II.— Comté de Bonaventure
Ce comté renferme une population de 13,092 âmes dont 7,239 sont d'origine canadienne française. Le reste de la population se compose d'anglais, d'écossais, d'irlandais et de Jersiais, qui, presque tous sont d'excellents cultivateurs. La présence des écossais dans la Baie des Chaleurs, surtout, a beaucoup contribué à répandre le goût et les connaissances pratiques de l'agriculture ; aussi la valeur des terres n'a pas tardée d'augmenter considérablement.
Les canadiens qui ne s'étaient occupés que de pèche jusqu'alors, voyant que les nouveaux venus vivaient mieux qu'eux, par la seule ressource de la culture, s'empressèrent de les imiter en se mettant de suite à l'œuvre et en exploitant cette richesse du sol mieux qu'ils ne l'avaient fait auparavant.
A six lieues du fond de la Baie des Chaleurs, sur la rivière Ristigouche, se trouve groupée une peuplade sauvage: derniers vestiges de la tribu des Micmacs, autrefois si nombreuse et si puissante. Comme leurs ayeux, ces sauvages vivent de chasse et de pêche, et cultivent peu.
Le nombre d'acres ae terre possédés par les habitants du comté s'élève à 158,774 dont 33,289 acres sont en état parfait de culture. Le terrain est propre à tontes sortes de céréales.
Les récoltes de 1860 ont donné 565,156 minots de tous grains et patates, et 7,992' tonneaux de foin, évalués à $282,306. Le blé figure pour 15,452 minots. Rappelons-nous que c'«6t le blé de la Gaspésie qui remporta le premier prix à la grande exposition de Londres de 1851.
Les principaux engrais dans toute la Gaspésie, mais surtout dans le comté de Bonaventure, sont le varech et le caplan. Le varech se tro.uve en quantité considérable sur le rivage, surtout à la suite d'un fort coup de vent d'Est ; il est aussitôt ramassé et charroyé sur les champs. Quelques-uns le mettent
en tas et le laissent décomposer avant de l'employer ; d'antres le font brûler, et en répandent les cendres sur le sol, comme nous fesons du plâtre dans le Bas-Canada.
Les principaux produits de l'industrie tels que le sucre, le beurre, la lame, l'etofte foulée, la flanelle, la toile et la filasse, s'élèvent à $63,346. Le beurre figure pour 145,663 lb.
Les produits de la pèche sont aussi très lucratifs. À part la pèche de la monïe, — nous dit une très intéressante correspondance sur le sujet, — il y a aussi la pèche du hareng qui s'y fait sur un grand pied. C'est surtout dans le haut de la Baie des Chaleurs, c'est-à-dire dans cette partie qui comprend Méguâcha, Nouvelle, Trakadièche, Maria, Cascapédia et Bonaventure que se prend la plus grande quantité, de narengs. Quant au saumon, il abonde dans presque toutes les rivières, surtout dans celles de Cascapédia, Bonaventure et Port Daniel. Les profits réalisés par les habitants du comté, en 1860, ont été comme suit :
Morue sèche, 10,076 quintaux, évalués à $30,228
Morue verte, 103,336 quarte, " 258,340
IIarengs, 12,500 quarts " 53,125
En tout $341,693
Le gouvernement a fait ouvrir depuis quelques années un grand chemin qui, partant de la baie Sainte-llélène ou la grande rivière Cascapédia, traverse les cantons Maria, Trakadièche, Nouvelle,. Mann, Itistigouche, en longeant la rive, et va aboutir à Matapédia. Cependant, la plus grande partie des rivières n'ont pas encore de ponts. Les principales rivières de Port-Daniel, Bonaventure, du petit et grand Cascapédia, ainsi que plusieurs autres rivières du comte de Gaspe, sont franchies par le moyen de bacs ou autres embarcations.
La valeur du bétail, qui compte pour 32,119 tètes, est estimée à $262,975. Celle des voitures d agréments, au nombre de 979, à $24,204.
La propriété foncière est évaluée à $1,124,681, et les instruments d'agriculture à $65,471, de mémo que les jardins potagers qui sont estimés à une valeur de $5,928 ; formant en tout, avec les antres iteim déjà mentionnés, une richesse totale de $2,170,604.
Les acadiens qui viennent d'émigrer de l'Isle du Prince* Edouard à Matapédia, grâce à l'initiative de M. Belcourt, missionnaire canadien à 1 Isle du Prince-Edouard, trouveront, paraît-il, un terrain bien supérieur à celui qu'ils occupaient