification née sous l'empire de certaines causes dont l'action doit être prolongée ; modification qui existe, lorsque les symptômes caractéristiques des écrouelles se manifestent : elle précède nécessairement l'apparition de ces symptômes , qui ne sont que l'expression locale d'une disposition générale. L'existence d'un remède spécifique contre un pareil étal de l'économie tout entière me paraît bien difficile à concevoir; il s'agit non pas seulement de guérir une affection locale, mais encore de changer la composition des humeurs et de tous les tissus, de les ramener aux conditions les plus favorables à l'entretien de la santé. Ce n'est pas trop de la coopération de plusieurs agens pour arriver à ce résultat , qu'on est d'ailleurs loin d'obtenir toujours.
L'observation se joint au raisonnement, pour démontrer dans beaucoup de cas l'impossibilité de guérir les écrouelles. Il suffit , pour en être convaincu , d'avoir fait l'ouverture de quelques sujets morts scrophuleux. J'ai rapporté , en parlant de la nécrose , une observation dans laquelle on voit toute l'étendue des désordres que peut occasioner la maladie scrophuleuse. En voici une autre non moins concluante :
M***, Viciorine, âgée de neuf ans, est admise à l'hôpital, le 1" février 1831. Elle préseule une tumeur blanche de l'articulation huméro-cubitale gauche, avec carie et fistules; l'avanl-bras est presque enlièrcment étendu et ne peut être fléchi; de petites ulcérations et des irajeis fisiuleux se remarquent sur la face dorsale du carpe droit, dont plusieurs os sont affectés de carie. L'articulation tibio-tarsienne droite, comme celle du coude gauche, est tuméfiée, environnée d'ulcères fisiuleux au fond desquels on sent les os dénudés ,
è>iO MALADIE SCROPHCLEDSE.
friables. Un pus abondant s'échappe de ces fistules.
L'enfanl est pâle , maigre, très-affaibb'e , peut à peine rester levée pendant quelques instans; elle a un dévoiement habituel , qui cesse par intervalles pour reparaître bientôt j elle tousse depuis long-temps.
Un régime sévère, la décoction blanche, le diascordium, plus tard la décoction de simarouba, le sirop diacode, furent employés avec peu d'avantages pour combattre le dévoiement. Craignant qu'il ne fût dû à la résorption du pus, j'eus recours, le 17 mai , à la décoction de quinquina; des bains de bras et de pied , répétés matin et soir, dans une eau alcaline, entraînaient la matière de la suppuration sans en diminuer l'abondance. Trois bains d'iode furent donnés par semaine. Le 11 juin , une amélioration passagère m'enga- {jea à prescrire l'eau minérale iodée. J'en fis prendre d'abord quatre onces par jour , que j'augmentai de deux onces le 25. Le 30, retour du dévoiement, que rien ne put arrêter; des sueurs abondantes eurent lieu toutes les nuits; la mort arriva le l^"^ août, précédée d'un marasme affreux.
A l'examen du cadavre, je trouvai les surfaces articulaires du coude et du pied cariées, dénudées entièrement de leurs cartilages, baignées d'une sanie brunâtre. Plusieurs des os du carpe droit étaient également dénudés et cariés.
La cavité des plèvres a disparu en grande partie par l'adhérence des deux feuillets de ces membranes. Les poumons contiennent une multitude de tubercules , la> plupart à l'état de crudité ; quelques-uns sont ramollis, particulièrement aux lobes supérieurs dans lesquels existent quatre petites cavernes. Presque tous les ganglions bronchiques sont gonflés et tuberculeux.
La membrane muqueuse de l'estomac est générale-
TRAITEMENT. 319 ment épaissie, ramollie; elle présente quelques plaques d'un gris ardoisé.
Les intestins, et spécialement l'iléum et le cœcum, offrent un grand nombre d'ulcères arrondis, dont les bords tuméfiés sont pâles ; quelques-uns seulement présentent de la rougeur; on aperçoit ça et là de petites saillies d'un blanc grisâtre; plusieurs de ces saillies sont ulcérées à leur sommet. Un grand nombre de ganglions tuberculeux épaississent le mésentère.
L'état de celte jeune fille m'avait toujours paru audessus des ressources de l'art. Lorsque je la vis, sa constitution était profondément altérée : déjà un dévoiement habituel , et la suppuration abondante, fournie par les articulations malades, l'avaient beaucoup affaiblie ; et l'ancienneté delà toux, son opiniâtreté, faisaient assez présumer l'affection des poumons. La mort a eu lieu, non par une cause quia arrêté instantanément le jeu des organes , mais par l'épuiseuient qu'ont amené la suppuration et le dévoiement ; cet épuisement fut d'autant plus rapide , qu'il y avait impossibilité de réparer les pertes journalières.
L'administration de l'iode a été tentée sans succès ; l'état des organes digestifs ne permit pas d'en continuer l'usage intérieur, et les bains furent insuffisans : mais quand bien même il eût été possible de le donner à l'intérieur plus long-temps et à plus forte dose , est-il permis de croire qu'il eût procuré la résolution des tubercules pulmonaires, bronchiques, mésentériques , qu'il eût amené la cicatrisation des ulcères inleslinaux? Il n'est malheureusement que trop démontré que nous ne connaissons aucun remède capable d'opérer la résorption des tubercules.
On voit que je ne tiens pas compte des désordres arliculaires; leur guérison n'était point absolument im-
•^^^ MAIADIE SCROPHULEUSE.
possible ; je dois dire cependant que si cela a élé obtenu quelquefois dans des cas semblables, souvent aussi le mal a résisté à toute espèce de remèdes, à l'iode luimême.
Les cas dans lesquels l'état des organes digestifs ne permet pas d'administrer l'iode ne sont pas rares : ceux dans lesquels la maladie scrophuleuse a déjà profondément affecté les organes renfermés dans les cavités splanchniques, lorsqu'elle se manifeste au dehors, ne sont point non plus très-rares. Je n'ai signalé la présence des tubercules que dans les poumons , le mésentère , le foie : il me serait facile , si la chose n'était pas bien connue, de rapporter les détails de plusieurs autopsies cadavériques qui m'en ont présenté dans le cerveau, le cervelet, la pie-mère, la rate, les reins, etc. Si à ces cas j'ajoute ceux dans lesquels l'iode n'exerce aucune influence, et dont le nombre est assez considérable , on verra que le remède est loin d'être le spécifique de la maladie scrophuleuse. Je me hâte de dire, cependant, que de tous les raédicamens vantés pour le traitement des écrouelles , il est incontestablement celui dont on peut espérer le plus d'avantages. Je ne connais aucune substance qui , dans l'espace de six mois , ait procuré un nombre de guérisons égal à celui que j'en ai obtenu, et le docteur Coindet a rendu un service éminent à l'humanité , eu l'introduisant dans la matière médicale.
Cette opinion sur la valeur anti-slrumeusc de l'iode, est celle que j'ai émise en 1831. Je n'ai rien à y changer r aujourd'hui. Le fréquent usage que j'ai fait de cettef substance, depuis l'époque que je viens d'indiquer, ai confirmé de tout point le jugement que j'ai porté supr son degré d'efficacité. L'iode est le médicament que' j'administre le plus habituellement aux nombreux scro-
TKAITEMENT. 321
phuleux qui, chaque année, se trouvent confies à mes soins.
DE i'hYDROCHLORATE DE CliVRE AMMONIACAL.
On a tenté, depuis quelques années, de mettre en faveur l'emploi de ce sel contre les scrophules. On l'a fait partir de l'Inde, arriver en Suisse, d'où il s'est propagé à Vienne, puis dans le reste de l'Allemagne et en Angleterre. Mais son usage est beaucoup plus ancien qu'on ne l'a dit. Je ne sais s'il a d'abord été employé dans l'Inde : il pourrait bien y avoir été porté de l'Europe; car les teintures bleue et verte de Stisser, qui vivait dans le dix-septième siècle, teintures qu'Helvétius prôna comme depuissans remèdes anli-scrophuleux, ne sont autre chose qu'une solution alcoolique d'hydrochlorate de cuivre ammoniacal. Quoi qu'il en soit, ce médicament est aujourd'hui conseillé sous le nom de liqueur de Kœchlin. Suivant la pharmacopée de M. Jourdan, le professeur Kœchlin l'aurait recommandé contre les maladies syphilitiques, et Gœlis serait le premier qui en ait fait usage dans les scrophules.
Il existe plusieurs manières d'administrer à l'intérieur l'hydrochlorate de cuivre ammoniacal : on peut consulter à ce sujet la pharmacopée de M. Jourdan. N'ayant prescrit que la liqueur de Kœchlin , je me bornerai à en faire connaître la préparation telle qu'elle a été donnée en 1829, dans la Clinique des hôpitaux, d'après Tromsdorff.
R, Ciipri rasjmtij drachmam unam.
Liquor ainmon. caust. unciam unam et semis.
Digère per octo dics in vase aperto , sœpius agitando usque ad colorem cœruleum. Tune decantetur et usui servetur, S.tinctura cupri amvioniati.
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R. Tincliirœ ciipri ammoniali , uncias duas.
Acidi muriatici Q. S. (dracliraas quinque et scrupulum dinudium) ad salurationem. Servetitr usiii.
Hujus liquoris drachma una cum aquœ distillatœ unciis decem cotisiituuni liquorem dcpurativum Kœchlini. (Drachma una continel cupri grana quatuor.) La dose de celte liqueur est , pour les enfans de trois à onze ans, d'une faible, ou d'une forte cuillerée à café, une fois par jour, après le principal repas. On fait avaler par-dessus une ou deux cuillerées à bouche de bon vin sucré, à l'imitation de Stisser qui préférait le vin d'Espagne.
Les nombreuses précautions que l'on recommande, annoncent assez que l'usage de l'hydrochlorate de cuivre ammoniacal n'est point sans danger. Mais Helvétius assure en avoir retiré de si grands avantages dans le rachilis et le carreau, on lui accorde en Allemagne une action si puissante contre les scrophules, que je cédai au désir de l'employer, en procédant toutefois avec beaucoup de circonspection. Au lieu de prescrire d'abord toute la dose conseillée, je n'en fis prendre que la moitié, et je n'arrivai que graduellement à en donner une cuillerée h café entière.
La liqueur de Kœchlin fut mise en usage chez dix enfans qui tous avaient les organes digestifs en bon état, autant qu'il était permis d'en juger par un boa appétit et par la régularité des digestions. L'âge de ces enfans variait de sept à douze ans : une seule avait quatre ans et demi.
Chez tous ces enfans, on rencontrait plusieurs sj-raptômes de la maladie scrophuleuse : tels étaient des engorgemens lymphatiques, des ulcères résultant de
l'oUVerlure spontanée de tumeurs abcédées,desophthalmies, des caries avec fistules nombreuses.
Quatre malades éprouvèrent, au bout de quatre à six jours de l'usage de la liqueur, des accidens qui forcèrent à le suspendre. Il survint des nausées, des vomissemens, une céphalalgie susorbitaire violente avec fièvre intense, sécheresse de la langue, des douleurs trèsfortes dans l'épigastre, une grande oppression. Plus tard, il y eut des coliques et de la diarrhée. II n'était pas permis de douter que ces accidens n'eussent pour cause l'ingestion du cuivre ammoniacal. Ils n'eurent point de suite fâcheuse : chez deux enfans, la cessation du remède, des boissons adoucissantes, la diète, le repos, des cataplasmes émolliens, sufiBrenl pour en amener la guérison dans l'espace de peu de jours. Chez deux autres enfans, je dus joindre à ces moyens une application de sangsues et des lavemens caïmans. J'ai rapporté précédemment l'histoire d'une de ces dernières.
Il y eut quatre malades sur lesquelles la liqueur de Kœchlin, continuée sans interruption pendant un mois au moins , n'exerça aucune influence appréciable, soit en bien, soit en mal. Je dois dire toutefois que deux de ces enfans avaient un gonflement articulaire, qu'une autre avait en même temps une carie et une ophthalmie, que la quatrième avait aussi une ophthalmie, et de plus des engorgemens glanduleux.
Des deux dernières malades, l'une avait vers l'angle droit de la mâchoire inférieure un foyer purulent , recouvert par de la peau décollée, amincie, sans aucune dureté voisine ou sous-jacenle ; vers le tiers inférieur de la jambe gauche et en arrière, existait un ulcère arrondi, à surface rouge, vermeille, sans décollement des bords. La première phalange du doigt in-