‹ Études sur les développements de la colonisation du Bas-Canada, depuis dix ansChapitre 27 sur 124 · E2T AMONT DE QUÉBEC, AU SUD · texte numérisé non relu

E2T AMONT DE QUÉBEC, AU SUD

Cette région renferme dix comtés : Beauce, Mégantic, J Àrthabaska, "Wolfe, Compton, Richeraond, Drummond, Lotbi-

nière, Nicolet et Yamaska, couvrant une surface d'environ ; 6,950 milles quarrés.

Cette contrée s'étend depuis la rivière Chaudière, à l'Est, jusqu'au-delà de la rivière Saint-François, à l'Ouest, et est bornée au Sud par les frontières du Maine, New-Hampshire et Vermont, et au Nord, par les comtés de Lotbinière, Nicolet et Yamaska, sur le fleuve Saint-Laurent.

L'aspect du pays varie à l'infini, quoiqu'il soit généralement montagneux ou ondulenx. Les traits généraux offrent des collines à pentes douces couvertes d'un bois franc de bonne qualité, faciles à défricher, et* possédant un sol très productif, bien que les bords de plusieurs cours d'eau soient encaissés dans de vastes bas-fonds d'un sol sablonneux, pierreux et de qualité inférieure. Ce sont les terres hautes qui offrent les plus grands avantages aux défricheurs, vu que dès la première année qu'elles ont été défrichées le colon peut en retirer une récolte assurée qui le récompense de suite de son travail, à part les cendres de bois franc qu'il exploite et qui souvent servent à payer la valeur du défrichement de sa terre.

104 00L0HI8ATI0H DU BAS-CAHADA.

Les montagnes de Notre-Dame dont j'ai parlé dans l'introduction de la Ile Etude, se présentent ici sous la forme de parties détachées d'nn pays élevé et montagneux, séparées par les vallées de la Chaudière et du Saint-François.

La partie montagneuse commence à environ 25 milles du fleuve Saint-Laurent. A sa base se déroule sur une assez grande largeur une lisière de terrein médiocre et marécageux, située en arrière ou au fond des seigneuries. Les bonnes terres commencent là où le pays s'élève en formant une série de collines sans cesse renaissantes, assises sur une surface de riche terrain labourable d'une largeur d'environ 30 milles.

Au sud de cette région montageuse s'étend une autre vallée, parallèle à la première, d'environ 30 milles de large et arrosée par le Haut-Saint-François et la Haute-Chaudière. C'est dans cette dernière vallée que se trouve aujourd'hui la plus grande partie des terres de la couronne qui sont disponibles. Comme elle est abritée et Bituce plus au sud, elle jouit d'un climat plus doux que celle du Saint-Laurent et que les montagnes qui les séparent l'une de l'autre.

Grâce à la supériorité de son climat et de son sol, la vallée au sud de la région montagneuse dont je parle, s'est peuplée rapidement durant ces dernières dix années ; et ce qui reste de terres .disponibles sera bientôt occupé, au moins 6Î on peut en juger par les efforts patriotiques que font plusieurs zélés Prêtres, tels que MM. les abbés Champeau, Dagenais et autres, goncuremment avec la Société de Colonisation du Bas-Canada, établie à Montréal.

Ce territoire est également destiné à deyenir le centre principal de l'établissement des manufactures de toutes .espèces, dans le pays, en conséquence des nombreuses rivières qui arrosent la contrée et qui offrent des pouvoirs d'eau considérables et avantageux, pouvant être exploités 6ans de .trop grands capitaux.

Les principales rivières, outre la Chaudière, sont :

La rivière Saint-François, qui a deux sources principales, «savoir : le lac Saint-François, situé dans le comté de Beauce,

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et le lac Memphrémagog, situé dans la ligne qui sépare les comtés de Stanstead et Brome, sur la frontière du Vermont. La première de ces sources coule au sud pendant environ 30 milles, traversant les cantons Priée, Colraine, Garthby, Stratford, Weedon, Dudswell, Westbury et Ascot, après quoi la rivière prend son cours au nord-ouest, parcourant environ 80 milles dans la ligne qui sépare les cantons Ascot, Stoke, Windsor, Shipton, Kingsey, Simpson et Wendover, à l'Est, et ceux de Brompton, Melbourne, Durham, Wickham, Drnmmond et Upton, à l'Ouest, pour aller ensuite se jeter dans le lac Saint-Pierre. L'autre source, celle du lac Meniphrémagog, de l'extrémité-sud duquel plusieurs rivières descendent dans l'Etat du Vermont, alimente de plus la petite rivière Magog, dont les eaux coulent vers le Nord et traversent la ville de Sherbrooke, située à 19 milles de la sortie du dit lac, mettant en activité dans cette ville naissante 'plusieurs manufactures de coton, laine, drap, papier, seau?:, et autres petites industries. La navigation de Sherbrooke au lac est gêné par plusieurs puissants obstacles naturels tels que chutes, rapides, etc., de même qu'en descendant vers le fleuve où se rencontrent les grandes chutes ou cascades de Brompton, qui ont deux milles de longueur ; les petites chutes de Kingsey, quinze milles plus bas, et où la rivière devient très resserée qui nécessite un portage, ainsi que d'autres difficultés aussi incommodes que dangereuses, causées par les courants rapides qui s'y rencontrent. Malgré cette alternative tracassière de transport par terre et par eau, le commerce qui se fait par eette voie est assez considérable. La largeur de la rivière Saint-François varie depuis deux arpents jusqu'à près d'un nulle.

La rivière RTieoLet, qui tire sa source d'un lac du même nom situé dans le canton Weedon, coule au nord-ouest à travers les cantons Ham, Chester, Arthabaska, Warwick, Balstrode, Horton et Aston, pendant environ 47 milles, où elle se relie avec une grande branche qui sort des cantons Shipton, Kingsey, Simpson et Wendover, et à ce point de jonction on donne à la rivière le nom de Fourche ; de là à

son embouchure, dans le lac Saint-Pierre, la rivière Nicolet a encore 21 milles à parcourir. Un des tributaires de cette rivière passe aussi à l'ouest du canton Halifax.

La rivière Bécancour, qui prend sa source dans les cantons Broughton et Leeds, se môle avec plusieurs cours d'eau sortant dTnvemess, Halifax et Lreland, formés par plusieurs petits lacs tels que le lac à la Truite, dans le canton lreland ; le lac "William, dans Halifax ; et le lac Joseph, dans Inverness. On fait descendre par ces diverses branches de rivières une quantité considérable de pièces de bois. Après avoir arrosé les cantons Nelson et Sommerset, et le front des cantons Stanfold et Bulstrode, dans la direction de l'Est, pendant environ 46 milles, la rivière Bécancour tourne au nord-ouest et coule l'espace d'environ 21 milles entre Aston et Maddington, et va se décharger dans le fleuve. Cette rivière étant très coupée par des chutes, rapides et bas-fonds, n'est pas navigable. Cependant on prétend qu'elle peut être facilement rendue navigable au moyen de canaux peu dispendieux, depuis les chutes dans le canton d'Inverness jusqu'au lac Noir, dans le canton Coleraine, pour un espace de 51 milles. De ce point, le Saint-François qui arrose les cantons déjà mentionnés, offrirait une communication par eau facile et peu dispendieuse, jusqu'à la ville de Sherbrooke, au centre des cantons de l'Est. L'importance de cette communication par eau, qui parcourt une espace aussi considérable, est facile à concevoir et mérite l'atterftion publique.

Comme l'exprime si correctement J. B. E. Dorion, écr*, membre du comté d'Arthabaska, — dont l'énergie égale l'amour qu'il porte à la colonisation, — ce fut un malheur pour le pays et en particulier pour la population française du Bas-Canada, que les richesses que renferme le sol des cantons du sud n'aient pas été connues et appréciées il y a cinquante ans, comme elles commencent à l'êtrç depuis une quinzaine d'années. Et c'est peut-être un malheur plus grand encore que les préjugés contre les terres hautes des cantons du sud et la tenure de ces mêmes terres aient, pendant si longtemps, empêché nos compatriotes de s'y fixer en plus grand nombre

m* fcnrDï.— GAincm me l'est. 107

pour y imprimer le cachet de leurs mœnre tempérées, de leurs habitudes morales et retenir, par une attraction nouvelle, des milliers de canadiens qui sont allés aux Etats-Unis etMont les bras auraient été 6i utiles à l'avancement matériel du pays.

Si nous reportons notre attention vers les premiers temps de Fouverture des cantons de l'Est, nous verrons que les années qui s'écoulèrent entre 1800 et 1815 constituèrent une époque malencontreuse pour la prospérité future et l'avancement de la colonisation dans cette partie du pays, par suite de ces immenses concessions de terres, situées dans les comtés Drummond, Mégantic, Sherbrooke, Shefford, Stanstead et Missisquoi, qui furent accordées à des sociétés d'individus avec l'engagement de remplir certaines obligations de colonisation qui ne furent jamais remplies (1).

Pendant près de cinquante ans, dit M. Dorion, ces terres restèrent dans un état d'abandon complet et furent toujours un obstacle à la colonisation. C'était une barrière de plusieurs lieues de profondeur s'étendant immédiatement en arrière des seigneuries depuis Saint-Hyacinthe jusqu'à la rivière Chaudière. Avant 1840 on comptait très peu de propriétaires canadiens-français dans les cantons de l'Est. La moitié de la population française qui s'y trouvait, était en service chez les

(1) On compte environ 1,400,000 acres de terre octroyé» à des sociétés, etc., dans le Bas-Canada. Voici la liste de quelques uns des cantons de l'Est où des tels octrois existent : Ascot 27,200 acres ; Bockingham, 14,000 acres ; Artnabaska, 10,000 acres ; Bolton, 62,000 acres (Cet octrois de terre est administré en grande partie par une commission nommée conformément à nne loi spéciale, et poir lequel le *crip de Bolton et Magog a été émis) ; Brome, 41,000 acres; Barford, 26,000 acres ; Brompton, 21,000 acres; Bury, 11,000 acres; Bnlstrode, 13,000 acres; Chester, 11,000; Dnnham, 40,000 acres; Dndswell, 1 1,000 acres ; Dorset, dans presque tonte son étendue, soit environ 40,000 acres ; Durham, 31,000 acres ; Ely, 11,000 acres ; Eaton, 24,000 acres; Hatley, 22,000 acres ; Hereford, 64,000 acres ; Halifax, 11,000 acres ; Inrerness, 11,000 acres ; Ireland, 11,000 acres ; Leeds, 11,000 acres ; Melbourne, 25,000 acres ; Newport, ouest, 11,000 acres ; Orford, 11,000 acres ; Shenlej, les quatre premiers rangs, soit environ 16,000 acres ; Stanbridge, 47,000 acres : Shefford ; 33,000 aores ; 8tuckely 22,000 acres ; Stanstead, 26,000 acres ; Shipton, 68,000 acres ; 8toke, 54,000 acres ; Upton, 22,000 acres ; formant en tout 803,200 acres.

Ceux qui se mettent en tête d'organisation pour l'établissement des terres publiques, doivent donc s'assurer préalablement de l'état de la tenure des terras dans les cantons qu'ils choisissent, avant que d'y diriger -des colons.

habitants parlant la langue anglaise dans les comtés Misasquoi, Shefford, Stanstead, Sherbrooke, Drummond et Mégantie ; et ceux qui occupaient des terres étaient en grande partie des squatters ou colons irréguliers n'Ayant point de titres aux propriétés qu'ils occupaient. Outre cette poignée de Canadiens établis ça et là, il y avait environ 32,000 habitants d'origine britannique dont les premiers étaient venus des Etats-Unis immédiatement après la déclaration de Flndépendanee des anciennes colonies anglaises. Leur nombre avait été grossi par quelques milliers d'âmes venant des Isles d'Angleterre et dirigés sur les lieux par les efforts du gouvernement impérial qui voulait en faire un pays anglais. La population anglaise était principalement échelonnée depuis Drummondville, en montant vers le sud-ouest le long de la rivière Saint-François et entre cette rivière, vers l'ouest, jusqu'à la baie de Missisquoi. La population française était disséminée au milieu de tout cela par petits groupes à peine reconnaissables, et les établissements qui portaient le plus l'empreinte de son caractère étaient situés au nord-est de la rivière Saint-François en descendant vers Québec.

Malgré cet isolement, la population canadienne-française continuait de s'accroître en importance et en nombre, par la seule force de sa vitalité et de son énergie, au poistt que cette expansion devint un sujet d'étonnement pour tout le monde, mais plus particulièrement pour les diverses origines an milieu desquelles s'opérait ces heureux développements pour le pays.

La forêt reculait comme par enchantement sous les coups redoublés de la hache du colon, et les obstacles nombreux qui surgissent d'ordinaire sur sa route semblaient être écartés pour le plus grand nombre des familles canadiennes, lorsque soudain on vit une partie de la population abandonner le siège de leurs travaux respectifs et même quitter le sol si cher 4e la patrie.

Cet état de chose dura quelques années avant qu'on put se rendre compte des eauses qui opéraient un si triste changement. Mais comme les causes qui favorisaient l'émigration des canadiens-français aux Etats-Unis allaient toujours croissantes,

IH*" ÉTDDE. — CASTtOKB DB LfE8T. 109

en rk dès Ion la presse française et tous les hommes sérieux, inspirés par les pins nobles sentiments patriotiques, jeter l'alarme et s'empresser d'y apporter quelques remèdes* C'était en 1848.

M. l'abbé (yReîIley, alors curé de Sherbrooke, Prêtre irlandais et sincèrement attaehé à la cause de» canadiensfrançais, témoin de ce déplorable dépeuplement des cantons de l'Est par nos compatriotes, attira, par des discours éloquents et pleins du feu de- la vérité, l'attention des habitants dessilles de Québec et de Montréal qui, à l'appel de NN. SS. les Evêques, fondèrent des sociétés pour aider et promouvoir autant que possible les intérêts de la colonisation des cantons de l'Est. Les environs du lac Aylmer, dans le canton Garthby, furent l'endroit eu la Société de Québec dirigea les familles d'ouvriers de ht ville qui voulurent aller coloniser, en faveur desquelles on fit élever une chapelle et un presbytère. La société de Montréal fonda Roxton en y dirigeant des colons ; là aussi, furent élevés mue chapelle et un presbytère, et un prêtre alla de suite demeurer au milieu de ces intrépides et valeureuses familles.

Si d'aussi louables efforts n'eurent pas ton* fo succès qu'on avait lieu d'espérer, cela est dû à des cames diverses qui furent difficiles à écarter.

Quoiqu'il en soit, Poravre de la colonisation devint oubliée pendant quelque temps et' l'émigration reprit son court. Hais parut bientôt l'énergique manifeste des douze missionnaires des cantons de l'Est, daté du SI mars 1852.

Cet important mémoire, — rédigé par M. l'abbé Antoine Racine, prêtre d'une énergie peu commune et d'une grande réputation comme orateur sacré, — eût beaucoup de retentissement. Comme je l'ai déjà exprimé dans une autre circonstance, chaque page de ce Ptotêt est marquée au coin du patriotisme le plus pur; on y découvre la hardiesse d'une conviction inébranlable, puisée il est vrai, sur le théâtre même des douleurs qu'elle raconte. Ce document réunit toutes les pièces d'un éloquent plaidoyer en faveur de la colonisation avec une ampleur de recherches et une vigueur de

110 COLOKI8ATIOK DU BAB-CÀNÀDÀ.

raisonnements qui pénètrent et intéressent beaucoup. De telles œuvres, pour de tels motifs, ne périssent point : elles font partie de notre répertoire national.

Ce document avait pour but de demander an gouvernement de nouveaux chemins pour la colonisation des terres incultes dans ces cantons ; de procurer à la jeunesse canadienne des terres à des conditions avantageuses ; d'écarter les obstacles qui empêchaient l'établissement de ces terres ; d'améliorer les voies déjà ouvertes et d'en établir de nouvelles, en même temps que d'y associer un système permanent de voierie»

Il va sans dire que ce savant et important manifeste attira l'attentipn du gouvernement d'alors, qui constitua un comité spécial pour s'enquérir sur les choses qu'il mentionnaient, avec mission de faire rapport sur les moyens les plus propres à promouvoir les intérêts de la colonisation (1).

Le gouvernement sollicité, vivement pressé de toute part, commença enfin à s'occuper plus activement de la colonisation et fit ouvrir les routes les plus pressantes.

Aujourd'hui, la population de cette partie du pays s'élève à 153,261 habitants dont 112,692 sont d'origine canadiennefrançaise et 40,569 d'autres origines. Comme on voit, la population française y a fait de rapides progrès, puisque déjà elle compte paur un chiffre aussi élevé. L'agriculture et l'industrie progressent également bien, et nul doute qu'avant peu les cantons de l'Est seront la partie la plus riche du Bas-Canada, si déjà même elle ne l'est pas. Chaque canton un peu établi compte sou village et, tous, se recommandent par quelque genre particulier de beautés, soit un lac, une rivière ou le voisinage d'une montagne dont le sombre aspect contraste singulièrement avec la fertilité de la vallée qui s'épanouit à ses pieds. Presque partout, aujourd'hui, on

(1) Cet important Plaidoyer toit signé par MM. les abbés Jos. Nelligan, curé de Leeds ; J. H. Dorion, missionnaire de Drnmraondville ; Antoine Racine, miss, de Stanfold ; Léon Provencber, miss, de Tfing ; Chs. Trndelle, miss, de Somerset ; L. Ad. Dupuis, miss. d'Halifax j B. McGauran, miss, de Sherbrooke ; L. Trahan, miss, de Shipton ; N. Leclerc, miss, de Lambton ; P. de Villers, miss. d'Arthabaska ; J. Sassevilte, miss, de Kingsey «t J. M. Beraier, vicaire d'Halifax.

m? imjDE. — cantons de l'est 111

découvre des champs couverts des plus belles récoltes offrant le spectacle de l'activité moderne se mêlant aux douces jouissances de la vie rurale la plus antique.

Le commerce des cantons de l'Est est facilité aujourd'hui par l'existence de voies ferrées magnifiques. Tous les jours partent de la Pointe-Levis des convois du chemin de fer Grand-Tronc allant à Eichemond, distant de 96 milles de Québec, après avoir traversé les florissants cantons Nelson, Somerset, Stanfold, Arthabaska, Wanvick, Tingwick et Shipton. Les mêmes avantages se reproduisent pour les habitants de la partie Ouest de ce vaste territoire. Il part également de Montréal, tous les jours, des convois traversant les riches comtés de Chambly, Eouville, Saint-Hyacinthe, Bagot et Eichemond, formant un parcours de 72 milles, auquel endroit ils se relient à la branche de Portland (Maine), qui continue à traverser les cantons sud de la région tels que ceux de Melbourne, Windsor, Stoke, Brompton, Aacot (où se trouvent la ville de Sherbrooke et le village de Lennoxville), Compton, Clifton et Barford, pour de là se rendre à l'Atlantique après un parcours de 164 milles à travers le territoire des Etats-Unis.

Une autre voie ferrée, celle d' Arthabaska, vient d'être terminée et livrée au commerce. Ce chemin de fer qui a son point de départ à SaintGrégoire, vis-à-vis de Trois-Eivières, traverse la seigneurie, entre les rivières Nicolet et Bécancour, et les cantons Aston et Bulstrode, pour aboutir à Saint- Chrystophe d'Arthabaska. Cette utile entreprise a eu pour effet immédiat de faire connaître davantage au pays les capacités intellectuelles d'un homme .très marquant, et qui a su faire primer à l'étranger des connaissances politiques et financières très propres à rehausser le crédit attaché à notre origine. Je veux parler de Phonorable J. E. Turcotte, Président actuel de l'Assemblée Législative du Canada.

Inutile d'ajouter que la colonisation des cantons de l'Est doit aux voies ferrées ses «plus grands développements.

Quoique le déboisement de la forêt se soit considérablement développé depuis dix ans, il reste encore une grande quantité

d'acres de terre disponibles pour les besoins futurs de la colonisation. Aujourd'hui, le gouvernement offre en vente au-dessus de 825,000 acres de terre arpentés et subdivisés par lots de 100 à 200 acres, à part trois ou quatre millions d'acres qui restent au domaine de la Couronne.

Pour faciliter convenablement 1» colonisation de cette contrée, le gouvernement à fait ouvrir des chemins en grand nombre depuis dix ans, mais surtout depuis 1854 les travaux n'ont pas coûté moins que $100,000, seulement pour les chemins ouverts entre cette date et 1861.

Les plus importants de ces chemins, anciens et nouveaux, sont :

Le chemin Gosford, qui part des établissements du fleuve Saint-Laurent pour l'intérieur, longeant la rivière Heaurivage jusqu'à Saint-Giles, et traversant les cantons Leeds, Ireland, Wolfstown, Ilam-snd, Dudswell, "Westbury et Ascot, jusqu'à Sherbrooke, fonnant une longueur de 82 milles depuis Saint- Giles, où il se relie au chemin Craig. L'ouverture du chemin Gosford coûtait déjà $43,360 au département des Travaux Publics, en 1847, et d'autres sommes très considérables ont été octroyées depuis, pour son amélioration.

Le chemin Craig, qui part de Saint Giles et qui traverse les cantons Nelson, Inverness, Halifax, jtmqu'à sa jonction avec le chemin Gosford, dans le canton Ireland, continue à travers ceux de Chester, Tingwick, Shipton, jusqu'à Richemond, et a pour terminus la rivière Saint-François* J'ignore la somme dépensée sur ce chemin ; mais elle doit être très considérable. Dans la seule année dç 1847 il fat octroyé et dépensé $22,757, pour améliorer certaines parties de ce chemin et faire subir à l'ancien tracé quelques déviations propres à éviter des côtes escarpées et rocheuses toujours difficiles à entretenir.

Le chemin Lambton, qui part du chemin de Keneébec, sur la Chaudière, et qui traverse les cantons Tring, Forsyth, Lambton et Aylmer, jusqu'à la tète du lac Saint-François, où il prend son nom, en continuant à passer à travers- le» cantons Winslow, Lingwick et Bury, auquel* endroit il se relie tfvcc le chemin nouveau du ruisseau à la Loutre, et traverse Eaton, pour arriver à Lennoxville et Sherbrooke*

m* ÉTUDE. — COMTÉ DE BEÀTTCB. 113

Le chemin d'Arthabaska, qui part de Gentilly en traversant les cantons Blandford et Stanfold, et là, se bifurquant sur denx points différents, traverse à l'Est, les cantons Somerset et Inverness, jusqu'au chemin Craig ; à l'Ouest, ceux d'Arthabaska, Warwick et Kirigsey, sur la rivière Saint* François. Les dépenses préliminaires pour l'ouverture de cette route s'élevaient déjà à $63,000 vers l'année 1848. Depuis quelques années une branche nouvelle de ce chemin a été ouverte, partant de St. Chrystophe d'Arthabaska, laquelle traverse les cantons Chester, Ham et Garthby, jusqu'au lac Aylmer, et continue ensuite sous le nom de chemin de Mégantic jusqu'au lac de ce nom, situé près de la frontière, dans la vallée de la Chaudière, après avoir traversé les cantons nouveaux de Stratford, Winslow, Whitton et Marston,

Quant aux autres chemins, j'en parlerai an fur et à mesure que nous avancerons dans l'étude détaillée des divers cantons qui composent cette région, et que nons allons maintenant considérer.

XI*— Comté de Beance.

Ce comté renferme une population de 20,416 habitants dont 19,664 sont d'origine canadienne-française.

Sur 297,479 acres de terre possédés, on compte 139,617 acres en état de culture, lesquels ont produit 673,820 minots de grains et patates, en 1860, évalués a (475,768.99.

Four satisfaire à l'expansion de la population vers les terres nouvelles, le gouvernement offre en vente- au-dessus de 230,000 acres situés dans les cantons Price, Adstock, Tring, Lambton, Forsyth, Aylmer, Gayhuret, Shenley, Jersey, Marlow, Rixborongh, Watford et Linière, à raison de 40 contins l'acre dans les sept premiers cantons», et 30 contins dans les six derniers. £. M. McKenzie, écr., demeurant au lac St. François, est agent pour la vente des terres de la

Îremière catégorie, et Andrew Ross, écr , demeurant à rampton, pour les six derniers cantons ei-dessns. Une somme de $7,300 a été dépensée dé 1854 à 1861 pour le parachèvement des chemins de colonisation ou Couverture de nouveaux chemins. 6

Les produits de l'industrie, comprenant le sucre, le beurre, la laine, l'étoffe foulée, la flanelle, la toile et la filasse, s'élèvent à $196,460, et le revenu des jardins et vergers à

Le bétail, qui compte pour 56,754 tètes, est estimé à $596,771.

Les voitures de plaisir, au nombre de 3,409, sont évaluées à $64,757.

La valeur de la propriété foncière s'élève à $2,538,301, et celle des instruments d'agriculture à $98,905.

Formant une valeur totale, dans le comté, de $3,989,811.

D'après les rapports géologiques de la province on fait remonter à Tannée 1835 la découverte des mines d'or de la vallée de la Chaudière, par le général Baddeley. Depuis •cette époque il y a eu plusieurs explorations faites par la «commission géologique an Canada, qui a fait dea rapporta très encourageants sur la valeur des richesses qu'elles renferment. Une société de capitalistes exploite ces mines depuis

Le Dr T. S. Hunt, géologue provincial, décrit quelques uns des lits -de quartz dans les roches comme donnant de ce précieux métail, d'une qualité <jui promet beaucoup, mais il «dit que les seuls moyens tentés jusqu'à présent pour extraire l'or est le lavage du* sable et du gravie*. En 1851-52, la Compagnie de mines d'or du Canada lava environ un acre de gravier sur une moyenne de deux pieds d'épaisseur sur un $ane situé à la jonction de La Chaudière et de la rivière du Loup et en retira une quantité d'or du poids d'environ 20 livres, •évaluée à $4,300. Le coût des travaux, en bloc, excédait tuu peu $3,500. Cette quantité d'or donne lf- grain par boisseau de sable. Il ne croit pas gué le gravier à la hauteur «des berges des rivières soit aussi riche que celui des bancB «d'aJluvion, suais il a été démontré que même à cinquante {pieds on trouvait de l'or mêlé à la glaise et au sable. Le Dr. Hunt croit que le meilleur moyen. d'extraire ces dépôts est la anéthode hydraulique pratiquée généralement en Californie. Par ce moyen, l'eau est amenée par des canaux ou aqueducs, quelques fois à une distance de plusieurs milles et un courant «d'eau d'un pouce ou deux, avec une force de 60 à 70 pieds est ♦dirigé au sraoyen d'un tuyau sur les bancs de glaise, de sable »et de gravier qui sont délayés et sont diriges dans les ba* fonda, laissant l'or à découvert L'eau fouille, transporte et

m* étude. — comté de beaucb* 115

lave tout à la fois. Cette méthode a amené une révolution dans les travaux de mines en Californie, où plusieurs milliers de piastres ont été consacrés à la construction de ces canaux, qui paient abondamment leur coût, ces jets d'eau étant loués aux mineurs à tant dn pouce. On dit que deux hommes ave6 un bon jet d'eau remuent et lavent 1,000 boisseaux de terre

Loup et St. François, peuvent promptement être utilisés à la Construction de canaux assez puissants. Le Dr. Hunt croit qu'avant peu ces énormes dépôts de terre aurifère en Canada seront exploités.

Outre les anciennes paroisses de Saint Elfcéar, Saint-Frédéric, Sainte-Marie, Saint* Joseph, Saint-François et Saint-George, échelonnées sur les bords de la Chaudière, on compte plusieurs noyaux de colonisation très actifs, quoique les développements de certains centres' n'aient point été aussi considérables qu'on pouvait l'espérer (1).

Linière. — Le premier centre qni s'offre sur la carte, à la cuite des paroisses des seigneuries que je viens de nommer, est le canton Linière, situé sur la branche nord-est de la rivière Chaudière et traversé par le chemin de Kennébec.

Ce canton renfermait, il y a dix ans, une population de 294 habitants, dont 197 âmes étaient d'origine britannique et seulement 97 d'origine canadienne-française. Aujourd'hui le chiffre de la population s'élève à 394 habitants dont 181 sont canadiens-français et 213 d'autres origines. D'après le

(1) Il y a dix ans, les paroisses des seigneuries ci -dessus mentionnées ainsi que les cantons Jersey, Linière, Marlow et Rixborough, qui composent en partie le comté actuel de Beauce, appartenaient au comté Dorchester. La population de ces paroisses et cantons s'élevait alors a 13,830 habitants dont 13,014 étaient d'origine canadienne-française. Aujourd'hui, la population de ces mêmes lieux s'élève à 15,469 habitants) dont 14,662 sont canadiens -français ; formant une augmentation de 1,659 âmes. Les progrès du défrichement et de l'agriculture mentent aussi notre attention. Le nombre d'acres mis en état de culture, en 1851, s'élevait à 94,486 acres, ayant produit 260,437' minots de grains et 49,731 minois de patates et navets, formant en tout 310,166 minots *t 19,070 tonneaux de foin. Bn 1861, on comptait 117,610 aores en culture, ayant produit 365,415 minots de grains et 118,881 minots de patates et navets, formant en tout 484,296 minots et 20,835 tonneaux de foin, offrant ainsi une segmentation de 23,124 acres de terre nouvelle, ayant produit 174,128 minots de graine et patates et 1,765 tonneaux de foin Ajoutons, pour terminer, qne le bétail, an nombre de 39,746 têtes, en 1851, s'élève aujourd'hui a 45,060 pièces, formant un surplus de 5,822 tètes, en 1861.

recensement de 1861 on constate aussi que le nombre des familles d'Angleterre qui se trouvaient établies dans l'endroit, en 1851, a diminué de plus de moitié, et celles d'Irlande d'un cinquième, depuis dix ans. La population actuelle de» diverses origines anglaises est presqu exclusivement composée des natifs du Canada.

Cette desserte, avant pour vocable Saint-Côrne, mieux connue sous le nom de " Mission de Xennébec " possède une chapelle construite sur le lot No. 42, et est desservie par M. le Curé de Saint-George. Les habitant» de cette nouvelle paroisse en voie de formation possèdent actuellement 13,994 acres de terre dont 2,400 acres sont en culture,' avant produit 10,705 minots de grains et 3,955 minots de patates et navets, formant en tout 14,660 minots et 431 tonneaux de foin, Ijo bétail, au chiffre de 996 têtes, est évalué à $9,082, et la valeur de la propriété foncière à $23,635.

Jersey. — De l'autre côté de la rivière, au sud-ouest, se trouve le canton Jersey, renfermant une population de 27 familles ou 164 âmes, dont 75 personnes sont d'origine canadienne-française. On y possède 3,760 acres de terre dont 694 sont défrichés et en état de culture, ayant produit en 1860 une récolte de 2,411 minots de grains et 1,369 minots de

Satates, en tout 3,770 minots et 125 tonneaux de foin. 11 y a ix ans, en 1851, on ne comptait dans l'endroit que 19 familles ou 109 personnes, dont 43 étaient d'origine canadienne-française, possédant 500 acres défrichés qui avaient produit 1,367 minots de grains et 1,012 minots de patates, formant en tout 2,379 minots.

Si la colonisation a si peu progressé dans ce canton, durant ces dernières dix années, il faut en accuser le manque de communication pour s'y rendre. Mais aujourd'hui, grâce à l'initiative de M. le Curé de Saint-George, i! n'en est pas ainsi ; une route longue de 60 milles, qui part de la ligne seigneuriale de la paroisse de Saint-George pour aller aboutir au Lac Mégantic, est tracée et en partie ouverte. Cette route doit donner accès aux terres des cantons Jersey, Marlow, Eixborough et Spaulding, d'un côté, et à celles de Slieniy, Dorset, Gayhurst et Whitton, de l'autre côté. Dix milles de ce chemin ont été ouverts dans le canton Jersey, en 1862, « mettant ainsi en facile communication les habitants de Jersey avec le chemin de Kennébec et les paroisses qu'il traverse* On rapporte que les terres renfermées dans ces divers cantons sont très fertiles et bien boisées en bois de construction.

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