PRÉFACE. XV
• Si la condition indispensable du développement de la maladie scrophuleuse réside , comme je le crois , dans la viciation de l'air au milieu duquel on vit , il sera désormais possible , aisé même de prévenir celte maladie dans le plus grand nombre des cas. C'est un sujet qui intéresse à un trop haut degré la santé publique pour qu'on ne s'empresse pas de l'examiner. Mais il est nécessaire que l'on apporte dans cet examen un esprit dégagé de toute prévention , que l'on ne fasse pas usage de faits qui , recueillis sous l'empire des idées dominantes, ne présentent pas une exactitude rigoureuse. On n'interroge ordinairement les malades que sur les circonstances auxquelles on attache de l'importance , et l'influence exercée par la respiration d'un air non renouvelé a trop peu fixé l'attention jusqu'ici pour que le plus souvent on n'ait négligé de s'en informer ou tout au moins de la rechercher avec le soin convenable. Pour arriver à une appréciation exacte de mes idées, il faut qu'on ne s'appuie que sur des faits nouveaux, que sur des ftiits dont toutes les circonstances auront été bien étudiées. Les occasions d'observer la maladie scrophuleuse sont si frcquentesqu'il sera facile d'agir comme jele propose ; et s'il restait quelque doute par rapport aux lieux éloignés où l'on rencontre beaucoup de scropliulcux , il serait très-facile , avec une
XV} PRÉFACE, administration aussi fortement organisée que celle qui régit la France, d'obtenir promptement tous les renseignemens nécessaires pour confirmer ou détruire l'opinion qu'une analyse consciencieuse des faits m'a porté à admettre. Si cette opinion sort victorieuse de l'épreuve à laquelle on ne peut manquer de la soumettre , il y aura pour le gouvernement un grand devoir à remplir, celui de faire disparaître une maladie qui compte des victimes dans presque toutes les familleset qui sévit plus particuliérementsur les classes pauvres de la société. J'ai l'intime conviction que l'on y parviendra par la persuasion aidée de quelques réglemens de police sanitaire accommodés à chaque localité. Un but aussi philantropique est bien propre à faire naître l'intérêt, à exciter le zèle de nos gouvernans auxquels d'ailleurs un succès qui ne me paraît point douteux, doit assurer à jamais la reconnaissance publique.
Suivant une tradition fort ancienne , le sacre confère aux rois de France le pouvoir de guérir les scrophuleux par le simple attouchement. Quoique la raison ait fait depuis long-temps justice de cette superstition , la cérémonie de l'attouchement des écrouelleux eut encore 1 ieu après le sacre de Charles X. Elle eut pour grand avantage , dit M. Alibert , celui d'être l'occasion des libéralités du Roi. Aujourd'hui que les progrès
PRÉFACE, xvij
de la science permettent de faire mieux , on ne verra certainement pas la royauté délaisser une classe nombreuse de malheureux pour lesquels, depuis Clovis , elle n'a cessé de montrer la plus grande sollicitude.
Une théorie toute simple découle des conclusions auxquelles j'ai été conduit par l'examen des faits. La respiration d'un air non renouvelé vicie nécessairement l'hématose : le sang raal élaboré exerce sur la nutrition une influence nuisible qui se traduit bientôt au dehors par l'apparition des scrophules. Dans l'état de la science , il m'a paru que l'insuffisance de l'oxigène devait être regardée comme la cause du raal : mais il se peut que nous ne connaissions pas tout sur la composition de l'air , sur leschangemens que lui fait éprouver la respiration : il pourrait résulter de là quelques modifications dans l'explication que je donne. J'attache peu d'importance à cette explication. Le point essentiel , le point capital , c'est de démontrer que la maladie dépend de la respiration d'un -air non suffisamment renouvelé : de là se déduisent les préceptes qui mènent à une guérison plus assurée , plus prompte, à une prophylaxie certaine.
Le dernier chapitre , consacré spécialement aa traitement , renferme cependant un grand nombre de considérations pathologiques : les
xviij PRÉFACE.
principales ont rapport aux engorgemens glanduleux , aux ulcères, aux cicatrices, à l'eslhioniène et à l'état de la peau qui en est affectée, à la nécrose.
Je n'ai point passé en revue tous les remèdes proposés pour la guérison des scrophules. J'ai voulu seulement faire connaître le résultai de mon expérience. J'ai recueilli ou fait recueillir l'observation de presque tous les malades couchés dans mes salles : Gocherand élève interne attaché à mon service, aujourd'hui docteur en médecine , m'en a fourni le plus grand nombre. Parmi ces observations j'ai fait choix pour chaque symptôme , de celles qui m'ont paru les plus curieuses , les plus propres à devenir le sujet de réflexions pratiques. C'est en les lisant que l'on prendra connaissance du traitement : on y verra les remèdes que j'ai enigJoyés , on suivra les effets successifs que ces remèdes ont produit, on saura le résultat définitif qui a été obtenu. Après avoir rapporté tous les faits relatifs à l'emploi d'un médicament et avant de passer à un autre, j'ai cherché à en apprécier la valeur, à en déterminer le degré d'efficacité. J'ai préféré celle forme qui m'a paru devoir être plus instructive: l'exemple elle précepte se trouvent constamment rapprochés : c'est une véritable clinique de la maladie scrophuleuse. On reprochera peut-être à mon
PRÉFACE. xix iraVàii de ne pas être complet. On citera quelques symptômes dont il n'est pas fait mention. Ou bien ces symptômes ne se sont pas présentés à mon observation, et je n'aurais pu que répéter ce qui est écrit ailleurs : ou bien leur nature scropbuleuse est encore tellement contestée qu'il m'a paru convenable de surseoir à leur égard jusqu'à plus ample instruction. Chaque année, chaque jour ajoutent à l'expérience que donne la vue d'un grand nombre de malades. L'expérience seule peut conduire à la solution de plusieurs questions importantes que je ne manquerai pas de tenter un jour , si l'accueil que recevront les Etudes sur la Maladie Scrophuleuse me montre que je suis dans la bonne voie.
On trouvera à la fin de ce livre une lettre à M. le professeur Alibert , sur le siège de la teigne faveuse , sur la manière dont se forme le godet caractéristique du mal. C'est le résultat d'observations que j'ai faites sur plusieurs enfans scrophuleux , affectés d'un favus presque général. On y lira des aperçus neufs sur l'état de la peau ainsi malade; on y verra l'explication des difficultés que présente la guérison. S'il n'est pas démontré que le favus soit une forme de la maladie scrophuleuse, on ne peut disconvenir que les deux affections ne présentent beaucoup de points de ressemblance. La lettre sur la teigne
3tj£. • PRÉFACE.
faveuse a été insérée dans la Revue médicale , il y a environ trois ans. Malgré la publicité qu'elle a déjà reçue , j'ai pensé qu'il ne serait pas inutile de la reproduire ici.
DE IjA.
MALADIE SCROPHULEUSE.
ÉTIOLOGIE.
CONSIDÉnATIONS PRÉLIMINAIRES.
Depuis un demi-siêcle environ, l'étude des causes des maladies a été totalement négligée. Rien n'est plus dénué d'intérêt que tout ce qui a été écrit sur ce sujet. C'est une répétition continuelle des mêmes causes, répétition faite le plus souvent sans ordre , sans discernement. Si l'on excepte les affections dues à une cause spécifique, on ne pourrait pas en nommer une seule qui n'ait été attribuée aux variations de la température, à des écarts de régime, à la répercussion d'un exanthème, de dartres, de la sueur, à la suppression d'une hémorrhagie habituelle , d'un exutoire , etc., etc. Que l'on ouvre un traité de pathologie j qu'on lise la description d'une maladie prise au hasard , et l'on connaîtra tout ce que l'ouvrage renferme sur les causes des autres maladies. La seule différence qu'on y remarque, consiste dans le changement et la transposition de quelques mots.
La manière dont l'Étiologie est traitée , démontre assez le peu d'importance qu'on lui accorde. Peut-il en
-s MALADIE SCROPHCLFUSE.
éirc autrement avec le solidisme exclusif des théories médicales modernes ? Du moment où l'on admet qu'une maladie réclame toujours les mêmes remèdes, quelle qu'ensoitd'ailleursla cause, il devienlsuperflu dedonner beaucoup d'aticntion à un objet que l'on regarde comme inutile pour éclairer le diagnostic et le pronostic , pour jjuider dans le traitement.
On revient de nos jours à des idées plus saines. La prévention commence à disparaître devant l'évidence des faits. De ce qu'une pblegmasie, par exemple, présente toujours des phénomènes locaux semblables, il ne s'en suit pas que sa marche soit toujours la même , que sa gravité ne puisse pas être différente, qu'elle doive toujours être combattue par les mêmes moyens, par des émissions sanguines, par des émolliens locaux ou généraux. L'expérience démontre chaque jour que la durée et le pronostic sont variables suivant la cause, que la guérison ne s'obtient souvent qu'à l'aide d'une médication très-différente. L'histoire des diverses espèce» d'angine, de l'érysipèle, du rhumatisme, de la pneumonie, etc., me fournirait, au besoin, des preuves à l'appui de cette assertion, qui du reste, n'est guère contestée aujourd'hui. Aussi l'Étiologie reprend-elle faveur. Son étude bien dirigée, doit exercer la plus heureuse influence sur la thérapeutique. Il n'est aucune maladie qui soit appelée à en retirer plus d'avantages que les scrophules. L'exposé de leurs causes présente un véritable chaos; on y a tout rassemblé. Dans le désir, bien naturel sans doute, de découvrir l'origine du mal, on recherchait qu'elles étaient, dans la manière de vivre, les conditions les plus défavorables à la santé. On s'arrêtait à celle de ces conditions qui frappait le plus l'cspril. Il n'était pas difficile ensuite de la faire concorder avec la théorie médicale dominante. Nulle
ÉTIOLOGIE. «
pari on n'a fait une application plus fréquente, el il faut le dire, plus malheureuse de l'axiome : post hoc, crgo propter hoc. Dès que l'on rencontrait une infraction quelconque aux préceptes de l'hygiène , on ne manquait pas de lui attribuer la maladie; et il n'en est aucune, de quelque nature qu'elle soit, que l'on n'ait rangée parmi les causes des écrouelles : telles sont principalement l'insuffisance ou la mauvaise qualité des alimens, des boissons, l'usage prolongé de certains niédicamens, la malpropreté, des affections morales vives, la rétention ou le flux excessif de la matière des sécrétions, l'excès ou le défaut d'exercice, le sommeil trop prolongé ou insuflPisant, la privation de lumière, d'électricité , l'habitation d'un lieu humide, le séjour habituel dans un air non renouvelé, les variations fréquentes et brusques de la température : il faut y joindre l'hérédité, le tempérament lymphatique, la contagion , la dégénérescence du virus syphilitique.
Aucun auteur n'a cherché jusqu'ici à apprécier, à déterminer le degré d'influence de ces diverses causes considérées soit isolement, soit réunies en plus ou moins grand nombre. Il m'a paru d'autant plus important de le faire , que , sans des connaissances exactes à cet égard, il n'y a point de prophylaxie possible : il n'y a même point de thérapeutique raisonnable.
Un fait qui m'a frappé d'abord, a été de voir que la maladie scrophuleuse se développe très-fréquemment sous l'empire de circonstances opposées entre elles , ou très différentes de la plupart des causes indiquées dans les livres. Ainsi , par exemple, on rencontre souvent les écrouelles chez des individus à l'égard desquels on ne peut soupçonner ni hérédité, ni contagion, ni dégénérescence du virus syphilitique; chez des in-
^ MALADIE BCROPnnLEDSE.
dividus qui ont toujours fait usage d'une nourrilure saine et abondante, qui, en un mot, ne présentent dans leur manière de vivre aucune des infractions hygiéniques signalées avec le plus de soin.
Un autre fait, moins commun à la vérité , mais qui i m'a étonné tout autant , a été de voir des jeunes gens, , jouissant de la plus belle santé, quoiqu'ils fussent nés \\ de parens scrophuleux , de parens qui ont eu une ou !| plusieurs syphilis, qui ont subi plusieurs traitemens I raercuriels; quoiqu'ils eussent vécu pendant long-temps l au milieu d'cnfans affectés d'écrouelles; quoiqu'ils ne t se fussent pas toujours scrupuleusement conformés aux l préceptes de l'hygiène. |
Ces deux faits étaient bien propres à ébranler ma confiance dans tout ce qui a été écrit sur les causes des scrophules. En analysant successivement chacune de ces causes, en cherchant à me rendre compte de leur il manière d'agir, après avoir lu tous les faits publiés. Il recherché avec soin toutes les circonstances qui avaient II précédé le développement de la maladie chez un grand I nombre d'enfans confiés à mes soins , je pus confirmer I l'exactitude de la remarque suivante faite par Bor- I deu, savoir, que les écrouelles « arrivent à tout âge, I aux enfans à la mamelle , ou lorsqu'ils vivent d'alimens n solides , et soit qu'ils soient nés de parens reconnus il écrouelleux , des gens du peuple ou des nobles, ma- Il lades ou sains, soit qu'on les tienne avec soin ou qu'on 1 les néglige dans le régime. » Premier fait, Pag. 10. Ne semble-l-il pas résulter de là que l'on a accordé beaucoup trop d'importance à la plupart des causes assignées aux scrophules ? j'espère le mettre hors de doute et démontrer ensuite qu'on n'a point assez tenu compte d'une circonstance que l'on rencontre toujours dans la manière de vivre des scrophuleux , et qui me pa-
ÉTIOLOGIE. 5
raît être la condition indispensable du développement de leur maladie. J'entre de suite en matière.
DE l'hérédité.
Cette cause l'pjetée par quelques auteurs, enlr'anires parFaure, White , Diel, Henning, est admise par le plus grand nombre. Plusieurs de ces derniers ont même écrit que les scrophules ne sont jamais une maladie acquise; que leur développement est toujours lié à une prédisposition héréditaire.
Les cnfans qui proviennent d'individus écrouelleux ne naissent pas ordinairement avec la maladie scrophuleuse. Il existe cependant plusieurs faits qui semblent prouver que cela n'est pas impossible. . C'est ainsi que M. LangstafF conserve dans son cabinet deux poumons tuberculeux trouvés sur un fœtus. M. Husson a vu dans les poumons d'un fœtus mort-né au septième mois de la grossesse, des tubercules ramollis et déjà en suppuration. Il a observé pareille maladie dans le foie d'un autre enfant né à terme et qui ne vécut que huit jours. OEhler a trouvé les ganglions mésentériques tuméfiés, durs, scrophuleux en un mot, non seulement chez des fœlus nés de mères écrouelleuses , mais encore chez quelques-uns dont les mères n'offraient aucune trace de cette maladie. Chaussier assurait dans ses leçons avoir vu des écrouelles en suppuration chez des fœlus et des enfans nouveau-nés. Des observations semblables ont été faites chez les animaux : M. Dupuy, par exemple, a rencontré des tubercules dans le foie de plusieurs fœtus debrebis,et le professeur Andral ena vu dans le foie d'un fœtus de lapin. De pareils faits sont exceptionnels et fort raresdans l'espèce humaine. Le plussouvent, lesenfans n'apportent en naissant qu'une prédisposition aux «crophules. L'hérédité de cette prédisposition est incon-
O MALADIE SCROPllDLEOSE.
testable. Il me serait facile de rapporter ici un grand nombre de faits qui la démontrent. Je me bornerai à rappeler celui que l'on trouve dans la traduction française de la médecine-pratique de Cuilen. « M. Cullen, y est-il dit, a connu une famille dont le père était écrouelleux. Touslcsenfans qui luiressemblaient étaient affectés de celte maladie et ceux qui ressemblaient à la mère en étaient exempts. » Tome 2, pnge G04,
A défaut de faits semblables , l'analogie serait suffisante pour faire admettre l'hérédité des scrophules. « Esse autem ha;reditarium , id est à parentibus in liberos Iransferri certissimum est : quia et cerebri imbecillioris afFectus , et capilis malè conformati vitia unà cum semine in nalos facilè abeunt. TJt ergô ex macrocephalis, macrophali , ex epilepiicis, epileptici; ità ex strumosis , strumosi generantur. » And. Laureniius , de slrumarum nalurâ et curalione, pag. 212. C'est aussi par analogie que Yan Swielen admet l'hérédité de plusieurs maladies. Voici comment il s'exprime. « Uliexlcrna corporis forma et magniludine , ingenio, animi affeclibus, proies parentibus similes sœpè fiunt : sic videtur et intima parlium corporis constituiio frequcnler referre eamdem simiiiludinem. » Comment, in Boerrbaave aphor. Tom, 5 , pag. 405,
L'expérience el l'analogie se réunissent, comme on le voit, pour démontrer l'hérédité de la prédisposition aux scrophules : mais cette prédisposition héréditaire amène-t-elle nécessairement, inévitablement, le développement de la maladie? Je ne le pcnsepas : pour que ce développement ail lieu , il faut qu'à la prédisposition vienne se joindre l'action d'une cause particulière. S'il en était autrement, on verrait tous les cnfans nés de parens scropbuleux le devenir : « si verè hseredilarium essel malum, omnes fraires sororesque, invadere debe-
ÉTIOLOGIE. 7
ret, » dit While. Or, il peut se faire qu'aucun des enfans ne soit attaqué de la maladie , ou bien qu'il n'y en ait qu'un ou deux, pendant qu'un plus {^rand nombre ne le sera pas. « Novi pUires parentes progenie numerosâ gaudentes, scrofuloso vilio tactâ , ità tamen ut aliqui liberorum prorsus à morbo immunes maneant, nullumque ejus vesligium oslendant, aliis intérim miserè ab eo sub varia forma delenlis.» Kortum, Comment, de morbo scroful. T. 1, pag. 289.
Des faits semblables ne sont pas rares. J'en rappor- Aerai plus loin un exemple curieux. Il peut se faire encore qu'une première génération soit exempte de la maladie, tandis que la suivante en sera atteinte. «Fortè in prima generatione nondùm se exserere potest impressus characler morbosus, et in secuudâ taniùm se manifestât progenie. » Van Swielen, op. cil. Ce fait qui a frappé un grand nombre d'auteurs, dont on a cherché inutilement à donner une explication satisfaisante, est très-facile à comprendre aujourd'hui. La prédisposition a été transmise aux deux générations. Mais la première a été soustraite, tandis que la seconde a été soumise à l'action de la cause sans laquelle il n'y a pas de scrophules. Aussi, ne puis-je rien voir qui révolte la raison dans l'aphorisme 1075 de Boerrhaave : « Silenle saepè morbo in geniturâ dùraex œvo dcrivatur in nepolem . »
Par rapport à l'hérédité , il n'en est pas de la maladie scrophuleuse comme de la syphilis. Celle-ci se développera inévitablement par cela seul qu'on sera né de parons infectés au moment de la fécondation, sans qu'il soit besoin d'aucune autre circonstance. Les écrouelles, au contraire , ne se manifesteront chez l'individu né de parcns scrophuleux, qu'autant qu'il aura été soumis à l'influence d'une autre cause, d'une cause spéciale : en
8 MALADIE SCROPntLELSE.
raison de la prédisposition acquise par l'hérédité, celle cause ajrira bien plus rapidement, à la vérité , bien plus profondément; mais je la rejjarde comme indispensable à la naissance de la maladie, et l'observation déraent souvent l'opinion de Reid qui range les scrophules « in morbis hœreditariis quorum evoluiio in proie parentum tali morbo affeclorum nuUâ ferè prophylaxi impediri potest. » L'erreur dans laquelle Reid est tombé nie paraît dépendre de ce qu'il n'a pas tenu compte d'une circonstance importante qui cependant n'avait point échappé à d'autres praticiens : a fuere è recenlioribus varii, dit Kortum , qui siniiles progeniei et parentum raorbos <à simili diœtâ et vitae génère potissiraum répétèrent.» Tom. 1, pag. 281. Celte remarque me paraît de la plus grande justesse; elle est trop souvent oubliée ou négligée, quoique Fouroier et M. Begin en aient fait l'application aux écrouelles. « Il est indubitable , disent ces auteurs, que l'hérédité a lieu; mais il n'est pas moins certain que les médecins l'ont souve n admise alors que chez les enfans la maladie était absolument étrangère aux parens. L'observation démontre que le développement des scrophules est presque toujours le résultat des circonstances au milieu desquelles les sujets sont placés : circonstances qui sont les mêmes que celles qui sévirent sur leurs parens. »
.le ne puis admettre avec Culleii que la maladie scrophuleuse soit presque toujours héréditaire. J'admettrai encore moins avec M. le Docteur Lemasson-Delalande qu'il n'est point de scrophiile acquise , qu'il est impossible qu'un individu bien organisé, mis dans telle condition qu'on voudra, fût-il cn/crnic dans un cachot, pendant des années, devienne jamais franchement scrophuleu.T. Les faits qui contredisent ces opinions sont si nombreux , se renouvellent si souvent qu'il me paraît
ÉTIOlOGIE. 9 superflu d'en rapporter ici. Il est très-commun, à Paris surtout, de voir des enfans profondément atteints delà maladie scrophiileuse , quoique leurs parens , leurs ayeux n'en aient point été alfeclés. N'est-on pas consulté journellement pour des enfans scrophuleux dont le père et la mère sont très-fortement constitués, n'habitent Paris que depuis peu d'années, sont nés et ont été élevés à la campagne? Culien lui-même en avait fait la remarque et son traducteur Bosquillon ajoute : ci J'ai néanmoins vu des enfans qui ont eu celle maladie quoique leurs père et mère n'en eussent jamais été attaqués ; souvent il n'y a qu'un seul enfant d'aÉFecté dans une famille nombreuse. » Tom, 2, pag. 604.
On a rapproché de l'hérédiié plusieurs circonstances relatives à la génération. C'est ainsi que la fécondation pendant la durée de l'écoulement menstruel a été indiquée comme cause de scrophules. Je ferai observer qu'il est bien ditficile de connaître le moment précis de la fécondation , et qu'à cet égard il est très-aisé d'être induit en erreur. J'ajouterai qu'il n'existe aucun fait concluant en faveur de l'opinion dont il s'agit. Quoi qu'en dise M, Lepellelier, Lalouette ne cite l'exemple d'aucune femme qui, ayant conçu pendant le cours des règles, aurait donné le jour à un enfant écrouelleux. Voici comment Lalouette s'exprime sur ce point : « Je » crois devoir encore pl.acer dans la classe des causes » des scrophules simples les maux auxquels sont expo- « sés les enfans qui, conçus 'dans le temps des crises « menstruelles, apportent en naissant le germe d'un » vice inhérent à leur être et dont le développement » doit se faire ou plus tôt ou plus tard, ainsi que nous » l'avons déjà observé. » Pag. 109. Suivent des réflexions théoriques sur l'usage du sang menstruel, etc. Il n'y a pas de fait, comme on voit : M. Lepelletier dit
- MALADIE SCROPHULECSE.
en posséder deux; voici en quoi ces faits consislent : « Je connais deux enfans , l'un âgé de six ans, scro- » pliuleux elracliitique, l'autre igéde troisans,écrouel- » leux et rouge, dont la maladie ne peut être rappor- » lée qu'à celle circonstance, les parens de l'un et' n l'autre élant d'une assez bonne conslilution. » Traité' sur la maladie scrophuleuse , page 57. Parce que des parens sont d'une assez bonne constitution, lesscropbules^ de leurs enfans doivent tenir à ce que ces enfans ont été conçus pendant la durée de l'écoulement menstruel! Un pareil raisonnement se réfute assez de lui-même pour qu'il ne soit pas nécessaire de m'y arrêlerdavantage. Avoir montré sur quelle base repose l'opinionde M. Lepelletier, n'est-ce pas en avoir fait connaître la valeur?
Une autre circonstance relative à la génération et que l'on a encore rangé au nombre des causes qui peuvent, donner lieu aux scrophules héréditaires, c'est l'âge trop ou trop peu avancé du père et de la mère ou au moinss de l'un des deux. On a rappelé pour défendre celte? opinion, les paroles suivantes d'Horace : « fortes crean— tur forlibus » : on a aussi invoqué l'autorité de Fernel ' qui assure que « senes et valetudinarii imbecilles filios^ viliosâ conslilulione gignunt." Ces sentences nemepa-raissent pas applicables aux écrouelies plus qu'à quelques autres maladies : et malgré les réflexions analogiques dont on a voulu les corroborer, il est certain quet nous ne possédons aucun fait péremploire sur l'influencer exercée par l'âge des parens dans la production de la maladie scrophuleuse. Si l'expérience démontre qucr quand l'affection slrumeuse se manifeste dans une famille, elle frappe ordinairement les derniers nés, cela; peut tenir à toute autre chose qu'à l'âge avancé du père et de la mère au moment de la fécondation. J'espère le démontrer plus loin. On n'a sans doute pas fait allen-
ÉTIOLOGIE. • II
: lion que si les idées émises sur l'influence exercée par
• l'âge des parens, étaient fondées, les aînés devraient ■ être scrophuleux aussi souvent que les derniers nés.
• Kortum a réduit celte influence à sa juste valeur : « Et t primo quidem loco, dil-il, occurrit parenlum aelas ni- ) rais juvenilis. Pluries observasse raihi videor neogamos
14-18 annorum, quales inler plebem apud nos mulli î sunt,prolem progcnuisse scrofulosis et atrophicis af- . feclibus miserè detentam. Ratio in propatulo est. Venus ! quippe praematura lùm parentibus tùm indè procreatis î infantibus exiiiosa est. In temperati verô climatis regionibus, homines seriùs paulô perveniunt ad eura . puberlatis gradum qui soboli saax et robustîe proge- ' nerandœ sufficiat. Et si insuper accédant causœ occa- ; sionales plebeiis vix evitandae , per se satls imbecilles I infantes in raorbum nostrum facile incidunt. ) Ità quoque è contrario à nimis annosis parentibus s debilis, morbisque infanlilibus valdè obnoxia nasci solel . proies. Neque minus ab iis qui in castris veneris ni- . raium et maiurius militando, vel onanilicum vitium I cxercendocorpus enervârunt.« op. cit. Tom. 1, page 294. j Des accidens éprouvés par la mère durant la grossesse, des excès qu'elle aura commis, des maladies . présentes ou passées des parens sont admis par plusieurs auteurs au nombre des causes de la maladie scro- { phuleuse. Je suis forcé d'avouer qu'il n'existe dans la ( science aucun fait concluant à cet égard. Il est possi- I ble, et l'analogie porte à l'admettre , que ces diverses ( circonstances agissent sur le fœtus de manière à le rendre plus faible, d'une complexion moins robuslej j mais la maladie scrophuleuse ne consiste pas seulement ( dans la faiblesse. L'expression faiblesse est un mot va- ( gue , applicable à une multitude d'états ditférens : si elle peut être cause de maladie , souvent aussi elle ea
MALADIE eCROPHDtEUSK.
est un effet, comme dans les scrophules, par exemple, La faiblesse résultant des circonstances que j'ai mentionnées tout-à-l'heure , prédispose à toute espèce dee maladie, aux écrouelies comme à d'autres affections,, sans qu'il y ait rien de spécial pour aucune d'elles. Progenies infirma omnis generis viorbis ivfantilibus tùm^ iw2)riinis quoquo scrofiiUs facilù ohnoxia. On comprend! très-bien que les causes des maladies doivent en général agir avec plus de rapidité sur les individus? doués d'une faible constitution ; et c'est en cesens seulement que l'on doit admettre la faiblesse de la constitution comme prédisposition aux scrophules. Quà debiliores nati infantes, eà magis patent vitio scrofuloso. Korlum , pag 280,
DU TEMPÉRAMENT LYMI»HATIQCE.
Presque tous les auteurs qui ont écrit sur les écrouelles ont noté le tempérament lymphatique comme une? des plus grandes prédispositions à cette maladie. Aucuni d'eux n'a poussé celte opinion plus loin que le profes-seur Richerand. « L'affection scrophuleuse , dit-il, est: en quelque sorte l'exagération du tempérament lym-phatique. Outrez tous les caractères attribués à cette? constitution particulière du corps, et vous aurez un ta-bleau fidèle de cette maladie. » Nosog. Chiriirg.Le rap-proehement est ingénieux : on ne peut nier que les ap- • parences extérieures ne permettent quelquefois de. confondre ces deux états : mais l'examen d'un grand', nombre de scrophuleux fait bientôt voir que ces appa-rences sont loin d'être constantes. Déjà M. Guersent en^ a fait la remarque. Voici comment il s'exprime à ce su-jet: «Il n'y a pas de doute que certains tempéramens sont; plus souvent disposés que d'autres à l'affection scrophuleuse, et que, toutes choses égales d'ailleurs, les in-
ÉTIOtOGIE. 1^' dividus jouissant d'un tempérament lymphatique y sont peut-être un peu plus sujets. Cependant il faut se garder d'adopter comme certaine cette assertion qu'on répèle dans tous les ouvrages. Je vois tous les ans un grand nombre de scrophuleux, et certes la majorité de ces enfans n'offre point les caractères qu'on accorde ordi^ nairement au tempérament lymphatique. Beaucoup d'entre eux sont châtains ou bruns , ont la peau sèche et peu d'embonpoint.» Dictionnaire de Méd. t. 19, p. 190. On peut se convaincre tous les jours de la vérité de celte remarque: en parcourant Jes salies consacrées au traitement des écrouelles , on voit que plus de la moitié des enfans qui en sont alleinls ne présentent aucun des caractères assignés au tempérament lymphatique. Il en est un grand nombre qui ont les cheveux châtain-foncés ou noirs, la peau brune et sèche, les yeux noirs, peu d'embonpoint et une grande activité* Thomson aÊSrme que les cas les plus graves de scrophules qu'il a observés se sont rencontrés chez des sujets dont le teint et les cheveux étaient très-foncés.
Tout en niant l'influence accordée au tempérament lymphatique, M Guersent admet l'existence d'une constitution particulière qui prédispose surtout aux scrophules. « Les enfans, dil-il , qui ont la peau fine , transparente , blafarde ou rosée , la face large , la mâchoire inférieure carrée , les lèvres épaisses , gonflées , crévassées, douloureuses, souvent enflammées pendant les froids ; ceux qui ont les paupières rouges sur les bords, couvertes de chassie , les cils très-longs , les yeux grands et bleus , et qui dès leur naissance ont eu souvent des érut lions crouteuses sur le cuir chevelu , à la face ou der ère les oreilles, ceux chez lesquels les ganglions du col sont fréquemment engorgés et qui, à un embonpoint souvent remarquable, joignent de la faiblesse,