‹ Études sur les causes, la nature et le traitement de la maladie scrophuleuseChapitre 6 sur 44 · DE LA CONTAGION · texte numérisé non relu

DE LA CONTAGION

Les scrophules ont été pendant long-temps régardées comme contagieuses, et cette opinion est encore répandue chez beaucoup de personnes des classes les plus élevées de la société, parmi le peuple , et même |)armi des médecins , qui , à la vérité , suivant la remarque judicieuse de MM. Fournier et Begin , ne méritent pas d'en être distingués.

En remontant à l'origine de cette opinion , on trouve qu'elle ne repose sur aucun fait avéré. « Contagiosuvi esse muUi expcriuntur , dit Dulaurcns ; il le croit fer-

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memetit et il se persuade l'avoir démontré par le récit suiyanl: «Die vigesiraâ octavâ novembris, anno millesimo quinffentesimo septuagesimo oclavo, senientia denominalorum virorum de strumis recitala est et approbata. Haec autem fuit ejusmodi :

Supremus senatus peiiit ab ordine medicorum an slrumiE panificium inficerc possent. Uespondet ex mullorum strumis, ulceribiis malignis , virulenlis et sordidis laborantium et eodem in loco unà commoranlium halitu, panificium infici posse. » Cette réponse de la faculté de médecine de Paris à la demande du Parlement a été plusieurs fois invoquée pour prouver la propriété contagieuse des écrouelles. Je l'ai rapportée textuellement afin de mettre le lecteur à même de reconnaître le peu de valeur qu'il convient de lui accorder.

L'opinion qui veut que les scrophules soient contagieuses me paraît avoir pris naissance dans des inductions fausses tirées de faits plus ou moins nombreux. Plus tard cette opinion prit de la consistance en raison des idées qui régnaient sur la nature de la maladie scrophuleuse , sur l'existence d'un vice ou d'un virus répandu dans toute l'économie, sur la ressemblance que l'on prétendait exister entre ce vice et le virus vénérien. Aujourd'hui, l'observation, l'expérience et le raisonnement sont d'accord pour admettre que la transmission des écrouelles ne saurait avoir lieu par contagion.

A l'hôpital des enfans où plus de cent cinquante lits sont occupés par des scrophuleux , je n'ai jamais rien observé qui puisse faire soupçonner la contagion. On a vu depuis long-temps et on peut voir encore fous les jours des scrophuleux vivre au milieu de personnes bien portantes sans communiquer leur maladie. «Les écrouelles ne paraissent pas être une maladie conta-

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gieuse, dit CuIIen, au moins j'ai souvent vu des enfans sains se trouver fréquemment et même vivre intimement avec des scropliuleux sans en être infecté.» T. 2, pag. 610, out\ cïlé. Les petits scropliuleux reçus à l'hôpital Saint-Louis se mêlent impunément aux autres malades, partagent les récréations et les repas des autres petits enfans sans que cette cohabitation et les contacts répétés propagent la maladie. Celle remarque du professeur Richerand avait déjà été faite par Pinel. Tous les jours on peut la faire dans une seule famille où, parmi plusieurs enfans vivant ensemble il en est un ou deux attaqués de scrophules sans que les autres gagnent la maladie. On amène un grand nombre de scrophuleux à la consultation de l'hôpital des enfans. L'idée de contagion est très-répandue dans le peuple. Aussi manque l-on rarement de demander s'il y a du danger à mettre coucher dans le même lit un enfant bien portant et un scrophuleux. 11 s'agit ordinairement de deux frères qui jusque-là ont toujours eu un lit commun : et cependant le mal qui existe depuis plusieurs mois ne s'est pas communiqué. « Quolidie occurrunt exempla ubi sani infantes cum scrophulosis arcto et ipsius lecti consorlio fruuntur, nec tamen ipsis morbus communicatur. » Kor* lum,pag. 216. On observe à la vérité dans quelques familles que tous les enfans sont atteints successivement ou simultanément de la maladie scrophuleuse. Cela tient à ce que ces eufans se trouvent tous soumis à l'influence de la cause qui amène le développement des écrouelles. C'est de la sorte, et non par la contagion, que l'on doit expliquer celte observation de Pujol qui dit avoir Tu des enfans très-sains jusqu'à l'âge de dix ou douze ans devenir tout-à-coup scrophuleux pour avoir vécu dans une grande familiarité etpctidant vn certain temps avec d'autres enfans fortement attaqués du même mal.

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Ou bien la réunion d'un plus grand nombre d'enfans dans un même espace avait rendu cet espace insalubre ; ou bien les enfans sains ayant été Iransporlés dans le lieu habité par les écrouelleux, s'étaient trouvés sourais aux mêmes influences. C'est à l'absence de l'une de ces circonstances que l'on doit de voir fréquemment demeurer sains des individus qui se trouvent dans un contact habituel avec des scrophuleux.

Suivant le professeur Alibert, la cohabitation journalière de certaines femmes scrophuleuses avec des hommes qui n'ont jamais eu lieu de s'en repentir prouve suffisamment contre la contagion. Il n'est aucun médecin qui n'ait eu l'occasion de vérifier la justesse de cette remarque , et c'est bien à tort que M. Lepellelier voit une absorption de matière scrophuleuse dans la blennorrhagie que des hommes contractent quelquefois avec des femmes scrophuleuses affectées de flucurs blanches. Des blennorrhagies semblables peuvent se développer après un coït pratiqué avec des femmes qui ne présentent aucun symptôme de la maladie slrumeuse.

Les expériences ne sont pas moins décisives que l'observation pour démontrer la non-contagion des scrophules. Je ne parlerai point de celles qui ont été tentées infructueusement par Hébréard pour inoculer les * écrouelles à des chiens , expériences qui ont été répétées sans plus de succès sur des cochons d'Inde par M. Lepellelier. Je ne pense pas que l'on puisse rigoureusement conclure des animaux à l'homme, quand bien même il y aurait beaucoup moins de distance dans l'échelle des êtres entre ce dernier et les chiens ou les cochons d'Inde. Mais Korlum a frotté le col d'un enfant avec du pus fourni par un ulcère scrophuleux : il a même inoculé cette matière à un autre enfant, par une petite plaie faite derrière et au-dessous de l'apophyse mas-

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toïde. Il n'est résulté de ces tentatives aucune apparence (l'infection, « Neque materies ex ulceribus scrophulosis benignis effluens contagiosam vira habet, id quod ex nonnullis à me institulis lentaminibus apparat. Quippe materiem ex talibus ulceribus desumptam puello sauo ad lalus colli intégra cule inFricavi, alio verô puero cuticula exiguo vulnusculo, velut in variolarum insiiione tieri solet, disruptâ, itidem in superiori colli regionc, nempè inFra et pone processum mastoïdeum applicavi , et ne ullara quidem indè observare potui morbi comraunicalionem. » T. 1 , page 218. Sœmmering présume , à la vérité , qu'il n'en serait pas de même si l'on répétait ces expériences avec du pus provenant d'un sujet chez qui la maladie serait parvenue à un trèshaut degré de gravité; mais c'est une supposition basée sur des idées théoriques Fort contestables et à laquelle des expériences postérieures ont enlevé toute vraisemblance. » Ainsi, dit M. Lepelletier, un de mes collègues dont la témérité apparente ne me permet pas de citer le nom, chargé de vacciner plusieurs enFans , inocula en même temps une certaine quantité de pus puisé dans une tumeur écrouelleuse en suppuration. Le virus vaccin maniFesia sa présence par les symptômes ordinaires , sans rien offrir de particulier, et cependant il ne survint par la suite aucune affection strumeuse. » Plus loin M. Lepelletier rend compte des essais qu'il a tentés sur lui-même. « Enfin , dit-il, désirant avoir des idées précises sur la contagion des écrouelles , et ne voulant faire partager à personne les dangers de mes recherches , s'il en pouvait exister, j'ai fait sur moimême les tentatives d'inoculation : j'ai pris du pus sur plusieurs scrophuleux et l'ai déposé, encore doué de sa chaleur naturelle , dans plusieurs piqûres faites avec la pointe d'une lancette au pli du bras et au poignet, sans

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éprouver consécutivement aucun symptôme de la constitution strumeusc. »

« Quelque temps après, voulant répondre à l'objection de ceux qui prétendent que la transpiration cutanée est le siège principal du virus, je me suis inoculé de même le fluide accumulé sous l'épiderme par l'action d'un vésicatoire appliqué chez un sujet écrouelleux et phlhisique. Il survint celte fois un peu de suppuration à l'une des piqûres du bras seulement. Au quatrième jour, il ne restait plus aucune trace de celte légère phlogose.» Les essais de M. Lepelleiier ont été répétés en Angleterre. M. Goodlad s'est inoculé plusieurs fois du pus provenant d'ulcères ou d'abcès scrophuleux : le résultat a toujours été que lesécrouelles nepouvaienlse communiquer de cette manière.

Ces diverses expériences ont une grande valeur ; et prétendre qu'elles auraient eu un résultat différent si elles eussent été faites sur des individus grandement prédisposés à la maladie scrophuleuse , n'est-ce pas oublier que chez ces individus les écrouelles se développent sans qu'il ait été besoin de les inoculer ; qu'elles paraissent à l'occasion de la cause déterminante la plus légère et souvertt même sans qu'il soit possible d'eu assigner aucune? Je dois cependant meiuionner ici l'opinion d'un médecin Anglais dont je n'ai pu me procurer l'ouvrage, opinion que Korium rapporte en ces termes : « Cl. Rovvley sœpè se observasse teslatur scrofulas cum variolis fuisse propagaïas, et nominatim narrai exemplum juvcnis post insilionem variolarum scrofulosis colli lumoribus infeslali in exulceralionem abeunlibus, semper verù renascenlibus, juncta ophlbalmia, etc. » pag. 216. Je ne veux pas donner à l'opinion de Rowlcy et au fait qu'il rapporte plus d'importance qu'ils ne méritent. Il faudrait d'ailleurs posséder tous

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les détails du fait pour l'apprécier convenabJement. II n'y a rien de bien rare dans l'apparition des écrouelles après la variole : mais celte apparition n'est pas plus rare à la suite de toute autre maladie de quelque durée. J'en donnerai plus loin une explication qui montrera que rien n'est changé dans la cause ordinaire des scropbules, et qu'il n'est pas nécessaire d'admettre de contagion. Scrophulas cuin variolis propagari passe , cum Whilio iiegarc haud duhito , dit Korlum. Qui illud comproharo vidontiircasus, alid raiione explicandi sunt. Si Dehaen avance que les écrouelles surviennent plus fréquemment à la suite de l'inoculation qu'après la petite vérole naturelle, Cullen affirme avec confiance, dit-il, que cette assertion est fausse. 11 faut d'ailleurs se rappeler combien Debaen était opposé à l'inoculatioa variolique.

Les essais d'inoculation des écrouelles qui ont été tentés, demanderaient certainement encore à être répétés, à être multipliés, si l'on n'avait pas d'autres preuves de la non-contagion de cette maladie. Mais les résultats que l'on en a obtenus, rapprochés de ceux que fournit l'observation journalière , acquièrent une importance bien plus grande. Les lumières qu'une analyse exacte des causes jettera bientôt sur la nature intime du mal ne permettront plus de concevoir la possibilité de propagation par inoculation. Le raisonnement viendra se joindre à l'observation et à l'expérience pour démontrer que les scrophules ne sont pas et ne sauraient être contagieuses.

Quelques auteurs ont admis un mode de contagion qui me reste à examiner. C'est celui qui aurait lieu par le lait d'une nourrice. « Il est ordinaire de voir que les nourrices écrouelleuses communiquent leur mal à leur nourrisson. » Bordeu. Cette opinion a paru si peu con-

22 Maladie scrophuleuse.

testable qu'on n'a même pas pris la peine de l'appuyer

sur des faits : elle devail être , elle élail une conséquence nécessaire de l'exislence d'un vice ou d'un vii-us écrouelleux, Commenl ne pas admmtre, en effet, qu'une nourrice infectée d'un virus mêlé intimement avec toutes ses parties solides ou liquides , puisse fournir un lait qui ne contiendrait pas ce virus ? Commcntcroire qu'un enfant nourri d'un pareil lait puisse échapper à l'action du virus qu'il renferme ? Ces raisons paraissaient sans réplique il y a un demi siècle : aussi n'a-l-on tenu aucun compte de l'opinion de White qui nie positivement qu'une nourrice puisse transmettre les écrouelles, de celle de Faure qui affirme qu'une nourrice ne peut ni donner cette maladie à son nourrisson, ni la recevoir de lui. Aujourd'hui que rien n'a pu démontrer l'existence d'un virus scrophuleux , aujourd'hui que l'existence de ce virus est généralement regardée comme une supposition gratuite, on n'admet qu'avec certaine restriction la possibilité d'une transmission des scrophules par le lait d'une nourrice. Aucun fait cependant ne prouve d'une manière incontestable que cette transmission ait jamais eu lieu. Il n'est pas possible de faire à ce sujet des expériences directes , et le hasard doit en fournir rarement; car on ne choisit pas pour nourrice une femme affectée d'écrouelles : si par malheur cela arrivait, il faudrait encore, dans l'appréciation du résultat, faire la part de toutes les circonstances qui auraient accompagné l'allaitement. Lorsqu'une mère scrophuleuse donne le sein à son enfant, il est tout-à-fait impossible de reconnaître ce qui appartient à l'hérédité de ce qui dépend de l'allaitement.

Tout en contestant aux nourrices scrophuleuses la possibilité de communiquer leur maladie aux enfans qu'elles allaitent, je nesaurais nier que leur laitprésentc

demauvaises qualités, «Lesscrophules, dilM. Guersent , altèrent les solides et les liquides de celles qui en sont infectées : il est donc vraisemblable que le lait d'une nourrice actuellement scrophuleuse est plus ou moins vicié; et en admettant qu'il ne puisse pas transmettre directement le germe de la maladie , il est à craindre au moins qu'il n'ait quelque influence nuisible sur le nourrisson. « A défaut d'observations directes en faveur de cette opinion , je rappellerai ce qui a été constaté sur les vaclies. La matière des tubercules contenant du phosphate et du carbonate de chaux dans les mêmes proportions que les os , il parut important à M. Dupuy de déterminer si le lait d'une vache tuberculeuse renfermait une plus grande quantité de phosphate de chaux que celui d'une vache saine. M. Labillardière , préparateur de chimie h l'école d'Alforla prouvé qu'il y aval' sept fois plus de phosphate de chaux dans le lait d'une vache attaquée de la pommelière , que dans celui d'une vache bien portante. L'analogie porte à admettre que le lait des femmes scrophuleuscs éprouve des modifications de même nature : il serait curieux et utile de s'en assurer. On comprend combien une pareille différence dans la composition du lait, dans la proportion de ses principes consliluans, doit exercer d'influence sur ses qualités nutritives. Je reviendrai sur ce sujet plus loin , lorsque j'examinerai l'action du régime alimentaire sur la production des écrouelles.ll me suffit pourleraoment d'avoir montré qu'on ne peut sans inconvéniens laisser allaiter un enfant par une nourrice scrophuleuse.

DE liA DÉGÉMÉRESCEiXCB DU VIRUS SYPHILITIQUE.

Astruc pensait que la maladie scrophuleuse était due à la dégénérescence du virus syphilitique; dégénérescence

îSîl - MALADIE 8CK0PHCLECSE.

opérée soit par plusieurs transmissions héréditaires , soit par un traitement peu convenable. Cet(e opinioa fut adoptée parMajault, Rosenstein, Bierchen , llaussmann, Sanchez, Camper, Sloll , Selle, Girard, Portai : elle est encore celle de Hufeland, des professeurs Alibert et Richerand, « A l'hôpiial Saint-Louis, dit M. Alibert, presque toutes les maladies scrophuleuses doivent leur origine à une infection syphilitique transmise par voie d'hérédité. On peut même assurer que c'est la cause organique la plus fréquente. Nous avons eu l'occasionde nousen convaincre , puisque nous avons si souvent donné nos soins à des individus victimes des débauches et du libertinage de leurs pères. » Nosol. natur.pag. 448. Malgré l'appui de tant d'hommes célèbres, l'opinion d'Astruc a trouvé des contradicteurs parmi lesquels on compte Cullen, Bœhmer , Goursaud, Kortum, Baumes, elc, , de telle sorte que si l'on voulait juger la question d'après l'autorité des noms, on se trouverait dans le plus grand embarras. Aujourd'hui que dans les sciences ou ne reconnaît d'autre autorité que celle des faits et de la raison , on ferait une stérile érudition en opposant les paroles de l'un à celles de l'autre. Les faits guident le jugement avec plus de sûreté que les opinions, quelque sages et quelqu'éclairées qu'elles soient. Le seul moyen d'arriver à un résultat satisfaisant , c'est d'examiner, de peser les raisons sur lesquelles se fondent Astruc et ses partisans, de les apprécier à une juste valeur.

Les auteurs qui regardent les scrophules comme dues à la dégénérescence du virus syphilitique, disent qu'il existe une très-grande ressemblance entre les deux maladies : elles ont toutes deux leur siège dans les humeurs séreuses et lymphatiques : leurs symptômes ont beaucoup de rapport : ce sont des inflammations lo-

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cales, des ulcérations de diverse nature, des caries, des affections de la peau , des engorgemens des articulations , des taches sur la cornée et autres lésions des yeux. Dans la syphilis comme dans les scrophules, les gonfleraens des glandes lymphatiques ou autres sont ircs-fréquens. Les enfans nés de parens entachés de syphilis, les enfans des courtisanes deviennent souvent scrophuleux. Enfin un dernier argument que l'on invoque, c'est que les mêmes moyens conviennent à la guérison des deux maladies. Les préparations mercurielles sont souvent utiles dans les scrophules, de même que les remèdes dits anliscrophuleux sont quelquefois employés avec avantage dans le traitement de la syphilis.

Telles sont les raisons que l'on donne pour établir que la maladie scrophuleuse est causée par la dégénérescence du virus syphilitique. Voyons quelle valeur elles ont, et si les conséquences que l'on en tire sont bien fondées.

Je ne m'arrêterai pas sur le siège prétendu des deux affections dans les humeurs séreuses et lymphatiques. C'est une hypothèse qu'il fallait prouver avant de la faire servir à des inductions : on ne l'a pas même essayé ; il était d'ailleuz's impossible de le faire.

On observe dans les deux maladies des inflammations locales, des ulcérations de diverse nature, des engorgemens glanduleux, des caries, etc. Mais quelle différence u'existe-t-il pas dans le siège le plus ordinaire , le mode de développement, la marche, l'aspect, la terminaisondeces lésionsen apparence les mêmes: quelle différence n'olfrent-elles pas dans leur manière de se comporter sous l'influence des remèdes à l'aide desquels on les combat? généralement le diagnostic différentiel des

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deux afFeclions esl des plus faciles. Les difficultés qu'il peut présenter , ne se rcnconlrenf que dans des cas exceptionnels , et le plus souvent même c'est lorsqu'il existe complication, réunion des deux maladies. Dans la syphilis, les glandes qui s'engorgent le plus souvent sont celles des aines : dans les scrophules ce sont celles du col : dans la sj philis les caries ont leur siège le plus ordinaire aux os du crâne et de la Face : dans les scrophules , c'eslaux membres, à leurs articulations que ces lésions se rencontrent le plus fréquemment. Parlerai-jc de l'action des remèdes , de la promptitude, de la sûreté des résultats dans la syphilis; des lenteurs, de l'incertitude du traitement dans les scrophules? Il rae semble inutile de pousser plus loin celle comparaison : si les deux affections considérées d'une manière générale présentent quelque ressemblance , celte ressemblance disparaît entièrement lorsque l'on entre dans les détails.

Les enfans nés de parens qui ont ou qui ont eu la maladie vénérienne, deviennent souvent scrophuleux , dit-on. L'assertion est contestable : mais ce qui l'est bien davantage encore , c'est de savoir si le développement des scrophules dépend essentiellement d'une infection syphilitique plus ou moins ancienne des parens. Lorsque le père et la mère ou l'un des deux seulement sont affectés de la syphilis au moment de la conception , c'est la syphilis qui se développera chez l'enfant et non la maladie scrophuleuse. L'observation le prouve tous les jours, et les faits cités par Bierchen ne le contredisent en rien; car il est évident qu'il a erré dans son diagnostic : « Bierchenii observata senlentiae nostra; uullani plané vira inferunt, dit Kortnm : quos enimille sub scrofularum noraine describit lumorcs, apertè quidem vcnerei sunl. « Page 194.

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Cullen a vu plusieurs fois des enfans qui avaient reçu la maladie vénérienne de leurs pareus , chez lesquels il ne s'est néanmoins jamais manifesté par la suile aucun symptôme d'écrouelles . Korlum a observé des faits semblables. « Sciendum nihilominus , dil-ii,non semper prolem eorum, qui syphilide laborârunt, ad scrofuias esse disposilam. Sœpè enim ab illis, qui pluries saiivalionem experli et morborum syphiliticorura agmine raiserè delenii fuerunt , infantes nascuntur sani nec vel minimum scrofularura vesligium unquàm oslendenles. Sœpè eliam venereum virus à parentibus in prolem reverà iranslatum est , nec lamen in hâc ulla scrofularum indicia sese manifestant. El si sola imbecillitas infanlibus connata fuerit, congruo regimine , aplâque diœtâ et medicatione ortus morbi nostri facilè cavelur. » Page

J'étais élève interne de la divisiom des nourrices à l'Hôpital des vénériens pendant l'année 1818. J'y ai vu plusieurs enfans âgés de quatre à cinq ans, bien portans, ne présentant aucune trace de scrophules , quoique nés de mères infectées de syphilis. Ces enfans avaient été allaités par des femmes auxquelles BI. Cullerier faisait administrer des frictions mcrcurielies.

Je connais plusieurs enfans nés de parens qui ont été plusieurs fois infectés de syphilis, qui même ont eu ce qu'on appelle vérole constitutionnelle : ces enfans , quoique parvenus au-delà de leur dixième année , n'ont jamais rien éprouvé qui ait pu faire craindre le développement de la maladie scrophulcuse. On pense bien que les enfans qui ont une pareille origine ne sont pas plus que d'autres h l'abri des écrouelles. Si l'on en recherche soigneusement la cause, si l'on ne se trouve pas assez éclairé après avoir découvert que les parens ont eu plus ou moins anciennement une ou plusieurs

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maladies syphilitiques, et que l'on pousse plus loin ses investigations, on finit par découvrir que ces enfans ont été pendant long-tempsplacés au milieu de circonstances favorablesàla productiondes scrophuies, ont été soumis à l'action d'une cause sous l'influence de laquelle la maladie se serait développée, quand bien même ils fussent nés de parons qui se seraient toujours bien portés. C'est en procédant de la sorte que l'on parvient à expliquer d'une manière satisfaisante comment il se fait que parmi plusieurs frères nés de parens autrefois infectés de la syphilis, il en est qui deviennent scrophuleux , tandisque d'autres jouissent de la plus belle santé, .le dois convenir au reste qu'il n'est pas toujours facile de découvrir la vérité, et que souvent, par suite de renseignemens iusuffisans ou mal recueillis, on attribue à une syphilis mal guérie ou dégénérée ce qui dépend d'une toute autre cause. Je vais à celte occasion rapporter un fait qui s'est présenté il y a peu de temps à mon observation parmi les malades qui suivenlla consultation de l'Hôpital des enfans.

Une femme vient réclamer mes conseils pour un de ses enfans qui est profondément atteint de la maladie scrophulcuse. Cetenfanl a autour du col plusieurs engorgemens glanduleux dont quelques-uns sont abcédés. 11 a aux bras et aux jambes des abcès et des ulcères fistuleux avec gonflement du périoste, carie des os. Voulant découvrir la cause de celte maladie, j'adresse plusieurs questions à la mère et j'apprends qu'elle a quatre enfans. L'ainé, âgé de cinq ans, est très-fort, irès-bien portant; il en est de même du second qui est plus jeune d'un an. Le troisième, celui pour lequel elle vient consulter, est âgé de deux ans et demi; enfin le quatrième , âgé d'un an , présente les apparences de la plus belle santé : il téle encore sa mère. Les trois pre-

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niiers ont été mis en nourrice : les deux aînés en sont revenus en très-bon état. Le troisième, celui qui est aujourd'hui scrophuleux, a été retiré de chez sa nourrice à l'âge d'un an : il était très-maigre, souvent affecté de dévoiemenl ; il avait le ventre énorme, les membres inférieurs irès-gréles.

Celte l'emme m'apprit que peu de temps après son mariage, elle avait contracté une maladie vénérienne, caractérisée par une blennorriiagie et des bubons inguinaux : qu'elle en avait été traitée en même temps que son mari et par des moyens semblables : que depuis lors ils se sont bien portés tous deux. Le premier entant a été conçu peu de temps après laguérison. Un médecin a été consulté : il attribue les scrophules du troisième enfant à la syphilis dont les parens ont été atteints. Je ne crois pas qu'avec les renseignemens que j'ai recueillis et que je viens de faire connaître, il soit possible de conserver une pareille opinion. Comment concevoir en effet qu'une syphilis mal guérie ou dégénérée reste sans inlluence sur un premier, un second, un quatrième enfant, tandis qu'elle agira sur le troisième? On trouve dans la manière dont ce troisième enfant a été élevé une explication d'autant plus satisfaisante du mal, que l'elîel en est constamment le même, soit que les parens aient quelquefois ou n'aient jamais été affectés de la syphilis. Le marasme dans lequel était l'enfant au moment où on l'a retiré de chez sa nourrice , l'entérite chronique dont il était atteint , prouvent assez qu'il avait été mal nourri, mal soigné. Ainsi que le font la plupart des nourrices, il avait été continuellement abandonné dans son berceau, d'où on ne le sortait que très-peu de temps pour lui donner à tcter, ou pour le changer de linge. 11 avait contracté de la sorte une grande prédisposition aux écrouelles. Amené chez ses

«" MALADIE SCROPniLECSE.

parens, il Fut tenu plus proprement; il fut mieux alimenté: mais la mère étant obligée de travailler pour vivre, se trouvant toute la journée hors de chez elle, l'enfant fut laissé dans son lit. Il n'en sortait que pendant quelques instans, soir et matin. Il respirait toujours le même air ; cet air ne se renouvelait que par la porte, car on n'ouvrait jamais la croisée : on trouve dans ces diverses circonstances la véritable cause des scrophules dont il est atlcinl. Si les aînés en ont été à l'abri, c'est parce que. revenus de nourrice bien porlans , marchant seuls, ils ont été laissés constamment hors de la chambre dans une cour où ils jouaient sous la surveillance de leur grand-mère : ils continuent à rester dehors toute la journée ils ne rentrent que pour prendre leurs repas et dormir. Le dernier enfant étant nourri parla mère , va ot vient avec elle et ne se trouve point renfermé comme le troisième.

Celte manière toute naturelle d'envisager les choses fait disparaître ce qui pouvait sembler extraordinaire dans la sanlé différente des quatre enfans. Elle montre que la syphilis des parens n'a exercé aucune influence; sur la maladie du troisième; que la cause des scrophu-les dont il est atteint n'a rien de spécial , ne diffère pas; de celle qui les produit chez tous les individus qui s'ytrouvent exposés.

Je suis convaincu qu'on s'est servi de beaucoup defaits semblables à celui que je viens de rapporter pour: établir que la maladie scrophuleuse reconnaît pourr cause la dégénérescence du virus syphilitique. Du mo-nient où l'on a appris que le père ou la mère ont été at-teinls de syphilis , on ne pousse pas plus loin ses re-eherches, assuré que l'on est de connaître la cause du; mal. Cependant , je le répète , il n'existe aucun fait avéré qui prouve d'une manière péremptoire que des scro—

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phules ont eu pour cause exclusive l'existence , à une époque plus ou moins reculée , d'une ou de plusieurs maladies vénériennes chez le père ou la mère. On serait d'ailleurs fort embarrassé de dire en quoi consiste celte dé[j,éuérescence du virus syphilitique , de prouver qu'elle existe, de dire comment elle peut avoir lieu.

On s'est appuyé sur un exemple consigné par Girard dans sa Lupiologie: cet Auteur a vu en Allemagne une famille dont le père était mort d'une maladie syphilitique. De deux fils qui en provinrent , l'un avait le scorbut, l'autre les scrophules depuis le berceau. Ce dernier, qui était l'aiaé , eut une fille atteinte dès sa naissance du mal syphilitique. Ce fait ne me paraît pas du tout concluant; il a été mal observé : comment en effet admettre que la syphilis donnera lieu à des écrouelles qui à leur tour produiront la syphilis. Il y a eu erreur de diagnostic : le père , le fils , la petite-fille étaient affectés de la maladie vénérienne qui, peut-être, ainsi que Baumes le fait observer, était compliquée de scrophules. On ne peut pas supposer une erreur semblable dans un exemple rapporté par le professeur Aliberi : « Je montrais un jour à mes élèves, dit-il, un vieillard vénérien plus qu'octogénaire, et qui, par TelTet de son incurie, n'avait jamais rien tenté pour se guérir. Deux généralions étaient émanées de lui avec les symptômes les plus apparens du mal que l'on appelle communément scrophuleux ». Monuyrapkia des dermatoses, ;ja^e615. Mais ce fait ne prouve rien autre chose sinon que des enfans nés d'un père infecté de syphilis, peuvent devenir scrophuleux. Pour établir que la syphilis du père est la cause des scrophules observées chez les enfans, il faudrait montrer que ceux-ci ont toujours été placés dans des circonstances favorables au développement et

82 MALADIE SCUOPUDLEUSE.

à l'eniretien de la sanlé. C'est ce dont il n'est pas du tout question.

Une dernière raison que l'on allègue pour démontrer que les écroueiles ne sont autre chose qu'une syphilis dégénérée , c'est que les mêmes remèdes conviennent également, dil-on, aux deux maladies: telles sont les préparations mercurielles , antimoniales , les décoctions des bois sudorifiques. Mais il n'y a rien de raoinsprouvé qu'une pareille assertion. Si quelques praticiens ont accordé une grande vertu aux préparations mercurielles dans le traitement des scrophules, d'autres non moins expérimentés les ont proscrites comme nuisibles et dangereuses. L'opinion de Cullen est formelle à ce sujet : «Le mercure qui guérit communément avec facilité la maladie vénérienne, loin d'être de quelque utilité, ditil, dans les écroueiles, les aggrave très-souvent.» C'était aussi l'opinion de Cullerier. Je lui ai fréquemment entendu dire que la complication de la syphilis avec les scrophules était surtout fâcheuse par rapport à l'influence nuisible que les préparations mercurielles exercent sur celte dernière maladie.

« Inutilement a-t-on prétendu, dit Faure, guérir les écroueiles par les mêmes voies que l'on guérit les maladies vénériennes : il arrive même fort rarement que les écroueiles guérissent par un traitement fait à un sujet attaqué de ces deux maladies tout à la fois. J'ai eu entre les mains une (ille âgée d'environ vingt ans, qui dès l'âge de sept ou huit ans avait des glandes scrophuleuses au col, aux aisselles et aux deux avant-bras : cette maladie fut compliquée de la maladie vénérienne que cette fille contracta dès l'âge de quatorze ans, avant que ses règles parussent. Par les frictions mercurielles, la maladie vénérienne fut entièrement dissipée et les écroueiles n'ont commencé à céder qu'après l'ad-

ÉTIOLOGIE.

ministralion du remède qu'on verra ci-après. » Pri.v de l'Acad. de chirurg. L.ô , page oJ .

Si Warlhon et Amatus Lusitanus ont recommandé l'usage des préparalions mercunelles dans lesscrophules, c'est Bordeu qui en a surtout préconisé les avantages, dans une dissertation intitulée: l'usage des eaux do Barègcs et du mercure jwiir les écroucllas. On ne peut élever aucun doute sur l'authenticité des guérisons que Bordeu dit avoir obtenues : mais en lisant son mémoire, on voit que les frictions mercurielles n'étaient jamais employées seules : il y joignait l'usage des eaux de Barègcs , prises à Barèges même : n'est-il pas possible qu'il ait attribué au mercure ce qui était dû à l'usage des eaux, et principalement au changement d'air , d'habitation, de régime qu'amenait nécessairement le voyage à Barèges? C'est ce qu'autorisent à penser les insuccès fréquens que l'on observe quand ces dernières circonstances ne se trouvent pas réunies avec l'administration des frictions mercurielles. Les idées que Bordeu avait sur la nature des écrouelles ont dû contribuer beaucoup à lui faire adopter l'usage du mercure : mais l'explication qu'il donne du mode d'action de ce remède est bien propre à détourner de son emploi.

Fréquenter strumce evanescunt viercurii salivaiione , dit Warthon : mais l'observation ne confirme pas de nos jours cette assertion : on s'accorde généralement à regarder la salivation mercurielle comme très-nuisible aux scrophuleux , et il est si vrai qu'à sa suite Içs écrouelles prennent un degré d'activité plus grand, que dans beaucoup d'ouvrages, on range l'abus du mercure au nombre des causes de la maladie scrophuleuse. J, Hunier, Lombard , Vigaroux n'en doutaient pas : « les plus habiles praticiens, dit S. Cooper , regardent avec raison l'administration du mercure à l'intérieur, comme nui-

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