‹ Études sur les constitutions des peuples libresChapitre 12 sur 18 · SIXIÈME ESSAI · texte numérisé non relu

SIXIÈME ESSAI

DE l'Élément aristocratique dans les pays

LIBRES, ou du pouvoir CONSERVATEUR.

Iii est dans la nature de Pe^prit humain de n'avancer vers son but qu'au travers de constantes oscillations. C'est une faible nacelle qui lutte contre le vent et le mouvement des flots en même temps qu'elle cède à la rame; tour à tour elle dévie à droite , puis à gauche , selon que les rafales du premier redoublent ou se ralentissent, et cependant le timonnier tient toujours Fœil fixé sur le même point du rivage vers lequel il se dirige. L'esprit des peuples, comme celui des individus, est toujours fixé sur le bonheur vers lequel il aspire ; toutefoi*^ il dévie tour à tour à droite et à gauche , tantôt entraîné par les impulsions fougueuses des passions, tantôt luttant par un ressort intérieur, et gagnant sur ellea lorsqu'elles cèdent. Il chancelle , il sort sans cesse de la ligne droite; mais il avance cependant.

Les publicistes n'ont jamais plus cédé à ces oscillations contraires que lorsque, cherchant par la constitution du gouvernement à assurer le plus grand bien de tous ,* ils ont voulu apprécier l'importance et l'utilité de l'aristocratie. Parmi les instituteurs des peuples libres , Lyçurgue et Solon , Xé-

nophon , Thucydide, Platon, Aristote , Tite Live , Tacite, Machiavel et Calvin, ont manifesté un penchant décidé pour l'aristocratie; de nos jours, au contraire , elle est attaquée avec un acharnement si violent qu'on désigne par son nom tout cf qu'on estime odieux dans les gouvernemens , et qu'on parait déterminé à l'extirper de partout. Cette fureur n'est point encore apaisée , et peutêtre les restes de l'aristocratie européenne serontils de nouveau exposés à des attaques violentes* Les victoires du système aristocratique et démocratique ont alterné depuis le commencement des sociétés humaines, et d'autres changemens suivront encore. L'esprit avance cependant; il commence à se convaincre que l'aristocratie , comme la démocratie , sont deux élémens nécessaires de tout bon gouvernement : tous deux pernicieux quand ils sont exclusifs ou même quand ils dominent , tous deux essentiels au bonheur des peuples quand ils sont habilement coordonnés.

L'aristocratie est le pouvoir de ceux qui se font appeler les meilleurs ; nous les nommerons seulement les plus distingués dans la société. C'est le pouvoir attaché à l'illustration. Au premier regard , l'illustration semble personnelle ; mais l'aristocratie devient un corps , et s'anime de l'esprit de corps par le mobile de la méqie passion , l'orgueil , qui , chez tous ceux quilui sont étrangers, s'acharne à la renverser . Chacun , pour soi , a soif de distinction; chacun supporte impatiemment celle d'autrui. Les formes reçues de la modestie s'opposent

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à ce q u'on se fasse valoir soi-même ; mais nous ne craignons point de dire de nous autres ce que chacun rougirait de dire de soi. Cette vanité , cet orgueil , ce contentement de soi , qui se trouvent mal à l'aise sous le joug de l'usage du monde , sont tout à coup affranchis de toute contrainte quand il s'agit de louer le corps auquel on appartient. Aussi ce corps nous devient cher en raison de la satisfaction qu'il donne à notre amour-propre , en raison de l'ardeur avec laquelle nous l'exaltons pour nous exalter nous-mêmes. Chacun semble prendre plaisir à juger de sa hauteur la nature humaine tout entière , à proclamer qu'elle est égoïste , inconstante , qu'on doit accorder peu de foi à ses promesses, peu de fondement à ses vertus, pourvu qu'il puisse dire : Nous autres , nous ne supportons pas d'être confondus avec la foule ; nous autres , nous ne reculons jamais, aucun soupçon ne nous a jamais atteints ; quoi qu'il arrive , notre honneur demeurera toujours intact. Il s'agit de nous autres, et non seulement nous n'hésitons point à nous rendre hautement le témoignage que chacun hésiterait à se rendre à soi-même , nous nous faisons une vertu de notre orgueil pour notre corps ; nous croyons devoir lui rendre un culte ; nous sentons , en e£Pet , que notre égoïsme s'anéantit devant cette existence plus grande que la nôtre , et nous trouvons au besoin, en nous, du dévouement, de la grandeur d'àme , de l'héroïsme pour cette créature de notre vanité.

Comme le plus puissant ressort de la société hu-

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maine , le plus ferme appui en particulier de Paristocratie, est Fesprit de corps, il y a peut-être quelque avantage à l'étudier là où l'illustration qu'il s'attribue n'est pas reconnue par le reste de la société. Tous ceux qui ont quelque expérience de la vie militaire savent que même les âmes les plus vulgaires peuvent s'enflammer du plus noble enthoif^iasme, peuvent donner des preuves^du plus admirable héroïsme quand l'honneur de leur corps, l'honneur de leur régiment leur est donné à gardef . (( Souvenez-vous, soldats , que vous êtes de la 55* »^ leur dira leur général en les menant au combat ; et ce numéro de leur brigade , qui aux autres hommes ne rappelle aucun souvenir, suffit pour inspirer à tous les soldats un courage indomptable, pour lés faire courir à une mort presque certaine, pour communiquer même à leurs membres une vigueur qu'on n'aurait point attendue de la nature humaine* Cependant il y a peu de mois , peut-être peu de jours, que ces mêmes hommes, tout occupés deé travaux des champs , n'avaient aucune idée nifdes intérêts de la patrie , ni de la guerre , ni de la gloire ; ils ne s'élevaient point au-dessus des calculs de \exit économie domestique ; ils évitaient le danger 3 ils se désolaient à l'idée de la conscription ; ils songeaient à eux-mêmes d'abord , tout au plus ensuite à leur famille. Ils ont grandi en repoussant au dehors d'eux leur égoïsme, et le plaçant tout entier dans le corps auquel ils se font gloire d'appartenir. '•• L'esprit de corps se retrouve encore aujourd'hui 1, 19

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non seulement dans les classes pauvres , détournées par leurs travaux manuels des occupations de l'esprit, mais encore dans des réunions souvent dégradées par l'ivrognerie. Telles sont les corporations des garçons de métier. Cependant là aussi l'esprit de corps élève le caractère; il engage les ouvriers à se priver presque du nécessaire pour accorder une généreuse assistance aux plus Malheureux d'entre eux ; il leur inspire une probité plus rigoureuse; car ils feront taire plutôt leur propre conscience que l'honneur de leur profession; il leur inspire une ardeur militaire qu'on n'attendait point d'eux lorsqu'ils se figurent avoir à repousser l'offense de quelque société rivale. Certes, le moraliste philosophe, comme le législateur, seraient bien coupables si, après avoir reconnu les vertus, la constance, l'abandon de soimême pour les autres , l'héroïsme que Fesprit de corps peut inspirer aux hommes, ils négligeaient d'en tirer parti pour l'avantage de toute la société , ils négligeaient surtout de soumettre à son influence les classes élevées, desquelles la nation peut attendre ou bien plus de bien ou bien plus de mal.

Les distinctions que le législateur peut recon* naître comme préexistantes dans la société , et qu'il peut regarder comme autant d'aristocraties naturelles ^ d^à pleines de vie, avant que la constitution leur ait assigné %m rang dans le corps social y sont l'aristocratie de naissance, celle de manières, «elle de talens et celle de richesses.

Chez tous les peuples et dans tous les temps y

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l'antiquité de la race a été considérée comme une illustration. Il y a dans toutes les jouissances que l'homme peut obtenir sur la terre quelque chose de si fugitif, sa vie lui échappe si vite , son nom est si tôt oublié, qu'il lui semble lutter sans cesse contre la puissance dévorante du temps. Tout ce qui peut prolonger son existence et son souvenir lui paraît une victoire ; il saisit avec empressement tous les moyens de se lier aux siècles passés, conune à l'avenir. Il disait avec orgueil nous autres , en pan lant de ses associés, il le dit avec bien plus d^orgueîl encore , en parlant de sa race. C'est une corpora** tion successive et non sinmltanée qui se composé de tous ceux auxquels il a succédé , de fous cetbô qu'un même sang, un même nom unit^ qu'une même solidarité d'honneur rend responsables les uns des autres ; qui, vivant dans des^ièclesdifFéréns, n'ont cependant j armais pu se voir , en sorte que celui qui se trouve au nombre des vivans demeure en quelque sorte à son tour seul chargé dé la défense de tous les autres. Il y aurait peut>-éfre quelque justesse à^ définir l'hércasme, le pltts grand développement de l'énergie d'un seul: pour un^in^r térét ooD^rmun ; et! tel est précisément l'appel qute l'ariistocratie, de naissance «idrès^,>:daii]b cfaiâqbe génération , à celui cpd se sent chargé db FhonneuT dè^sa-r^oft. ••■■•■• ' ■ ■'■-'•• •. :ii': - . ;!;->:i:i

^ La Seconde source de distinctiob dans la société^ c'est r<élégance des manières , la connaissance tel: l'ob^erVatidn^ die , toutes les coiftvenanoeB sociedesf Elle suppose, dians les hommes qui se sentent assoM-

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ciés par ce rapport entre leurs esprits, de la finesse d'observation , du tact , du bon goût , un sentiment d'égard pour les autres, proportionné à celui qu'on exige pour soi-même. Mais l'aristocratie des manières reconnaît en général ses membres à des signes plus, frivoles; non seulement elle leur demande la pureté du langage , elle leur prescrit aussi souvent l'affectation du style à la mode; à l'élégance du savoir-vivre, elle veut qu'on joigne celle du savoir-s'habiller ; à la politesse qui rend témoignage des égards que l'on conserve pour tous, elle substitue quelquefois une impertinence d'autant plus blessante qu'elle se couvre sous des dehors cérémonieux. Cette aristocratie des manières s'est reproduite surtout avec des prétentions exclusives , parmi les peuples chez qui la loi n'admet aucune distinction de naissance , et c'est là que les offenses qu'elle a infligées ont été le moins pardonnées.

La troisième source de distinction dans la société est celle des talens et de l'éducation* C'est même l'éducation seule qui forme le lien entre ceux qui prétendent faire partie de l'aristocratie des talens. Aucune circonstance ne peut mettre entre la force relative de deux hommes une plus grande différence que l'exercice donné par l'un à ses &cultés intellectuelles , par l'autre à sa vigueur physique ; ^intelligence seule nous élève au-dessus des brutes^ le travail corporel nous assimile avec elle^* C'est pour nous un mystère que l'inégalité des &cultés que nous apportons en naissant , l'inégahté de no-

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tre aptitude à apprendre ou à réfléchir , l'inégalité enfin de l'influence qu'exercent sur nous l'éducation et l'exemple. Mais c'est un fait que la pensée est la grande puissance humaine ; c'est un fait que l'éducation et l'étude nous mettent en mesure de joindre à notre propre réflexion, à notre propre expérience les résultats de la réflexion et de l'expérience de tout le genre humain. L'homme de* meure brut et qui ne sait que ce qu'il a pensé , ce qu'il a observé lui-même, opposé à celui qui s'est enrichi de la pensée et de l'expérience des âges, est comme un pauvre individu qui voudrait lutter de son faible bras contre la puis&ance combinée d'une multitude. L'homme encore qui , obligé à un travail manuel^ a dû condamner ses facultés à une inertie presque constante, opposé à celui qui, par un constant exercice , a donné aux siennes la rapidité , la sûreté , la précision , n'a pas même moyen de tirer parti de la force individuelle de sa pensée ; tandis que son adversaire sait disposer pour son plus grand avantage du trésor des pensées de tous ceux qui ont vécu avant lui.

Cependant l'aristocratie de l'esprit n'est jamais une puissance politique, parce qu'il y a dans Fexer* cice des facultés intellectuelles quelque chose d'indépendant qui repousse l'association , quelque chose d'individuel qui détermine les hommes de talent à se présenter pour eux-mêmes plutôt que pour le corps auquel ils appartiennent , à faire valoir leurs découvertes et leurs pensées plutôt que celles de leur académie. Le besoin d'association ne

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se fait sentir vivement qu'^ la ^blesse ; les esprits d'un ordre supiérieur ne craignent point de se mettre $ettl3 en oppo3itiQn avec le siçnde. De toutes les corporations existantes , les açadénûes sont celles où il a toujours été le plus difficile d'établir Tesprit d0. corps*

£nfin la quatrième des distinctions sociales, c'est la richesse. Le plus souvent l'aristocratie de richesse 5e trouve unie aux trois précédentes* Ainsi la noblesse n'est souvent autre chose que la richesse transmise de générations en générations* On voit souvent en Angleterre le propriétaire de terres laisser dans le dénuement sa veuve et ses filles , pour transmettre sa terre et ses richesses à un parent de même nom que lui, quelquefois à un parent qu'il n'aime pas. Le château, la terre, ne sont pour lui que des moyens de perpétuer son nom et son souvenir, de frapper la postérité par l'image d'une longue suite d'ancêtres* La richesse encore s'unit bien plus aisément que la pauvreté à la distinction des manières; elle facilite toute élégance extérieure; aussi, pour peu que le riche soit doué de tact , il acquiert bien vite ce poli de l'esprit qu'il trouve dans tous aeux avec lesquels il vit , et qui s'arrête à la surface. La constante moquerie qui accable les parvenus n'atteint réellement que quelques originaux, qu'une incapacité toute particu- Uère a rendu rebelles à tous les enseignemens du monde. Enfin la distinction de l'éducation a presque toujours été , dès la seponde génération , mise à la portée de:> riches, elle ne suppose que du loisir et

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de la fortune , et de notre temps il est rare qu'elle manque complètement même à celui qui s'est le plus rapidement enrichi.

Mais considérée en elle-même , la distinction de la richesse est un pouvoir extra-constitutionnel, un pouvoir qui devient tous les jours plus grand dans la société. L'organisation économique qui prévaut aujourd'hui a ôté au pauvre presque tout moyen de travailler sans se mettre dans la dépendance absolue du riche; elle l'a détaché de la terre, et a rompu tous les droits perpétuels qu'il avait autt'efois sur elle ; elle a permis au propriétaire du sol de congédier le cultivateur avec sa famille, tout au moins à la fin de son bail , après sept ans , niais souvent aussi tous les ans , toutes les semaines , même tous les jours , comme son nom de journalier l'indique. Le cultivateur auquel les propriétaires refusent de l'ouvrage ofire en vain le service de ses bras et de son activité , aucun travail ne lui est possible , il faut qu'il meure de misère. Les industriels qui dans les villes se rassemblent dans de grands ateliers sont, s'il est possible, dans une plus grande dépendance encore des maîtres des manufactures. Là aussi ils sont engagés à l'anné^ , à la pièce ou à la semaine ; mais si les chefs des manufactures refusent de les recevoir chez eux , tout travail leur est impossible. D'ailleurs ils ne risquent pas , comme les agriculteurs , d'être congédiés seulement pour manque de respect ou pour inconduite ; d'un jour à l'autre, ils risquent d'être victimes non seulement des revers , mais aussi des succès de l'art dans lequel

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ils sont engagés. Si la manufacture est en décadence y si la mode ne demande plus ses produits , ils sont congédiés parce que leur maître ne vend plus ; si au contraire Fapplication des sciences à leur art a enseigné à faire tout leur ouvrage avec beaucoup moins de mains ^ ils sont congédiés encore parce que leur maître réserve pour lui seul tout le profit de ses ventes. Jamais pouvoir plus absolu n'a été donné à l'homme sur l'homme , et jamais il n'a été exercé plus durement. C'est de la vie ou de la mort de milliers d'individus , hommes y femmes et enfans, que le chef industriel décide dans son comptoir, en additionnant des chiffres; et il en décide sans colère comme sans compassion, sans connaître ses victimes , sans les voir , sans en savoir même le nombre. Son principal agent lui apporte un compte figuré : ce Votre manufacture de glaces, lui dit-il, ou votre manufacture de porcelaine n'a plus d'écoulement ^ mais vous pouvez destiner vos fourneaux à la préparation des produits chimiques ; avec une avance d'un million, vous suffirez à la consommation de toute la France. — Comment donc , à quoi monte la consommation de la France? — A tant. -—Qui l'approvisionne aujourd'hui? — Telles et telles fabriqués , dans telles et telles provinces. — Ne poursuivront-elles pas leur industrie ? — Non, vous pourrez vendre à dix pour cent meilleur marché que leur prix de revient. — Que feront-elles donc? — Elles succomberont. —Que feront leurs ouvriers ? — Eux aussi. — Commencez l'ouvrage ,. vous aurez le million. »

Dans les temps de la plus grande oppression féodale y dans les temps de l'esclavage , on a vu sans doute , de la part des maîtres , des actes de férocité qui font frémir Fhumanité ; mais du moins quelque motif avait excité leur colère ou leur cruauté ; quelque espérance restait à l'opprimé qu'il éviterait de provoquer son oppresseur. D'ailleurs les ministres d'un acte féroce pouvaient en adoucir l'exécution. La femme ^ les enfans, le prêtre pouvaient implorer grâce, et l'obtenaient quelquefois. Mais dansTla froide et abstraite oppression de la richesse , il n'y a point d'injure , point de colère , point de ministre connu , point de rapport d'homme à homme. Souvent le tyran et la victime ne se connaissent pas de nom , n'habitent pas le même pays , ne parlent pas la même langue. L'opprimé ne sait où porter ni ses prières , ni son ressentiment ; l'oppresseur, loin d'être un homme dur, est peut-être généreux et sensible ; il ne se rend point compte du mal qu'il fait, il cède lui-même à une sorte de fatalité qui semble gouverner aujourd'hui le monde industriel. C'est cette fatalité qui , malgré les promesses de la liberté , de l'égalité , accable d'une effroyable oppression des millions de créatures humaines.

Telles sont les aristocraties , telles sont les distinctions que l'on retrouve en toute société. La jalousie de ceux qui sont exclus des classes distinguées , contre les exclusifs , peut être violente, peut être passionnée j la multitude peut se porter contre le petit nombre aux excès les plus effrayans ; le nom d'aristocratie et d'aristocrates peut être un cri de

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mort contre ceux qu'il désigne : n'importe, le même orgueil qui nous révolte contre le rang d'autroi nous rendra empressés à faire valoir le nôtre , dès que nous pourrons prétendre à en avoir un* Li'aristocratie de naissance , qui est en dehors des chances de la fortune , puisque ni le peuple ni le prince ne peuvent l'ôter ou la donner, subsistera malgré Fabolition légale de la noblesse ; elle subsistera non seulement dans les cœm*s de ceux qui prétendent à une antique illustration , mais dans rimagination de tous ceux qui s'attachent aux souvenirs historiques de leur patrie. L'aristocratie de manières se dessinera d'autant plus fortement que les institutions politiques auront le plus répudié toutes les autres. Seulement elle sera d'autant plus futile qu'elle sera plus isolée. Lorsque après la terreur, un nouveau beau monde rechercha le plaisir avec ivresse , son luxe et sa prétention à l'élégance furent d'autant plus insolens qu'ils étaient plus frivoles. L'aristocratie de l'esprit repoussera toujours l'ignorance et la stupidité; car rien ne peut supprimer ni l'inégalité des facultés humaines, ni l'inégalité de l'instruction. L'aristocratie des richesses grandira enfin par l'abaissement de toutes les autres ; car elle les comprend toutes en soi , et son joug s'appesantit, tandis que les autres paraissent se briser. Des philosophes ont pu rêver un ordre social dans lequel toutes les distinctions seraient anéanties , dans lequel tous les hommes demeureraient égaux ; mais ils n'ont pu donner d'application à leur théorie , qu'en imaginant une société qui abjurerait tous les avantages

sur lesquels sont fondées les distinctions i une société sans souvenir du passé, sans élégance de manières , sans instruction et sans richesses ; une société où tous travaillaat pour le fonds commun , tous perdraient les avantages que la vie civilisée a fait acquérir à l'homme ; où tous n'ayant plus de motiJ& pour l'émulation qui soutient aujourd'hui le courage, chacun opposerait son indolence privée au besoin sociail , et n'accomplirait sa tâche qu'avec répugnance , sous l'empire d'une autorité qui deviendrait bientôt tyrannique et détestée.

Si l'inégalité existe nécessairement dans tout ordre social, cherchons du moins à connaître quel parti on peut en tirer pour les institutions politiques par lesquelles un peuple doit se proposer de garantir sa prospérité et sa Hberté.

Les partisans les plus absolus de l'égalité et de la démocratie ne disent point qu'une nation doive être gouvernée par tous les citoyens à la fois. Ils savent fort bien que dans chaque résolution à prendre , il y a tout au moins deux partis , deux opinions à suivre ; gouverner , c'est choisir entre elles. Ils avancent d'abord l'idée abstraite que la souveraineté appartient aux majorités ; bientôt ils se rabattent à dire qu'elle appartient aux hommes distingués que ces majorités choisissent. Ce serait en effet une idée bien effrayante que la nue souveraineté de la majorité, ou en d'autres termes la souveraineté de la force brutale et du sabre. Chaque jour le grand nombre devrait faire prévaloir sa volonté sur celle du petit nombre , et chaque

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jour l'opposition entre ces deux volontés serait aigrie par l'intérêt personnel ou parla passion. Les quatre natures de distinction que nous avons signalées dans toute société viendraient à leur tour faire décider les questions qui les concernent j dans chacune, les hommes éminens sont le petit nombre, la décision appartiendrait donc à la majorité, à la souveraineté de leurs adversaires. Sur toutes les questions de droits antiques la décision appartiendrait aux hommes nouveaux ; sur toutes celles d'égards , de manières et de civilisation , elle appartiendrait aux hommes brutaux; sur toutes celles où l'étude , l'expérience et la puissance de réflexion sont essentielies , elle appartiendrait aux hommes ignorans; sur toutes les questions de richesse y elle appartiendrait aux pauvres. Lors même que les quatre distinctions , que les quatre aristocraties voteraient toujours ensemble , elles ne forment que le petit , et même le très petit nombre; elles auraient toujours contre elles les quatre classes dont elles se sont séparées. Est-ce donc à la majorité compacte des hommes nouveaux, des hommes grossiers , des ignorans , des pauvres , qu'on voudrait déférer la souveraineté , à l'exclusion des gens bien nés , polis , instruits ou riches ? Non , aucun publiciste n'a eu cette bizarre pensée ; s'il l'a exécutée, c'est sans l'avoir voulu. S'il a appelé toute la nation aux élections y c'est avec la confiance qu'elle ne choisirait elle-même que des hommes distingués, qu'elle les voudrait éminens par quelqu'une des qualités sociales , et qu'elle re-

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connaîtrait que la grossièreté , Fignorance , k pauvreté , même l'obscurité , sont autant d'incon véniens qui peuvent devenir assez graves, pour qu'on leur donne l'exclusion , lors qu'il s'agit de choisir les chefs de l'État.

Au fait , le but que doit se proposer le législateur , c'est de confier le pouvoir à ceux qui possèdent ou qui méritent l'illustration , c'est-à-dire à une aristocratie constitutionnelle , au lieu de le laisser prendre aux aristocraties naturelles, qui préexistent déjà dans la société. Ce but est raisonnable ; la distinction est nécessaire pour l'exercice du pouvoir ; chaque espèce de distinction présente des avantages qui lui sont propres ; chacune cependant, si le pouvoir lui était abandonné sans partage , en abuserait cruellement. C'est à les combiner l'une avec l'autre, à profiter des avantages de chacune , à se tenir en garde , au moyen de l'une, contre les inconvéniens de l'autre; s'il s'en trouve une qui fasse opposition, à resserrer ses rapports avec la grande masse de la nation, pour qu'elle lui donne son appui, que doit s'exercer surtout l'art de balancer les constitutions.

DaDS les pays libres , il est universellement reconnu que le but du gouvernement c'est le bien de tous, que le gouvernement n'est fait que pour la nation. On en a bientôt fait découler cet autre principe moins incontestable , que tout gouvernement Ubre n'est fait que par la nation , que tout pouvoir non seulement vient du peuple , mais encove dépend du peuple. Il n'y a pas une nation qui

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n'ait à son tour été amenée à reconnsdtre que k soufifrance du peuple ou ^ue les excès des gouvernails qui violaient leurs devoirs autorisaimit les révolutions , ou ces crises violentes qui renversent tous les pouvoirs reconnus , pour reconstruire la société sur de nouvelles bases. Le droit de tous à leur propre salut ne saurait être mis en doute ; sur ce droit se fonde le seul titre à la légitimité èe tous les gouvernemens qui ont jamais existé ; c'est lui seul qui parfois a sanctionné y pour le bien àe tous , l'abus de la force. Dans plusieurs pays oo est parti de cette idée fondamentale pour proclamer expressément le dogme de la souveraineté du peuple. Mais ce dogme, en partie vrai, en partie faux, est toujours difficile à définir ; il n'est que trop souvent interprété de manière à placer le commande^ ment là où doit être l'obéissance , ou plutôt à ne laisser plus l'obéissance nulle part. On n'admet point pratiquement la souveraineté du peuple, sans mettre aussi les représentés au - dessus des représentans, les électeurs au-dessus des élus, et les masses populaires , souvent même les insurrecti^ms au-dessus des gouvernemens. Le peuple est sois-* verain sans doute, ou plutôt son droit s'élève iudessus de toute constitution ou de tout souverain'^ mais en tant sieulemènt qu'il est unanime»' Car utie constitution a précisément pour but de &îf e reconh naître la fiction légale «ù, moyen de laquelle' la TO* lonté de ceux qu'elle désigné sera reçue coms^e étant la volonté de tous. Tant que le peuple^ est unanime , aucune fiction n^est nécessaire : la vx>-

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lonté de tous se déclare, et aucune autorité ne peut lui être supérieure. Mais si tous ne sont pas unanimes, la volonté du grand nombre ne peut lier la volonté du petit nombre , qu'autant qu'il y a eu entre tous, à ce sujet, une convention préalable, c'est-à-dire , qu'autant que la nation s'est soumise volontairement et unanimement à une constitution purement démocratique. Le pouvoir des majorités sur les minorités n'est point un droit naturel , mais un droit constitutionnel. Lorsqu'une constitution mixte admet en principe que dans chaque conseil la majorité décidera , et que l'accord des conseils sera considéré comme la voix unanime du peuple, elle a voulu que la multiplication des conseils protégeât les minorités. Si à côté de ces garanties elle avait placé le principe que la majorité de tout le peuple lierait la minorité de tout le peuple , elle aurait détruit d'une main ce qu'elle établissait de l'autre ; elle aurait supprimé la garantie des conseils divers , des délibérations renouvelées sous un point de vue différent, des majorités dans des intérêts opposés se confirmant l'une l'autre; elle aurait , comme nous l'avons vu ^ cédé la souveraineté aux seuls hommes nouveaux j grossiers , ignorans et pauvres , à l'exclusion de toute distinction ; elle se serait annulée elle-même. Quant aux révolutions , même aux plus légitimes , c'est un état de guerre et de victoire; sans doute elles sont faites par des majorités, non par l'unanimité ; mais elle^ ne sont vraiment légitimes que quand les minorités se sont volontairement soumises.

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Lorsque, contrairement vèif' ces notions fondamentales , on a établi en principe que tout pouvoir procède du peuple , et que par le peuple on entend la majorité de tous les citoyens ; lorsque chaque fonction du gouvernement n'est considérée que comme une délégation faite par le peuple pour son avantage, et qu'il peut retirer dès que cela lui convient, la première lutte entre l'intérêt momentané , l'intérêt peut-être illusoire de la population ou de la partie de la population qui se trouve assemblée , et l'intérêt général , peut amener ou le renversement du gouvernement ou son humiliation , et le sacrifice du bien public. Qui pourrait avoir oublié à quel point les passions de la multitude sont inflammables; à quel point son imagination ou son ressentiment l'entraînent ; à quel point ce qu'on a nommé les grands principes y tels que la tolérance religieuse , la liberté des opinions , l'égalité des races d'hommes , le droit de n'être jugé que par des tribunaux indépendans , sont vite oubliés , sont foulés aux pieds par les passions d'une multitude soulevée? Si les souvenirs en étaient effacés de notre Europe , les exemples tout récens de l'Amérique sufîiraient à nous enseigner de nouveau combien la liberté est mal garantie là où le peuple peut reprendre en main la souveraineté , dès que son caprice le lui suggère. Depuis que l'Amérique compte de très grandes villes , le peuple des places publiques s'est cru le peuple souverain ; ses insurrections , ses actes de violence ont été fréquens dans les dernières années , et chacun

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d'eux a été outragèâht pour la vraie liberté. Un jour le peuple se soulève pour punir ceux qui , par humanité ou par religion, veulent voir dans les nègres des hommes ; un autre jour, il détruit une maison d'éducation catholique ; un troisième, il chasse de la chaire et veut mettre en pièces un prédicateur protestant, parce qu'il parlait contre les catholiques; mi quatrième, il brise les presses d'un journaliste qui combat quelque opinion dominante; et toujours , et partout il prétend se faire justice à lufmême, en soustrayant ceux qu'il accuse à la pro-** tection comme à la juridiction des tribunaux.

Ce n'est pas l'insurrection seule qui apporte le désordre au nom de la souveraineté du peuple. Toutes les fois qu'il eat reconnu que tout pouvoir pr<>cède du peuple par l'élection, ceux qui tiennent le plus immédiatement leur pouvoir du peuple , ceux dont les électeurs sont le plus nombreux, doivent croire aussi leur pouvoir le plus légitime. Les conseillers de la commune sont vraiment les hommes du peuple , leurs concitoyens les ont choisis , ils les connaissent, ils ont quelquefois dicté leurs senti<^ mens , et ils se fient à eux. Les représentans de la nation au contraire, même quand ils procèdent d'une élection directe, sont toujours inconnus du plus grand nombre, étrangers et nommés par un nombre limité d'électeurs; c'est pis encore quand leur élection se fait à plusieurs degrés , ce n'est plsis que par une fiction qu'on peut les nommer représentans du peuple. Ainsi quelques fonctions que la ioi attribue aux uns et aux autres, les premiers,

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qai sont appelés à obéir, se considèrent comme yrais membres du souverain ; les seconds , qui doivent leur commander, ne leur apparaissent que comme des intrus qu'une déception a placés audessus d'eux.

Cependant toutes ces autorités provinciales , plus immédiatement constituées par le peuple , ont le plus souvent à défendre contre les autorités centrales les intérêts de leurs commettans ; leur résistance peut étre^ vertueuse , patriotique , même éclairée , mais éclairée de cette lumière qui se répand sur une partie , non sur l'ensemble. Le devoir du gouvernement d'une grande nation lui impose d'appeler souvent cette nation à faire des sacrifices; chaque jour il lui demande ou son argent par les imp6ts , ou le plus pur de son sang par des levées même forcées de soldats ou de matelots. Les provinces entendent mal cette nécessité ; dans les siècles passés, leurs députés rassemblés au parlement dP Angleterre ou aux états généraux de France, vou-* laiént la guerre et refusaient aux rois le moyen de la faire. Ils arrivaient à ces assemblées avec les yraiâ sentimens du peuple. Ce n'est que récemment que les parlemens , devenus les grands conseils de la nation , ont compris les nécessités du gouvernement. Les assemblées locales ne les comprennent point encore. Elles jugent les questions de paix et de guerre dans leur rapport seulement avec la province, avec sa sécurité ou le danger auquel elle sera exposée , avec son industrie et l'interruption de son commerce, ou avec ses rivalités et

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ses haines de voisinage. Elles jugent les questions adminijstratives dans leur rapport avec leur district : l'une repousse les embellissemens d^une capitale qu'elle ne verra point ; une autre , les canaux , les chemins qui ne lui profiteront point ; une troisième, les dépenses scientifiques, les universités^ lea .4|||^ auxquels sa population restera étrangère* Chaque autorité provinciale ou communale, nommée par le peuple , résistera au nom du peuple dont elle partage les sentimens. Elle résistera , sans se soucier des phrases constitutionnelles qui limitent ses attributions à la police administrative , aux grands^ chemins , aux intérêts locaux ; elle résistera parce qu'elle aura de profondes racines dans le peuple, et que les représentans nationaux , tenant leurs pouvoirs d'une élection beaucoup moins directe , seront dénoncés par elle comme beaucoup plus étrangers au peuple.

La république firançaise , pendant sa courte et aaarcMtue existence, n'a présenté autre chose que ces luttes continuelles entre l'autorité centrale et l'autorité locale , toutes deux émanées du peuple. Le plus souvent le droit paraissait être du côté de l'autorité locale , la raison d'État , du côté de l'autorité centrale. Souvent la force était invoquée ; alors le triomphe de l'autorité locale était marqué par l'anarchie, celui de Fautorité centrale par la tyrannie. Ne sommes-nous pas honteux de notre courte mémoire quand nous voyons invoquer ^ de nos jours , la même théorie , après qu'elle a amené de tels résultats?

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L'expérience devrait nous l'avoir appris : le dogme de la souveraineté du peuple devient faux , quand, pour l'interpréter, on fait prendre naissance à tous les pouvoirs sociaux dans l'élection du peu«» pie ; quand ^on ne les considère tous que comme des délégations d'une seule volonté qui peut les suspendre quand il lui plaît; quand enfisr on les anéantît ijous dans la démocratie, sans que, pour la tempérer ou lui résister, les publicistes du jour veuillent admettre seulement le nom d'aristocratie. C'est au contraire un des plus précieux avantages de Fari^ tocratie que de pouvoir appuyer sur elle quelqu'un des pouvoirs sociaux, de telle sorte qu'il ne procède pas du peuple , qu'il ne change pas avec ses caprices , et ne- tombe pas devant son souffle.

Nous regardons les sciences sociales comme ayanX fait un progrès , depuis que l'opinion publique a reconnu qu'il n'y a pas d'autre but dans l'association que l'avantage de tous , qu'il n'y a pas d'autre source du droit dans la nation que le droit de tous. Mais c'est justement au nom de cet avantagie de tous, de ce droit de toùs^ que nous réclamons dans le corps social l'existence d'un vouloir et d'un pouvoir indépendans,. qui soient autres que le caprice de la multitude ; d'un vouloir et d'un pouvoir qui comprennent en un seul regard l'avenir et le passé , qui s'occupent du tout, et lui subordonnent les parties , qui garantissent non la satisfaction de la passion du jour , mais le respect aux principes sociaux, la prudence, la constance, le courage, l'économie, l'honneur, les qualités, enfin^

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sans lesquelles aucun gouvernement ne peut faire fleurir une nation.

Parmi ces qualités, chacune se trouve plus du moins placée sous la garantie de quelqu'une des aristocraties naturelles y de quelqu'une des causes d'illustration. Celle de naissance allant chercher la source de son crédit au travers des siècles , se' regardant comme fille du temps , et puissante par la gloire du passé , se maintenadt indépendante des circonstances , qui ne peuvent ni donper ni ôter là gloire des aïeux, s'attache plus fortement à la délicatesse du point d'honneur, qui fait tout son patti^ moine. Sa prenàière attention est de ne point laisser compromettre l'honneur d'un nom qu'elle veut transmettre pur d'âge en âge. Forcée de choisir, elle préférera le ^atiger^ les privations , les sôuf» frances ^lui ruine , l'ittiprobité même au déshonneur. Aussi il ne saflKt point d^admettre dans le gouvernement une infusion des qualités cheval erésquéé^ , car elles aiu^ ^tont quelquefois décevantes^l métis ce serait vft^^rând mal que de -led enexcliïré) ï^tïe de ne pab dotltâHr toujours à Ces sentimens une voix pour sefaire'^nlendire ; queif^'^bandonner sfans partage le pouycôr à ceux qui sentent que leurs noms inconnus, etJont persoiine ne sera fier, échapi^è* ront à la responsabilité de là î-ejîommée. ' '^

L'aristocratie des manièi^s ne peut point prétendre aune si grande délicatesse sur le point d'hdn* ueur. Sujette de la;mode( qui l'a créée, variant avec elle, et se 'plab«iit'''à> eSBsicer les traces du temps, à se renouveler 'sans cesse, et à se mettre

5ia ETUDES SUR liBS GONSTITUTI01I8

en oppositïcm avec le passé, elle ne donne aux in^ stitutioDS ni la garantie de la durée y ni celle de Fé* lévationd'ânie^ Souveptnn certain degré de rouerie devient à la mode > et les favoris de Fopinion dn jont ne craignent point alors d'imprimer au goaveirnement le caractère d'nne perfidie dé bon ton* D^ailleurs , l'aristocratie des manières se forme sur^ tout dans l'atmosphère des cours ; c'est là seulement qu'elle atteint à sa pwfection j et la flexibilité d^o^ pinions et de principes qui fait acquérir plus rapidement les belles manières y comme elle est la qualité qui plaît le plud au monarqiie , est aussi cdle qui convient le moins à la nation r Toutefois , il est be^reu% quand l'aristocratie d^ nistnières conserve assez d'influence pour introduire un système d'égards dans la vie publique j quand elle enseigne à tous ceux qui sont dépositaires de quelque partie du pouvoir social à se reispeeiter e^tk^mémes, et à se faù*é respecter en respectant les aiutres* Ce n'est que de nos jours qu'on a oublié complètement dan^ les discussions politiques combien i) jpifiorte pour te bien de la patrie de ne pas offenser , de ne paa mortifier ses adverMrea ; combien les bàines ac* quièrent d'amertnme et de persistance par les insinuations perfides qu'on se permet dans le débat ^ par les sarcasmes acérés qu'on se lance y par les intentions malveillantes qu'on se prête. La presse journalière qui recueille avec avidité ces accusa* tions souvent calomnieuses f qui leur donne la publicité non plus d'une assemldée^ mais de la nation entière y et la durée non pW d'une parole volante y

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mais d'un écrit, a rendu presque impossibles le pardon et l'oilbli ; elle a accoutumé en même temps le public à une défiance habituelle, à un mépris habituel pour ce qu'il devrait respecter. Aucune déloyauté, aucune noirceur, aucune perfidie ' né lui paraissent invraisemblables de la part des bornâmes du pouvoir. Il a pour garans de ses soupçons les insinuations de ceux qu'il croit le mieux à portée de les juger, parce qu'ils sont chaque jour eux prises avec eux. Il s'indigne d'abord de la corrup* tion de toute morale publique qu'on loi représente comme caractère de la jpolitique ; il s'y accoutumé ensuite , et le niveau de la probité nécessaire pour n'être pas honni, deséend toits les jours pltis bas. C'est avec un profond regret que nous avons vu dé nos jours les homnaes qui, par leur position sociale , étaient appelés à se montrer lès gardiens dés belles manières , les coryphées de l'aristocratie des coiirs et des salons, descendre à leur tour dans cette honteuse arène, et s'eiForcer de couvrir de boue leurs advërsairens* Nous les avons Vu s'atta-*^ quer avec la ménie grossièreté , ou bien avec àne impertinence de bon ton tout aussi insultante f aiix représetitans de l'autorité , quand ils s'écartaient de leurs préjugés; aux ministres du roi, quand illeb jugeaient trop libéraux. Leurs journaux se sont distingués entre tous ceux de l'opposition par l'a**mërtume, parla persondalité , par la perfidie des insinuations , quelquefois par l'indécence et le scai»^ dale. Entre toutes leurs fautes, c'eist celle qu'bn doit le moins leur pardonner , car ils ont péché cbntrci

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l'esprit de leur caste et leurs principes ; ils ont Ktrré à l'ennemi le poste d'honneur qu'ils était spécialement chargés de défendre.

'. L'aristocratie des talens , celle qui doit son illustration à l'éducation et à l'étendue des connaissances, est éminemment celle dans laquelle le pouvoir doit chercher à se recruter sans cesse. Lé gouvernement des hommes est une œuvre de la pensée ; de toutes les sciences, la plus difficile peut-être aujourd'hui , c'est la science sociale. Elle comprend en soi en quelque sorte le résumé et l'application de toutes les autres; elle exige d'ailleurs une promptitude dans les aperçus, une netteté dans les idées , et en même temps une décision dans le caractère , sans lesquelles on pourrait encore être un savant du premier ordre ^ mais on ne serait point uù homme d'État. £n outre, l'éducation libérale est nécessaire pour enseigner aux hommes à agir sur l'esprit les uns des autres. La plus grande force de conception (Serait inutile à l'homme d'État, si elle n'était jointe ^a talent de faire adopter ses pensées par ceux qui délibèrent avec lui , ou de les défendre contre leurs attaques^ Introduire des hommes illettrés dans les 'Conseils d'une nation , c'est faire descendre dans l'arène, pour un combat de gladiateurs, des hommes idésarmés , en même temps qu'on laisse prendre à leurs adversaires les armes les plus acérées.

Mios le savoir , l'esprit et le talent ne font point caste : ceux qui les possèdent , marqués profondément d'un caractère individuel , représentent , non point un système, mais au contraire toutes les idées^

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toutes les volontés. Ils se refusent à être enrégimentés non seulement par le gouvernement , mais aussi par l'opposition. On les voit discuter sur tout et combattre partout , mais on ne peut en former une phalange ni pour l'attaque , ni pour la résistance. Aussi l'aristocratie des talens et de l'éducation , quand elle veut faire corps, n'est-elle déjà plus qu'une aristocratie de manières. Ce n'est pas le sa» voir qui fait sa distinction, mais l'élégance de la forme sous laquelle elle l'a reçu. Ainsi , en Angleterre , l'homme bien élevé est signalé par sa profonde connaissance des classiques, par la certitude de son oreille ou de sa mémoire pour la prosodie latine et grecque. On ne lui demande pas d'avoir meublé sa tête , d'avoir exercé sa pensée , mais de prouver dès les premiers mots qu'il a reçu sa dispendieuse éducation à Oxford ou à Cambridge.

A mesure que les autres distinctions s'efFaceot , celle de la fortune se met tous les jours plus en évidence. Nous avons vu quel immense pouvoir les riches exercent sur les pauvres y par la seule organisation économique de la société; leur pouvoir politique a été croissant aussi depuis que le crédit est devenu le grand arsenal où les gouvernemens vont chercher leurs armes. Dès lors les titres , les dignités, sont venus chercher ces grands capitahstes qui ouvrent et ferment les emprunts, et font monter ou descendre les fonds publics. Ceux-là cependant, citoyens de l'Europe, et traitant avec tous les princes, sont , moins que tous les autres riches , attachés à une patrie. Leurs spéculations sont quel-

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qaefois lucratives à proportion de ses désastres , et l'immeDdté des intérêts qu'ils poursuivent leur fait souvent oublier les calamités atlxquelles ils les doi^ vent. Une couronne peut diflficilement choisir de plus mauvais conseillers que ceux qui sont désireux de faire avec elle ^e grandes affaires.

Quant aux riches qui ne sont pas joueurs y le ca^ ractère qui distingue surtout leur aristocratie , c'est le désir de la stabilité. Tcuit qu'elle est exclue dû pouvoir, et qu'elle le voit occupé par l'aristocratie de naissance, elle peut présenter des chefs à l'opposition. Ces chefs, aux motifs vertueux de sympathie pour les besoins et les désirs des peuples , joignent même peut-être souvent une jalousie assez naturelle contre des Supérieurs qui leur paraissent à peine des égaux. Mais dès qu'ils se sont assis sur les chaises curules , leur inquiétude sur la conser*vation de leur opulence vient aiguiser celle qu'ils ressentent pour leurs nouvelles dignités. Leurs soupçons veillent sans cesse , letir libéralité dispa*raît à la première commotion. Ils semblent ressentir que l'accident seul de la fortune les distingue de leurs concitoyens , qu'un accident peut les rabaisser comme il les a élevés , et les rendre alors méconnaissables. De même que leur grandeur est toute matérielle , c'est à des moyens tout matériels qu'ils recourent pour la conserver. Point de transactions avec eux , point de recours aux influences morales , à la persuasion , à la sympathie. Ce sont eux qui ont mis à la mode ces phrases où la pettr revêt un caractère fétoce ; il faut qUe force reste à

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ta loi ^ il faut ùive de la force , il faut taer l'émeate. Lorsque le pouvoir est une fois tombé entre leurs mains , il prend un caractère plus roide , plus méprisant , plus inflexible.

La plupart des États de l'Europe ont été d'abord organisés en monarchie , et la liberté , tout comme le pouvoir populaire, n'y ont été introduits que graduellement, comme un correctif d'abus existans, non conune la base sur laquelle doit reposer tout l'édifice. Les vraies difficultés de l'organisation so* ciale ne s'y sont alors pas fait sentir ; le pouvoir était déjà fondé, et n'était même que trop puissant; il ne s'agissait que de le contenir. La royauté dis-* posait de l'armée , des arsenaux $ du trésor, de la police , de la poste et du télégraphe ; elle disposait de tous les emplois rétribués , et il y avait à peine une famille dans l'État qui ne fût intéressée à lui faire sa cour. Les arnica de la liberté savaient donc oii était le danger, presque le seul danger; iW avaient peu à s'inquiétei^ de l'emploi de leurs forces ou de l'usage qu'îb feraient de la victoire. C'est à créer par la loi un gouvernement qui n'jexiste point encore , et à le créer dans une si juste mesure de forces, qu'il suffise à se maintenir et non à oppri** mer, que consiste la vraie difficulté de l'établisse^ ment d'une constitution. Dans le moyen âge, lorsque le peuple ^ en quelque sorte , n'était pas né , lea rois n'avaient à lutter que contre l'aristocratie de naissance, qui était en même temps une aristocratie de richesses y car toutes leë fortunes étaient slon territoriales. Dans cette lutte , les rois maintenais»!

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le principe de l'ordre et de l'unité , les nobles celui de la liberté. Tous les vrais progrès de l'indépendance du caractère, de la garantie des droits , de la limite apportée par la discussion aux caprices et aux vices du pouvoir absolu ^ furent .dus alors à l'aristocratie de naissance, car c'était elle qui formait l^opposition. Les rois avaient bu contraire pour eux l'aristocratie de manières, chez les courtisans ; celle des talens , dans les parlemens et le clergé j celle des richesses mobilières 9 dans les financiers, hes rôles ont changé depuis , lorsqu'on vit naître et grandir le peuple ^ une partie des aristocraties nouvelles se tourna vers ce pouvoir qui aussi, lui, était nouveau. La noblesse se réunit au trône , les talens au peuple; on vit les rickes tour à tour avec le pouvoir ou l'opposition; la mode même balança entre eux. Cependant c'était toujours entre les membr<es des diverses aristocraties qu'était le débat ; ef est encore entre eux qu'il continue dans toutes les qionarchies ; car les ministres et tous les fonctionnaires publics, les pairs et les députés^ sont tous pris dans quelqu'une des quatre aristocraties^ les individus en effet n'agissent sur les masses que parce qu'ils sont mis en évidence, que parce qu'ils ont acquis quelque espèce d'illustration.

C'est dans une république , et surtout dans une république d'origine nouvelle que l'on sent la difficulté de la création du pouvoir, et la nécessité de lui trouver un appui dans l'aristocratie , une ancre à jeter sur un fond solide, au sein d'une mer orageuse.

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Plus un État est libre ^ et plna les volontés , les sentimens de tous ses citoyens paraissent divergens , en effet , plus chacune de ses parties semble soumise à une force centrifuge qui tend à la détacher de la masse, à la faire agir par une impulsion propre et indépendante. Pour un peuple, comme pour un individu , la liberté , c'est le développement de la volonté , et son action pleine et entière. Mais qui ne sait combien la volonté dans l'homme est variée , combien , même sur les questions les plus abstraites, les opinions diffèrent? ou plutôt qui ne sait qu'il ne s'en trouve jamais deux de parfaitement conformes ? Combien cette variété d'opinions et de volontés ne dôit-ellc pas se compliquer encore, quand tous les intérêts les plus chers à l'homme sont mis en jeu , et qu'il est appelé à prendre sur chacun d'eux une décision, de concert avec ceux qui diffèrent d'avec lui? La soumission de la minorité à la majorité est un sacrifice continuel de l'opinion, de l'intérêt, de la volonté d'une portion de là nation à l'autre ; c'est un sacrifice qu'il faut faire au moment où la discussion a le plus confirmé chacun dans sa propre théorie , où les passions se sont le plus enflammées , où tous les amours-ptopres sont en jeli, où chacun prend l'opinion de son parti, si ce n'est pour l'opinion publique , du moins pour celle dé tous les honnêtes gens , et où cette opinion de parti fait un devoir à chaque individu, de ne pas céder. Or, sur chaque question nouvelle, la majorité peut changer, chacun se trouve donc à son tour en opposition avec

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elle ; chacun est contraint à obéir contre sa persuasion intime , chacun se plaint , chacun se croit opprimé. Ce n'est pas tout; dans les pays libres, nop seulement chacun dit sa pensée , mais chacun grossit si^ voix pour l'exprimer , et trouve encore des journaux qui se font une spéculation lucrative de souffler le feu de toutes lés passions , et de donner à toutes les plaintes l'expression la plus énergique , la plus ofiensante. Ainsi il s'élève bientôt de tous les partis un concert de plaintes , d'accusations ) de détractioDs , de calomnies , qui ferait souvent croire que les pays libres sont les plus mal gouvernés, les plus malheureux de tous les pays de la terre. Que l'on consulte les journaux de l'Angleterre^ de l'Amérique, de la France, de la Suisse , des Pays-Bas , de l'Espagne et du Porta-* gai , et l'on trouvera dans tous l'expression d'un mécontentement universel. Ce mécontentement même sera d'autant plus violent d'expression, que le pays éprouvera moins, de la part de son gouvernement , de sou&ances réelles. Que l'on consulte ensuite l'opinion publique , autant qu'elle peut se former dans les pays absolus , et l'on verra que , étourdie par ces clameurs , elle prend beaucoup plus d'intérêt à ces querelles étrangères qu'aux souffrances du pays où elle se forme. Beaucoup de bons Allemands, qui n'ont aucune garantie qu'on ne les jettera pas dès demain dans les bas-fonds d'une forteresse , qu'on ne renversera pas leur fortune par des décrets arbitraires , qu'on ne les accablera pas d'impôts pour des dépenses con*

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trairez à l'intérêt public , ne songent à crier à la tyrannie et à l'oppre£fsion qu'à l'occasion des décisions d'un ministre whig en Angleterre , ou doctrinaire en France.

Pour résister à cet orage continuel , il faut une vigueur dans le gouvernement national qu'on ne se donne pas à volonté. Il faut cette puissance des souvenirs qui fait illusion sur le peu de force de l'autorité, lorsqu'elle demande l'obéissance; il faut cet amour de la gloire passée^ ce sentiment d'instinct que réveille par exemple le nom de France , et qui ferait regarder par tous comme sacrilège le projet de diviser le pays ; il faut peut-être aussi cette in* difiérehce et cette ignorance des masses , qui s'attachent à l'ordre établi sans le juger, et qui maintiennent tout ce qui existe par leur force d'inertie. Mais donnez le même gouvernement à une contrée qui n'ait pas encore d'existence politique , comme nation y à une contrée qui n'ait point de passé dont elle se glorifie, ou du moins de passé analogue avec l'organisation qu'elle se donne , et puis essayez de lui dire , comme dans la constitution de l'an in: K Que les assemblées primaires, communales et éleo* H torales ne peuvent s'occuper d'aucun objet étran- « ger aux élections dont elles sont chargées ; « qu'elle ne peuvent envoyer ni recevoir aucune « adresse , aucune pétition , aucune députation ; a qu'eUes ne peuvent correspondre entre elles, n ($37, 38). Ces assemblées^ dès que les passions seront excitées , dès que les intérêts locaux ou pror vinciaux seront en jeu, s'occuperont de tout , cor-^

respondront sar tout, s'uniront par des fédéra^ lions , se déclareront les mandataires immédiats du peuple souverain , proclameront que le gouvernement central, pour n'être pas entré dans leurs vues, a trahi son mandat, a trahi la patrie; elles le déposeront ou le mettront hors la loi. En France même, où tant de souvenirs, tant d'habitudes, tant d'affections maintenaient l'idée de la grande unité nationale ; en France , où la prépondérance de Paris accoutumait les provinces à recevoir leurs idées toutes faites de la capitale, il fallut la sanglante tyrannie du comité de salut public , la violence arbitraire du directoire, et enfin la main puissante de Napoléon pour contenir sans cesse le faisceau prêt à se délier , pour casser , coup ^r coup , les assemblées primaires et électorales , pour forcer les départemens, \ea^ districts, les communes, aux dépens de leur liberté , au mépris de leurs droits , à se soumettre au gouvernement central.

Aujourd'hui aussi des insensés parlent sans cesse de réunir la Suisse , pour la faire forte ; c'est-à-dire de supprimer toutes les institutions qui , chez elle, sont douées dé vie , toutes celles que de longs sounirs rendent chères à la masse de la nation, toutes celles qui n'ont de puissance que par les affections de tout citoyen pour sa vieille patrie. Les imprudeus no vateurs ne voient pas que c'est au contraire la division de la Suisse en cantons souverains qui la maintient unie, -parce que cette division a soustrait à la diète presque toutes les questions qui auraient pu remuer les passions, presque toutes celles

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qui auraient soulevé les locaKtés contre l'autorité centrale. La Suisse, assemblage de peuplades quie' les montagnes qui les séparent ont accoutumées à^ séparer aussi leurs intérêts, ^ qui ont 'condèrti^' en effet la diversité la pjiufi étrange > clans ^ i0ùH mœurs, leurs lois , leur langage , leprs' habitudes <^^ n'est déjà que trop disposée à ce que chacune ^db* ces peuplades se considère comme absolument^lft* dépendante, à ce que chaque canton se paHàge' comme l'a fait, celui de Baie, comme celui dé' Schwitz a été sur le point de le fisdre. Si les radi-' cemx venaient à l'emporter, s'ils nommaient une ^ constituante, et si celle-ci .essayait de iftettredé* l'uniformité dans les lois civiles , dans les'lois tAt^^ gieuses, dans les lois commerciales^ dttnslefifîm^' pots, dans Torganisation de la mUicé, dan#^ è^ledes communes y dès le lendemain il n'y aurait *pAft$[ de Suisse ; il n'y en aurait plus, si un '■ pouvxnr èètt^^ irai quelconque ^Ostisait une sknUable twtativéè ià^ chaque essai, vingt-un cantons sur vingt-deux^sèM^^ raient blessés dans. Leurs bafaittpdés^^^ dittia lettrs^ opinions , dans leurs affections les plusdbères^^; chacun' serait jaloux^ serait offensé , parce que le système * de son voisin aurait prévalu sur le sien; chacfÉÉB^ prendraitles armes pour repoussercce qu'il norl^me^! rait une tyrannie, un joug étranger. Si, dans ia hitlK^ qui s'ensuivrait , le gouvernement ^central tridi#^* phait, il serait obligé en effet d'être tyranniqùe/' pour Insister à toutes les volontés locales ; s'il sbtf^'' combajit , il ne pourrait plus être remplacé paf'^ÉIH^ cun autre. ..»..■

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