LEON
« L'Etat, qui prétend guider les autres, conduit lui-même bien médiocrement son immorale institution des enfants assistés. » Enfin, un article de l’Eclair du 2 janvier 1894, dans une forme très violente, concentre tous les griefs, signalant le dénuement « des enfants de l’hospice », les mauvais traitements qu’ils subissent de la part de paysans brutaux et rapaces, les viols, les coups, les privations de nourriture auxquels ils sont exposés journellement. Cette ténacité et cette virulence dans les attaques surprit et inquiéta le directeur de l’Assistance, M. Henri Monod. Sentant le besoin de rajeunir les enquêtes de 1850 et de 1862, il adressa le 12 janvier 1894 à tous les inspecteurs des enfants assistés une circulaire, où il leur demandait de déclarer sans parti pris leur avis sur l’état du service. Les rapports de ces inspecteurs furent publiés in extenso dans le 48° fascicule des publications du Conseil supérieur de l’Assistance publique ; de plus, M. Monod, pour leur donner plus de retentissement, en fit paraître de nombreux extraits dans un assez long article intitulé : « Les Enfants assistés de France », que nous avons déjà eu l’occasion de citer à propos des économies pupillaires et dont nous donnerons un rapide résumé (!L).
La lecture des rapports des inspecteurs rassure sur la marche et les résultats du service. S'il y a des exceptions regrettables, on peut dire qu’en général le pupille trouve chez son nourricier une nouvelle famille et des affections souvent très vives. On l’avait déjà vu lors des déplacements ordonnés par la circulaire Corbière. On le constate encore en remarquant les cas nombreux où les pupilles ont été soit placés dans des lycées et des établissements spé-
(1) Cet article a paru au cours des années 1898 et 1899 de la Revue philanthropique. Voir numéros de sept., oct., nov., déc. 1898 ; janv., févr., mars et avril 1899.