‹ Études Sur Les Diverses Catégories D'enfants AssistésChapitre 53 sur 60 · O0 NE · texte numérisé non relu

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compte, dans sa classification des petits délinquants, de la nature de leurs délits antérieurs. On songeait surtout en posant cette objection, aux petits mendiants et vagabonds que l’on jugeait moins dépravés que les autres et auxquels on désirait réserver un régime plus doux. Mais l’expérience a prouvé que cette catégorie de jeunes délinquants était certainement la plus pervertie et la plus malaisément amendable.” Le vagabondage et la mendicité sont, en effet, des délits d'habitude qui contiennent en germe tous les autres : les enfants ne s’y livrent qu'après avoir eu le temps de réfléchir sur les conséquences de leurs actes. (Nous exceptons naturellement ceux que leurs parents contraignent à la mendicité.) Aussi, mieux vautil avoir à corriger un enfant qui a commis un acte répréhensible dans un mouvement d’égarement ou de colère qu'un vagabond de parti pris. La loi de 1850, a-t-on dit encore, n'organise à l’intérieur des colonies que les travaux agricoles, négligeant totalement l’avenir des jeunes détenus originaires des villes. Ce reproche a cessé d’être exact depuis que certaines colonies (Aniane, surtout Bologne) ont établi chez elles très complètement le travail industriel. La loi mêle, il est vrai, les acquittés et les condamnés, mais ces derniers sont toujours en nombre assez restreint, il semble aisément que l’on pourrait faire d’ailleurs pour eux certaines subdivisions ou quartiers spé- Claux.

Le principal défaut de ce texte, à notre avis, est qu’il ne fait aucune différence dans la répartition des jeunes détenus suivant leur âge. Voilà, selon nous, le point essentiel. On peut, en effet, poser comme axiome que, le mal n'étant pas naturel à l’homme, l’enfant encore jeune est manifestement moins corrompu que l’enfant plusâägé. Il est donc souverainement imprudent de laisser ensemble

des enfants d’un âge différent, de moralité par conséquent

différente, étant donnée la fatale influence que les mauvaises naturesexercent forcément sur les plus faïbles.L’initiative privée, suivie d’ailleurs par l’administration, a compris tous les dangers qu'offrait ce rapprochement. Des écoles dites de réforme, et destinées exclusivement aux enfants âgés de moins de 12 ans au moment de leur condamnation, ont été créées : deux constituant des œuvres particulières, une seule dépendant de l'Etat. Une des écoles de réforme privées, celle de St-Eloi, près de Limoges, a disparu récemment : il n’existe donc plus aujourd’hui que deux établissements de ce genre. L’école privée de Frasnes-le-Château, dans la Haute-Saône, dirigée par les religieuses de la Providence de Ribeauville, et l’école publique de St-Hilaire, dans le Maine-et-Loire, avec ses trois fermes de Chanteloup, Bellevue et Boulard, où les enfants d’abord reçus à 12 ans, passent successivement à 13 et 15 ans. Ce qui est particulièrement remarquable dans ces établissements, c’est que l’éducation y est donnée par les femmes : complètement à Frasnes-le-Château et, au moins dans la ferme de Chanteloup réservée aux plus petits à St-Hilaire. On a vivement loué l’heureuse influence éducatrice de la femme (1), et c’est avec raison puisque ce genre d'éducation, joint au fait de ne recevoir dans ces maisons que des enfants tout jeunes, a conduit à de très bons résultats. La récidive pour les libérés de St-Hilaire n’est que de 25 pour cent, celle de Frasnes de 24 pour cent, enfin celle de la colonie disparue de St Eloi n’atteignait pas 19 pour cent (2).

Mais nous pensons que cette catégorisation des enfants

(1) M. Berthélemy à la Société des Prisons, Rev. pénit., 1900, p. 431 et suivantes.

(2) Statistiques présentées par M. Puibaraud à la Société des Prisons. Elles portent, comme les précédentes, sur la période quinquennale allant de 1895 à 1899, Re». pénit., 1909, p. 749.

par âge n’a pas encore été poussée assez loin, et nous souhaiterions volontiers l’adoption du système de M. l’inspecteur Puibaraud. Ce système tend à unifier tous les genres d'établissements de correction que nous possédons en effaçant les dénominations actuelles d'écoles de réforme, de colonies pénitentiaires et de colonies correctionnelles. Ces établissements que l’on désignerait sous un nom commun (écoles de réforme ou de redressement, par exemple), seraient uniquement différenciés par l’âge des enfants que l’on y enverrait. Au dessus des maisons actuelles ne recevant des enfants que jusqu’à 12 ans, il y aurait des maisons les prenant de 12 à 14 ans, d’autres de 14 à 16, d’autres même de 16 à 20, ces dernières destinées à ceux qui seraient condamnés peu de temps avant d’avoir accompli leur seizième année, ou bien encore aux évadés réintégrés dans les colonies après avoir dépassé cet âge (1). Nos établissements de correction sont assez nombreux pour permettre la mise en pratique de ces idées que nous croyons excellentes : grâce à elles, il est possible, en effet, de recueillir dans la même maison des enfants dont le degré de corruption est à peu près équivalent, de leur donner suivant l’âge de leur admission le traitement éducatif plus ou moins rigoureux qui leur convient, et surtout de ne pas les mélanger, comme cela arrive tous les jours dans nos colonies actuelles, avec des intrus, qui, arrivant plus âgés et plus pervertis, offrent une cause permanente de démoralisation, et effacent en quelques jours les progrès que peuvent avoir amenés les efforts persévérants des maîtres. Cette méthode de séparation pourrait être complétée par la création, dans chaque colonie, d’un quartier spécial pour les meilleurs (cepen-

(1) Voir l'exposition de ce système par son promoteur, dans la Re. pénit., 1900, p. 419 et suivantes.

dant, il faut reconnaître que les directeurs de ces maisons n’en sont pas très partisans, ils prétendent que mettre à part les enfants qui manifestent de bonnes dispositions, c’est se priver volontairement d’un élément de régénération très actif), et d’un quartier cellulaire pour les mauvais (on supprimerait ainsi Eysses dont la disparition a été souvent réclamée) (1).

Pour nous résumer, nous concluerons que l’éducation correctionnelle, telle qu’elle est donnée en France produit des effets fort appréciables et que l’on a souvent contestés sans raisons suffisantes et en négligeant les difficultés très réelles provenant de la nature particulièrement rebelle des enfants que l’on y envoie. Certainement tout n’y est pas parfait, elle prête encore à certaines critiques ; mais il n’y a qu'à l’améliorer dans ses parties insuffisantes et nous avons vu que ces améliorations sont possibles. Il ne faut pas faire preuve de trop de sensiblerie et se laisser prendre trop facilement à ces campagnes de presse analogues à celles que nous avons déjà signalées : toutes les fois que l’on a voulu, dans de nouveaux règlements (et le fait s’est passé en 1898 et en 1899) amollir la discipline, amoindrir le nombre des punitions, leur rigueur, On s'en est mal trouvé ; les cas d’insubordination particulière se sont accrus et ont entraîné peu à peu des révoltes qui menaçaient de devenir dangereuses. Enfin, il convient de se dire que la valeur d’une colonie dépend surtout du personnel, aussi bien dirigeant que surveillant, et choisir ce personnel dans les meilleures conditions possibles.

Nous avons ainsi terminé l’exposé et la réfutation des critiques dirigées contre notre système pénitentiaire tel

(1) Re». pénit., 1900, p. 403, 415, 417. Voir cependant la défense de cette colonie présentée par M. l'inspecteur Brunot, Rey. pénit., 1900, p. 589 et suivantes.

qu’il fonctionne actuellement. Indiquons, dès lors, Îles projets de réforme qui ont été proposés à son sujet. Nous en connaissons déjà un, celui de M. Puibaraud. On a voulu aussi, se basant sur le système anglais des écoles industrielles réservées aux enfants qui sont plutôt malheureux que coupables, créer des écoles appelées écoles de réforme ou de préservation et qui seraient destinées aux moins mauvais des enfants de l’article 66, quel que soit leur âge. Ils seraient conduits dans ces maisons après une période d’attente passée dans des quartiers spéciaux des maisons pénitentiaires, les quartiers d’observation, où ils vivraient isolés pendant quelques semaines, au besoin quelques mois, afin de permettre la connaissance exacte de leur caractère. Ces écoles de préservation constitueraient le dernier échelon, le plus doux, des établissements relevant de l’administration pénitentiaire. Et il faut bien préciser ce point, car le terme d'école de préservation a été pris dans des acceptions très diverses. On a, en effet, proposé aussi de créer des écoles de réforme, ou de préservation, ou de redressement (le nom importe peu) comme dépendance de l'administration de l’Assistance publique (1), mais ce serait alors, au contraire, l’établissement le plus sévère ressortant de cette administration et réservé seulement à ses pupilles indisciplinés. Il ne faut pas établir de confusion. Ces derniers établissements seront, nous le verrons, fort utiles par suite des catégories nouvelles d'enfants confiés à l’Assistance; tandis que, suivant en cela l’opinion émise par M. Berthélemy (2), nous ne comprenons pas l’utilité des écoles de réforme ou de préservation dépendant de l’Ad-

(1) La promulgation de la loi du 27 juin 1904 a rendu possible la réalisation de ce dernier projet.

(2) Rapport de M. Berthélemy, professeur. à la Faculté de droit de Paris, sur « l'utilité pour l'Etat de créer des écoles de réforme comme complément des lois de 1850 et 1889 ». Rey. pénit., 1899, p. 123 et suivantes.

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