‹ Études sur les causes, la nature et le traitement de la maladie scrophuleuseChapitre 33 sur 44 · SUR LA TEIGNE FAVEC8E · texte numérisé non relu

SUR LA TEIGNE FAVEC8E

ter sur le poil, auquel il fournit l'enveloppe extérieure. La partie libre de la cavité des follicules sécrète une matière que l'on croit nécessaire à la conservation du poil.

Les premiers sont appelés follicules sébacés, les seconds follicules ou canaux pilifères. Je pense que la teigne faveuse a exclusivement son siét»e dans ces derniers, dans les follicules pilifères, Cetle opinion m'a été suggérée , et me parait confirmée par la fréquence plus grande du favus dans les endroits où il y a plus de poils; par la non-exisleoce de follicules sébacés dans le cuir chevelu, au dire d'anatomisles célèbres, Bichat et Meckel enlr'aulres ,• par la présence presque constante d'un ou de plusieurs poils dans les croûtes faveuses; et, ainsi que je le ferai connaître plus loin , par les conditions nécessaires pour que les croûtes acquièrent la forme conslanle qui les caractérise.

M. Mabon, après avoir avancé que la teigne faveuse a son siège dans les follicules sébacés , a voulu décrire les cbangemens qui s'opèrent dans le tissu de la peau ; et voici, en résumé, comment il les comprend. iJn follicule enflammé fournit un liquide qui se concrète, remplit, distend la cavité où il s'est formé, finit par en amener la rupture et la destruction. La dépression centrale du favus n'est autre chose que Porifice du follicule devenu apparent. La récidive de la maladie a lieu par le développement d'un nouveau favus dans un des follicules voisins qui, comprimé par la dilatation du premier, n'a pu se remplir, se distendre, se rompre, se détruire qu'après la disparition de celui-ci. Le principe faveux a pour mission de détruire le bulbe des poils; aussitôt cetle destruction opérée sa mission est remplie; il n'a plus d'effet à produire; il s'évanouit.

Les observations que j'ai faites diffèrent essentielle-

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ment sous plusieurs rapports de celles de M. Mahon. Pour les exposer avec clarté, il est nécessaire que j'arrête un instant votre attention sur la forme et la disposition des croûtes faveuses, sur l'état de la peau et les phénomènes dont elle devient le siège immédiatement après la chute de ces croûtes, opérée avec précaution, et quand elles ont été préalablement ramollies, soit à l'aide d'un corps gras, soit avec le secours de l'humidité.

Ainsi que vous l'avez bien fait remarquer, les tubercules faveux sont tantôt isolés, solitaires, tantôt réunis au nombre de quatre, cinq, six ou davantage, dans un espace peu étendu. Qu'ils soient seuls ou multiples, discrets ou confluens, ces tubercules présentent toujours pour caractère spécial une dépression centrale en forme de godet; et si, après un temps plus ou moins long , le liquide faveux, sécrété en plus grande abondance, vient recouvrir le tubercule primitif, altérer sa forme, il suffit d'enlever la matière desséchée secondairement pour retrouver le caractère distinctif de la teigne faveuse, c'est-à-dire, la dépression centrale du tubercule. Cela est surtout facile à vérifier quand il y a agglomération defavH.s. Après avoir enlevé tout ce qui dépasse le niveau de la peau, on aperçoit chaque favus déprimé à son centre, isolé, séparé des autres par un intervalle plus ou moins grand, où la peau paraît tout-à-fait saine.

Les tubercules faveux sont profondément enchâssés dans la. peau , à laquelle ils n'adhèrent cependant que par leur circonférence. Il semble que l'épiderme se prolonge au dessus d'eux ; c'est une remarque qui a été faite plusieurs fois par M. Gocherand, élève interne fort distingué, attaché au service des salles qui me sont confiées à l'hôpital des enfans. Cette apparence est réelle ; les tubercules faveux sont placés primitivement au dessous de l'épiderme, et ce n'est qu'à une époque

SUR LA TEIGNE PAYEUSE. 378 plus ou moinséloignée de leur apparition qu'ils en dépassent le niveau par un mécanisme que j'exposerai bientôt.

Lorsqu'on détache avec soin , et de manière à éviter l'écoulement du sang , un tubercule faveux récemment formé, et partant peu volumineux, on voit qu'il représente un mamelon arrondi , égal tantôt à la moitié, tantôt aux deux tiers au plus d'une sphère , surmonté d'une portion rétrécie , comme étranglée , qui s'élargit en se terminant à la surface de la peau. Sur un autre point de la circonférence du mamelon , il y a quelquefois un petit prolongement mince , conique , en forme de cheville , que l'on pourrait croire destiné à s'opposer à la mobilité de ce mamelon. Le tout est enduit d'une légère couche d'humidité. On aperçoit dans l'épaisseur de la peau une cavité lisse proportionnée au volume du tubercule qui la remplissait exactement, laissant suinter un liquide séreux, jaunâtre, transparent. Cette cavité , qui a été comparée à une alvéole de ruche ù miel , ne tarde pas à disparaître.

Si le tubercule que l'on détache est ancien , sa forme mamelonnée n'existe plus. On obtient une croûte circulaire dont l'épaisseur est à peu près égale partout, au milieu comme vers les bords. La dépression centrale de la surface extérieure correspond à une légère convexité de la surface intérieure. La peau présente une excavation arrondie , beaucoup plus large que dans le premier cas, et relativement moins profonde, à surface très-lisse , laissant suinter une sérosité jaunâtre et transparente. La peau, qui paraît amincie , et qui l'est réellement, reprend bientôt son épaisseur normale, l'épiderme se renouvelle , et il n'y a aucune apparence de cicatrice. La maladie n'est cependant pas guérie. Un nouveau tubercule se reproduit bientôt à la place de celui qu'on a enlevé.

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Une croule faveuse , volumineuse, formée par l'agglomération de plusieurs tubercules réunis, conservequelquefois à l'extérieur une large dépression inégale qui pourrait faire croire qu'il n'existe qu'un seul tubercule : d'autres fois elle n'affecte aucune forme régulière. Si on détache une pareille croûte, on voit que sa surface intérieure, cellequi étaitencoutaclavec la peau, présente plusieurs portions plus ou moins mamelonnées ou aplaties, séparées les unes des autres par des dépressions linéaires , des enfoncemens qui marquent les limites de chaque tubercule. Il y a sur la peau une large excavation dont le contour n'a rien de régulier, dont la profondeur est variable , inégale. Cette large excavation est formée par plusieurs petites excavations que séparent les unes des autres des lignes saillantes , des inégalités correspondantes aux dépressions , aux enfoncemens signalés sur la croûte. Chaque petite excavation est très-lisse. La couleur générale est vermeille, quelquefois violacée. On voit, comme dans les cas précédens, suinter un liquide séreux, jaunâtre , transparent. L'épaisseur de la peau est évidemment diminuée; quelquefois elle se trouve réduite à une demi-ligne, à un quart de ligne ; on croirait même parfois qu'elle n'existe plus, que le tissu cellulaire sous-cutané est à nu. Cet amincissement parait d'autant plus considérable , que les bords de l'excavation générale, un peu tuméfiés, donnent à la peau qui la forme un peu plus d'épaisseur qu'elle n'en a dans l'état sain.

Après la chute de la croûte faveuse, l'excavation de la peau diminue rapidement d'étendue, disparaît bientôt. Celte membrane reprend son épaisseur ordinaire, l'épiderme se renouvelle, eton n'aperçoilaucunecicatrice. Il reste une rougeur violacée qui s'efface graduellement quand la maladie est guérie, ce qui n'est pas le cas le plus

SUR LA TEIGNE FAVECSE. S75 ordinaire : plus souvent il arrive que de nouveaux /auws se forment dans les points d'où on en a enlevé.

Tel est l'exposé (idèlede cequej'ai vuun yrand nombre de fois. Avant d'aller plus loin, il importe de prouver deux assertions, qui, au premier abord, pourraient paraître difficiles à croire , savoir : l'amincissement de la peau dans les points occupés par les favus ; et le retour de cette membrane à son épaisseur première , sans apparence aucune de cicatrice.

L'amincissement de la peau est facile à constater par le toucher, immédiatement après la chute des croûtes. Le doigt confirme parfaitement ce que l'œil a annoncé. Deux fois j'ai pu, à l'aide du scalpel , ajouter une certitude de plus à celles données par la vue et le loucher. Deux jeunes filles affectées toui-à-la-fois de scropbules et de teigne favcuse, ont succombé à l'abondance de la suppuration et à la résorption de la matière purulente. Plusieurs tubercules faveux furent détachés du cuir chevelu, et laissèrent voir la peau excavée. Des incisions pratiquées en divers sens montrèrent que l'excavation était due à l'amincissement de la peau , dont l'épaisseur était réduite presque à rien en divers points. On arrivait de suite au tissu cellulaire sous-cutané, qui en ces endroits était rouge, et présentait plusieurs petits vaisseaux remplis de sang. J'ai pu voir aussi qu'à la circonférence de l'excavation, la peau se trouvait un peu plus épaisse qu'elle ne l'était quelques lignes plus loin.

Quant au retour de la peau à ses conditions normales, et sans apparence aucune de cicatrice dans les parties qui ont été ainsi excavées et amincies, il suffit de la plus simple inspection pour s'en convaincre. Si la présence des cheveux peut laisser quelques doutes sur l'existence ou la non-existence d'une cicatrice

UECHERCHES

lorsqu'on examine le cuir chevelu , il n'est plus possible d'en conserver après avoir vu sur d'autres endroits du corps, non habituellement recouverts de poils, des points qui ont été le siège de la teigne faveuse. 11 y a en ce moment à l'hôpital des enfans une jeune fille, dont le corps, depuis plusieurs années, a été recouvert en beaucoup d'endroits de croûtes faveuses. J'ai détaché beaucoup de ces croûtes sous lesquelles la peau était profondément excavée, très-amincie. Les excavations ont disparu rapidement ; et aujourd'hui on n'aperçoit, à la place qu'elles occupaient, d'autre altération qu'une couleur violacée, dont l'intensité diminue de jour en jour. Il n'y a aucune apparence de cicatrice; et, lorsque la coloration dont je viens de parler se sera dissipée, il sera impossible de savoir dans quel lieu précis la maladie a existé. Cette jeune fille est retenue à l'hôpital par une dénudation avec carie et nécrose du premier os du métatarse droit,

La forme et la disposition des croûtes faveuses étant bien reconnues, les changemens qui s'opèrent dans le tissu de la peau étant bien constatés, je passe à l'exposition du mécanisme suivant lequel la maladie se développe. Je ne m'occuperai pas de la modification vitale qui donne lieu à la sécrétion d'un liquide susceptible de se concréter, de se convertir en tubercule. Que ce soit une inflammation simple, ou bien une inflammation spéciale, ou seulement une irritation, peu importe pour le moment. Je suppose un follicule pilifère atteint de cette modification vitale. La matière qu'il sécrétera, et qu'on peut appeler faveuse, remplira sa cavité, s'y concrétera, formera un petit tubercule : la sécrétion continuant à se faire, le liquide se desséchera autour du petit tubercule déjà formé, augmentera son volume, et bientôt la cavité folliculaire s'en trouvera remplie,

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