HUITIÈME ESSAI
DES PROGRÈS R^TOLCTIOIf «AIRES VERS I>A UBERTÏ, £T DE LEUR ISSUE. GOUVERNEMEICT FÉDÉRATÎF.
FAjaMi les amis de la liberté, nous ea rencontrons aujourd'hui .un grand nombre qui déclarent hau* tement leur amour des révolutions , leur^ efiorts pour en produire. JBien plus, ce n'est pas seulement dans les pays qui gémissent sous un dur esclavage qu'ils voudraient les faire éclater, c'est en quelque sorte partout. Il n'y a a^ucun pays , quelque avancé qu'il soit dans la carrière des libertés politiques, l'Angleterre, la France, la Belgique, si récemment ré volutLonnée^s j l'Dspag^, le Portugal, où la révolution bouillonne encore y la Suisse républicaine , les États- Unis d'Amérique eux- 9iémes, depuis qu'ils semblent se brouiller avec la France , où la presse républicaine a'appdUle une révolulion. N'en soypns pas trop surprix, n'en soyons pas indignés. De tout temps nous avons entendu les jeunes gens déclarer qu'ils aimaient la guerre , qu'ils désiraient la guerre, et beaucoup de rois comme beaucoup de peuples ont attaché leur gloire à cette disposition belliqueuse. Or la révolution , c'est la guerre , et la guerre amenée à la porte de chaque citoyen ; c'est la guerre avec les violentes émotions qu'elle excite, les espérances le plus souvent illusoires qu'elle offre k tous , l'énergie près-
que sur-fhumaine qu'elle développe , les jomssan-^ ces qu elle fait trouver à chacun dans Sa propre importance , dans la mise en action de toutes ses facultés^ dans la passion du jeu où il hasarde son existence ; mais c'est aussi la guerre avec les effroyables calamités auxquelles eHe soumet les pays qui en sont le théâtre; c'est la guerre avec la mort planant sur toutes les têtes , le boulever^sèment des fortunes , l'incertitude de toute]» les existences 9 la menace du déshonneur pour^celui qui ne sait point montrer, dians l'occasion , des vertus auxquelles sa vie précédente ne l'a pas prépâré* La révolution , comme la guerre^ est la der« mère raison des peuples et des rois, la dernière ressource des opprimés, quelquefois même le dermer moyen de retremper le caractère avili d'un peuple. Une révolution peut être légitime , elle peut être heureuse , elle peut être glorieuse , mais ceux qui la comitiencent ne doivent jamais oublier qu'ils se jettent , et avec eux tous leurs concitoyens , dans une horrible calamité , dans une calamité certaine ; qu'ils disent adieu ^ et pour longtemps, à toute jouissance de liberté, d'union et de bon gouvernement , qu'ils sacrifient le présent tout entier à l'avenir , et que les fruits qu'ils se promettent de cet avenir sont soumis à des chances dont le calcul seul fait trembler.
Nous avons cherché , dans tout cet ouvrage , à combattre le penchant aux révolutions , à en comTbattre l'aveuglement et lès dangers , à engager tous les peu{Jes à redhercher ''les progrès gfraduets y k
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^'çfioroer de les obtenir^ de concert avec lesgouverueinens, taéme les plus mauvais^ plutôt que de s'03^ g$iger dans cette guerre intestine des ré volatioûs ^ qui, au lieu de prpgrès , ne tient peut-être en réserve , pour eux , qu'un grand mouTement rétro* grade. Mais en dépit de ces conseils ^ qtie nous croyons ceux de la prudenee, que nous croycms justifiés par la théorie autant que par l'histoire de l'uni vers y il y a eu des révolutions et il y en aura encore; car il y a des gouvernemens qui ne veulent pas voir leurs dangers, qui ne veulent pas tenir compte de la puissance de l'opinion et. du niécontentement de leurs peuples. Il y a des gouvec* nemens qui n^éooutent que la colère et l'esprit de vengeance y et qui , ne se contentant pas de refuser à leurs sujets les garanties dues aux hommes , veulent encore Jes humilier et. les punir j il y a des gouvernemens qui, dès leur origine , portent nn cachet de violence étrangère , d'humiliation natio» nale ^ et dont l'existence est une révolution conti*^ nuelle. Il y a aussi des peuples dont l'impatience ne veut écouter aucun conseil. Il est utile, sans doute , de considérer , à son tour , le peuple qui vient d'éprouver une révolution , et de chercher par quelle voie ce peuple peut marcher au recou* vrement de l'ordre et de la liberté.
La révolution, nous l'avons dit, est un^ état de guerre. La société, en changeant son gouvernement, est appelée à combattre, d'une part , les ennemis intérieurs auxquels elle vient d'ôter le pouvoir , d'autre part, les ennemis extérieurs , al*
liés du gouvernement vaincu , et tous ceux qui , en raison de la similarité des circonstances , éprouvent pour lui de la sympathie. Aussi, le premier besoin d'un pays en révolution , c'est de créer un gouvernement fort y pour qu'il soit en état de diriger utilement l'énergie nationale. Les révolution'^ naires ont tous une haute idée de la puissance du peuple ; mais encore faut-il que le peuple soit un , pour être fort; aussi une figure de prédilection dans leurs discours , c'est que la nation s'est levée où se lèvera comme un seul homme. Il faut donc, avant tout,. organiser la volonté qui dirigera cet effort commun. Dans un tel moment , tout équilibre, toute -opposition, même toute garantie aux droits de chacun est un danger. Le but national est seulement union et force. Deux moyens se présentent les premiers à l'esprit pour y arri* ver ; l'un est le choix d'un homme auquel la nation confie toutes ses forces en lui abandonnant un pouvoir presque illimité : c'est la révolution royale ; l'autre , .c'est la réserve entre les mains du peuplé lui-même de toute la puissance^ pour qu'il la dirige par une seule volonté , celle de la majorité : c'est la révolution démocratique.
Au premier coup d'œil qu'on jette sur l'histoire, on serait disposé à croire que les révolutions royar les ont eu, en général , du succès. Plusieurs noms se présentent à la mémoire, comme ceux des libé^ rateurs des peuples. Ce sont des rois qu'on nomme^ comme ayant les premiers secoué le joug des Ara« bes , en Espagne , des Doiuois , en Suède y des Anglais, en Ecosse, des Castillans, en Portugal. C'est
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un prince que Ton voit à la tète de la révotutioQ des Pays*-Bas , contre les Espagnols , et de œlie \ qui enleva aux Stuards le trône d'Angleterre. Mais, j il faut le dire, les révolutions qui ont pourbutrindépendance nationale , .plutôt que ta liberté^ «ont em- ; brassées par les nations avec beaucoup plus d'unanimité , elles prennent plus vite un caractère tout militaire , et elles se soumettent plus aisément à la discipline et à la dépendance d'un chef* De pli», durant le moyen âge, l'état de violence habitudle dans tous les rapports entre les hommes , les avait accoutumés à se serrer autour de quelques che&, pour leur protection. Aucun citoyen n'était sâr de sa fortune et de sa vie , s'il ne faisait partie de quelque association privée , organisée presque militairement , et obéissant avec empressement à son capitaine. Une des formes les mieux déterminées et les plus connues de ces associations pour la dé^ fense mutuelle ^ est celle qu'on a nommée la Modalité. Mais le même principe se retrouve dans toutes lès sociétés demi-barbares ; chez toutes , la nation se compose de sociétés plus petites, organisées pour la défense , et par l'obéissance. Ce sont autant de petites monarchies qui ont cru trouver leur force dans le pouvoir d'un seul. Quand un des chefs de ces petites sociétés prête son appui à une révolution , quand il arrive au pouvoir , déjà entouré de sa petite bande, dévouée et disciplinée ; quand il fait un appel à d'autres hommes , dont toutes les habitudes sont déjà monarchiques ; quand il met au service du peuple , son château fort, ses armes et ses vassaux, il n'est pas étrange qu'il
trouve ses concitoyens disposés à se ranger sous son étendard et à le reconnaître pour roi. Telle est l'histoire des libérateurs de FEspagne, de la Suède, de l'Ecosse, du Portugal, et de bien d'autres pays encore qu'on pourrait nommer.
Au reste , la plus ^ande difficulté d'une révolution, c'est toujours la première organisation du pouvoir ; un peuple qui se trouve tout à coup dégagé dé ses anciens liena ne veut plus être conduit que par la persuasion, il demande toujours la raison de tout ce qu'on lui ordonne , et il se défie de tout ce qu'il ne comprend pas ; aussi est-ce un grand bonheur pour lui, quand il peut trouver une puissance toute organisée qui lui prête son appui , quand el]e met à son service un matériel de guerre, un trésor , un arsenal ^ mais 1(urtout des hommes qui obéissent au lieu de raisonner. Guillaume, prince d'Orange , ne contribua pas seulement de ses talens et de son caractère à la révolution des Pays-Bas ; il mit au service de sa patrie, ses lieux fortâ, sa- fortune princière, et surtout les armées que lui et ses frères levèrent, à plusieurs reprises, avec son argent , en Allemagne. Son arrière-petit- £Us, Guillaume III, accomplit la révolution d'Angleterre à l'aide de l'argent, des flottes et de!s soldats de la Hollande , qui formèrent le noyau de son nouveau pouvoir. Si un prince se met franchement à la tête d'une révolution , si l'un des petits souverains, entre lesquels un grand pays est divisé , veut établir la liberté et l'indépendance de ce grand pays , et s'il met, dans ce but , au service de la nation , son pro-
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preÉtat, ses forteresses, ses arsenaux, son trésor, son crédit et le cadre de son armée , sans doute il seconde la révolution de là n^anièï'e la pins désirable , il lui procure la meilleure chance d'avoir une heureuse issue ^ aucun hotnme ne pourrait avoir un titre plus respectable pour devenir le monarque constitutionnel de la grande nation qu'il aura< sauvée .
De même, lorsque le monarque absolu d'une nation est déterminé par les circonstances à se jeter entre les bras de son peuple , à reconnaître ou augmenter ses droits , et à demander en retour son appui , soit qu'un conquérant étranger le menace du dehors , ou qu'un usurpateur lui dispute ses droits au dedans , ou que durant sa minorité une régence , ou le désordre de ses finances , ou toute autre calamité, paralyse ses forces , ce monarque acquiert un juste titre à devenir le chef constitutionnel de sa nation. Mais alors la victoire est obtenue sans la guerre , sans la révolution ; les vrais amis de la liberté doivent même travailler de tout leur pouvoir à ce que la réVolutioii n'ait pas lieu , à ce que tous les progrès soient légaux et graduels, à ce que le peuple ne perde point le sentiment de l'ordre, du respect et de l'obéissance aux lois; à ce qu'aucune de ces habitudes qui font la vie des nations ne soit violemment interrompue ; à ce que le prince enfin ne se repente point de l'aide qu'il aura donnée à la liberté. La chance que nous venons de supposer est une des meilleures ~ qui puissent se présenter aux nations qui ne sont pas
libres; il faut se garder également et de la perdre et d'en abuser»
Mais nous avons vu de nos jours des révolutions royales dans des eirconstances fort différentes» Quelquefois la révolution était une conquête du peuple , due uniquement à la force ; et ce peuple victorieux, après avoir proclamé ses droits > après avoir faiti?econnaître dans une charte constitutionnelle les pouvoirs qu'il se réservait , s'est bâté de replacer la couronne sur la tète du même prince à qui il l'avait ôtée , en l'obligeant seulement par serment à exeircer désormais, pour l'avantage de tous, un pouvoir qu'il exerçait auparavant contre tous. Dans d'autres occasions nous avons vu la révolution accomplie également par la force du peuple seul , et quand la victoire était obtenue, nous l'avons vu déférer le pouvoir, non à celui à qui il l'avait ravi, mais à quelque autre prince étranger à la révolution , qui ne lui avait donné aucune assistance, qui ne lui offrait aucun appui, qu'on allait même quelquefois chercher dans une race étrangère,^ parmi des hommes d'autres mœurs, d'autre langue , d'autre religion. On ne lui demandait que soQ titre , et la considération que ressen-* taient pour son sang illustre les autres rois de l'Europe.
Cette conduite des, peuples est digne d'estime sans doute; elle procède &e ce même respect pour les formes établies , pour les habitudes y pour les préjugés, que nous avons cherché à inculquer jusqu'ici ; mais elle est contrariée par d'autres préju-
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gés 9 d'autres habitudes qui sont implantés dans le cœur humain , et qui ont presque toujours fait mal tourner ces révolutions royales. Il est rare que les souverains absolus comprennent assez les droits des peuples pour admettre qu'ils puissent limiter les leurs ; il est rare qu'ils sentent plus de reconnaissance pour la magnanimité qui leur a rendu la cou* rcmne, que de ressentiment pour la violence qui la leur avait enlevée ; il est rare qu'ils se croient liés par des sermens qui leur paraissent toujours entachés de violence. Quelquefois d'ailleurs ils croient que de nouveaux dangers ou le changement des circonstances les dispensent de leur observation ; quelquefois ils trouvent des courtisans, des conseillers , d'anciens serviteurs qui se donnent pour dévoués , et qui leur persuadent que la nation entière les dégage de leurs promesses ; quelquefois enfin on assure que le grand directeur de leurs consciences , le pontife de Rome lui-même , les a déliés de leurs obligations et les a autorisés au parjure.. Nous nous garderons d'irriter encore l'opinion publique en présentant ici la liste de tous les souverains, qui, de nos jours , ont violé des obligations solennelles contractées envers leurs sujets. Les peuples trom-« pés , s'ils retrouvaient sous leurs yeux les déclarations, les discours, les sermens prêtés, lesmarques d'affection et de confiance échangées, les traités placés sous la garantie de l'Europe entière , comme compensation pour le sacrifice d'une anci^me nationalité , tous également violés , en concevraient peut«4tre une indignation si profonde qu'ils ne sonr
géraient qa'à la vengeance. Notre devoir à tous est , au contraire , de calmer c# ressentiment , de préparer une réconciUation si elle est possible , et par conséquent d'expliquer comment l'illusion dans laquelle sont tombés les rois , sur la valeur d^ leurs sermens constitutionnels , était naturelle à leur po^ sition , était la suite nécessaire de leur éducation , était peut-être inévitable; mais la conséquence même de tous ces conseils de modération , c'est qu'il ne faut pas se fier aux rois. Si dans des révo-» lutions futures d'autres souverains sont chassés de leur patrie , comme l'a été Charles X , qu'ils n'en accusent que l'exemple funeste et presque utiiver^ sel qui a été donné depuis le commencement de ce siècle, par les rois ^ui avaiept pris des engagemens envers leurs peuples, et qui les ont violés.
il y avait une égale modération , et à ce qu'il semble plusse prudence, à appeler un prince étranger, pour lui confier les fruits d'une révolution déjà accomplie. Au lieu de lui ôter une partie de ses prérogatives^ on lui donnait ce à quoi il savait n'a-^ voir aucun droit. Sa reconnaissance pour le peuple, son amour poul* la révolution semblaient devoir être sans mélange, il connaissait bien les conditions auxquelles on lui avait déféré la couronne^ et il les avait acceptées librement. Il ne faut pas croire ce* pendant qu'il soit facile , dans de telles circonstan^ ces , de fonder une monarchie constitutionnelle»
Une nation n'a point un roi, seulement parce qu'elle a &it proclamer , dans une assemblée quelr conque ^ qu^elle déférait la couronne à un honfime.
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Un roi c'est le représentant , et le défenseur héréditaire de certain^ntéréts , de certaines afiectioos, de certains préjugés; un roi est un chef, dont le titre au pouvoir, suivant les royalistes, est indisputable , est inaliénable , et ne peut lui être conféré par personne ; mais aux yeux de ces mêmes royalistes , un roi donné par une révolution est un usurpateur. Ils nient que le contrat avec Fancien gouvernement puisse être rompu ; ils nient que l'assemblée qui a proclamé le nouveau ait eu le droit de le faire roi ; ils nient que celui-ci ait pu , sans mauvaise foi , sans crime , accepter le trâne qui appartenait à un autre. £t ces ennemis de la puissance nouvelle ^ ces hommes qui se font gloire de leur opposition, sont justement ceux qui devraient être les appuis du trône , ceux qui maintiennent les anciennes lois, les anciennes habitudes , toutes les traditions du pouvoir, toutes les possessions héréditaires^ ce sont les défenseurs nés de l'autorité contre les prétentions populaires ^ ce sont des hommes placés dans des situations éminentes, dont l'exemple sera suivi même par ceux qui ne partagent pas leurs principes , dont l'opposition mettra toute opposition à la mode , dont la conduite séditieuse et les conspirations ne serontpoint punies sans faire élever un cri universel à la tyrannie. Première difficulté : les défenseurs naturels du tr6ne sont les ennemis du nouveau roi.
Mais ce nouveau roi pourra-t-il se tourner avec plus de confiance vers ceux qui lui ont donné la couronne? Ces derniers, tout pleins encore du
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reàseutiaieut quHk nourrisseal; contre celtii qu'ilft ont dépossédé ; accoutumés à combattis la royauté, à $e défier de toutes ses démarohesy.à redouter et à restreindre toutes ses prérogatives > comparer^oiM: thaque jour/ce qu'ils verront fiiire à l'élu de lew parti, avec ce que faisait son prédécesseur « Ils vei> ront des dépeins de contre-réyolution dans tout retout* à des habitudes inonarcliiques; ilscrqîront à l'usurpation toutes les fois.^^ue leurs propreté Vues seront négligées, que leurs propos pro)et8 seront froissés j. ils critiqueront avec amertume^ et parce qu'ils ea ont contracté l'habitude , d^ns leum» précédens combats avec le trô^e, et parce qu'jU leur semblera plus consistant avec leur caractère ^e tenir un langage^ çonforoie à celui qu'ils ont tou'»^ jours tenu ; enfin, ils seront, entraîné^ au-delà de leurs propres principes , par cette tourbe de leurs partisans , à l'aide de laquelle toute révolution s'acr compUt. toujours; gens brayes, mais impatiens, qui se jettent aU/ milieu du çcHnbat, par.amour.de l'action , plus que par amour des idées , qui jouis^ sent de leur importaoce momentanée pendaitf la révolution , et qui voudraient la recommencer dès qu'elle est terminée; gêna excellens' pour détruire > mais avec lesquels il devient comme impossible de rien réédifîer. Seconde difiiculté: les faiseur de la révolution deviennent les ennemis du roi qu'ils ont nommé. . .
Enfin, ce roi lui-même arrive autr^ne aveciç^ préjugés de la race royale^ dans laquelle qn IVi choisi. Ce n'est pas le suffrage ou l'approbation <k^ I. aS
366 ÉTUDES SUH LES COl^STlTtltrONS
révolutionnaires qu'il ambitionne , mais ceux deè hémiUes de l'ancien régime, des hommes de ^^nr , des dépositaires dé l'antique bon ton. Ce n'est pas l'alliance des gouverneiîieQs libres qui le flatterait, mais celle des vieilles royautés, de celles qui résistent à l'esprit dusiècleé II n'oublie pointtju'il estun parvenu dans l'assemblée des ro^s , et il lui semble aVoir besoin d'exagérer toutes les qualités royales pojar se faire reconnaiti^e. Il n^y a pas une des prérogatives , pas .même une des étiquettes de la cour de! ses 'prédécesseurs qu'il ne désire faire revivre. Le talent, le génie même, ne sauraient le sauver de cette petitesse j on l'a vue dans Napoléon. En mênie temps ^ ce roi nommé par le peuple a appiîs mieux qu'aucun autre roi , à connaître la puissance du peuple et de l'esprit révolutionnaire ; il sait trop bien comment son prédécesseur est tombé, pour itopad sQuger qu'il peut tomber lui-même. Sa défiance eat donc sans cesse excitée , sou travail pour ii'affermir , pour émousserdes armes dont^il redoute Pusage, pour enlever au peuple des prérogatives dont il a vu l'efficacité , est sans relâche. Troisième difficulté : le roi que la révolution a fait est l'ennemi le plus vigilant des révolutions»
Quand on étudie le régne de Guillaume III en Angleterre , on voit combien le trène fut gtissant pour lui jusqu'à la fin de son règne, combien cet homme d'un noble caractère, d'un beau talent, d une grande réputation militaire , eut de peine à se maintenir , entre les royalistes qui ne voulaient pas de lui , et les républicains qui ne .vou]Uiient pas
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de ses prérogatives^ Peut'^éitre n'y âurait-il pu réus* sij^ sans l'assistance dévouée qu'il trouvait en Ho1;t lande; et cependant Guillaume. n!étàit pas< seulement le restaurateur de la liberté politique filetait aui^iû le défenseur. de la religion nationale, et le champion de l'équilibre de l'Europe. Quant aux rois étranger^ dejangage , de religion , de race , aux peuples qui se sont donnés à eux, tels que nous en voyons aujourd'hui sur plusieurs vtrônes^ certes s'ils réussissent^ s'y maintenir , il faudra faire Péloge et de leur modération et de leur habileté. MaisJie jeu qu'ils sont appelés à jouer est trop difficile et présente tr^ de mauvaises chances, pour qiie.le^ nations qui se jetteut dans uj^e révolution n'hésitent pas à 96 placer, avec leurs cbe&, dans une situation si inquiétante»
Aussi les meneurs des rjèvoluticms, ceux qui ont montré le plus de vigueur dans la lutte qui les fait réussir ,^ ont-ils plutôt du penduuit pour une révolution démocratique, que pour .une révolution royale. Ce penchant a été confirmé en géi^éral par l'expérience des dernières années j et tout le parti qui s'avoue révolutionnaire, toute la presse révolutionnaire, ne veulent désoripais reconnaître sous oe nom que les révolutions démocratiques. Ce n'est pas tout : comme ces meneurs savent bien qu'une révolution , telle qu'ils la désirent, allumerait en même temps une guerre intérieure et extérieure, comme ils savent que leur État naissant aurait à se défi^ndre contre les plus redoutables en^ nemis , ils veulent que cet Et^t 9oit fort dès l^e b^r-
38S ETUDES SUR LES COTfSTiTOTlONS
cead , êl qu'à soft premier jonr il s'élance tout armé au combat. Enfin , comme la force leur parait oe pouvoir appartenir qu'aux grandes nations , avec dé grandes armées, de grandes flottes, de grands iarsenaux , de grands trésors , c'esttoujours la création d'une république Une et indivisible qu'ils ré- Vent, d'une démocratie gigantesque, qui j par uilfe seule volonté , la volonté de tous , nàette en monveftient des millions de bras.
Mais si les révoluticms royales sont entourées de difficultés, de dangers, qui semblent presque insdrmontables , les révolutions démocratiques, faites ' dÉms respérant^e de conserver Tintégrité d'une grande nation , semblent venir se briser contre une impossibilité. Jusqu'à présent l'histoire ne nous présente pas d'exemple d'une grande démocratie existaftte , bien moins encore d'une grande démobtatie établie d'emblée. Quand nous calculons abstraitement les chances de succès d'une teHe entreprise et les résistances , nous n'entrevoyons pas même de moyen pour en jeter les fbndemens. Là révolution démocratique ne nous apparaît que comme un grand dissolvant de la nation, qui rompt son lien primitif, et avec lui tout devoir , et même toute idée de sacrifice et d'obéissance. Elle ne laisse subsister sur le sol qu'occupait la grande nionarchie que ses élémens primitif, des indivi-* dus absolument indépendans les uns des antres , ou tout au plus les association^ locales des ailles et des bourgs , soit que celles-ci n'aient pas été eUtrdlnées dans le naufrage général , soit que le besoin prM-
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sant de la population les ait fait pjpnaîtire aosail^t qu'elles ont été dissoules^LorSiÇiue pour obtenir.^ ta force et de la puiss^mce avec ces éléixiens épara<«. on s'efforce de renouer le feisceau déliée ce n'es^ point une république indivisible qu'il est possif^ç de; fairç^ c'est toii^t au plus use fëdération* .
Qu'on ne Foublie point , lorsqu'une ré voLiUfion et •• rompu le lien d'une constitution .^otique^l'on a vq ^ ou l'on a dû voir tomber avec le roi ^xpulsé tous les fonctionnaires qui tenaient leur droit dç- lui j il ne reste plus de corps ;con8tittié8 ,. il ne K^te plus d'autorité légitime , il ne reste plus de lois ou de règles^ si ce n'est celles qu'un nouvel exercice de la raispp publique sanctionnera 3 il ne reste plus enfin que le peuple, mais le peuple avant le çoQtrat sopiaK. Or ^ majorité n'a a^ucun droit, aucune ombre de d^ (4t sur la minorité de ce peuple , si ee n'est celui gue cette minorité même consentira à -lui donne!: f J|. plus forte raison , si l'on veut lier ce peuple par Ja fiction moderne de la représentation ; si l'on veut considérer comme sa volonté celle q^uf la i^a^orité d'entre ses élus expriaiero;it, encore qu'il ne l'ait point auparavant eue, on exprimée \ui^mémei tout au moins faut^il qu'il ait comn^^eqcé par couvenir unanimement qu'il nommerait des députés , k H majorité, et qu'il se soumettrait^ à ce qqe cçu^-ci aui'iiient voulu , à la majorité, comme s'il l'avait voulu unanimement lui-même. Si tous les individus de la nation pouvaient se réunir d'un copunufi accord sur la place publique, à moins qu'iif ne commeaç^issent par conv^ir à l'unauinûlé tyofi le^
décisions du plus grand n'ombre lieraient le plus petit , le vote du grand nombre ne pourrait être mie.loi, l'ôbëissance du petit ne serait qu'iin esdfr* rage. Et si tons cesin4ividus sont disperséa sur un Taste territoire, s'il n'y a aucune possibilité de les réunir en une seule assemblée , il faut leur demander iine plus'fôrte abnégation encore de leur tolonté; il faut d'abord que, renonçant à prendre eux-mêmes une décision , ils se résignent à borner tous iéurs droits au choix d'une députation , rt qu'ils promettent de reconnaître comme leur propre volonté, ce qiie leurs députés, ces autres euxmêmes, auront voulu; il faut encore qu'ils promettent de reconnaître comme leur volonté, le contraire de ce qu'ils auront voulu , et le contraire dé ce que leurs députés auront voulu , si d^autres députés qu'ils ne connaissent pas , nommés par des électeurs qu'ils ne connaissent pas non plus, le veulent aiiîsi. Non seulement ce consentement iàia> nime n'a jamais été donné; mais s'il était demandé à une grande nation , il est probable ou qu'il serait presque unanimem^t refosé, ou qu'il seraitpresque unanimement retiré après l'expérience , dès que la nation s'apercevrait que les ordres de ses délégués sont contraires à ses volontés.
Nous savons que ceux qui regardent cette institution d'une souveraineté nouvelle comme seule lé^time, et qui ont assez amèrement reproché à la révolution française de i83o de ne s'être pas soumise à cette sanction, croient que, dans un moment de convulsion générale et de danger, il ne
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serait pas difficile d'amener une nation à proclamer ces deux principes, du pouvoir de la majorité sur la minorité, du pouvoir des représentans sur les représentés, et à les déclarer en même temps irré* vocables; que ces principes réuniraient, si ce n'est l'unanimité, du moins une majorité si considérable que la minorité pourrait être comptée pour rien i mais , à nos yeux , la volonté évapescente et mal éclairée d'une nation n'est pas sa vraie volonté , n'est pas un acte sur lequel puisse reposer tout l'édifice social ; et la déclaration qu'un tel contrat est irrévocable n'est qu'une surprise faite au peuple. D'ailleurs, si une telle sanction avait été. donnée parle peuple à une révolution , des infonnalités , des iilé-* galités patentes lui fourniraient amplement l'occasion de la révoquer, s'il, se donnait la peine de les chercher. £n effet, la société, jusqu'à l'établisse:* mient de la constitution , n'a pu demeurer sans au-* torité provisoire , surtout puisque dès sa naissance elle a dû se défendre contre des, dangers imminens* Cependant ces autorités illégalement constituées vicient toutes les opérations auxquelles elles /ont eu part. De plus, un contrat ne peut être considé|.:é comme conclu que lorsqu'il est accepté récipro-quement par les parties ^contractantes ; or , dans une grande nation, cette acceptation ne saurait être simultanée. L'obligation prise dans un lieu de se soumettre à la majorité , dQ se soumettre à l'au-*tçrité de délégués, est annulée si dans un autre lien die est repoussée, ou n'est admise qu'avec de» iréserves* Nous ne disons rien de Tabsurdité de
Sg^ ±rU»ES SUR LES BfWrSTfTUTfOWS
faire poser les basés d'une constitution nouvelle, de éëtle œuvre de la méditation la plus profbiidé, de la plus haute philosopliie y au motneût où . toutes les passions sont excitées , oà }e danger journalier ÔUpéche de songer à l'avenir^ oà la loi tat l'ceiiyre dé la circonstance , et non un u^omutoênt élevé dans fattentë de FaTenir. Nous ne dirons rien de k bitarrerîe de demander à une assemblée nombreuse , à une Convention ^ une œuvre du génie , jaillissant d'une seule conception, formant un tout complet, et proportionné datis toutes ses parties ; tandis qa'à l'épreuve on trouverait cette même assemblée hors d'état de rédiger une adresse, tant les eoncessions mutuelles que ses membres doivent faire à des opinions divergentes jettent d'embarras non senle^ ment dans la pensée , mais même dans la rédaction. Nous voulons seulement établir que, dans le système de ceux qui: n'admettent de souveraineté qp0 celle du peuple, aucune constitatian d'un grand empire ne peut recevoir légitimement la âa^ction de la majorité de la nation. '
Au reste , que parlons-nous de majorité et des droits qu'elle peut exercer ou déléguer? Après une i-évolution ^ il ne reste plus de majorité dans une grande nation pour la constitution du gouvemeftient y mais un grand tiombre de minorités qui se contre-balancent, et qui sont toutes également inefficaces en droit, incapables en puissance, pour fonder une constitution ou un gouvernement. Quand on demande à un peuple : « Étes-vous mécontent de votre gouvernement? » il est assez probable
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^u'oli trouTera une grande pluraUté des dloyens quLrépondrà rOuL Mais si l'on ajortité une seconde question : Pourquoi? déjà cette pluralité se brisera en un gtand nombre de minorités , donfr chaccme présentera un grief différent^ tandis qu'elle exéu-» seï'a ce qu'une autre condamne. Si l'on fait au peuple une troisième question : Que voulez^voûs^ mettre à kl f lace?: peut-être trouver a-t^on autant d'avis <3|ue de tètes 9 surtout si chacun est amené à exposer les détails de sqb projet; bien certainement du moins aucun projet ne réunira l'assentiment complet de la ma}<>rité y tin assentiment qui ne soit ni violenté ni d'aveugle confiance .^
Après tout, quiconque réfléchit de bonne foi doit reconnaître qu'une cônstitutioti nouvelle, un nouveau gouvernement, ne peuvent jamais procéder de la volonté souveraine du peuplé par la filière régulière et légitime que quelques théoristes ont tracée dans leur cerveau; Le hasard, une force majeure, dés circonstances qii'on ne saurait pi*é-* voir d'avance , placent momentanément le pouvoir dans des mains qui le conservent ou qui le laissent échapper. Aussi ce qui nous parait le grand ob-* staclé au succès d'une révolution démocratique , c^ n'est pas ^oH ihànque d'autorité légitime pour créef une grande république, mais son manque d'hommes et <le moyens pour constituer le pouvoir. Avant la révolution j en efiet, il existait une autorité publique sanctionnée par l'habitude , et à laquelle chacun rendait obéissance sans réflécliir, sans disputer. Du moment que celle*-là s^eM iéva--
3^4 ih^UDES sua LES CONSTITUTIONS
nouie , il n'y a plus que la confiance qui puisse «n fonder une nouvelle. On ne reconnaît plus à personne le droit de commander; mais on obéira à ceux qu'on croira animés de sentimens patrio- | tiques , qu'on saura éclairés par la réflexion et l'expérience j qu'on i^egardera comme résolus à procurer le plus grand bien de leur pays : oh obéira^ disons-nous, tant que cette confiance durera.
Or, pour inspirer de la confiance , il . faut être connu. Dans un pays libre , dans un pays où chaqae homme éminent recherche la distinction ^ et suit dans cet espoir une carrière publique , il agit en présence de tout le peuple y il parle à hui$ ouvert, ^ ses actions ou ses écrits sont commentés par les jdournaux. Alors une certaine opinion puUique se prononce d'avance sur les capacités. Cette opinion peut être souvent trompeuse, souvent trompée; toutefois elle prépare les citoyens à donneir leurs 8affi*ages« D'un bout à l'autre de l'^Union américaine, quand il s'agit de nommer un président, le nom d'un candidat réveille tout au moins une idée. Qn aurait peut-être un peu plus de peine à trouver des noms connus.de tous s'il s'agissait. de faire voter également toute l'Union sur la formation d'un conseil exécutif ; cependant les actions de tous sont si publiques, les pensées réelles ou affectées de tous sont proclamées si haut, qu'aucun de ceux qui mériteraient de concourir au pouvoir n^ saurait être entièrement inconnu à la renommée. Mais qu'on essaie d'une élection publique dans un pays qu'une révolutiop vient d'arracher au despotisme;
JDES PEUPLES LIBRES. SqS '
qu'on enr essaie seulement dans un pays qui ait tu tomber le gouvernement faible et soupçonneux de ces monarchies modernes qui craignent le bruit, qui veulent étouffer l'opinioa , qui demandent que même le bien se fa:sse en silence : comment y trt)u-^ vteait-on une grande réputation , un nom populaire , un personnage qui représente k lui tout seul une série d'idées? Nos lecteurs sont des gens qui ressentent quelque attrait pour la science sociale , et cela sufiGit pour qu'ils connaisisent mieux les célébrités européennes que la massé des peuples y dsins une monarchie, néconnaitles célébrités de sana-* tion; que chacun d'eux eependant essaie à part sol de nommer les membres du gouvernement qu'il voudrait donner à^ l'Autriche, à la Prusse, auldanemarpk ou à telle autre desmonai^cbies de F£urope : il est probable que pas un nom ne se présentera à sa pensée* ^
Ce n'est pas tout : on a rêvé, an a désiré une révolution démocratique dai^s les pays qui sont aujourd'hui divisés en goiivernemens indépendans , tels que l'Italie ou l'Allemagne, avec l^espoir de profiter de cette grande commotion pour les réunir en tmc seule et colossale république dém6cratique. Il faudrait donc que dans ces pays , où toute discussion publique est aujourd'hui interdite, où toute voie vers la célébrité politique est fermée, un choix populaire , un choix libre et rationnel pût désigner ceux auxquels il conviendrait de confier la is6r(veraineté , et que les dtoyens de la plupart ^ ces petits ^tats les allassent choisir, si l'on vçi^ avoir imé majorité, parmi les citoyens d'îlutres petit$
ÉtaU^ chez lesquels ils ne voient anjourd'iMii que des étrangers €t des rivaux. Qu'on s'en souvienne, il faut une longue pratique de la liberté , un long exercice des droits politiques , avant que les citoyens appelés à une élection populaire y voient «autre chose qu'une vaine forme à laquelle ils prennent part sans réflexion, avant qu'ils y. attachent aucune pensée, aucune volonté.
Une révolution s'efiectue en^ général danâ la capitale ; c'est là qu'cm a rencontré le iucmar<|ue et qu'on l'a vaincu; c'est là qu'oa a trouvé^ une population nombreuse ^ prête à s'enflammer poiu* des passions politiques; c'est là enfin que sont rassem-^ blés tous les hommes qui y par leur habitude des affairés , leurs talens ou leur célébrité , sont propres à composer le nouveau gouvernement. Si cette capitale est celle d'une grande monarchie y accou^ tumée depuis tong^temps à donner le ton et l'impul^ sioo à là nation, qui la regarde commâ sa gloire> cette capitale disposera du pouvoir , die nommera le nouveau gouvernement, et elle imprimera soa mouvement à tous les rouages de l'administration qui sont presque tous dans son sein. Le peuple obéira , et c'est , probablement ^ ce qu'il aura de mieux à faire. Alors on aura peut-4tre la démo^ cratie d'une grande viUe gouvérqant une grande nation ; mais on n'aura point une natioU' libre , une nation souveraine.
-Paris , comparé avec tout le reste de la' France y, est en possession d'une telle supériorité dPilkis* trations, de richesses, de lumières^ et de savoir* Caire , que les résolutions prises par cettq capitale
n'^prout^ènt que peu d'opposition de la pi^rt dcif provinces. Celles-ci sont accoutumées à recevoir du centre la mode de la pensée, tout fiussi bien que celles de leurs hfibits et de leurs ameubtemens^ Mais qu'on arrête ses regards sur chacune. des grandes monarchies de l'Europe , et l'on n'en trouvera laucuné où la capitale exerce lia jnétxiè in-^ fluence. L'Autriche y form^ëe de l'agglomération d'États indépendans, n'a pas même uire langue commune ; chacun des royaumes dont elle se com* pose est fier de sa langue nationale, et résolu à la conserver^ chacune de leurs capitales a des opi-« nions à elle, des illustrations à elle , des affections et des jalousies auxquelles elle pe veut point re* noDcer. La Pressé est un assemblage plus récent , et moins homogène éncoiNe j de parties assemblages. £n Ëspagtie , les guerresLci viles nous font voir que le caractère national des peuples divers, réunis sous im même sceptre par Ferdinand et Isa-belle, se reproduit eiicore aujourd'hui avec obstina* tioû autant qu'avec vigueur : aussi ce n'est qu'avec défiance que Barcelone reçoit des décréta empreints de l'esprit de Madrid. Gomment ceux qui rêvent une répubhque, formée de tops les petit» États dé l'Allemagne, au de tous les petits Etats de l'Italie , ontrils pu se persuader que les rivaUtés, le^^ défiances , entre tant de peuples indépendans , se* raient publiées^ non pas par quelques penseurs ou quelques enthousiastes , mais par la masse du peuple, qui écoute, ses affections, ses souvenirs , ses préjugés , plus que leurs raimnnemens ? Comment
398 JSTUDES SUR LES CONSTITUTIOITS
n'ont-ils pas prévu que toutes çes^ antipathies locàlesse réveilleraient avec amertume au moment où la législation générale viendrait à traz^c^her des questions sar lesquelles chaque peuple porte un jug^ ment différent. . /
Il faut avoir assisté à k discussion d'un recès de la diète suisse, pour se faire une idée de la prodigieuse variété des volontés populaires i sur chacune des questions de législation! et d'administration. Les vingt^deux républiques de la Suisse, jalouses de leurs droits de souveraineté cantonnale, ont singalièrêment restreint le champ des décisions obli^ toires pour toute la Suisse qui peuvent être prises par la diète. Ce sont celles-l,à qui, relevant de la seule autorité fédérale, sontnommée^ des conclusa. Maïs quant aux objets qui relèvent de l'autorité souveriaine des cantons , il serait souvent désirable que ceux-ci adoptassent une marche commune.
C'est dans ce but que la diète est habituellement chargée de négocier des concordats^ ceux-ci sont des traités pour régler , entre les cantons concordataires seulement , les points de législation sur les-^ quels ils réussiront à se mettre d'accord. Ces deux classes de projets forment \e^ tractanda j qui sont sounîis chax^ue anhée à la diète. On en compte habituellement une centaine dans le recès, mais il est bien rare que la diète parvienne à prendre une résolution sur plus de dix ou douze. Le plus souvent l'affaire est renvoyée à l'année suivante , parce qu'il a été impossible d'obtenir une majorité pour aucime dfes propositions qui ont été faites dans des
t>]QS PEUPLES LIBRES. 699
sens opposés* Souvent aussi la diète se détermine à sortir une question du r,ecès, ou à déclarer qu'elle ne sera plus l'objet de délibéi*ations , l'expérience ayant démontré qu'il n'y avait pas moyen de s'entendre sur élle.^
farmi ces questioi^is, qu'il devient comme impossible de résoudre , quelques-unes sont liées aux progr:è» de l'économie politique : telles que la libre circulation des marchandises d'un canton à l'autre, la suppression des péages, la régularité à obtenir dans les poids et mesures, l'uniformité de la monnaie et la suppression du bilion de cuivre , la fidélité des postes ausllettreâ et leùrindépendance de l'étranger. D'autres tiennent , aux progrès delà jurisprudence, telle& sont la réforine dc^ code fédéral militaire, la législation de^ faillites, celle des saisie», ou les privilège^ que se sont attribués les créanciers cantpnnaux sur les biens de leur débiteur,, par préférence aux étrangers ou aux autres Suisses. ]>'autres sont deâ mesures destinées à restreindre les jalousies locales, et à'fondre davantage les Vingt-deuX petits peuples dans l'union de la patrie commune. Tel est le droit d'établisseitient réclamé pour tout Suisse, d'un canton dans un autre canton , ou la législation sur cette classe nombreuse d'homnies, qu'on nomme heitmâdiloses , parce que, quoique nés en Suisse, ils n^appar tiennent à aucun canton, à aucune commune; ils ne sont, selon la signification allemandip da ïxtotjMvIle part chez eux é
Lorsque le rapport des travaux de la diiète est âoumis chaque année au conseil souverain de
40O lêxUbÈS SUR LES COIjfSTITtJTÏOlVS
chaque république, et que l'ôp y apprçnd qu'il a étéitnpossible d'arriver à aucune décision; sur ces -questioQiS vitales , ou sur celles qui paraissent complètement éclaircies par la science , il s'y manifeste presque toujours une vive impatience; on accuse la dièto d'impuissance 9 on se plaint qu'elle ne soit pasK souveraine , que chaque député soit lié par les instructions de ses commettans» De là les demandes renouvelées avec tant d'insistance pour la révision àé pacte fédéral ; de là les propositions pour quo les députés arrivent à la diète sans instructions de leurs Etats souverains, pour qu'ils puissent voter en pleine liberté sur toutes les questions^ et pour que leurs votes lient toute la:^ Suisse»
Art-on réfléchi cependant sur la portée dé ces demandes? a*-t-on bien calculé quel serait l'effet sur un peuple libre et souverain de la promulgation d'une loi qui renverserait ses antiques usages / qui heurterait ses préjugés, et qui serait ré'pousséepar sa volonté presque unanime? Dans une nation homogène, comme la française, il y a sans doute, sur chaque question législative, diSs opinions diffé-* rentes^ il y a par conséquent iine majorité et une minorité , non seulement dans touLl'Ëtat , mais dans chaque province. La maprité, dans c)iaque pro*vince , peut s'accorder avec la décision âa législateur, ou la repousser; mais dans ce dernier cas elle est accoutumée à se soumettre à la décision cen>^ traie; elle a peu de moyens de se compter, pu de se comparer aux majorités dans les autres provinces; ses vœux sont rarement liés à des habi-
tudes OU des préjugés loeaux, j^umaisà des sauver; uirs de souveraineté. I^e seutituent de petits peuple» réunis en une seule nation pai? un gouvernement ou/ fédéral , ou unitaire , est tout différent* C?est natio«r nalementque chacun d'eu^c a d^j à prononcé sur ka questions qui vont étr:e souaiises à la; légîslaluee commune; c'est nationalement qu'il a lbrnié..eÉ exprimé une volonté ; peu importe: qu^élle soil conforme ou. contraire aux principes de la scienaeiy c'est la sienne , et avant qu'il suit convainoUi, U tjrrannie seule peut la lui faire abaaidonner. Si l'oi) change en effet le pacte fédéral , si l'on accorde à la diète une absolue souveraineté, toutes^ les quesntiens du recès. pourront, il est vrai, être décidées chaque année , mais elles le seront contre la volonté de ces peuples souverains qui les rejettent aujour^ d'hui. Elles seront décidées au mépris de leurs ii^ téréts , de leurs habitudes , de leurs affections , de leurs préjugés, et probablement aussi au mépris des enseignemens de la science ; car sur toutes les ques^ tiens qui tiennent à la science, si nous faisons le compte en diète , non plus des vobc souveraines^^ mais du nombre des populations qu'elles représentent, nous trouvercms que ce sont toujours les idées les plus enfoncées dans Fignorance qui sont embrassées par les plus grandes majorités^
Plus un pays , non seulement est libre , mais a le renom d'être libre , plus il doit répugner à étret gouverné en contradiction avec ses opinions , asrefi ses volontés. Si la législation toutefois , viotenteilsa affections ou les préjugés d'une çondîtiatiovLidlunm I. a6
4oa ETUDES SUR ' LES CONSTITUTIONS
persuasion dont les membres sont répandas' sur toute la surface du pays, elle ne rencontre en général qu'une résistance morale ; mais quand elle vient heurter les affections ou les préjugés de tout I une province, et plus encore d'un peuple qui est ou qui a été souverain', elle doit s'attendre à produire une rébellion. Les classes diverses de la population , dans la localité froissée , s'entendent et s'excitent l'ime l'autre; les forces se trouvent' unies comme les volontés ; l'ancienne organisation de peuple indépendant prépare des moyens d'action et de résistance , et l'idée du droit d'unissant toujours à celle de l'antiquité, chaque citoyen qui prend les armes pour maintenir la souveraineté de ce qui fut un peuple, loin de se croire un factieux ou un rebelle, s'anime de toutes les vertus du patriote ou du héros. Que l'on étudie attentivement les guerres civiles de l'Espagne, et l'on verra que si 1^ décrets des cortès n'avoient froissé que des individus, ces individus, en quelque nombre qu'ils fussent, se seraient soumis. Mais les cortès ont froissé des provinces , ces provinces se sont alors souvenues qu'elles se nommaient royaumes; elles sont douées de vie, et elles se sont défendues.
Que ceux donc qui tentent de faire une révolution démocratique se souviennent que leur premier principe, tout comme la condition nécessaire de leur succès , c'est de ne pas faire violence aux volontés du peuple ; or le peuple , même dans les momenfiT d'enthousiasme révolutionnaire y où l'entraînement est le plus général , n'a qu'un petit nombre
DES PEUPLES LIBRES. ^o'i
de volontés communes. C'est à ce petit nombre seul que la législation doit se borner, pour être vraiment conforme au principe démocratique. Même au milieu de la contagion morale d'une révolution, beaucoup de volontés profondes , indépendaâtea et opposées, subsistent au milieu du peuple ; si lelégislateur veut les soumettre au nom du peuple, il s'expose à ce que le peuple lui résiste de toutes parts à main armée. II doit au contraire abandonner toutes les questions où il n'est pas appuyé par l'as« sentiment général, aux habitudes et aux volontés locales ; lors même qu'elles ne reposeraient que sur des préjugés, elles n'en sont pas moins sacrées, d'ailleurs elles sont douées d'une telle vitalité qu'elles se défendraient contre lui. On voudrait de la force pour la nouvelle république et son nouveau gouvernement, et l'on croit l'obtenir en centralisant le» pouvoirs, en supprimant toute limite à la souveraineté des représentans du peuple , en anéantissant tout privilège provincial , tout souvenir d'État autrefois indépendant ;4nais on ne crée pas un pouvoir, seulement en autorisant certains hommes à donner des ordres ; au contraire, on ne crée ainsi quede la faiblesse , si chaque ordre produit une résistance , et si la souveraineté doitêtre constamment occupée à réprimer la révolte. Dans un pays où chaque-localité a des souvenirs , des habitudes , dés préjugés, des volontés, le seul pouvoir fort est celui qui, comme la diète suisse, ne peut jamais se heurter contre de telles résistances; où ilne peut ordonner que ce sur quoi le peuple est comme unanime^ où-
il n'ordonne rien que ce que tout citoyen sera em* pressé d'exécuter.
Aussi à nos yeul , lorsqu'une nation a le malheur de se trouver engagée dans une révoIutioD démocratique, elle n'a devant elle que deux chances dé succès. Si la nation, accoutumée à ae fcMrmer qu'un seul tout , a attaché depuis long-^temps sa gloire et toutes ses idées de bonheur à une existeoce centralisée, elle peut s'abandonner à la démocratie de sa capitale, elle n'aura, à ce compte qu'une fausse liberté, qu'une faqése souveraineté; mais l'énergie des passions populaires , centralisées dans une grande ville , pourra la sau var au milieu de l'orage. Si au contraire cette nation est composée d'élémens dissemblables , de peuples qui aient des souvenirs et des afiections d'où naissent des rivalités ; de peuples où chaque ville ait des opinions et un caractère propre , qui s'appuie encore sur un commencement d'organisation municipale ou provinciale , cette nation ne peut réussir qu'en adoptant franchement le système fédératif. Après tout , elle ne doit pas se plaindre de sa destinée ; car ce système lui promet plus de liberté réelle, plus d'accord entre ses volontés et ses lois , plus de tranquillité , plus de garantie contre l'ambition belliqueuse de ses chefs, et cependant plus de force de résistance , si elle est attaquée chez elle , que ne saurait lui en offrir aucun autre.
Dans toutes les crises qui bouleversent les nations, on voit l'association municipale ou survivre à la révolution, ou renaître à l'instant, même, pour la
garantie de tous. Il y a quelque cbose de si effrayant dans la cessation absolue du pouvoir protecteur de la société , dans la suspension du gouvernement , des tribunaux , de la force publique , que les hommes enfermés par une même enceinte de ville se réunissent toujours immédiatement , pour échapper à ce danger. On les voit avant tout former une garde nationale , parce qu'ils sentent que la force et l'obéissance sont pour eux des besoiné plus pressans encore que la liberté. Dans ce moment critique , tout qe qu'il y a d'artificiel dans les distinctions sociales est suspendu ^ mais les dis^ tinctîons naturelles brillent d'un éclat d'autant plus vif qu'on en sent plus le besoin. Chaque ci^ toyen descend sur la place publique avec la puis-sance de sa réputation et ^e tous ses souvemrs. Le troupeau efiSrayé demande des chefs ^ mais bientét û les choisit lui-même , parmi les éminences sociales^ parmi les aristocraties. Il fient coinipte à l'un desa longue expérience , à l'autre des aervicea reudus par luîr-même ou par ses ancêtres. Tel est choisi poxir les talens qu'il a récemment développés, tel autre pour sa bienfaisance , ou même pour sa ri^ chesse qui lui donnera les moyens d'être bien&i*^ sant Dans les cinquante dernières années^ combien n'avonâ nous pas vu de gardes nationales et de mu-* nicâpalités improvisées en une nuit? Repassons*les dans notre mémoire, et nous trouverons que pres-*^ que toujours le pouvoir a été confié au pluç digne. Il est bien vrai que dans un tel moment , personne ue songe à prendre un masque pour ai'river au
4o6 liTUDKS SUR t LES CONSTITUTIONS
pouvoir, à la richessey à ia popularité. Un rang éminent promet alors bien plus de dangers que de récompenses. Si plus tard le même peuple était appelé à envoyer à la capitale des législateurs , ou des membres d'ua conseil exécutif, les candidats qui se présenteraient: à lui ne seraient pas si purs, et son choix pourrait n'être pas M clairvoyant.
Il faut qu'une nation soit bien dégradée pour que l'état de crise et de danger, qui glace les cœurs dans l'isolement , ne réveille pas le, patriotisme .dans une grande réunion d'hommes. Chacun s'enflamme par l'exemple des vertus tie son voisin. Les concitoyens dans le vrai sens du mot , les membres d'une même cité se connaissent tous ; tous aussi jugent bientôt du meilleur emploi qu'ifs peuvent faire des facultés de chacun. Aussi c'est dans l'histoire des villes libres qu'il faut chercher les exemples les plus éminens de patriotisme et de dévouement. Ailleurs le sujet songe presque toujours à défendre son libre arbitre et sa fortune , contre le gouvernement qvd voudrait l'employfer; là le citoyen^ s'empresse au cotitraire de faire accepter son service personnel et son argent. C'est. qu'on demande au premier de l'obéissance , tandis que le second apporte le libre concours de sa volonté ou même de sa passion. La Suisse ne compte que deux millions d'habitans, mais on sait qke ces deux milhcHis se battront tous; qu'ils sacrifieront tout ce qu'ils possèdent pour défendre la seule chose sur laquelle ils soient d'accord,. leur indépendance. Quel autre peuple pour* rait ou voudrait faire une résistance semblable ?
De nos jours l'opinion s'est généralement répan* due que les fédérations sont faibles. à la guerre^ parce qu'on ne voit nulle part en elles d^autorité puis*-' saqte , de commandement illimité ; parce qu'elles ne sauraient éviter les divisions et; rirrésolution' dans les conseils, la mollesse dans l'exécution, toutes les fois qu'il s'agit de former un plan d'attaque^ et> de porter leurs forces au dehors. En effet, de toutes les formes de gouvernement , la fédération est la moins propre à une guerre d'invasion^ à une guerreoffensive. Cette incapacité est.peut-êtré un avantage ; car les républiques, sont naturellement belliqueuses, et il Leur convient que. la forme de leur< gouvernement donne des gages, à la conservation^ de la paix. Mais que l'on consulte. l'histoire , et l!oni ne trouvera peut-être pas une guerire d'affranchisr^ sèment, pas une guerre de bnUaiiteirésistance po-: pulaire, qui n'ait pris lei caractère 4'àae. guerre de fédération. En effet, pour qù'ua. peuple présente^ une résistance énergique , il faut qu'il soit doué de vie, non pas seulement dans son cb^f, mais dans tous ses membres ; il faut qu'en quelque lieu que l'ennemi se présente, il rencontre, non pas aeule^ ment une force matérielle , m^ une pensée et. une volonté indépendantes. Il faut que chaque ville se> défende comme une république^ quiséût que -son tout est en jeu, et que le combat qu'elle va livrer est une épreuve de vie et de mort pour elle*
Les plus anciennes guerres que l'histoire nous fasse connaître sont celles de l'Asie ; nous y voyppa aux prises les Assyri^os , leSiBahylooiens^ ,lçs;Mè-*
4o{^ STUOES dUE LES €01IST11tUT101«S
des , 4es Berses. Leurs Tois disposaient d^ grands trésors , de grandes armées , ils oomptaieDt les bonnues .par centaines de mille, obéiadant à mie seiide Toionté. On assure qu'on Aronvait parmi eux du talent militaire , même du patriotisme; cependant leurs monarchies étaient renveraées par une ou deucL batailles ; jamais la nation ne résistait après que la capitale était prise , «ncore qu'elle sût bien à qtifA point le sort des vaincus serait amer : il s'agissait pour eux du fMfllagè , de l'esclavage ou da miassacre. Le 4c9Zips vint enfin où le pr^^ès des conquêtes du grand iZot amena ses armées en contact avec les villes >tibrè8 des Grecs. Celles-ci n'avaient là leitr oppos^er, ni troufpes nom^breuses , ni forteresses constrdîtes avec un art supérieur, ni grands trésors /ni firmes incolinues , ou tactique plus savante ; mais elles étaient peuplées d'hommes libres, qui ve«àaient «ester libres. Elles ne tenaient leA^unes^auS! 'autresique par ie langage^ par on souin^nir>de raee, et peu* des alliances temporaires; la vctBoe alliatice^était'dans les éœurs, parce que tous voulasent unis -môme chose ^-Pindépendanoe. La vie étai4; pafrtqi2t ^ parce que partout se trouvaient le conseil , la prud^ence y et la fo^oe publique. Chaque cké'l&tait une tète qui dirigeait tous ses membres pisursa défraae:.^ 6^ parleut fédéreltion que les armées du grand rcd furent arrêtées, que son orgueil fut humilié , et que la €lrôce conserva au gemre humain le 'noble béritage de k liberté , des progrès de l'esprit et de la divilisation.
La ville de Bfomfe 'fut fondée au oontraire au nn«
Ueu de coûfédérations belliqueuses et puissantes. La république romaine , animée comme eUes jâe l'esprit de liberté, mais admirablement organisée pour la guerre offensive , triompha à la longue de ces confédérations ; elle s'incorpora celles des Sabins et des Latins , elle vainquit c^es des Etrusques y des Samnites et des Brutiens ; mais chacune de ces luttes fut pour elle aussi longue qu'obstinée et périlleuse. Quand elle eut soumis ces confédérations si vivaoes, la conquête de l'Asie, de l'Egypte et ^ F Afriqvie , ne lui coûta plus guère ou de&tigues ou de dangers. Danoa toute la suite des de^^ nées romaiuAs, les seules guerres dangereuses ^ les seules guerres obstinées, fureid; celles que cette république colossale , dé)à maîtresse d'une moitié du monde , soutint contre des confédérations plus éloi-> gnées , telles que celles des Ibères ,. des Gaulois ou des Geemains. Les deux systèmes de la centralisa*-» tion et de ?la division du pouvoir parurent loog^ temps aux prises dans ie monde connu tout «ntier. Enfin la centralisation produisit le despoftisme , et celui-ci, après des efibrts gigantesques., fut cause delà destruction de la civilisation. L'uaiité romaine, toute civilisée, riche tet habile qu'elle était, iie put sccdéfendre contre l'hydre k mille têtes de la barbarie libre , d: partoid; animée de vie. Les con-^ fédérations des Snèves, des S^ranos , des Allemands, des Bourguignons rennriersèrent le granid empire.
^'amour de l'unité, ainsi que le culte des souve-^ nirs de Rome, survécurent long-temps à la chute de sa domination. Les parties de ^e grand tout
4lO ÉTUDES SUR LES COITSTITtJTfONS
avant même d'être séparées, ne conservaient pas un sentiment de vie : on ne désirait plus l'indépeD' dance locale ; on croyait avoir besoin d'ordres pour se défendre ; on demandait un chef, et les membres détachés de l'Empire ne montraient plus qu'un seul symptôme de vitalité , le besoin de se réunir. Bientôt en effet on vit se former de nouveau de grandes monarchies; Théodoric^ Clothaire^ Dâgobert^ Charlemagne, semblaient avoir rendu au monde l'image de l'empire romain ; mais dans ces nouvelles monarchies, de même que dans cet empire y les cités, les provinces, ne se croyaient pas le droit de songer à elles-mêmes : elles attendaient des ordres pour se défendre; tandis que les bandes indépendantes des Nonnands , des Sarrasins , dés Hongrois, obéissant à un^ passion commune, mais non à des ordres communs , confédérées seulement par la haine de l'unité , renversèrent également ces monarchies , et montrèrent au monde le spectacle d'un nouveau triomphe du serpent à plusieurs têtes sur le serpent à plusieurs queues.
La renaissance de l'Europe vers l'an iooo doit être remarquée comme l'époque où l'Empire affaibli invita tous les peuples qui le reconnaissaient à se défendre eux-^niêmes , et permit à toutes les. cités , à toutes les bourgades , à tous les seigneurs de terre , d'élever des murs d'enceinte et des forteresses. Avec les nouvelles murailles où vit renaître le vrai esprit municipal , l'esprit d'assistance mutuelle , de patriotisme local , d'indépendance et de confédération. Anthée . avait besoin de toucher la
Mis PEUPLES LIBRES. 4'!
terre pour recouvrer sa vigueur. Il fallait queles empires retombassent dmis la poussière , que la société fût ramenée à ses élémens primitifs , à la solidarité des concitoyens qui se connaissent et qui s'aiment , pour que les peuples se sentissent en état de résister aux invasions étrangères. Dès lors , du onzième auqulnzième siècle, durant la grande fédération féodale, il y eut peu de conquêtes. Cependant la lutte entre la pluralité des conseils et l'unité d'un chef ne tarda .pas à recommencer. La fédération des villes de Lombardie humilia le grand Frédéric Barberousse ; la ligue des Suisses humilia la maison d'Autriche ; la ligue anséatique humilia tour à tour toutes les couronnes du Nord 9 la ligue de Souabe fit cesser dans la haute Allemagne leè brigandages que l'empereur n'avait pu réprimer.
Au seizième siècle , la grande question du droit d'examen, en matière de religion , appela plus fortement encore les hommes à mettre en commun leur force pour défendre leur individualité, à s'allier au lieu de se soumettre. L'unité de l'Empire s'appuyait sur l'unité de l'Église. Les partisans de Charles-Quint et de ses descendans ont toujours répété : Une foi ^ une loi, un n?^/ mais à l'épreuve , on trouva plus de vigueur, dans l'individualité des pensées et des sentimens. La ligue d« Smalkalde contraignit Chàrles-Quint à accorder , pour la première fois , la liberté de conscience. Il est vrai que bientôt elle se laissa surprendre, vaincre et dissoudre ; mais elle reparut tout à coup vivante à Inspruck , et elle arracha à Charles-Quint, déjà prêt
4^3 liTUDES SUR LES CONSTITUTIONS
à déposer la couronne^ la paix publique de Passau.
La résistance de la l^e des Provinces-Unies ; contre Philippe II est plus merveilleuse Picore; : la disproportion des forces était si grande , les revers étaient si atterrans, que si les insurgés des Pays-Bas avaient été conduits par une seule volonté , cette volonté se serait soumise. Mais chaque ville n'avait pas seulemeiri; dcmné ^a foi à l'auion d'Utrecht , elle brûlait aussi de son propre palriotisme. £lle versait des larmes de sang sur le sort de ses confédérés, lorsqu'elle les voyait envahis par les Espagnols et livrés à toute la. fiireur de leurs soldats ^ mais ces larmes étaient mêlées de cris de vengeance. En vain Elisabeth les pressait de traiter de la paix à l'approche de l'îavinciUe A^ mada , en vain Henri lY les abandonnait à la paix de Yervins , les confédérés ne consentirent jamais à se soumettre , ils n'avaient point déféré à lenr propre gouvernement le droit de pactiser sur leur liberté et leur indépendance.
Dans toutes les guerres civiles des huguenots , en France , on put reconnaître les efforts héroïques d'un pouvoir confédéré contre un pouvoir centrai. jQuand ils vinrent à se compter, ils reconnurent bientôt qu'ils ne formaient qu'une très petite mi* écrite dans la nation. Mais cette minorité qui n'avait ni capitale , m arsenaux , ni trésors , ni armées , se défaidit glorieusement durant le cours de sept guerres civiles , parce qu'elle était vivante en tous lieux ; que l'assassinat d'un chef ne la tuaii point y qu'une défisiite ne livrait point sa capitale ,
qu'une invasion n'arrivait jamais jusqu'aux lieux où siégeaient ses conseils. Vers la fin de ces guerres , le parti huguenot fut amené à se serrer autour de Henri lY , et à se couvrir de drapeaux roy artistes ; il fit triompher le dogme de la légitimité, qui s'était mis sous sa protection f mais il perdit l'existence avec sa victoire. L'abandon de l'esprit d'une confédération lui fut plus fune^e que vingt défaites.
Dans le siècle décnier , c'est une confédération qui a soustrait l'Amérique du nord à l'empire bri* tannique, et qui a donné la idctmre à trois millions d'hommes, sur dix-huit niillions. Toutes les guerres de l'Espagne , contre Tempire français , de la Pologne, contre l'empire russe ^ ont eu le caractère des confédérations; c'est-à^ire que l'autorité était disséminée, que les conseils étaient partout comme la résistance, que la souveraineté n'était ntiUe part. Ce sont aussi des confédérations qui ont soustrait les colonies espagnoles à lei;r métropole ; il est vrai que dans ces coloqies Fesprit d'unité continue à lutter contre celui de localité. Elles voulaient se faire grandes dès le berceau; au lieu de se constituer isolément dans chaque port , dans chaque cité où se trouvait une population agglomérée, les colonies espagnoles voulurent faire des républiques colossales de tous les espaces marqués sur la carte, comme un seul gouvernement , espaces où des cités et des plantations isolées, de loin en loin, n'avaient aucune communauté ni d'esprit ni d'intérêt. Ces républiques démesurées , qui n'avaient elles-
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mêmes ni homogénéité, ni patriotisme , ont ce** pendant triomphé de l'Espagne, comme confédération, parce qu'un amour commun de l'indépendance les unissait. Elles n'ont pu ensuite ni: se constituer , ni éviter les guerres civiles , parce que le pouvoir central de chacune est entré en lutte avec toutes ses parties; parce qu'on l'avait voulu faire fort comme ou voudrait faire la Suisse forte, enac^mentant les attributions du gouvernement, et qu'on l'avait liiu contraire rendu faible comme: on rendrait la Suisse faible, en provoquant, sur tous les points , la résistance; en somme, c'est comme fédération que les colonies espagnoles ont brisé le joug de l'Espagne , c^est comme républiques unitaires et démesurées qu'elles ne peuvent s'arracher à la guerre civile et à l'anarchie.
En présence de tant d'exemples , il est étrange qu'on ait pu hésiter à reconnaître dans Je système fédératif le système de la résistance , le seul système par lequel une nation non organisée puisse échapper à l'oppression.. Une grande nation , lorsqu'elle est déjà constituée soit en monarchie, soit en république, lorsqu'elle ^ des arsenaux , des armées , un trésor , un crédit , des impôts régulièrement perçus , un gouvernement redouté de tous , obéi de tous , peut sans doute , non seulement se défendre , mais remporter de grandes victoires, et en. tirer tout le parti po;ssible. Une nation^ au contraire , qui est surprise au milieu d'une révolution, sans trésor, sans arsenaux, sans armée , sans autorité légitimement constituée, et universelle-
ment reconnue, périra presque immanquablement, si elle ne se retourne pas vers ses seules autorités vivantes, les autorités municipales, et si elle ne confie pas son salut au patriotisme des localités»
Nous n'avons rien à dire sur la constitution de ces fédérations; le hasard presque autant que le besoin les fera naître, et dictera les conditions de l'association. Les élémens sociaux, les élémens indestructibles, avons-nous dit, sont dans les municipalités ; nou»^ n'en . concluons point cependant qu'il n'y ait de confédérations que celles des villes ou des communes. Des intérêts locaux, des rapports économiques, la communauté de lois, de religion , de langage , de mœurs , mais surtout l'histoire et ses souvenirs, et la gloire passée, donnent à un assemblage d'hommes ou de populations le sentiment qu'ils forment un seul peuple. Ce peuple peut être grand ou petit , il peut être contenu dans une vallée, comme celui d'Ury, ou dans une ville comme celui de Baie , ou occuper un district puissant comme celui de Berne , ou un duché comme les États d'Italie, ou un royaume comme ceux de l'Espagne. Il suffit qu'il ait vie, unité, organisation politique, amour de son indépendance et de son individualité , pour qu'il soit propre à devenir membre d'une confédération. La tendance de toute civilisation est de réunir, et s'il se formait aujourd'hui une confédération, elle se composerait d'Étals bien plus considérables que ne l'étaient ceux qui s'alliaient au moyen âge. Seulement point de symétrie , point d'arrondissement des uns aux dépens
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des antres 9 point de prétention à faire les États pour l'union y au Ueu de faire l'union pour les États. Le pays divisé en peuples divers qui repouasent le joug ne doit s'organiser que d'après une seule idée 9 l'indépendance. La nation qui a besoin d'un effort généreux &it un appel à l'individualité des peuples et à leur patriotisme. Qu'^e se garde d'offenser cette individualité , de ^acer ce patriotisme en mettant quelque part sa volonté à la place de la volonté de chaque peuple. C'est dans des temps plus heureux et plus calmes que chacun de ces peuples , s'appliquant à lui-même les principes de la science sociale , s'efiBorcera de balancer sa constitution , de mettre en harmonie la préservation de tous les intérêts avec les droits dé tous , de rattacher le temps présent aux souvenirs les plus glorieux du temps passé , et de mettre la patrie à l'abri des révolutions , sous la garantie des vertus pubUques , du respect pour la loi , et des longues traditions de l'ordre et de la liberté.