‹ Études sur les causes, la nature et le traitement de la maladie scrophuleuseChapitre 27 sur 44 · MALADIE SCR0PI1L'I.ECSE · texte numérisé non relu

MALADIE SCR0PI1L'I.ECSE

dicateur {jauche clait jronllée , cariée , une ouverture fisluleusc se voyait de chaque côté. La peau décollée fut dclruile par la potasse caustique, les ulcères se cicatrisèrent , et l'état du doigt s'améliora beaucoup dans l'espace de six semaines. La liqueur de Kœchlin a été manifestement utile dans ce cas.

Enfin la dixième malade sortit de l'iiôpilal , guérie au bout de trois mois et demi de séjour. La solution cuivreuse ammoniacale avait été employée seule pour combattre une ophlhalraie chronique de l'œil droit, plusieurs glandes engorgées et des ulcérations superficielles à la partie supérieure et gauche du col. Il y avai-t sur le reste du col bon nombre de cicatrices qui témoignaient des ravages et de l'ancienneté de la maladie.

L'emploi que j'ai fait de l'hydrochlorate de cuivre ammoniacal m'a démontre que ce remède est d'un usage dangereux; il n'a pas eu dans mes mains la grande efficacité que quelques personnes lui ont attribuée. Je pense qu'il ne doit jamais faire la base d'une méthode générale de traitement, et qu'on doit le réserver pour les cas dans lesquels des moyens beaucoup moins dangereux et ordinairement plus actifs ont échoué.

DU CnARBON ANIMAL.

Le charbon animal est fort vanté en Allemagne, où on le regarde comme un puissant remède dans plusieurs aÊFeclions glandulaires, et dans les engorgemens squirrheux. Le docteur Weise, qui le premier l'a mis en usage, a publié, à Leipsick, en 1829, un petit traité ex-professoj dans lequel il donne la manière d'obtenir ce charbon. Le mode de préparation est d'autant plus important à connaître, que ce remède peut devenir

loul-à-fait sans vcriu , si l'on néglige les précautions indiquées. « On prend, dit-il, deux parties de viande de bœuf ou de mouton, n'importe, sur une partie d'os; la viande doit être dépouillée de toute la graisse; on mêle et on réduit le tout en petits morceaux, qu'on soumet ensuite à la torréfaction dans un tambour à café. On fait griller à un feu modéré, et lorsqu'il se montre une flamme autour de la machine, on continue encore l'opération pendant un quart d'heure environ; si l'on attendait que la flamme eût disparu , on n'obtiendrait plus qu'un charbon dépouillé de toute propriété médicale. Après le refroidissement, on pulvérise la masse charbonnée et on la conserve pour l'usage. On mêle six parties de cette poudre avec une partie de sucre, et on en fait prendre, matin et soir, gros comme un pois, que le malade avale avec un peu d'eau. » ]

Le charbon, ainsi préparé et administré, agit fortement sur l'utérus; il produit des sueurs et des éruptions à la face. Chez les personnes bien portantes, il occasionne des engorgemens douloureux dans les glandes mammaires, et le gonflement des parotides, tandis que chez celles qui ont des engorgemens, il en procure la résolution; il amène l'atrophie des seins de la même manière que l'iode. C'est suivant M. Weise, un fondant énergique.

M. Gumpert, médecin à Posen , a confirmé ces observations, et M. Wagner qui prescrit, dit-on, depuis plusieurs années, le charbon animal , lui attribue les propriétés fondantes de l'iode cl du mercure, sans que pour cela il porte une atteinte aussi profonde à l'économie.

Enfin, le docteur Kuhn, comparant le charbon animal à l'éponge calcinée , pense que cette dernière doit sa vertu anfi-sinnnale , bien moins à la quantité lou-

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jours Irès-minimc el souvent nulle d'iode qu'elle contient, qu'à sa conversion en charbon animal ; et M. Dupasquier étend cette opinion au drap écarlate brûlé.

Les observations publiées à l'appui de cette action spécifique du charbon animal ne me paraissaient pas très-concluantes. Maison exposait avec un ton d'assurance et d'exactitude tel les effets slimulans qu'il produit sur l'économie , que je me décidai à l'employer pour combattre les scrophules. Je le fis préparer à la pharmacie centrale des hôpitaux, avec toutes les précautions recommandées par M. \V,eise. On le mélangea ensuite avec du sucre dans la proportion indiquée; on le mit en pilules de six grains. Je prescrivis d'abord une de ces pilules matin et soir, puis deux , trois , quatre , jusqu^à trente par jour. Seize enfans, âgés de trois à quinze ans, réunissant entre eux tous les symptômes de la maladie scrophuleuse, furent soumis à son usage. Dans les premiers temps j'attendais chaque jour la manifestation des effets annoncés par MM. Weise et Wagner; mais je fus bientôt obligé de reconnaître que ce moyen est tout-à-fait inerte. Aucun changement appréciable n'eut lieu , soit dans l'état général, soit dans l'état local des malades, et cependant le charbon finit par être administré à une dose dix fois plus forte que celle qui a été conseillée, et son emploi a été continué pendant deux mois et au-delà. Plus tard , j'essayai d'en combiner l'usage avec celui de l'iode, pour le rapprocher de l'éponge calcinée. L'iode n'acquit par là aucua i degré d'activité ; il agit de la même manière que quand I il est donné seul. A quoi lient une différence aussi grande entre les résultats que j'ai obtenus et ceux qui. ont été publiés en Allemagne? On ne manquera pas; d'accuser le mode de préparation du remède. Cependant on connaît l'exactitude de la pharmacie centrale

des hôpitaux : on s'est scrupuleusement conformé aux préceptes de M. Weise. Jusqu'à ce que le contraire m'ait été démontré par le témoignage de mes sens, je demeurerai convaincu que le charbon animal ne possède aucune vertu thérapeutique.

nu SULFL'RE NOIR DE MERCURE.

Le sulfure noir de mercure , éthiops minéral, fait la base de la méthode de traitement proposée parCharineil et Dumoulin contre les écrouelles. Le premier l'unissait avec la ciguë, et Dumoulin avec l'ipécacuanha. Hufeland vante beaucoup le même remède : « Presque tous les scrophuleux de l'institut policlinique royal, dit-i! , où nous avons tous les ans à traiter plusieurs centaines d'enfans affectés de cette maladie , ne prennent pas autre chose que l'éthiops minéral avec un peu de magnésie et de rhubarbe, et cela suffit ordinairement, avec quelques bains , pour faire disparaître en deux ou trois semaines les affections de la peau , les ophthalmies, les engorgemens glanduleux et la dureté du ventre. »

Malgré toute la confiance que méritent les assertions de Hufeland, je conservais du doute sur la promptitude d'action du sulfure noir de mercure. Ce fut pour lever ce doute que je résolus de l'employer. Je l'associai à la ciguë et à la magnésie, et je fis mettre ce mélange en pilules. Chaque pilule contenait deux grains de sulfure de mercure, autant de poudre de ciguë et un grain de magnésie.

Sept enfans furent mis à l'usage de ces pilules. Je commençai par en donner une le matin et une autre le soir; j'en augmentai graduellement le nombre de manière à en faire prendre dix chaque jour. Parmi ces

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sept enfans, six avaient de sept à onze ans; une seule n'était âgAe que de quatre ans et demi. Tous sept avaient des eu(;orgemens jjlanduleux ou des ulcères résultant de l'ouverture spontanée de semblables engorgemens qui s'étaient abeédés.

Plusieurs enfans avaient, outre ces symptômes , une ophthalmie chronique, cl on voyait , chez quatre d'entre elles , une ou plusieurs caries. Ces quatre dernières n'éprouvèrent aucun bien de l'usage des pilules, soit dans la carie, soit dans les engorgemens glanduleux, soit dans l'ophthalmie. Trois enfans virent disparaître leur mal ; une seule dans l'espace d'un mois : elle était âgée de onze ans; elle portait sur le côté droit du col un ulcère fistuleux avec rougeur et décollement des bords, sans aucune espèce d'engorgement. Elle fut mise à l'usage des pilules de sulfure de mercure le 8 juillet ; le 12 , la peau décollée fut enlevée à l'aide de ciseaux courbes sur le plat; la cicatrisation se fit rapidement, et au commencement d'août , la malade sortit entièrement guérie. On voit que l'affection était bien légère. L'excision des bords de l'ulcère et un pansement méthodique eussent peut-être suffi pour en obtenir la guérison.

Chez les deux autres enfans, l'effet salutaire des pilules se fit attendre plus long-temps. La disparition des sj'raptômes scrophuleux n'eut lieu qu'au bout de deux mois. Voici quelques détails.

Augustine G***, âgée de huit ans, est transférée dans mes salles le 27 mai 1831. Cette jeune fille a unembonpoinl remarquable; la peau rouge, excoriée derrière Foreille droite, est le siégé d'une sécrétion puriforme peu abondante ; les paupières sont gonllées, leurs bords sont chassieux , les yeux larmoyans, les vaisseaux de la conjonctive oculaire légèrement injectés; il y a un

écoulement abondant de mucus nasal. On sent à la partie supérieure et latérale droite du col une glande mobile, dure, arrondie, du volume d'une noisette ; plus bas il y en a une autre grosse comme un pois. A la partie latérale gauche et moyenne du col, on trouve deux autres glandes, dont une a le volume d'une grosse noisette : la peau qui les recouvre est rouge , percée de deux ouvertures fistuleuses, par lesquelles il s'échappe de la matière tuberculeuse. Au dessous , il existe trois glandes plus petites; vers l'angle de la mâchoire du même côté, la peau est rouge, épaissie, couverte, dans une petite étendue, de croûtes très-adhérentes.

Le lendemain de l'arrivée de celle malade, je lui prescris quatre pilules de sulfure de mercure eide ciguë, à prendre en deux fois : infusion de houblon pour boisson. Le nombre des pilules est porté à six par jour et continué jusqu'au 30 juin. Elles ont procuré une amélioration notable. Je les remplace par des boissons délayantes; au bout de quelques jours j'ordonne , comme purgatif, une once de sulfate de soude , et le 8 juillet je reviens à l'usage des pilules , dont je fais prendre successivement jusqu'à dix par jour, cinq le malin et autant Je soir. Le l'^>' août , l'ophthalmie seule persiste; l'état des paupières et des yeux n'a éprouvé aucun changement ; son opiniâtreté m'engage à recourir à un autre moyen; je la combats avec la solution d'hydrochlorale de baryte, qui amène le plus heureux résultat dans l'espace d'un mois. On voit que, malgré le peu de gravité des symptômes scrophuleux , le sulfure de mercure n'a eu qu'un succès incomplet, quoiqu'il ait été administré à dose assez forte pendant un temps assez long. Je n'avais cependant pas négligé d'y joindre les remèdes locaux appropriés à l'état des yeux, et les bains généraux recommandés par Hufeland.

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La troisième malade, Pauline T"" , est admise à l'hôpital, le 20 mars ISôl.EUe a deux abcès au côté droit du col ; l'un , inférieur , moins saillant , plus profond, sans altération delà peau : l'autre, avec roujjeur et amincissement de cette membrane. Tous deux présentent de la dureté à leur base; la fluctuation y est évidente. Il existe aussi deux ulcères, suite d'abcès pareils ouverts spontanément : l'un à droite du col, l'autre au niveau de la partie supérieure du sternum, ayant un pouce environ de diamètre, avec des chairs rouges, fongueuses. La région mammaire droite présente une tumeur aplatie, de la largeur de la paume de la main, indolente, sans changement de couleur à la peau, avec fluctuation non douteuse, quoique profonde. Cet abcès s'est annoncé, il y atroissemaines, par des phénomènes inflammatoires aigus, que des cataplasmes ont dissipé promptement. Dans l'aisselle du même côté s'ouvre une fistule qui fournit une suppuration peu abondante et dans le voisinage de laquelle on ne sent aucun engorgement.

J'essaie en vain de combattre cette affection par le charbon animal. Le 26 mai, je substituai à ce remède l'usage des pilules de sulfure noir de mercure, de ciguë et de magnésie, au nombre de deux, puis de quatre, et enfin de six par jour. Au bout de trois semaines de leur emploi , je fis toucher les fongosités avec l'iode caustique ; la pierre à cautère fut appliquée sur les abcès du col; plus lard, le reste de la peau décollée fut emporté avec les ciseaux. Le 1" juillet, tout était cicatrisé; il ne restait plus que la tumeur de la région mammaire ; jusque-là elle était demeurée dans un état slalionnaire ; je soupçonnais l'existence d'une carie; mais bientôt cette tumeur perdit de son volume ; la résorption du liquide eut lieu, et, le l'''^ août, la malade était au moment de sortir de l'hôpital, lorsqu'il survint une double

ophlhalmie. Je jugeai peu convenable d'opposer à ce nouveau symplôme un remède qui avait été impuissant à le prévenir. J'eus recours à la solution d'hydrochlorate de baryte. Le 15 septembre, la guérison était complète, et l'enfant fut rendue à ses parens.

Dans ce cas, l'affection était encore peu grave, comme on le voit, et cependant il a fallu plus de deux mois pour en obtenir la guérison. Ajoutons qu'un nouveau symptôme scrophuleux succéda immédiatement à ceux contre lesquels le sulfure de mercure avait été employé avec avantage. Il est juste de dire cependant que l'ophthalmie peut survenir après ou pendant l'emploi rie tout autre remède anti-scrophuleux , de l'iode lui-même. Quoi qu'il en soit, les résultats que j'ai obtenus sont loin de pouvoir être comparés à ceux dont parle Hufeland. Le sulfure de mercure n'est certainement pas d'un effet aussi nul que le charbon animal. Je pense qu'il peut quelquefois suffire à la guérison de l'affection strumeuse, quand celle-ci est légère, commençante : mais je dois dire que l'art possède des moyens dont l'efficacité est beaucoup plus grande, beaucoup plus certaine. On l'a accusé, dit Ilufeland, d'exciter facilement le ptyalisme. « Quant à. moi, ajoute-il, je puis assurer que je l'ai donné très- souvent et d'une manière continue aux enfans les plus délicats, et que je ne lui ai jamais reconnu l'inconvénient qu'on lui reproche. C'est un de mes remèdes familiers; je l'ordonne fréquemment aux enfans, parce qu'il joint à ses vertus anii-scrophuleuses, la propriété de chasser les vers intestinaux.»

Sous le rapport du ptyalisme , mes observations sont parfaitement d'accord avec celles d'Hufeland. Aucun des sept enfans qui ont fait usage du sulfure de mercure n'a présente la plus légère menace de salivation. Ce remède a en outre été parfaitement supporté par

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l'eslomac. Quant à sa propriété anlhelrainlique , je ne puis rien en dire. Molijré la fréquence des vers intestinaux chez les enfans scrophuleux, ceux auxquels je l'ai administré n'en ont pas rendu. Peut-être n'en existail-il chez aucun d'eux.

DU SOUS-CABBOBiATE DE POTASSE.

Dominé par les idées médicales régnantes, Levret attribuait beaucoup de maladies à l'épaississement de la lymphe, et à la coagulation du lait. Le cancer et les écrouéUes étaient du nombre de ces maladies. Bien convaincu que sa théorie reposait sur les fondemens les plus solides , il s'occupa de chercher un dissolvant • il crut l'avoir trouvé dans le sous-carbonate de potasse, que l'on nommait alors sel fixe de tartre. Sa découverte reposait bien moins sur l'observation clinique que sur des expériences chimiques. Voici comme il y était parvenu. En mêlant une dissolution de sous-carbonate de potasse avec la couenne inflammatoire du sang, avec du blanc d'oeuf durci, avec du lait caillé, il avait vu ces diverses substances se liquéfier. En mêlant la même dissolution avec du blanc d'œufcru, avec du lait, la coagulation était devenue impossible; avec du sang, la couenne inflammatoire ' ne s'était pas formée. Plus tard, Levret plongea dans une dissolulion semblable trois tumeurs cancéreuses : le ramollissement de ces tumeurs eut lieu dans un temps variable, suivant qu'il ajouta à l'activité du sel de tartre ou une température modérée, ou la chaleur du fumier, ou celle du bainmarie bouillant. Il ne resta d'elles que la trame celluleuse et vasculaire. Levret crut pouvoir conclure de ces expériences que le sous-carbonate de potasse donné à l'intérieur produirait des effets semblables à ceux qu'il

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avait observés sur la matière morte : que ce sel était le véritable dissolvant de la lymphe; qu'il devait être trèsavantageux dans le traitement des écrouelles. C'est probablement d'après des idées semblables que son usage fut étendu par divers praticiens à un grand nombre d'affections fort dilférentes.

Quoique les progrès de la science aient fait justice de la manière de raisonner et de conclure en médecine au temps de Levret, le remède n'en est pas moins resté dans le domaine de l'art, soit qu'il jouisse en effet de quelques unes des propriétés qu'on lui a attribuées , soit que l'on n'ait pas pris la peine de remonter à l'examen des motifs qui en ont amené l'usage. Il a même acquis une certaine célébrité par son association avec l'alcool et la gentiane : l'élixir qui en résulte , et qui a conservé le nom de son auteur, Peyrilhe, a joui d'une grande vogue dans le traitement de la maladie scrophuleuse; il est encore le remède favori de quelques médecins distingués. C'est un moyen fort actif, et contre l'usage banal duquel M'", le professeur Dupuytren s'est élevé avec beaucoup de raison : en le donnant indifféremmen-l à tous les scrophuleux , on exaspère souvent le mal.

Levret n'a publié 'l'exemple d'aucune affection strumeuse guérie par l'emploi du sel de tartre : mais il en existe un fort remarquable dans le premier volume des Collectanea socictatis medicœ haiinicnsis. Il est dû à Abildgaar, qui a plusieurs fois employé le même sel avec succès dans le rachitis. C'est d'après ce fait que je me décidai à le mettre en usage. Voulant apprécier aussi exactement que possible son degré d'utilité, je le donnai seul, dégagé de toute espèce d'ossociation, et à cet égard j'imitai Abildgaar, avec cette différence cependant que j'en portai la dose beaucoup plus loin.

MALADIE SCnOPUL'LEUSE.

Je l'administrai en solution dans un julep gommeux. Je commençai par en prescrire dix grains , et en augmentant graduellement celte quantité , j'arrivai à en faire prendre quarante-cinq grains chaque jour en deux fois , matin et soir, sans que les organes digestifs parussent en cire incommodés en aucune manière. Abildgaar n'avait pas dépassé dix-huit grains.

Le sous-carbonate de potasse a élé spécialement recommandé dans les cas où le système osseux est malade : je choisis quatre enfans atteints de carie ; ces enfans étaient âgés de huit à neuf ans. Au bout de deux mois de l'emploi du remède, il me fut impossible d'apercevoir aucun changement, soit dans l'état général, soit dans l'affection locale. Je n'avais pas négligé les bains partiels et les injections dans les trajets fisluleux. L'insuccès complet que j'éprouvai, rend inutiles des détails plus étendus. ÎN'est-il pas permis de conclure de là que l'élixir de Peyrilhe ne tire pas l'activité dont il jouit du sous-carbonate de potasse qui entre dans sa composition? Cet élixir en contient environ sept grains par once. On ne le prescrit guère qu'à la dose d'une demionce à une once par jour : sept grains au plus du sel de tartre sont donnés , et j'en ai fait prendre quarantecinq grains sans obtenir d'eiiet marqué. Je crois que l'alcool est le seul principe actif du remède de Peyrilhe. Quelquefois on substitue dans cet élixir le car^a bonate d'ammoniaque au sel de potasse. Je ne crois pas que ce changement le rende plus efficace.

La dissolution de sous-carbonate de potasse employée en lotions, en bains locaux ou généraux, en injections, paraît exercer une influence avantageuse dans les ulcères, les fistules et les caries de nature scrophuleuse. Je l'ai souvent vu prescrire par le professeur Boyer, qui lui accorde beaucoup de confiance; je l'ordonne frc-

quemment et avec avantage. Il n'est permis, ce me semble, d'espérer de résultats favorables que de son usage extérieur.

DE l'hïDUOCHLORATE DE BARYTE.

L'hydrochlorate de baryte, que quelques chimistes appellent chlorure de bariuui, et qui fut long-temps connu sous le nom de muriate de baryte, a éprouvé le sort de beaucoup de remèdes. Après avoir été prôné outre mesure, il fut proscrit dans tous les cas, non seulement comme étant dépourvu de toute vertu curative, mais encore parce que son usage est, dit-on, extrêmement dangereux. Personne n'a poussé l'éioignement pour celte substance plus loin que M. Lepelleiier, 11 la rejette, non pour l'avoir employée, mais parce que son efficacité ne saurait cadrer avec la* théorie qu'il donne des scrophules. Aussi en a-t-il exagéré prodigieusement le danger. «Si, malgré toutes ces raisons, quelques médecins, dit-il, voulaient encore essayer le muriate de baryte, ils doivent au moins connaître le moyen proposé pas le chimiste Lepelletier, pour combattre les funestes effets que peut déterminer l'emploi de ce médicament... Mais tout praticien prudent ne consentira sans doule jamais à compromettre ainsi le salut de ses malades.»

Il ne paraît pas que M. Lepelletier ait jamais administré ou vu administrer l'hydrochlorate de baryte. J'ai cherché en vain dans les auteurs des faits qui justifiassent les accusations dont ce remède est l'objet. Je n'ai vu nulle part qu'il ait donné lieu à des accidens, même lorsqu'il est employé avec bcaucoiij} do mé>iagetiic7it. L'opinion de M. Lepelletier me paraît reposer entièrement sur une méprise arrivée dans les salles de Bicêtre. Voici comme

MALADIE SCBOPHCIEUSE.

llébréard la raconte : « Le 21 messidor, l'infirmier de la salle où étaient les scrophuleux prenait de la tisane pour une léfjère indisposition. Le soir, lorsqu'on apporta les médicamens, au lieu de prendre son pot de tisane, il saisit celui qui contenait la potion des trois scrophuleux, c'est-à-dire, sept grains et demi de muriate de baryte dans vingt-quatre onces d'eau distillée. Il avala toute la dissolution en deux prises. Quatre à cinq minutes après, s'étant aperçu de son erreur, il tâcha d'y remédier en buvant une grande quantité d'eau chaude. Cependant, le vomissement n'eut point lieu; il éprouva des nausées, des sueurs, une grande faiblesse qui , de l'estomac, montait vers la poitrine et la tête. Une heure après, chaleurs d'entrailles, borborygmes, coliques. Quatre onces d'huile d'olives lui procurèrent du soulagement; dans la nuit, excrétion d'une très-grande quantité d'urine, fort dévoiement. Vers le matin, on lui a donné deux lavemens émolliens et des boissons adoucissantes. Il a été un peu fatigué dans la journée; le lendemain, il était parfaitement rétabli.»

Partir d'un fait semblable pour proscrire un remède comme dangereux, c'est se montrer bien peu logicien, quand bien même on y joindrait le résultat de quelques expériences sur des chiens. Autant vaudrait-il proposer de bannir l'opium de la matière médicale, parce qu'à certaine dose il jouit de propriétés vénéneuses. Combien n'existe-t-il pas de médicamens dont on ne pourrait prendre impunément sept grains, et qui cependant sont employés journellement avec les plus grands avantages? L'hydrochlorale de baryte, comme plusieurs autres substances, le sublimé, par exemple, et l'opium dont je viens de parler, doit être manié avec prudence.

Je connais un autre exemple d'accidens très-graves,

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occasionéspar une dose beaucoup plus forte demuriate de baryte. Voici en quels termes Je raconte M. Joseph de Vering , dans son ouvrage intitulé : Manière de guérir la maladie scrophuletisa. f^ienne en Autriche, 1832. C'est un étranger qui écrit en français. 11 faut de l'indulgence pour le style :

« On avait ordonné à une fille de cinq ans , très-peu susceptible d'irritation, affectée d'exanthèmes scrophuleux, de scropbules abdominales et cervicales, une drachme de muriale de baryte dissoute dans une once d'eau. Cette fille prit au commencement dix gouttes de cette solution , dont la dose fut de jour en jour augmentée de cinq gouttes , et outre cela on lui frotta doucement tous les jours les scrophules externes avec cinq grains de l'extraction de ciguë détrempée dans de la salive. L'usage de ces reraèdesavait provoqué une assez forte évacuation de la selle et de l'urine, et le bas-ventre et la grosseur des scrophuleuses cervicales s'étaient déjà considérablement fondus, lorsque la garde-malade trouvant ce procédé trop long, imagina d'abréger la cure, en donnant â la malade toute la solution dans l'espace de peu d'heures. Selon le rapport du père, il survint , une demi-heure après la prise de la première dose , des spasmes terribles , un resserrement du cou , des diarrhées, des vomissemens qui firent presque sortir les yeux de leur orbite ; puis une forte fièvre, accompagnée de transpiration, de délire, d'une anxiété extrême et enfin d'une espèce d'engourdissement; la malade passa deux jours dans cet état, sans qu'on songeât à appeler du secours, quoique la difficulté delà respiration, les sueurs froides et le râlement firent craindre la mort à tout moment. Les déjections intestinales et l'urine se dégagèrent en quantité et involon^ tairement , et la peau était couverte d'une abondante

«wO UALADIE SCUOPHDLEL'SE.

sueur visqueuse el fort puanle. Le Iroisième jour , tous les symptômes de la maladie scropliuleuse avaient disparu ; la malade se trouvait , à la vérité , extrêmement faible, mais toute la constitution du corps, la physionomie même avaient subi un changement tellement favorable, qu'on n'aperçut plus aucune trace de celle maladie. « Obs, \2,pag. 259.

Ce fait ne juslilierait pas plus que celui rapporté par Hébréard la proscription que l'on voudrait faire de l'hydrochlorale de baryte. Je ne ferai pas ressortir le résultat définitif de son emploi, la disparition rapide d'une maladie grave : il n'est aucun praticien sage qui voudrait tenter la guérison en courant de pareilles chances. Mais les accidens si violens, si dangereux qui sont survenus, dépendaient de l'abus qu'on avait fait du remède. Tant que l'on s'est conformé aux prescriptions'des médecins, la vie n'a point été compromise; loin de là , l'état de la malade s'améliorait graduellenienl. Parmi les raédicamens que l'on prescrit chaque jour avec grand avantage pour les malades, il n'en est pas un seul auquel on ne puisse reprocher des accidens plus fâcheux que ceux qui ont été occasionés par le niuriale de baryte : on ne serait malheureusement pas embarrassé pour trouver dans les fastes de la science des exemples d'empoisonuemens mortels occasionés par l'administration imprudente de l'opium, de la ciguë delà belladone, du sublimé, du tartre stibié,etc. ,etc. II n'est cependant venu à l'idée de personne de proscrire ces médicamens qui rendent journellement d'imporlans services.

En lisant les observations des praticiens qui ont mis en usage l'bydrochlorate de baryte , on voit qu'il a généralement été bien supporté par l'estomac. Il a toujours augmenté l'appétit , activé les fonctions diges-

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tives, même lorsqu'il donnait lieu à des nausées et à une légère diarrhée. Dans quelques cas où l'on a observé des symptômes d'irritation gastro-intestinale, les accidens ontpromptement cédéà l'usage des délayans, et le remède , suspendu durant peu de jours, a pu être administré de nouveau sans inconvénient. Jel'ai donné à plus de vingt enfansen 1831, àun plus grand nombre encore en 1832. Je n'en ai pas discontinué l'usage depuis lors, et cependant je n'ai vu survenir aucun des accidens annoncés par M. Lepelletier.

Bien convaincu que l'hydrochlorale de baryte peut être employé sans danger aucun , sans compromettre le salut des malades , j'étais autorisé à en espérer des résultats favorables dans le traitement des maladies scrophuleuses. Adair Crawford qui , le premier , l'a mis en usage en l'année 1784 , rapporte des faits qui démontrent son efficacité. En 1793, Fournier en a obtenu des succès non moins brillans; et la conviction qu'il avait acquise, relativement aux bons effets de ce remède, était si grande, qu'elle n'a pu être ébranlée eu 1820, malgré les changemens que la doctrine physiologique avait apportés dans ses idées médicales, ainsi qu'il l'avoue. Les expériences d'Hébrcard sont à son avantage; et si les essais auxquels se sont livrés Chaussier, Pinel, 31. le professeur Alibert , n'ont pas été aussi favorables qu'on eût pu l'espérer d'après les travaux antérieurs, ils prouvent cependant que le sel de baryte n'est pas un médicament sans vertu ; s'il a agi plus lentement qu'entre les mains d'autres praticiens, il n'en a pas moins amené la guérison. La Société de santé de Bordeaux, qui s'est toujours montrée si jalouse des progrès de la science, invita plusieurs de ses membres à répéter les essais tentés à Paris. Un mémoire, consigne dans le Journal de santé de cette ville ( 10

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messidor an v ), nous apprend que le résultai en fut heureux. Verdie, un des médecins de la m<ime ville, l'ut celui qui s'y livra avec le plus de zèle. Ses observations font la matière d'un travail assez étendu qu'il fit imprimer en l'an vi. Plus tard , Baumes a publié un exemple remarquable de yuérison obtenue par Poutingon à l'aide de l'hydrocliloratc de baryte ; et on lit dans le Bulletin des sciences médicales du département de l'Eure, numéro de janvier 1820, que M. Mollet a traité avec succès plusieurs scrophuleux par le seul emploi de ce sel.

L'hydrochlorate de baryte a obtenu en Allemagne des succès aussi marqués qu'en France; Hufeland fut un de ses plus chauds partisans, et dès l'année 1794, il publia à Berlin un travail complet sur l'emploi de cette substance. Son opinion ne s'est pas démentie; car, dans la édition de son Traité de la maladie scrophuleuse, imprimé en 1819, il considère toujours le sel de baryte comme un des meilleurs remèdes, comme ne pouvant être remplacé par aucun autre dans beaucoup de cas.

De semblables autorités, qui d'ailleurs reposent plus encore sur des faits que sur des noms, étaient bien suffisantes pour m'engager à mettre en usage l'hydrochlorate de baryte. .le m'occupai de son mode d'administration. Il a toujours été donné en dissolution aqueuse. Âdair Crawford saturait de ce sel une quantité déterminée d'eau. II faisait prendre ensuite cette dissolution par gouttes étendues dans une tasse d'eau pure. Cette manière d'administrer l'hydrochlorate de baryte fut adoptée en France par la plupart des médecins qui en ont fait usage. Elle a cependant de graves inconvéniens, et c'est à elle qu'il faut attribuer, je crois, le discrédit dans lequel ce remède est tombé. En elFet, il est très-

difiBcile, même aux personnes qui en ont une grande habitude, de mesurer des gouttes qui aient toujours un volume égal. Il peut arriver que dix gouttes, par exemple, d'un liquide quelconque, représentent ua poids de dix grains, tandis que dix autres gouttes du même liquide pèseront au plus cinq à six grains. On comprend aisément quelle différence peut résulter de là dans la dose du médicament. Tantôt cette dose est trop faible pour que le malade en relire quelqu'avantage ; tantôt, au contraire, elle est trop forte, et elle occasionne des accidens. La nécessité où l'on est d'étendre la dissolution concentrée dans un véhicule aqueux, est une nouvelle source d'inconvéniens. Si l'eau tient quelque sulfate en dissolution, comme cela arrive fréquemment , l'hydrochlorate de baryte est transformé sur-le-champ en sulfate insoluble, la nature du remède est changée, le sulfate ne paraît doué d'aucune vertu. Si, pour éviter que cela ail lieu, on emploie de l'eau distillée, l'estomac supporte mal ce liquide; il survient des pesanteurs, des nausées, ainsi qu'Hébréard l'a souvent observé. Ce praticien n'administrait cepen dant pas le muriale de baryte par gouttes, qu'on étendait ensuite dans de l'eau ; mais, ce qui revient au même, il faisait préparer une dissolution irès-peu concentrée dans de l'eau distillée (un grain de sel par trois onces d'eau) : c'était au moins trois onces d'eau distillée que le malade devait boire, et souvent cela dépassait six et sept onces. J'avais à éviter le double inconvénient d'une dissolution trop concentrée ou trop étendue. Pour cela, j'adoptai la proportion d'un grain par once. Je trouvai dans cette proportion plusieurs avantages sans inconvénient aucun. Une cuillerée à bouche représente un demi-grain de sel. Bien de plus facile à mesurer; quelques gouttes de plus ou de moins contiea-

MALADIE SCROPHOLEUSE.

Benl une quantité si minime du médicament, que cela ne peut ni diminuer son activité, ni faire naître des accidens. La dissolution peut être donnée sans aucun mélange, sans addition aucune; par conséquent point de décomposition à craindre. La quantité d'eau distillée est toujours trop petite pour qu'elle fatigue l'estomac. J'ai rarement porté l'hydrochlorate de baryte au-delà de trois grains par jour, et comme je le faisais prendre en deux fois, c'était une once et demie malin et soir. Est-ce à ce mode d'administration que je dois de n'avoir jamais eu à combattre les chaleurs vives dans l'estomac, les cardialgies, les nausées, les vomissemens, les hémorrhagies nasales, la surdité, accidens signalés par Hébréard, et auxquels M. Lepelletier s'est plu à ajouter les superpurgations, les coliques violentes,les frissons, les tremblemens, les sueurs froides, les douleurs de poitrine, etc.? Quelques enfans ont eu une diarrhée légère, avec peu ou point de coliques; mais cela s'observe si souvent chez les enfans scrophuleux,même lorsqu'ils ne sont soumis à aucun traitement, que je ne sais s'il faut l'attribuer à l'hydrochlorate de baryte. Je dois dire cependant que la diarrhée m'a paru plus fréquente chez les enfans qui en faisaient usage que chez ceux auxquels j'administrais l'iode.

J'ai toujours vu l'appétit augmenter sous l'influence du sel de baryte; souvent même il persistait, comme l'a remarqué Hébréard , malgré l'existence d'un léger dévoiemeni. Quelquefois il se perdait petit à petit au bout de quinze jours ou trois semaines; il reparaissait promptement après la suspension du remède , qui pouvait ensuite être repris et continué avec avantage. Quant à l'augmentation de la sécrétion urinaireet de la transpiration cutanée , je ne puis en rien dire de positif; il est presque impossible, dans un hôpital d'enfaus,

d'avoir des renseignemens exacts sur les effets immédiats des médicaraens.

J'aurais désiré beaucoup pouvoir employer l'hydrochlorate de baryte en bains généraux et locaux, en lotions ; mais la facilité qu'ace sel à se décomposer, s'oppose à ce qu'il soit administré de la sorte; sous ce rapport, je l'ai remplacé par le carbonate de potasse.

J'ai pu employer extérieurement le muriate debaryle, en faisant préparer une pommade où il entrait dans la proportion d'un gros par once d'axonge. Cette pommade servait à frictionner les engorgemens glanduleux ; son action sur la peau était inappréciable; elle ne déterminait ni rougeur, ni chaleur, ni douleur; elle m'a cependant paru favoriser la résolution des tumeurs glanduleuses. J'allais ra'attribuer l'idée de ce mode d'administration de la baryte, lorsque je l'ai trouvé conseillée dans la dissertation d'IIébréard, qui cependant ne l'avait point mis en pratique. « C'est à l'expérience , dit -il, à déterminer le degré de confiance que l'on doit donner à cette conjecture que l'analogie nous porte à faire, n

Vingt-deux malades ont été mises à l'usage de l'hydrochl-orate de baryte. Parmi ces vingt-deux malades, seize avaient été déjà traitées par l'iode, le sulfure de mercure ou la liqueur de Kœchlin , soit sans succès, soit avec un succès incomplet. Plusieurs de ces cnfans avaient été guéris d'engorgemens, d'ulcères, de carie même, et conservaient une ophlhalmie opiniâtre; d'autres n'avaient retiré aucun avantage des moyens employés jusque-là. Enfin, six n'avaient pas encore pris de remède anti-scrophuleux.

On trouvait réunis sur les vingt-deux malades tous les symptômes de la maladie scrophuleuse.

Trois malades ont été renvoyées guéries j trois au-

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